En classe et dans la Cité

Projet philo-plastique à Echirolles

Sandrine Poutineau, chargée de développement culturel, Maison des Ecrits - Echirolles - s.poutineau@ville-echirolles.fr

I) Les objectifs

La Maison des Écrits, partie intégrante du service culturel de la Ville d'Échirolles, s'inscrit dans une politique culturelle offensive résolument tournée vers :

  • le développement d'actions de proximité dans les quartiers auprès des populations démunies économiquement ;
  • la création d'espaces de parole, le développement de l'esprit critique ;
  • les pratiques artistiques, investies comme des moteurs de la citoyenneté.

L'équipe de la Maison des Écrits, en collaboration avec le réseau des bibliothèques, participe au déploiement d'un projet de territoire fortement axé sur les enjeux de lecturisation et du développement de l'esprit critique, afin que le plus grand nombre accède à la pensée réflexive, à une capacité de réflexion et d'argumentation, et finalement à avoir du plaisir à penser ensemble et par soi-même.

Un des objectifs du projet philo-plastique,en partenariat avec l'Éducation Nationale, est de donner aux enfants les mêmes chances de réussite scolaire et d'épanouissement personnel, en renforçant les liens entre les familles et les professionnels.

Autrement dit, de faire évoluer les conditions d'accès global de la pensée réflexive dans l'environnement social. Le projet "philo-plastique" est donc un moyen de sensibiliser les acteurs (adultes et élèves) qui coopèrent à des actions convergentes pour enrichir leurs pratiques à partir des ateliers philo.

Pour ce faire, la Maison des Écrits a souhaité sensibiliser les enseignants lors des pré-rentrées sur les enjeux de ce projet. C'est ainsi que six classes de cycle 3 des écoles élémentaires Jean-Paul-Marat, Marcel-Cachin et Jean-Moulin de la ville d'Échirolles se sont proposées pour travailler la question des discussions à visées démocratique et philosophique avec les enfants, associées à la production d'écrits individuels et collectifs et d'art plastique.

Pour former et accompagner tous les intervenants (enseignants, bibliothécaires, animateurs, parents...) dans la mise en oeuvre de ce projet, nous avons invité Michel Tozzi, professeur émérite à l'Université de Montpellier, qui travaille à rendre la philosophie plus accessible et populaire en particulier chez les enfants, pour un atelier de mise en pratique. Par ailleurs, nous avons été associés par l'entremise de Jean-Pascal Simon, maître de Conférences en sciences du langage, au 3e Séminaire d'automne de LIDILEM "Conditions et manifestations de la pensée réflexive dans la Discussion à Visée Philosophique", avec la proposition de participer à une table ronde pour présenter notre projet.

L'ensemble du projet est accompagné par Dominique Osmont de "l'Atelier D", formatrice et animatrice des discussions à visées démocratique et philosophique et d'ateliers d'écriture et de Jérôme Bayet, plasticien.

II) Le dispositif

A partir d'un thème dégagé par les enseignants (la différence, l'identité ou l'altruisme) les ateliers "philo-plastique" se déclinent en quatre temps :

1) A partir de deux discussions à visée démocratique et philosophique, on crée avec l'ensemble de la classe un espace de discussion pour éduquer à une citoyenneté réflexive. Les enfants sont tour à tour président de séance, synthétiseur, reformulateur, discutants ou encore observateurs. Dans la perspective de produire de l'écrit individuel et collectif, nous avons rajouté deux cueilleurs de mots, qui au fil de la discussion notent les mots qu'ils jugent les plus importants. Une liste de mots-clés est lue à la fin de la discussion, pour mettre en perspective l'atelier d'écriture individuel. C'est l'animatrice qui est garante de la discussion sur le fond.

Ce que cela produit : des compétences de pensée (problématiser, conceptualiser, argumenter), des apports langagiers, une fluidité dans la prise de parole et une écoute active. Bien sûr, nous constatons que seules deux séances ne sont pas suffisantes pour embarquer les enfants dans une véritable argumentation philosophique, d'où notre réflexion pour les discussions à venir. Les enfants s'installent très vite dans leur rôle, certains proposent même de reproduire ces métiers au sein même de la classe, notamment pour aider l'enseignant à reformuler...

On note, par ailleurs, que l'état de mobilisation des enfants au cours de la discussion est très forte, lorsque le président de séance annonce la fin de la discussion, on entend de façon très palpable les enfants pousser un soupir et l'on voit leur corps se détendre.

2) Dans un deuxième temps, à la suite des deux discussions, un atelier d'écriture individuel est proposé aux enfants. Les discussions précédentes, les lectures proposées par les bibliothécaires en début de séance et les listes de mots récoltés servent d'embrayeurs pour rentrer dans le processus de création et aboutir à un aphorisme, par exemple : "Quand un mot arrive, il y en un autre pas loin derrière" (Adonis, classe de CM2). Ou "La vraie évolution humaine, c'est d'avancer soi-même" (Sami, classe de CM2). Ou "Je suis unique en mon genre" (Hajar, classe de CM2).

3) Dans un troisième temps, les enfants doivent, à partir de leur aphorisme, dégager un mot, une idée. Puis chacun d'entre eux donne forme à ce mot à travers une création plastique. Avant de s'engager dans la construction en 3D, les enfants passent par le dessin. Ils apprécient particulièrement ces séances où ils laissent libre cours à leur imagination et sont toujours très étonnés, voire émerveillés du résultat.

4) Enfin, la quatrième étape est un retour à l'écriture collective en lien avec les oeuvres réalisées par les enfants. Il s'agit à ce stade de revenir collectivement sur la question philosophique, de reprendre le processus qui nous amène à se questionner à partir de l'aphorisme. Ainsi un dialogue entre philosophes en herbe s'instaure...

Valorisation/Restitution : le projet philo-plastique, comme tous les projets que nous menons, inscrit ce temps de restitution comme un enjeu important, qui donne à rendre visible le processus de création. Cela participe à redonner de l'estime, de la confiance et de la légitimité. Il est prévu qu'une exposition des oeuvres et des écrits se fassent dans les écoles, à la bibliothèque et dans le cadre de "Tempo Libre", temps festif sur la ville d'Échirolles.

III) Prolongements

Avec les enseignants: les enseignants sont fortement interpellés par cette nouvelle posture qui leur est proposée. Ils ne sont plus dans la transmission du savoir, ils sont garants du fonctionnement du groupe pour faire émerger la pensée réflexive. Aussi, il est important de les accompagner dans la formation à la DVDP, de faire en sorte qu'eux-mêmes puissent en vivre pour pouvoir s'en saisir dans leur classe et travailler sur la réflexivité ("l'enfant est un interlocuteur valable").

Avec d'autres écoles et collèges: projet de développement de l'action philo-plastique avec le collège et les écoles élémentaires d'un autre secteur de la ville.

Avec les parents : permettre aux parents de vivre aussi une DVDP au sein de l'école.

Avec les animatrices d'EVADE (Échirolles Vacances Animation Développement Éducatif ), notamment sur le temps périscolaire ou des DVDP commencent à se mettre en place.

Avec LIDILEM : proposer un plan de formation pour les enseignants, en lien avec les journées pédagogiques proposées par l'Éducation Nationale ; et pouvoir aussi être accompagnés par des étudiants en philosophie ou MEEF lors des DVDP (enregistrement).

Diotime, n°77 (07/2018)

Diotime - Projet philo-plastique à Echirolles