Formation

Philosopher en classe ou en famille

François Galichet, professeur en sciences de l'éducation et en philosophie, http://philogalichet.fr/philosopher-en-classe-ou-en-famille/

On trouve sur le site de François Galichet ci-dessus beaucoup d'informations intéressantes !

Il y a plusieurs façons de susciter et de mener une discussion philosophique avec des enfants. Pour éviter la monotonie génératrice d'ennui, il est indispensable de varier les démarches d'une séance à l'autre. Cela permet aussi d'aborder une question ou une notion sous des angles différents, souvent complémentaires.

Voici cinq manières différentes de faire une discussion philosophique.

I) Le débat à partir d'une question

Il consiste à poser une question et à essayer d'y répondre collectivement.

Vous trouverez dans Pratiquer la philosophie à l'école quinze sujets possibles, avec toutes les indications pour les aborder et animer une discussion. L'ouvrage est gratuitement disponible sur :
http://philogalichet.fr/telechargez-gratuitement-pratiquer-la-philosophie-a-lecole/

De même dans la mallette pédagogique Les petits débats philo les droits de l'enfant, éditée chez Belin pour l'UNICEF, vous en trouverez dix autres

  • Qu'est-ce qu'un enfant ?
  • L'enfant a-t-il des droits ?
  • Qu'est-ce qu'une famille ?
  • A quoi sert l'école ?
  • Qu'est-ce que grandir ?
  • Garçons et filles sont-ils égaux ?
  • Qu'est-ce que penser ?
  • Les adultes ont-ils toujours raison ?
  • Que signifie "être exploité" ?
  • Qui suis-je ?

Disponible sur :
http://www.editions-belin.com/ewb_pages/f/fiche-article-les-petits-debats-philo-5212.php

Mais les enfants vous en proposeront bien plus ! Ce n'est que dans les premières séances que vous êtes contraint(e) de proposer un sujet. Ensuite, si tout va bien, ce sont les enfants qui prendront le relais. Il vaut toujours mieux partir d'une question posée par les enfants que d'une question proposée par l'adulte.

II) Philosopher à partir d'un livre, d'un conte, d'un album

Après la lecture, on commence par échanger "à bâtons rompus" sur l'histoire qui vient d'être racontée. Le plus souvent, ce sont des questions de compréhension qui surgissent d'abord. Elles permettent de vérifier que les enfants ont bien compris l'histoire, de rectifier les erreurs, les contresens, de la situer dans son contexte.

Ensuite on se focalise sur une question précise : pourquoi le héros a-t-il fait cela ? Que ferais-je si j'étais à sa place, et pour quelles raisons ? Qui est le plus moral, le plus sage, le plus libre ?

Pour plus de précisions, on consultera avec profit l'ouvrage d'Edwige Chirouter, Aborder la philosophie à partir d'albums de jeunesse (Hachette Education) : il recense de nombreux livres ou albums en fonction du thème choisi, et donne des pistes très stimulantes pour développer la réflexion autour d'eux.

Vous trouverez un extrait de vidéo pour illustrer la démarche sur :
http://www.cvb-videp.be/cvb/fr/catalogue/film/id/106#film-video

III) Débattre autour d'un dilemme moral

Il s'agit de présenter aux enfants une situation concrète qui débouche sur plusieurs possibilités. On leur demande laquelle ils choisiraient et pour quelles raisons.

IV) Philosopher à partir d'images ("photolangage")

Une image (photo, dessin, tableau) peut être un support stimulant pour réfléchir sur une notion. Elle permet de concrétiser celle-ci, d'en présenter différents aspects ou facettes avant de tenter de la comprendre dans sa globalité.

La démarche la plus appropriée consiste à présenter aux enfants plusieurs images. On leur demande de choisir celle qui leur semble le mieux exprimer la représentation qu'ils ont de la notion. On fait ensuite un tour de table où chacun expose son choix et le justifie.

Dans un second temps, une discussion générale cherche à cerner la cohérence ou les contradictions constatées, et à voir si on peut les dépasser.

Voir cette démarche appliquée à la notion d'autorité dans la mallette "Les petits débats philo Les droits de l'enfant" (Belin-UNICEF), citée plus haut.

V) Philosopher en écrivant

Depuis Platon, la philosophie est une discipline qui se présente à travers des oeuvres écrites. Les activités orales (débats, cours, discussions dans des colloques... ou entre amis) sont secondes par rapport à cette forme majeure de l'écriture. Les Méditations de Descartes, L'Ethique de Spinoza, la Critique de la raison pure de Kant, la Phénoménologie de l'Esprit de Hegel, le Zarathoustra de Nietzsche, L' Etre et le Tempsde Heidegger, constituent des moments incontournables de l'histoire de la philosophie.

C'est pourquoi il importe que très tôt les enfants prennent goût à écrire de la philosophie et non pas seulement à (en) parler. Pour cela, une démarche consiste à leur demander, avant d'entamer un débat, d'écrire, chacun pour soi, leur réponse à la question posée ou leur définition de la notion soumise à leur réflexion.

Ensuite, chacun lit son texte aux autres et on essaie, ici encore, de relever les points de convergence et de divergence.

Chaque enfant peut conserver ses textes dans un classeur. Il constituera ainsi un "cahier de philosophie" qui lui sera personnel. Il est évidemment hors de question de noter ou d'évaluer un tel cahier. Il est même souhaitable, pour l'adulte, de ne le consulter qu'avec l'accord de l'enfant.

Les parents ou enseignants qui ont tenté cette démarche ont constaté que bien souvent, au bout d'un certain temps, les enfants écrivent spontanément dans leur cahier, même sans sollicitation de l'adulte.

C'est là le meilleur signe de la réussite du "philosopher avec les enfants" et de l'importance de cette réflexion pour le développement de vos enfants ou de vos élèves.

Diotime, n°70 (10/2016)

Diotime - Philosopher en classe ou en famille