Dossier : le chantier Philosoin 2014

Le chantier Philosoin 2014 : introduction

Marianne Remacle, professeur de philosophie et de morale à Bruxelles, coordinatrice du chantier Philosoin de Philolab

Notre chantier Philosoin 2013 nous a permis d'ébaucher une réflexion sur la philosophie et le soin, la philosophie comme soin, la philosophie pour le soin. Il nous a questionné sur le lien entre la philosophie comme sagesse et style de vie, et le soin dans l'urgence qu'intime la souffrance.

Dans la continuité de cette réflexion, s'est imposé à nous la nécessité de réfléchir sur les concepts d'urgence, de Kairos, de crise tant dans le champ philosophique, didactique, psychologique, psychiatrique, psychopathologique qu'organisationnel, faisant ainsi un parallèle entre le collectif et l'individuel, entre le particulier et l'universel.

La sagesse de l'Ecclésiaste nous a appris qu' "il y a un moment pour tout et un temps pour toute activité sous le ciel..." (3.1).

La notion de Kairos a d'abord appartenu au vocabulaire médical. Selon Hippocrate, le médecin doit se préoccuper tout autant du moment favorable à la guérison que du lieu favorable à celle-ci.

On dit devoir à Aristote dans L'Ethique à Nicomaque, d'avoir fait passer la notion de Kairos du plan médical au plan philosophique. "Reprenant une idée familière à la sagesse grecque, selon laquelle le Kairos était un moyen entre deux extrêmes : le trop et le pas assez, Aristote assimile le temps opportun à un juste milieu" ("Kairos ou le bon moment pour agir", philoflo.fr) : "Si la notion de kairos est décisive, c'est d'abord et simplement parce qu'aucune action, aussi louable soit-elle, ne saurait être tenue pour bonne si elle n'a pas été posée au moment opportun. Il ne suffit pas d'avoir de bonnes intentions, ni même de les mettre en oeuvre, il faut encore le faire au bon moment, ni avant, ni après ..." (Aristote).

Tous les intervenants parleront du temps, non celui qui fuit inéluctablement, mais celui des instants opportuns, ceux qui ramènent au port, qui une fois saisis, entrainent une modification de l'itinéraire de vie ; le temps où Qohélet nous disait "qu'il est actualisé par nos décisions et nos actions, en rapport avec nos désirs".

De quel temps parle-t-on ? Quelle place pour l'imprévu et la rencontre ? Quand et comment agir dans l'instant ? Qu'entendre par kairos dans la DVDP ? Comment l'animateur doit-il, peut-il organiser une situation "kairogène" ? Y-a-t-il un Kairos à saisir pour les participants ?

Pourrait-on dire que le Kairos est une attention au présent comme un moment d'éternité, c'est-à-dire, finalement une suspension absolue du Chronos (le temps qui défile), une présence immédiate à soi, à l'autre et au monde.

Voici donc quelques questions qui ont animées nos deux journées de réflexion.

On trouvera ci-après quelques interventions1...


(1) on trouvera un article de M. Tozzi sur le kairos dans le n° 60 de Diotime

Diotime, n°67 (01/2016)

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