En classe

Le PhilosoPhare

Marie Bernard, professeur d'école à Lille

Une école peu commune, entre le périph' et le boulevard, entre la barre colorée et rien, une école qui flotte comme un bateau ivre sur les flots de misère, les rives de drogue, les clapotis d'humiliation et de tristesse qui mettent des pierres dans les petites mains que personne n'écoute, une école qui décide d'aller à l'encontre des clichés attribués à son environnement d'"école de quartier" : le rap, les tags, le hip-hop... Une école qui parvient pourtant à intégrer les parents, le centre social, les classes de 6ème des collèges voisins, le club "Coup de pouce clé" dans un projet d'école ambitieux de la toute petite section au Cm2, développant les discussions à visée philosophique en lien avec l'art dans sa pratique et dans son histoire, au sein d'un journal trimestriel de 32 pages et d'une vidéo annuelle : le PhilosoPhare.

Caillassée! J'apprends qu'une dame de cantine qui rentrait chez elle après son service a été caillassée par deux de mes élèves de Ce2. Elle est douce et gentille, s'occupe de leurs petits frères et soeurs de maternelle, elle vient de se prendre des nuées de cailloux. A ma question "Pourquoi ?", mes deux élèves, la tête basse, ne savent pas, c'est venu comme ça, on n'a pas réfléchi. Ils vivent ainsi, dans une absence de frontière terrifiante entre les jeux vidéos ultra violents et la réalité, juste l'instinct brut sans aucune réflexion, dans une déréalisation totale du monde qui les entoure.

Je finis mes bulletins du trimestre. En terme de langage oral, à part la poésie, "argumenter, prendre en compte ce que dit l'autre, l'écouter, le respecter, prendre part à un débat, une discussion" restent des cases vierges. Pourtant, j'ai bien établi des discussions régulières dans ma classe sur la littérature, l'histoire, les arts, les sciences... Mais je ne peux juger de manière fiable et sûr ces compétences pour chacun, difficile de les mesurer.

Cette absence de réflexion que j'ai constatée m'amène à me remettre en cause. Je leur apprends de mon mieux le célèbre trio des compétences, savoirs et savoir-faire ; des têtes bien pleines, c'est sûr, je les presse comme des citrons pour emmagasiner le trio et rattraper les retards accumulés sur leur scolarité. Mais quid d'une tête bien faite ? Une tête qui réfléchit, énonce, argumente, développe, écoute et rebondit sur ce qui vient de se dire pour affiner sa réflexion ...

J'emprunte au CRDP Les activités à visée philosophique, l'émergence d'un genre ?un peu au hasard. Le titre en question me dit que j'y trouverai peut-être des éléments pour démarrer ce qui semble urgent de mettre en place : l'activité réfléchir, l'organisation d'une pensée. Il y a du boulot ! L'ouvrage est passionnant et m'ouvre le champ d'un domaine totalement nouveau pour moi ; je lis beaucoup d'autres ouvrages de Michel Tozzi et François Galichet.

J'établis trois thèmes philosophiques dans la classe à décortiquer pendant le trimestre en construisant une progression artistique dans les arts du visuel et du langage. Je pressens que, peut-être, puiser dans la philosophie et l'art peut permettre de développer une pensée curieuse, créative, de cultiver le plaisir de penser, de s'approprier des amorces de réflexion avec des bases culturelles qui seront autant de ressources pour alimenter cette réflexion, de créer des interactions entre les discussions à visée philosophique et l'art. Je décide de créer un journal avec les enfants, notre journal de classe ; les élèves sont emballés par l'idée, ils lui cherchent un nom qui reprendrait les bases du contenu : de la philosophie et de l'art. Ils votent, le nom est proposé par un enfant difficile mais créatif : "Le PhilosoPhare" est choisi, l'aventure peut commencer.

Premier débat autour de notre premier thème : "le Bien et le Mal". Je prépare les questions en les adaptant à ma classe de Ce2, utilisant un dictaphone comme bâton de parole. Je nomme rangée par rangéeles élèves qui s'installent dans le coin livres et débat de la classe. Je démarre la discussion en établissant les règles, toujours les mêmes :

"Avant de commencer la discussion, je rappelle que le propre d'un débat philosophique est qu'il concerne l'humanité en général, qu'il n'y a pas forcément une bonne ou une mauvaise réponse, que ce que je dis peut être contredit par d'autres dans le respect des règles du débat. J'essaie autant que possible d'argumenter : "Je pense ceci parce que...". Je n'oublie pas de me dire mon prénom avant de commencer à parler dans le dictaphone. Et si la discussion est intéressante, elle sera peut être dans le premier exemplaire de notre journal Le PhilosopPhare.

J'écoute ce que leurs petites mains racontent, je suis captivée par leurs interventions qui me semblent touchantes, souvent drôles, parfois profondes, j'accueille leurs réponses sans mot dire, ils me cherchent des yeux pour savoir si c'est la bonne réponse, j'insiste sur le fait que les plus grands philosophes ne sont souvent pas d'accord entre eux et que pour une fois, à l'école, il n'y a pas de bonnes ou de mauvaises réponses, il y a leurs réponses.

Nous sommes allés au Palais des Beaux Arts de Lille pour voir un seul tableau : "La tentation de Marie Madeleine" de Jacob Jordaens qui reprend notre thème du choix entre le Bien et le Mal. Je le situe dans son histoire biblique comme dans son histoire des arts. Des mamans nous accompagnent, elles sont émues devant ce tableau, les enfants, crayons à la main, essaient de le reproduire et de se l'approprier. Lors d'une DVP suivante, je m'aperçois que des enfants ne parlent pas, on parle d'écoute active mais comment le savoir ? Je décide de mettre en place après chaque débat une fiche-débat individuelle qui reprend les questions débattues. A la question "Comment sait-on ce qui est bien ou mal ?", Fatoumata, élève taiseuse, écrit : "L'Homme apprend à lire, à écrire, à réfléchir. Quand il est en colère, c'est là qu'il s'énerve et qu'il va se battre. Après, sa conscience lui dit : "Ne fais pas ça !" et le Mal dit : "Fais le ! Il ne faut pas écouter le Bien, allez, continue !". Et le Bien répond : "Il ne faut pas écouter le Mal, il va te faire faire n'importe quoi, écoute moi !". Mais l'Homme n'écoute rien. Il tombe et quand il se relève, il ne se souvient de rien." .

Je suis stupéfaite de sa réponse écrite que je trouve profonde et poétique, je comprends aussi que la problématique du tableau de Jordaens l'a aidée dans sa réflexion. Je décide de continuer dans cette voie et de croiser la citation d'Alain : "Ne dites ainsi jamais que les hommes sont méchants : cherchez l'épine !", avec le dessin animé "Kirikou et la sorcière", sorcière maléfique qui a une épine dans le dos que lui enlèvera le petit Kirikou, ce qui lui permettra de ne plus être méchante. Dans les discussions, je retrouve des interventions liées à ce dessin animé. Eunice dit : "Chercher l'épine, ça veut dire chercher la raison de la méchanceté parce que, sinon, ils gardent l'épine dans leur tête toute leur vie". Younès dit : "La méchanceté, ça concerne que les humains parce que les animaux ne font pas ce qu'ils veulent. C'est pas la méchanceté parce qu'ils n'ont pas le choix. Nous les humains, on a le choix d'être gentil soit on a le choix d'être méchant".

Nous éditons un journal, notre premier de 16 pages, imprimé par la ville de Lille, en couleurs, tiré à 100 exemplaires. Je suis allée proposer le projet à la mairie attenant à l'école, il a été accepté, financé et nous voilà avec nos journaux dont les enfants sont les auteurs, très valorisés par leur journal qu'ils voient en libre-service à la mairie, au Palais des Beaux Arts ou à la Bibliothèque ; un projet qui les écoute et des adultes qu'ils ne connaissent pas qui les lisent. Fierté.

Nous amorçons le deuxième thème "Qu'est-ce que grandir ?", avec l'aide entre autres de Charlot et son Kid, Simone de Beauvoir et ces adultes "des enfants gonflés d'âge" et de Jean-Paul Sartre et sa lettre adressée à Raymond Aron : "Je suis un petit garçon qui ne veut pas grandir", que nous croisons avec la lecture du Petit Prince. Mohamed dit: "Les hommes n'ont pas le temps de jouer. Ils sont esclaves des choses". Aïcha écrit : "Quelques adultes ne profitent pas assez de la nature car ils préfèrent la posséder, ça ne sert à rien de posséder les étoiles et ça n'est pas utile pour elles non plus".

Pour le dernier thème "A quoi ça sert, la vie ?", nous étudions les Vanités en art avec le tableau "Nature Morte" de Van der Ast que nous étudions au PBA de Lille ce que, dans ce que nous voyons, ça signifie et nos impressions. Fatou dit :"Je trouve que c'est bien de parler de la vie parce que la vie est courte et il faut en profiter". Chaïma écrit : "Quand j'ai vu ce tableau, je me suis posé des questions : pourquoi y-a-t-il des coquillages vides, de belles fleurs fanées, de beaux papillons, des insectes, un lézard ? Ce tableau est spécial et magnifique parce que ça représente quelque chose d'important". Nous lisons Le Prince de Venise de Noguès, étudions un extrait d'Homère pour cerner Sisyphe et croisons cette lecture avec Camus : "Il faut imaginer Sisyphe heureux", regardons Alice au pays des merveilles de Tim Burton. Les enfants font vite le lien avec la chenille bleue qui devient papillon "parce que le papillon est l'âme de la chenille" écrit Ahmed ; le sens de la rose : "Elle représente la vie, la fragilité humaine" explique Janosan ; le lapin qui "représente le temps parce que le temps passe vite" écrit Fatou D. Ils réfléchissent à cette question maintes fois posée par le Chapelier d'Alice "Pourquoi un corbeau ressemble-t-il à un bureau ?". Eunice écrit : "parce qu'on n'a pas toutes les questions en tant qu'être humain, par exemple, pourquoi existons-nous ?". Alcény dit : "Je pense que c'est sûr et certain qu'on n'a pas de réponse à tout. Dans la vie, on ne comprend pas toujours tout. C'est l'absurdité de la vie". Chaïma poursuit : "Les gens se posent des questions, mais ils n'ont pas toujours de réponse. C'est pour ça qu'elle est du côté philosophique".

Lors des DVP, les enfants sont toujours enregistrés. Je me souviens de leurs rires quand ils se sont écoutés la première fois. Leur expression orale s'est améliorée quand ils se sont rendus compte entre autres de leurs tics de langage, de l'absence de l'adverbe de négation "ne" dans leurs phrases négatives, de leurs imprécisions "bah, euh...". Le fait que le journal reprenne la retranscription littérale, fidèle à l'hésitation près, les amène à être plus attentifs à leur expression.

Je mets en place une grille d'auto-évaluation après le débat, pour que chacun se situe dans une ceinture de couleur dans la somme de ces compétences : écouter, savoir s'exprimer, se faire comprendre, communiquer.

Pour la ceinture orange par exemple :

  • "J'écoute mes camarades quand ils parlent à toute la classe.
  • Quand je ne suis pas d'accord, je fais part de mon désaccord.
  • Je parle suffisamment fort pour me faire comprendre dans toute la classe.
  • Je suis assez bref pour ne pas lasser mes auditeurs".

Pour la ceinture verte :

  • "Je laisse la personne qui a la parole finir de s'exprimer.
  • J'ai donné mon opinion en m'aidant d'une poésie, texte, citation, tableau...
  • J'articule.
  • Je reprends ce qui a déjà été dit pour compléter, apporter des éléments nouveaux".

Je prends beaucoup de plaisir à mener ces séances tant dans les discussions que dans mes recherches à créer du lien entre ces DVP et les formes artistiques diverses qui leur permettent d'aller plus loin dans leurs réflexions. J'ai l'impression que mon enthousiasme est partagé et que cette classe va au-delà de mes espérances, emportée dans la fierté d'être écoutée et de provoquer ma fierté sincère et mon intérêt non surjoué quand je les écoute et que je comprends que ces enfants semblent se libérer dans leurs paroles. Ils jouent le jeu d'une classe ambitieuse et différemment entreprise.

Nous décidons de mettre en image nos travaux en vidéo avec l'aide d'une comédienne qui les fait travailler sur des saynètes. La vidéo mêle la tentation de Marie Madeleine pour le bien et le mal, avec Sisyphe et les personnages d'Alice pour la vie avec leurs conclusions des DVP sur "A quoi ça sert la vie ?". Ça sert à aimer et des citations de Sartre en forme de marelles pour grandir. Elle fait l'objet d'un DVD qu'a eu chaque enfant et a été posté sur YouTube:

http://youtu.be/dwISKw2asiw

L'année qui suivit fut une étape importante. Devant le succès du journal, le groupe scolaire qui comprend la maternelle et l'élémentaire intègre le journal pour passer d'un journal de classe à un journal d'école. Il a fallu s'assurer de la cohérence des démarches, accompagner les enseignants qui le souhaitaient dans la mise en place d'ateliers à visée philosophique avec une démarche interactive et solidaire, proposer une liste possible d'oeuvres comme supports de réflexion liés à des activités possibles de pratique artistique, répartir par classe les oeuvres nourrissant la réflexion, des petits aux Cm2, oeuvres appartenant aux arts du spectacle vivant, de l'espace, du visuel, sans oublier les arts du langage.

Pour notre premier journal d'école, le thème "le Rire" proposa par exemple en films : Laurel et Hardy, Le Mécano de la générale, le Cirque, The Party, Le Dictateur et les Vacances de M. Hulot. Les grandes oeuvres d'art furent détournées avec un personnage célèbre comme Oui-Oui, Hello Kitty, Charlot, Titeuf, Mickey ou Astérix. Bergson fut incontournable. Il a fallu choisir un extrait lisible pour les enfants, sans l'édulcorer. "Il n'y a pas de comique en dehors de ce qui est proprement humain (...)" a été lu et débattu. Les élèves devaient souligner ce qui leur semblait être la phrase la plus importante du texte. Les questions ont suivi : "Un paysage est-il risible ?" Kéba écrit : " Non ! Par exemple, je pars en haut d'une montagne. Je regarde le paysage. Je trouve ça laid ou magnifique mais je ne peux pas rire puisque l'homme n'a rien fait.". " Le rire est une anesthésie momentanée du coeur" ; Haik explique que "ça veut dire qu'on rit en premier, on ne réfléchit pas".

Nous abordons aussi cette année-là la Peur et la Solidarité. Nous nous engageons dans une vidéo annuelle avec tous les enfants de deux à douze ans avec l'aide de la Compagnie l'Indépendante. Elle reprend par exemple pour le rire des saynètes du Dictateur de Chaplin ou de The Party de Blake Edwards ; pour la solidarité ou la peur, elle s'amorce avec des situations évoquées lors des DVP. La vidéo est la face sensible des ateliers à visée philosophique, le journal en est la face réflexive.

La rédaction prend diverses formes d'écriture. Les fiches individuelles après les DVP en sont une. Les portraits chinois : "Si la peur était..., ce serait..." en sont une autre. Les Philofables sont récurrentes également avec un squelette de récit qui s'amorce avec deux personnages différents : celui qui sait et celui qui ne sait pas. Celui qui ne sait pas pose une question philosophique sur le thème travaillé et obtient sa réponse sous forme de fable, une réponse allégorique qui reprend des animaux ou des personnages fantastiques, puis retour aux personnages de départ pour conclure le récit. Les lettres sont aussi une forme d'écriture philosophique, je pense par exemple, pour le thème du temps, à celles écrites à soi-même, plus vieux de 20 ans, scellées, qu'ils liront dans 20 ans ou à ces lettres adressées à l'humanité pour le thème de l'amour. Les récits peuvent être aussi l'interprétation et la compréhension d'un mythe philosophique comme celui de la caverne de Platon que nous avions regardé en dessin animé, visible sur Youtube et que mes élèves avaient restitué de manière très différente : ainsi Fatou D. en avait fait une poésie, d'autres un conte ou un résumé précis.

Depuis, le Centre Social attenant à l'école participe à hauteur d'une page par journal. Les parents s'y sont mis aussi avec l'aide du Café de Paroles qui a une salle consacrée aux parents au rez-de chaussée de l'école, ils ont maintenant entre 4 et 5 pages qui relatent leurs propres discussions sur le thème du trimestre. Le Club Coup de Pouce Clé, qui aide après les cours les enfants de CP, participe également à travers des petits textes sur les sujets abordés. Les collèges voisins commencent à travailler avec nous et participent à plusieurs pages dans le journal. Ils participent tous à un projet commun qui se bat comme Don Quichotte contre les moulins à vent des clichés d'école défavorisée, avec panache et ambition, en diffusant à 400 exemplaires le journal trois fois par an dans les maisons bien sûr des élèves mais aussi dans les mairies, le Palais des Beaux Arts, les bibliothèques de Lille.

La vidéo est projetée une fois par an en fin d'année dans la salle de cinéma de la Gare Saint Sauveur, un haut lieu de culture à Lille ; la projection mêle les enfants et les parents mais aussi des personnes sans lien avec le projet. Voici des liens sur quelques extraits du cycle 3 :

http://youtu.be/c0XEkok1waA

http://youtu.be/vnLrvVpUYDo

http://youtu.be/kbskMDBR0CQ

Une professeur de français de Mons en Baroeul est venue plusieurs fois dans ma classe. Elle a mis en place le petit frère du PhilosoPhare qui se nomme "Tu m'étonnes !" journal abordant le projet dans la même optique de lier les DVP à l'art en intégrant les Petits jusqu'aux collégiens .

Un de mes anciens élèves, maintenant collégien, me racontait que sa professeur de français avait demandé à ses élèves d'apporter en classe un objet qui leur était précieux. Il a apporté un des exemplaires du PhilosoPhare.

Annexe : un exemple de Dialogue

Goundo : Je suis pas d'accord avec Fodé Kauss et Yakouba. C'est pas sur des sites de rencontre que tu vas savoir si la personne, elle est sincère avec toi. C'est pas derrière son ordinateur que tu vas savoir s'il est bien amoureux de toi. Et nos parents, ils sont pas trop vieux pour tomber amoureux parce que, comme Rayan, il l'a dit ; il n'y a pas d'âge pour tomber amoureux.
Fodé Kauss : Si personne t'aime, on voit que t 'es moche, tu seras obligé d'aller sur un site de rencontre parce que sinon personne pourra t'aimer.
Mohamed C. : Même sur un site de rencontre, ça se peut qu'ils te disent non. On peut pas choisir d'amoureux.
Mama : Je suis pas d'accord avec Fodé Kauss parce que si on va dans un site, peut-être, c'est un vieux..
Goundo : Même si la dame, elle est vieille, il peut y avoir quelqu'un qui l'accompagne. Et si elle a des sentiments pour lui...
L'enseignante : Est-ce que s'aimer soi-même est une forme d'amour ? Est-ce que c'est bien de s'aimer soi-même ?
Niko : Oui. C'est comme si tu mets du gel sur toi, tu te trouves beau et tu t'aimes. Marissa : Mais oui, on peut s'aimer soi-même. Il y a des gens qui veulent rester célibataire, il y a des gens qui ne veulent pas se marier, ils préfèrent avoir du temps avant de prendre une décision que tu vas regretter plus tard.
Mohamed C. : Non, on peut pas se faire des bisous soi-même.
Fodé Kauss : Je suis pas d'accord avec Marissa parce que si on veut, on s'aime pas et si on veut, on s'aime parce que si tu te trouves pas beau, bah t'es pas beau. C'est toi qui te trouves pas beau. Si tu te trouves beau, après tu vas commencer à te croire le plus beau au monde, après tu vas te la péter! C'est pour ça...
Niko : Il y a des gens, ils s'aiment parce que c'est comme si t'es le plus fort du monde, ah, j'ai réussi et tout... Mais si tu crois que tu es le plus nul du monde, tu te dis : "Ah, je m'aime pas, je suis nul...".
Goundo : Oui : On peut s'aimer soi-même. Si des personnes te disent : "T'es moche !", il faut pas les croire parce que toi, tu sais que tu t'aimes bien, que t'es beau au fond de toi.
Marissa : Il y a des gens qui préfèrent s'aimer et rester tout seul comme je l'ai dit. Mais c'est pas obligé de se marier, d'être en couple.
Yakouba : Des fois, toi, tu crois que t'es moche mais il y en a qui dit que t'es beau mais toi, tu le vois pas.
Hicham : Toi, si tu te détestes, il y a les autres qui t'aiment. Par exemple, toi, tu te détestes et ta mère, elle t'aime.
Goundo : Toi, tu crois que tu t'aimes pas mais les autres, ils savent que toi, tu es gentil, que tu es une personne sincère, que tu as de l'amour au fond de toi.
Fodé Kauss : Si tu fais du bien à quelqu'un, les gens pourront t'aimer.
Hicham : Il y a des gens qui aiment les personnes juste pour la richesse.
Marissa : Il y a des gens qui pensent qu'ils ne s'aiment pas tellement. Quand les gens disent : "T'es moche, t'es moche, t'es moche, t'es mal habillé", bah... ils pensent à ça. Et à force, ils s'aiment pas.
Mamadou : C'est pas parce qu'il y a des gens qui te frappent que t'es détesté. L'enseignante : Qu'est-ce qui fait qu'on s'aime bien ?
Omar : L'amour pour une personne.
Goundo : Ressentir des choses pour des personnes proches. Même si tu vois une grand-mère marcher dans la rue, tu l'aides et t'as de l'amour pour elle. L'enseignante : Est-ce qu'aimer une star, un héros, c'est une forme d'amour ? Yakouba : C'est juste une star. C'est pas que tu es amoureux d'elle ou de lui, j'sais pas.
Hichem : Des fois, il y a des gens qui se prennent pour des stars. Mais non, ils sont pas pareils. Ils sont moches.
Hicham : Par exemple, tu connais pas une star et quand tu vas regarder la télé, tu vas la voir. Il est moche mais tu peux dire qu'il a une belle voix.
Mamadou : C'est la comédie. Ils jouent.
Niko : C'est comme si tu aimes Ronaldo, tu l'aimes bien, c'est une star, il joue bien au foot. Mais lui, si tu lui dis bonjour, il s'en fout de toi.
Kadé : C'est comme une star qui se maquille mais en vrai, elle est moche sans maquillage.
Goundo : Tu peux être fan de quelqu'un.
Yakouba : Tu peux aimer une star mais tu ne sais pas si, au fond de son coeur, il t'aime bien ou pas.
Fodé Kauss : Il y a des personnes qui se prennent pour des stars. Ils se regardent dans le miroir. Ils croient qu'ils leur ressemblent mais en vrai non. Eux, ils veulent devenir des stars comme eux.
Djennyfer : Non. Il y en a qui peuvent aimer une star pour son physique. Il y en a qui peuvent l'aimer parce qu'ils aiment bien ses chansons et tout...

Diotime, n°63 (01/2015)

Diotime - Le PhilosoPhare