Colloques

16ème Rencontre sur les Nouvelles Pratiques philosophiques (juillet 2014)

Compte rendu par Michel Tozzi (café philo de Narbonne), avec l'étroite collaboration de Gunter Gorhan (Café philo des Phares, Paris), Georges Dru et Aline Astier (Café philo de Lyon), René Guichardan (pour les dispositifs et retours critiques), Marie-Thérèse et Philippe Barbereau (café philo d'Anemasse), Jean-Paul Colin (Café philo d'Agde), Francis Tolmer, Viola Oelher et Luce Bonnet..

La 16ème Rencontre sur les Pratiques philosophiques a eu lieu du 25 au 27 juillet 2014 au Moulin du Chapitre à Sorèze. Ces rencontres ont un double objectif :

  • approfondir philosophiquement un ou deux thèmes. Il s'agissait cette année : "De l'affect au concept", et d'autre part " La connaissance de soi", en essayant de les articuler ;
  • expérimenter et analyser de nouvelles pratiques philosophiques, en l'occurrence un atelier écriture-discussion, un atelier de lecture, la consultation philosophique, un ciné philo, une rando-philo, et une discussion démocratique à visée philosophique avec de fortes contraintes.

Ci-dessous les moments forts de cette rencontre.

I) Atelier d'écriture-discussion (G. Gorhan)

Descriptif du dispositif

Le dispositif comprend trois étapes :

Etape 1, durée 10 mn : chaque participant rédige un petit texte en répondant à la question : "Comment j'articule la relation entre affect et concept ?".

Etape 2, durée 50 mn : lecture des textes en commun et débat sur les idées partagées.

Etape 3, durée 10 mn : réécriture du texte à la suite du débat.

L'intérêt du dispositif

L'écrit et l'oral ne passent pas par les mêmes voies pour structurer sa pensée. Le fait d'écrire sa pensée, seul devant une page blanche, oblige à une réflexivité plus grande que lors d'un échange avec autrui : la pensée se relit pour travailler sa propre cohérence. Lors d'un dialogue, la teneur des échanges est souvent altérée par une parole qui s'emballe. Le face-à-face peut également céder la place à des enjeux de rivalité entre les personnes, ce qui nuit le plus souvent au traitement philosophique du problème posé.

La réécriture de son texte après la discussion permet de mesurer la nature des changements entre la première et la dernière version : cette seconde version témoigne-t-elle d'une prise en compte des idées qui ont été partagées avec l'ensemble des participants ?

L'avis résumé de quelques participants

Sur ce dispositif en particulier

  • L'intérêt de l'écriture est fort apprécié pour "asseoir" ses idées, pour se préparer à l'échange, pour préciser sa pensée, pour la rendre plus claire à la compréhension d'autrui.
  • La phase de lecture permet de comparer les idées sous une forme concise.

Sur la conduite du dispositif

  • J'aurai apprécié que les enjeux de la question : comment j'articule la relation entre affect et concept ? soient davantage précisés.

Concernant la gestion des échanges

  • Trop de participants n'ont pas lu leur écrit, mais l'ont longuement expliqué et commenté.
  • Trop de digressions se sont ajoutées dans les commentaires.
  • Les interventions des participants n'ont pas été mises en relation entre elles.
  • Il n'y a pas eu débat, mais des proclamations de convictions.
  • Moi, les longues interventions ne m'ont pas gênée.

Quelles propositions feriez-vous pour améliorer la qualité philosophique et démocratique du débat ?

  • Demander aux participants de s'en tenir à la seule lecture du texte, sans y rajouter de commentaire.
  • Mieux contrôler le temps afin de permettre une lecture en commun du deuxième écrit.
  • Mieux réguler les temps de parole : rappeler la nécessité de la concision.
  • Lors du débat, mettre en relation les interventions des participants.
  • Le meneur de jeu doit centrer son attention sur le texte des participants.
  • L'animateur doit éviter d'entrer dans une discussion en tête-à-tête avec les participants.
  • Proposition est faite de partager nos écrits (par ex. les envoyer sur un forum/par email).

Réponse du responsable de l'activité

Pour dire la vérité, j'ai proposé un dispositif pour suivre les consignes générales (le séminaire, lieu d'expérimentation). Quant à l'évaluation, je pense qu'on ne peut savoir tout de suite après l'expérience si c'est bien ou pas. Pour moi, le critère c'est que cela laisse des traces, quelques jours, quelques semaines, voire quelques années après le débat.

Il y a des présupposés à l'évaluation, elle n'est pas neutre : les critères d'évaluation découlent en grande partie de la méthode évaluée.

Il est rare que j'interrompe un participant qui parle.

Même si les choses sont redites, à mes yeux, c'est toujours du nouveau, car dites à un autre moment et/ou par un participant différent (cf. Deleuze Identité et diffférence). Je n'écoute pas seulement les idées, leur cohérence, articulation, pertinence, originalité, mais je cherche à comprendre la "posture existentielle", le monde dans lequel l'autre vit (cf. Deleuze Identité et diffférence)

Il y a deux manières fondamentales d'envisager une "méditation philosophique": l'une, architecturale, où l'animateur construit avec le public une oeuvre collective, l'autre - la mienne- qui ressemble plus à une activité de chercheur d'or où l'animateur met en valeur les pépites d'or philosophiques par nature singulières. L'idéal - mais peut-être le faisons-nous déjà sans le savoir - serait de combiner les deux façons de faire...

La vérité, qu'elle soit philosophique, artistique, scientifique, politique ou existentielle est une rupture de clôture, de répétition (Cf. Alain Badiou et Cornelius Castoriadis).

J'avoue ne pas avoir relu les consignes : un travail en petits groupes était prévu !!!

Je suis intervenu beaucoup trop, mon introduction était touffue, pas assez claire.-

Il faudra restreindre le premier écrit à 8-10 lignes maxi.

Il n'y avait plus assez de temps pour lire les deuxièmes écrits; mais c'était une "heureuse contrainte" imprévue ! Chacun est resté avec sa propre évolution ou non-évolution non-partagées, après avoir parcouru trois étapes (dialectiques) :

  1. mettre en mots (ici écrits) la vérité par définition subjective ;
  2. mise à l'épreuve de cette vérité par l'échange avec le groupe ;
  3. retour à la vérité subjective (éventuellement modifiée)...

Quant au contenu du débat - moins pris en compte que l'expérimentation des dispositifs, vu l'objectif général de nos rencontres - nous étions parvenus à un assez large consensus :

  1. l'effect est certes premier chronologiquement, dont ne découle pas une priorité ontologique (le prior tempore n'induit pas un prior essentia), sauf l'"archi-affect" de Michel Henry, brillamment exposé par Patrick ;
  2. l'affect est lié au corps et doit être compris largement, incluant perception, sensation, sensibilité, émotion, sentiment, et exprime la singularité :
  3. définition également large du "concept", incluant idée, esprit, pensée, intellect, raison, rationalité, exprimant l'universel ;
  4. les rapports entre affect et concept sont donc dialectiques, c'est-à-dire dans une tension féconde - métaphore répétée de la spirale infinie - ou exprimé autrement : la "philosophie vivante" consiste à "s'expliquer avec la vie" (Paul Audi), à conceptualiser, bref, elle est une aventure sémantique (cf. Ernesto Grassi) et donc existentielle sans fin prévisible...

II) Atelier de lecture (M. Tozzi)

Descriptif du dispositif

Le dispositif comprend trois étapes :

Etape 1, durée 20 mn : lecture individuelle d'un texte d'environ 700 mots (une page et demie). Titre du texte : "Affect et concept sont dans un bateau, comment avancer sans couler ?".

Les participants sont invités à questionner le texte :

  • En quoi suis-je d'accord ? Pourquoi ?
  • En quoi ne suis-je pas d'accord ? Pourquoi ?
  • Quelle est ma question à la suite de ma lecture ?

Pour cette première étape, chaque participant est invité à lire ce texte par lui-même, et à ne pas en parler avec ses voisins.

Etape 2, durée 30 mn : confronter les points d'accord et de désaccord au sein de petits groupes de 3 à 5 personnes. S'entendre avec son groupe pour formuler une question fondamentale suite à cette lecture partagée.

Etape 3, durée 20 mn : mise en commun des questions fondamentales de chacun des groupes, suivie d'une discussion.

Points forts et intérêt du dispositif

Les consignes de lecture proposées par l'animateur invitent le lecteur à adopter un positionnement critique. Le lecteur est donc "tenu" de se construire une compréhension du texte afin de prendre position. De plus, l'idée de formuler une question fondamentale en fin de lecture invite à questionner la compréhension que l'on s'est construite du texte, ou encore à proposer sa réponse sous la forme d'un questionnement. Dans tous les cas, c'est une culture du questionnement qui est transmise.

La succession des étapes (en individuel, puis en petits groupes, et enfin au sein du groupe en général) a permis de confronter à chaque fois les diverses interprétations du texte. La multiplicité des points de vue à permis de construire en fin de parcours et avec l'ensemble des participants un échange très argumenté.

Pour information, ci-dessous les questions recueillies à la suite de la lecture du texte :

Comment optimiser les conditions favorables à un échange philosophique de façon à ce qu'il soit sans concession sur le fond, tout en restant acceptable dans la forme (marques de respect et de courtoisie entre les participants).

Comment susciter un affect positif en vue de la recherche de la vérité lorsqu'elle se fait en commun ?

Entre l'approche cognitive et affective, ne serait-ce pas l'intuition qui serait la plus perspicace pour déceler ce qui est important ?

Que peut-on attendre d'une "éthique communicationnelle" ?

Un cadre éthique, fût-il le meilleur, suffit-il à lever les résistances des participants qui peinent à s'interroger ?

Comment garder un climat de confiance tout en provoquant une déstabilisation cognitive aussi bien chez les participants que chez l'animateur ?

Le climat de confiance créé par le cadre n'est-il pas dans certains cas anesthésiant ?

L'avis résumé de quelques participants

  • J'ai beaucoup apprécié qu'on ne partage, dans un premier temps, que les questions que chaque groupe s'était posées. Puis, j'ai apprécié qu'on déborde un peu sur le temps pour amorcer un petit débat.
  • J'ai trouvé le texte difficile. Il présente avec beaucoup de finesse et sur plusieurs plans (historique, pratique, conceptuel) les relations entre concept et affect, si bien qu'il est difficile d'être d'accord ou pas d'accord.
  • J'ai aimé la progression des étapes et l'alternance des réunions en petits et grand groupes.
  • J'ai apprécié le temps laissé à la lecture pour nous permettre de saisir la complexité du texte.

Proposition d'amélioration du dispositif

Etre attentif à la longueur du texte. Eventuellement, et selon les dispositions de temps, ne pas excéder plus d'une page A4.

Donner des consignes de lecture en commun : d'abord s'entendre sur la compréhension des différentes parties du texte, puis sur l'ensemble du texte.

Lors des échanges en petit groupe, ne pas prendre position sur des extraits de textes (qui sont alors hors contexte), mais définir son argumentation sur la thèse d'ensemble soutenue par le texte.

Remarque

Le temps du débat dans la dernière partie du dispositif a été perçu comme trop court au regard de l'intérêt manifesté par les participants. Après une rapide consultation du groupe, l'animateur a donné son accord pour prolonger le temps du débat. Il a alors passé le relai à un autre animateur. Ce dernier géra une mini prolongation du débat d'environ 15 mn. Cette souplesse de fonctionnement a été appréciée par tous les participants.

Texte proposé comme point de départ :

Tout animateur de discussion à visée philosophique avec des enfants ou des adultes est confronté à la question suivante: "Quid de l'affect dans les échanges ?".

J'entendrai ici par "pensée" (philosophique), un effort réflexif de la raison pour élaborer rationnellement le contenu conceptuel d'une notion, expliciter les enjeux problématiques d'une question, argumenter une thèse ou une objection. La conceptualisation est plus particulièrement le processus d'élaboration d'un concept, c'est-à-dire de clarification d'une notion nécessaire pour comprendre le réel et s'y situer (par exemple la vérité, la liberté).
J'entendrai par "affect" l'effet produit sur moi par autrui ou le monde, une modification sensible réactive à une situation et qui engage notre corps, notamment sous la forme de l'émotion,
- Un premier niveau du questionnement est celui de la relation de l'affect et du concept dans une pensée, autrement dit de l'émotion et de la raison.
Y a-t-il ontologiquement séparation de la raison et de l'émotion, comme pour Descartes il y a distinction de l'âme et du corps ? Ou ne peut-il y avoir de pensée dépourvue d'affect, comme l'affirme Spinoza ? Certaines recherches en psychologie cognitive (Ex : Damasio), semblent donner raison à Spinoza. Dans une discussion, les idées émises sont plus ou moins proches des miennes : elles m'affectent, me plaisent ou me déplaisent, et je réagis intellectuellement sur fond de cette affectation. On peut en conclure que pédagogiquement, il est important d'ancrer la discussion dans l'affectivité, de susciter l'intérêt : n'est-ce pas le désir de philosopher qui est mis en jeu/je ? Pléonasme puisque philosopher, c'est étymologiquement "désirer le savoir", la sagesse. Il y a là de la "pulsion épistémologique", dirait Freud. Ce qui est déterminant, c'est donc ce qui va chez des individus ou dans un groupe orienter vers un rapport au sens et à une recherche de la vérité. D'où par exemple l'intérêt que la question soit choisie par les participants, puisque formuler une question qui nous habite, c'est du même mouvement se mettre en recherche d'une réponse...
Deuxième question, plus gnoséologique, du registre de la théorie de la connaissance : l'affect est-il un obstacle à la connaissance, comme le pensent Platon ou Descartes, ou peut-il à certaines conditions la faciliter ?
Pour les premiers, les sens et la sensibilité nous trompent, la passion nous aveugle. C'est ce que semble corroborer la dérive, dans une discussion, du conflit sociocognitif sur les idées au conflit socioaffectif sur les personnes. Il faut donc dans ce cas empêcher les affects de troubler la raison.
Considérons cependant qu'il n'y a pas de pensée sans interrogation sur ses présupposés, sans mise en question de ses opinions, sans critique radicale de ses préjugés (sortie de la caverne chez Platon, doute systématique de Descartes). Ce qui ne va pas sans produire un dérangement, un bousculement (on compare Socrate à une torpille, et Diogène provoque le passant), une déstabilisation cognitive, et cet inconfort s'accompagne souvent d'un malaise affectif, parfois d'une réaction vive (les prisonniers de la caverne veulent tuer le philosophe).
La question est donc posée de savoir si stratégiquement, il n'est pas philosophiquement opportun de chercher une méthode de déstabilisation des sujets pour les amener, voire les contraindre, à penser ?
Tout dépendra peut-être de la façon dont la personne vit cette mise en cause, et jusqu'où cette mise en question de ses idées sera vécue comme une mise en cause de sa personne (certains interlocuteurs de Socrate arrête là la discussion et s'en vont).
Le climat est ici certainement essentiel : s'il y a une confiance entre les protagonistes, et une certaine sécurité affective assurée, il n'y aura pas de clash. Sinon l'interlocuteur ne supportera pas de "perdre la face" (Gofmann) publiquement (Socrate voulait donner une leçon de modestie aux sophistes, et mettre leur pseudo savoir-pouvoir en place d'ignorance et d'imposture).
Dans un atelier philo, on n'a pas affaire à des Sophistes qui se font payer cher pour apprendre à leurs clients à triompher d'un adversaire, mais à des enfants, adolescents et adultes, qui sont là pour apprendre à philosopher.
Comment donc provoquer du conflit cognitif chez les participants à une discussion, puisque celui-ci semble nécessaire à un apprentissage du philosopher ?
Nous pensons que de ce qu'un dérangement cognitif s'accompagne d'une déstabilisation affective, on ne peut conclure que la seconde peut produire la première. L'expérience de l'animation philosophique nous montre au contraire que chaque fois qu'une confrontation d'idées commence à s'exacerber affectivement, l'écoute s'effrite et la qualité intellectuelle des échanges faiblit. Il faut donc s'interroger sur les conditions affectives optimales pour qu'une confrontation sociocognitive, source d'un conflit cognitif interne formateur, ait lieu.
Nous proposons pour notre part un climat de confiance et de sécurité, dans le cadre d'une éthique communicationnelle, qui permettra d'être d'autant plus exigeant intellectuellement par des demandes de définition, de distinctions conceptuelles ou d'argumentation, que la face de chacun sera préservée de toute agressivité.

III) Consultation philosophique (F. Tolmer/V. Oelher)

NB : le diagramme sur la consultation philosophique dont il est ici question donnera lieu à un article spécifique à part de ce compte rendu.

Descriptif du dispositif

Le dispositif comprendre trois étapes :

Etape 1, durée 20 mn : pour initier les participants à la consultation philosophique, un diagramme décrivant différentes typologies d'interventions du consultant vers le consulté est distribué à tous les participants. La consultation elle-même est mise en scène à titre d'illustration par deux animateurs, l'un d'eux incarne le rôle de consultant, et l'autre celui du consulté. Guidé par le diagramme et par la mise en scène de l'exemple, chaque participant peut suivre la démonstration et la logique qui sous-tend cette consultation philosophique.

Etape 2, durée 45 mn : les animateurs invitent les participants à constituer des groupes de trois/quatre personnes pour s'exercer à leur tour à une consultation philosophique. Le partage des rôles comprend un consultant, un consulté, et un ou deux observateurs pour chaque groupe créé.

Etape 3, durée 20 mn : proposition est faite de mettre en commun au sein du grand groupe le partage d'expérience des consultations réalisées en petits groupes.

Quelques témoignages concernant l'intérêt du dispositif

  • La présentation simulée par une mise en situation, et schématisé selon un diagramme, est très claire.
  • Ce diagramme, qui fait office de guide, est très pratique comme base de travail, bien qu'assez complexe pour une mise en pratique immédiate.
  • Selon l'avis d'un expert : "A ma connaissance, il n'y a pas de modélisation connue de consultation philosophique, ce modèle est une première".
  • La succession des trois phases est parfaitement cohérente : situation d'exemple en introduction, situation de pratique en petits groupes, et retour vers le grand groupe pour le partage de l'expérience vécue.

Des questions ont été rapportées par rapport à cette pratique

  • Existe-t-il toujours un traitement philosophique pour des questions d'ordre personnel ? Ces questions sont-elles toutes adaptées à un questionnement philosophique ?
  • Que faire en tant que consultant lorsque le consulté répond constamment en citant des auteurs, et jamais en donnant son avis personnel ? Cela oriente vers une discussion entre "experts".
  • Quand je choisis un consultant, j'ai besoin de savoir à quelle méthode il se réfère, quel but il vise, quel moyen ou quelle logique il mobilise.
  • Dans notre groupe, certains consultants ont préféré suivre leur propre méthode sans se référer au guide ou aux consignes données.
  • Le consultant peut-il abuser d'une autorité inquisitrice, et ne pas expliquer la démarche qui sous-tend ses questions ? Quelle solution pour les consultés dans ce cas-là ?
  • Le consultant peut suivre son propre objectif, et oublier d'être à l'écoute du consulté. Quelle formation et à quelle éthique se réfère le consultant ?

Propositions d'amélioration du dispositif

Lors de la phase trois du dispositif (mise en commun au sein du grand groupe) : désigner un porte-parole de son groupe de travail. Présenter les membres de son groupe de travail et s'assurer que les membres de chaque groupe confirment, nuancent ou précisent la restitution faite par le porte-parole du groupe.

Quelques participants n'ont pas voulu rendre compte de la question initiale posée dans leur groupe de travail. Dans ce cas, lors de la mise en commun en grand groupe, et pour corriger la carence au niveau du partage d'expérience, inviter les participants à expliquer la procédure qui a été suivie, et à préciser les difficultés rencontrées.

Suggestion a été faite de proposer un type de questions que le consulté peut se poser dans le cadre de cet exercice : Faut-il que les questions soient personnelles ? Peuvent-elles même être "intimes" ? Ou alors, les questions peuvent-elles être totalement impersonnelles et porter sur la politique, l'histoire, ou diverses théories ?

Veiller à ce que chaque rôle dans chaque groupe soit bien défini, y compris celui de l'observateur : l'inviter par exemple à définir sa grille d'observation (noter les implicites, les reformulations, les demandes de précision, les surinterprétations, les évitements, les enlisements, etc. faites par le consultant ou le consulté).

Proposer une durée de consultation plus courte de façon à permettre aux membres du groupe d'être tour à tour consulté, consultant et observateur.

Passer dans les petits groupes, et si besoin est, rappeler les consignes aux participants.

Commentaire

L'expérience vécue dans les petits groupes a été diversement appréciée, alors que l'intérêt général pour cette activité a été manifeste. Chacun a été sensible à la richesse des potentiels d'un échange en petit comité qui associe écoute, observation, analyse, reformulation, intérêt porté sur une situation. On peut émettre l'hypothèse que le degré d'appréciation des uns et des autres a été fonction des résistances et des compétences exercées dans chacun des groupes, selon qu'il s'y trouva de "bons" consultants, de "bons" consultés ou de "bons" observateurs. En toute hypothèse, le degré d'implication personnelle étant ressenti avec plus d'acuité dans cette activité, les enjeux et le degré de frustration ont certainement été ressentis avec plus de force.

IV) Ciné philo (G. Dru/A. Astier)

Descriptif du dispositif

Etape 1 : le soir, on projette un film en rapport avec le thème général du séminaire "Philosophie et connaissance de soi". Un débat sur ce film est prévu pour le lendemain.

Etape 2 : Le jour suivant, le débat est organisé. On désigne un distributeur de parole. Le sujet est introduit par le rappel de quelques scènes du film.

Difficultés et intérêt du dispositif

Le film se déroule comme un récit, la discussion à visée philosophique, de son côté, se veut conceptuelle et argumentée. De fait, le film invite davantage à partager ses affects qu'à aborder des concepts. Mais dans le cadre d'un "ciné-philo", proposition est faite de voir la narration comme la métaphore d'un certain nombre de notions (la liberté, le courage, la peur, les rapports de domination, etc.) et de les mettre en rapport avec les angles de vue que le réalisateur adopte. Il s'agit ensuite de faire le lien entre cette reprise conceptuelle imagée et les questions philosophiques que se pose l'assemblée. En quoi le film suggère-t-il un questionnement, en quoi alimente-t-il une pensée philosophique ? Le réalisateur du film remet-il différentes valeurs éthiques et esthétiques en perspective ? Le groups se questionne-t-il sous des angles philosophiques renouvelés ?

Quelques avis des participants concernant le débat

  • J'aurais souhaité un cadre nettement plus contraignant pour ce débat qui, à mon avis, s'apparentait à un ciné-club.
  • Il me semble que n'importe quel film aurait pu faire l'affaire et servir de support à un débat.
  • J'ai trouvé le film ennuyeux bien qu'il soit "très écrit" et remarquable par son esthétique.
  • En somme, le débat a eu lieu en raison de notre bonne volonté à faire débat, car le film lui-même a été très diversement apprécié.
  • J'ai apprécié que le débat ait eu lieu le lendemain de la projection, la nuit permettant de laisser se "reposer" les impressions immédiates.
  • La version originale avec des sous-titres ne permet pas de capter tous les dialogues entre les acteurs.

Proposition d'amélioration du dispositif ciné philo :

Il faudrait concevoir le débat en deux temps : le temps 1 serait réservé aux critiques et impressions laissées par le film lui-même. Le temps 2 serait réservé au traitement philosophique des questions retenues par les participants.

Concernant le débat lui-même, différentes approches peuvent être envisagées :

  • S'interroger sur la thèse ouvertement défendue par l'auteur du film : quelles sont les scènes dans le film qui soutiennent la thèse du réalisateur ? En quoi posent-elles question sur le plan philosophique, et par rapport au thème du séminaire en général ?
  • Partir de l'hypothèse que le film communique de nombreux messages, soit de façon délibérée, soit implicitement ; puis formuler les questions que suggèrent les scènes en question pour les mettre en rapport avec la thématique du séminaire.
  • Lister les thèmes majeurs qui sont abordés (la guerre, les enjeux de société, les notions de courage, de fidélité, de peur, d'éducation, etc.) et s'accorder sur l'un de ces sujets.

Si plusieurs titres de films sont proposés pour un ciné philo, prévoir éventuellement une mini présentation des films en lice, et un vote pour définir le choix des participants.

A quelle condition une discussion est-elle philosophique ?

La phase dite de "retour critique" de l'activité a laissé place à un mini-échange sur les conditions philosophiques d'un débat. Résumé :

Nous aurions eu besoin d'un "cerbère" pour nous ramener vers le thème central du film, pour ne pas trop nous éloigner du coeur du débat.

Quand on parle du besoin d'un cerbère, moi je pense que ce sont les camps qui ont besoin de cerbère.

La question qui se pose est : comment animer une discussion sur un film pour qu'elle soit le plus possible philosophique ? Ce qui, de façon générale, pose la question : à quelle condition une discussion devient-elle philosophique ?

Si la parole n'est contrainte par aucune règle de pensée, si elle s'évoque librement comme par association d'idées, la discussion a peu de chance de voir se construire une argumentation cohérente.

Pour qu'il y ait "démocratie", on conçoit qu'il y ait à la base un pacte entre les citoyens (respect de ce pacte, transparence du fonctionnement des institutions...). Pour la philosophie, c'est la même chose, on se donne librement des contraintes, on se les explique, et on s'accorde sur la manière de les respecter.

La contrainte est à la base de la créativité. Quelles contraintes s'impose-t-on à soi-même pour philosopher en groupe ?

Quelques propositions ont été formulées pour construire un débat à visée philosophique

  • Etre attentif à définir les mots qu'on utilise (par exemple, à partir d'un dictionnaire de base).
  • S'assurer que les participants acceptent, au moins ponctuellement, la définition proposée.
  • Avant de répondre à l'argumentation d'un interlocuteur, s'assurer de l'avoir bien comprise. Par exemple, proposer une courte reformulation à son interlocuteur afin de mettre en lien son argumentation et la sienne.
  • En règle générale, s'efforcer de mettre en rapport les arguments que l'on propose avec ce qui a été déjà dit dans le débat, et avec le sujet du débat.
  • On évite de redire ce qui a déjà été dit.
  • En dernier ressort, on peut se poser ces questions à soi-même : comment ai-je pris en compte la pensée d'autrui ? Comment ai-je intégré dans mon raisonnement des éléments de la pensée d'autrui pour prendre en compte des idées, des connaissances, des arguments, des questions qui m'avaient échappé jusque-là ?

VI) Rando philo (P. Barbereau)

Descriptif du dispositif

Etape 1, durée 20 mn : choix d'un sujet, du lieu de la promenade, et formation des petits groupes d'échange.

Etape 2, durée aller-retour 1h30 : la pratique du dialogue et la marche en elle-même.

Etape 3, durée 45 mn : la phase de retour ; au sein du grand groupe, la mise en commun du cheminement de pensée de chacun des petits groupes.

Questions autour du dispositif lui-même

En quoi une balade dispose-t-elle à philosopher ? En quoi l'échange en petits groupes favorise-t-il l'échange des idées et une réflexion partagée ? En quoi le partage en grand groupe nourrit-il la pensée de chacun ?

Rappelons que la promenade philosophique s'inscrit dans une tradition antique dont Aristote est à l'origine : l'école péripatéticienne (du Grec "péripatetikos" - "qui aime se promener en discutant". Dictionnaire d'Alain Rey). Aristote aimait transmettre son enseignement au cours de promenades avec ses disciples. Il s'ensuivit tout une tradition qui inspira des courants monastiques chrétiens et musulmans, autant que des philosophes.

Outre ces origines historiques, l'hypothèse, qui explique le succès de cette pratique, part du fait qu'il existe un rapport entre le mouvement du corps et celui de la pensée : cette dernière s'oxygène dans l'allant de la marche, et la pensée s'ouvre également à elle-même et s'échange plus aisément entre les compagnons de marche. De plus, le regard tourné vers l'horizon, le fait d'échanger ses pensées en marchant contribuerait à construire des rapports de coopération plutôt que des rapports d'opposition. (Voir la restitution de l'activité rédigée par Philippe).

Une façon atypique de définir la question philosophique du sujet

En rapport avec le thème général du séminaire, "Philosophie et connaissance de soi", les animateurs nous invitent à trouver la question qui semble essentielle pour approfondir le sujet.

Les participants ont proposé une dizaine de questions, elles sont reportées sur un tableau. En voici quelques-unes :

  • Qu'est-ce qu'une connaissance de soi sur le plan philosophique (par opposition à connaissance de soi sur le plan psychologique) ?
  • A quel point la philosophie nous permet-elle de nous connaître ?
  • En quoi la philosophie nous permet-elle de nous connaître ?
  • Comment "sortir de la caverne" à partir des vertus de la philosophie ?
  • Quelles sont les vertus thérapeutiques d'une consultation philosophique ?
  • Qu'est-ce que le soi ?
  • Que signifie la connaissance de soi ?
  • Quels rapports entre affect, concept et connaissance de soi ?
  • La connaissance de soi est-elle fonction de la connaissance de l'autre ?
  • Pour se connaître soi-même, faut-il s'oublier soi-même (Lévinas) ?
  • Quel sens donne-t-on à la connaissance de soi ?
  • Etc.

Ensuite, les organisateurs ont invité les participants à choisir par vote la question de leur choix, puis ils ont départagé les votes en réorganisant les questions par thématiques. Ainsi les thématiques relevant de "la connaissance de soi et de la philosophie" ont été mises en commun, les thématiques "thérapies et philosophie" ont formé un autre ensemble, de même que les thématiques "connaissance et identité du soi". Finalement, c'est une thématique qui a emporté le vote, et non une question en particulier. La question retenue a été reformulée ainsi : En quoi et à quel point la philosophie permet-elle une connaissance de soi ?

Commentaire

Cette façon de reformuler une question parmi les thématiques a rassemblé un consensus plus large que si l'on avait arrêté le choix du groupe sur une seule question qui, par ailleurs, l'emportait de peu par le nombre de votes sur les autres questions. Ainsi, le choix démocratique d'un groupe ne se résume pas nécessairement au seul critère de la majorité des votes au détriment des minorités. Les réponses peuvent être réinterprétées au profit d'un intérêt plus grand, philosophiquement parlant, pour l'ensemble des participants.

Le choix de la promenade

Le choix s'est porté sur un chemin ombragé qui serpente le long d'un cours d'eau, il est suffisamment large pour permettre à trois ou quatre personnes de marcher côte à côte. On imagine qu'un chemin escarpé, étroit, exposé en plein soleil ou à des nuisances sonores ne conviendrait pas. Se pose la question sur la façon dont l'environnement peut conditionner la promenade et les échanges entre les participants.

L'organisation des petits groupes

Les groupes se sont constitués de façon assez naturelle et selon différents critères : par affinité de pensées, par affinité du rythme de marche, ou selon l'allant du moment.

Le nombre de personnes par groupe de promeneurs

Trois, éventuellement quatre personnes par groupe de marche constitue un ordre de grandeur idéal. Observons que durant la marche, on se prive de signes non verbaux de l'échange (des mimiques, des regards), mais on se focalise en contrepartie sur une plus grande écoute, celle de soi et celle de ses compagnons. De fait, le rythme d'alternance entre écoute et prise de parole se trouve facilité.

Remarque : si l'on forme un groupe de quatre personnes, être attentif au fait qu'on est enclin à parler deux à deux.

L'échange en grand groupe

Le partage en grand groupe du cheminement de pensée effectué en petits groupes n'a posé, techniquement parlant, aucun problème. Le distributeur de la parole observait bien son rôle, l'assemblée était attentive à l'écoute des restitutions, celles-ci étaient suffisamment concises. Toutefois quelques participants ne se sentaient pas prêts à rendre compte de leur réflexion, à en faire une synthèse sur le champ. Une petite discussion s'en est suivie sur d'autres modalités de restitution.

Propositions d'améliorations

Définir dans son groupe de marche des modalités de la restitution qui sera fait en grand groupe. Par exemple, désigner un porte-parole ou prévoir une restitution à plusieurs. Synthétiser sa restitution 15 mn avant la fin de la promenade.

Chercher à rendre compte d'un cheminement de la pensée plutôt que de la synthèse d'un résultat.

En raison de l'intensité des idées partagées durant la promenade en petit groupe, un ou deux participants seraient d'avis de différer au lendemain la restitution en grand groupe.

Voici quelques propositions :

  • Une restitution en grand groupe pourrait se faire par un écrit synthétique le lendemain.
  • Faire une restitution brève sous la forme d'une question ou d'une phrase immédiatement après la balade.
  • Prévoir un laps de temps après la promenade (une heure) afin de laisser se décanter tout ce qui a été dit.
  • Envisager un atelier "écriture et rando philo", où chacun ferait la synthèse de sa rando pour le lendemain, synthèse qui serait suivie d'une mise en commun, et d'un re-travail d'écriture et de discussion.

Synthèse des petits groupes en plénière

"En quoi et à quel point la philosophie permet-elle une connaissance de soi ?"

Le débriefing de la "randonnée philosophique" se compose de deux temps. D'une part la restitution de ce qui s'est dit dans les huit groupes de marcheurs-philosophes, et d'autre part l'évaluation de la teneur philosophique (et démocratique) de cette pratique. Par souci d'intelligibilité, nous procéderons ici en ordre inverse. Il nous semble plus pertinent de présenter d'emblée la synthèse des réflexions sur le caractère philosophique de l'atelier. Nous pensons que celles-ci sont plus susceptibles d'intéresser le lecteur n'ayant pas participé à la marche en question, et qui souhaiterait en organiser une par lui-même sur le thème de son choix. La restitution de la substance des discussions, partant de la question "En quoi et à quel point la philosophie permet-elle une connaissance de soi ?", fournira un contrepoint illustratif des vertus philosophiques de l'exercice que l'évaluation aura théorisé au préalable. Nous laissons au lecteur la liberté de mesurer ces vertus dans leurs conséquences, par l'appréciation de la finesse et de la profondeur relatives des pensées des huit groupes.

L'évaluation permet aux participants d'exprimer leur ressenti en formulant leur appréciation concernant ce qu'ils ont aimé et ce qu'ils ont regretté concernant le dispositif qu'ils viennent d'expérimenter. Mais elle ne saurait se limiter à ça ! Elle vise également - et peut-être avant tout - une réflexion en commun sur la teneur spécifiquement philosophique (et démocratique) de chaque atelier. En un mot, nous y sommes invités à contribuer à une "théorie de la pratique".

La synthèse des diverses prises de parole lors de ce moment réflexif mis en place au terme de l'atelier, permet de dégager une nette appétence pour la rando-philo. Si on met de côté les critiques formulées à l'égard de la nécessité de la restitution (vécue comme "frustrante" voire "angoissante"), les participants sont unanimes pour louer la marche philosophique. Cependant, ceux-ci sont moins diserts (à commencer par l'auteur de ces lignes) lorsqu'il s'agit de hasarder une théorisation des raisons de l'intérêt philosophique de celle-ci.

Si on synthétise les éléments d'analyse présentés çà et là au fil des interventions (en fait, essentiellement dans celle de M. Tozzi) on peut noter que la rando-philo est conçue comme s'inscrivant dans une très ancienne lignée, qui remonte à l'école "péripatéticienne" (Socr te ou le lycée aristotélicien) et s'observe également dans la déambulation des moines dans leurs cloîtres. La marche méditative, ou philosophique aurait pour vertu de manifester l'union de l'esprit et du corps, voire de l'exalter. Philosopher ou discuter en étant assis, ce n'est pas la même chose que philosopher ou discuter en marchant ! Il est possible d'étayer cette intuition par une série d'hypothèses, qui constituent autant de pistes de recherche qu'il conviendrait d'approfondir au fur et à mesure des expérimentations réflexives. Les voici.

Tout d'abord, la marche accroît la respiration et améliore probablement l'oxygénation du cerveau, ce qui doit avoir un effet sur les processus de pensée. Cette oxygénation favorise sans doute les associations d'idées, la pensée devient plus fluide dans son fonctionnement. Ensuite, la marche implique de philosopher en petits groupes, ce qui a pour conséquence que tous auront la parole. Aussi, la réflexion a moins de chance de se disperser que dans une assemblée de dix ou vingt personnes. Par ailleurs, en marchant, les participants ne se regardent pas (en tout cas, beaucoup moins que dans une discussion en café-philo). L'échange se fait essentiellement par voie auditive. On peut faire l'hypothèse que cette configuration accentue la profondeur de l'écoute et améliore l'attention portée aux idées exprimées. En outre, le fait de marcher au rythme du groupe, mettant les corps en synergie, a pour vertu de disposer les esprits à l'harmonie. Cheminer en philosophant permet de ne pas développer le conflit, mais plutôt la compréhension. Ensuite, le fait de progresser, d'avancer physiquement et collectivement dans l'espace favorise sans doute la mise en place d'un processus cheminant dans la pensée. Enfin, on peut faire l'hypothèse que le contact avec la nature - ici un chemin de terre bordé d'arbres majestueux, longeant un canal ruisselant tranquillement à la lisière d'un bois - permet au participant de se sentir immergé dans un ensemble qui le dépasse (le bois, la nature, l'univers), tandis que la discussion en cercle du type café-philo organise l'espace en un enclos fictif autour d'un vide (le non lieu du centre vers lequel convergent les chaises).

Concernant la substance des échanges en petits groupes, les discussions s'articulent autour de quelques grands problèmes récurrents. Tout d'abord, vient la question de la spécificité de la connaissance de soi rendue possible par la philosophie. On connaît l'inscription au fronton du temple de Delphes - connais-toi toi-même -, mais le "soi" ici visé demeure pour beaucoup mystérieux... S'agit-il du moi empirique et singulier, objet de la psychologie lato sensu, ou correspond-il à une dimension générique du sujet renvoyant à sa condition d'être humain ? Par ailleurs, ce "soi" doit-il être conçu comme désignant la part relativement stable du sujet (répétition) ou au contraire ce qui rend possible une ouverture vers une certaine créativité (différence) ? Ces premières distinctions opérées (débouchant sur des couples notionnels changeant d'un groupe à l'autre : "idem-ipse" ; "moi-je", "soi continu-soi en mouvement", etc.), viennent ensuite des remarques touchant à l'articulation entre les approches philosophique et psychologique du soi. La psychologie (voire la psychothérapie) est-elle un préalable à la connaissance philosophique de soi (une propédeutique dénouant les problématiques du sujet et rendant possible l'universalisation via la démarche philosophique), ou vient-elle en renfort lorsque l'approche philosophique s'épuise sur la résistance d'affects empêchant son déploiement ? Deux articulations complémentaires et probablement en interaction constante. Le thème des affects comme limites de la connaissance de soi philosophique se couple à celui des biais et entraves impliqués par l'usage privilégié de la raison dans cette discipline. La raison est-elle un bon outil pour acquérir une connaissance de soi ?

Restitution Groupe1 (Marcelle, Gunter et Françoise) : la connaissance de soi, pour advenir, suppose l'existence d'un désir de se connaître assez fort pour dépasser les difficultés de l'opération. La connaissance de soi peut s'appréhender sous deux angles : psychologique et philosophique. Le questionnement philosophique sur le "soi" permet la distinction entre idem (identité substantielle : nature, essence) et ipse (identité dynamique de l'individu, processus de subjectivation continu et jamais achevé). À cette première distinction, se superpose celle entre le "moi", empirique et imaginaire, et le "je", d'ordre transcendantal (condition de possibilité de la réflexivité). L'articulation entre les approches psychologique et philosophique peut être imagée par la métaphore du démêlage et du tissage. Tandis que la psychologie dénoue les contraintes qui pèsent sur l'émancipation des processus de subjectivation à l'oeuvre dans l'individu, la philosophie consiste en un travail de retissage de ce qui a été dénoué afin de conférer un sens à l'existence ainsi réfléchie. Le problème se pose alors de savoir si la philosophie, en tant qu'activité plaçant l'exercice de la raison dans une position prééminente par rapport à d'autres régimes de pensée, ne comporte pas le risque de freiner la subjectivation en la poussant vers la rationalisation (qui met à distance de soi par l'interposition d'exigences formelles excessives). Cependant, on doit reconnaître à la raison (et donc à la philosophie) la propension à ouvrir le sujet vers l'universel par son souci d'élaboration conceptuelle, permettant à celui-ci de penser ce qui en lui est universel (tandis que la psychologie renverrait uniquement vers la singularité des affects). L'enjeu est donc de trouver la bonne distance entre être collé à ses idées (ce qui empêche la réflexion critique, vécue comme une menace planant sur l'intégrité du soi) et être totalement détaché de celles-ci (ce qui peut anéantir le désir même de penser).

R. Groupe 2 (Marie-Thérèse, Maryse, Michel) : la réflexion sur la connaissance de soi s'enracine dans deux postulats dont la rencontre est problématique. D'une part, il semble fondamental de se connaître et, d'autre part, cette connaissance de soi ne va pas de soi. Le sujet est une énigme pour lui-même, même lorsqu'il réduit le champ d'investigation au seul présent (sans procéder par anamnèse). Dans ce cadre, la philosophie comme moyen de se connaître se positionne vis-à-vis d'autres moyens concurrents : l'expérience vécue, le regard d'autrui (à supposer qu'on ne soit pas aliéné par lui), la culture (les arts - un tableau, un texte - nous disent quelque chose de l'humain, donc de nous-mêmes). La philosophie s'intéressant à l'être, s'intéresse à l'homme. Prenant la vérité comme visée, elle semble alors un moyen pour le sujet d'aller vers sa vérité. La première limite de cette approche est qu'il semble difficile de définir la dimension spécifique de soi que la philosophie permettrait de connaître (y en a-t-il seulement une ?). La seconde limite se rencontre lorsque les affects sont trop nombreux et/ou trop intenses ("en cascade"), ou encore lorsque le sujet est en trop grand désaccord avec lui-même ("un être déchiré"). C'est ici que la philosophie cède la place à la psychothérapie.

R. G. 3 (Maryline, René, Éva) : si on définit la philosophie par l'exercice de la raison, qui peut s'incarner dans la lecture d'un texte (confrontation à la pensée achevée d'un auteur) ou une NPP (confrontation avec la pensée tâtonnante d'autrui), la question se pose de savoir dans quelle mesure celle-ci peut conduire à une connaissance de soi. En effet, le discours rationnel admet certaines limites. Notamment, il engage une métaphysique du sujet - à travers ses structures logiques et grammaticales - qui peut être emprisonnante pour celui-ci. Une démarche de connaissance de soi prenant en compte sa dimension dynamique peut ainsi souhaiter s'émanciper du discours rationnel, vécu comme une entrave, et s'orienter vers des activités comme le chant ou la danse. Ces activités, moins soumises aux exigences du logos, sont-elles mieux à même de restituer une appréhension de soi plus proche de son mouvement spécifique ? En définitive, on peut se demander si la connaissance de soi consiste en une révélation de son "soi continu" (ce qui est statique en soi : un habitus par ex.) ou de son "soi en mouvement". Le saisissement de ce mouvement peut-il constituer une connaissance de soi ? Une connaissance de soi aboutissant à un dépassement des répétitions du soi continu. Les pratiques philosophiques (la danse et le chant également) semblent propices au ressaisissement permettant un dépassement de soi (aux antipodes d'une connaissance de soi se reposant sur ses lauriers). Se posent alors deux questions. Tout d'abord celle du rôle du tiers dans ce processus de révélation. Et enfin celle du statut du dépassement de soi vis-à-vis de la connaissance de soi (peut-on dire que se dépasser revient à se connaître, à se créer ?).

R.G. 4 (Michel T., Jean-Paul, Luce) : la philosophie est la recherche d'une compréhension du réel et d'autrui par la raison. La question se pose de déterminer si le "soi" sur lequel porte la recherche correspond au "moi" des psychologues, ou s'il désigne autre chose. Le cheminement de pensée s'élabore en quatre étapes. Tout d'abord, il s'agit de poser l'enjeu. La question de la connaissance de soi paraît cruciale, de par son caractère émancipateur, nous libérant d'une ignorance susceptible d'entraver l'aspiration au bonheur et/ou à la vérité. Cependant, il faut noter immédiatement que la philosophie ne saurait tout connaître du soi, en raison de la part inconsciente affectant toute subjectivité. Mais là est le lot de toute démarche épistémique prenant le soi/moi pour visée : les neurosciences et les psychologies elles-mêmes ne sauraient acquérir une connaissance totale du soi/moi. Ainsi, nous revenons vers notre question de départ, celle de la spécificité de la connaissance philosophique de soi. On peut faire l'hypothèse que celle-ci ne prend pas pour objet le soi/moi au sens d'ego ou de singularité psychique de l'individu. Le soi dont la philosophie établit la connaissance, est le soi de la condition humaine, celui d'une subjectivité générique non relative aux singularités (affective, biographique) propres aux individus. La philosophie se penchant sur le soi est une tentative de réponse à la question : "Qui suis-je en tant qu'homme ?".

R.G. 5 (Viola, Christine, Marie-Dominique) : la connaissance de soi requiert une réflexion sur les valeurs et moteurs du sujet, ce qui ne va pas de soi et nécessite le concours de l'autre. La philosophie, en tant qu'elle est un apprentissage de la réflexion qui conduit à dialoguer avec l'autre, à aller à sa rencontre (via les NPP par ex.) peut donc aider à élaborer une connaissance de soi, à s'explorer soi-même. La prise de conscience des postures de notre corps, en tant que révélateur du rapport à l'autre, est certes importante mais elle ne suffit. Il est nécessaire de poser des mots pour se connaître. Ces mots permettent de se rendre compréhensible par les autres, et par nous-mêmes également. Cependant, celle-ci permet également une protection contre les affects (les pulsions) via la réflexion, ce qui constitue une limite. L'affect peut être un départ pour la réflexion philosophique, qui rencontre sa limite lorsque celui-ci devient envahissant...

R.G. 6 (Patrick, Éva, x) : la philosophie, en tant qu'outil de connaissance de soi, prend-elle en compte l'inconscient de la psychanalyse ? Y a-t-il un intérêt philosophique à se connaître ? Et, d'une manière générale, peut-on et doit-on se connaître ? La connaissance de soi suppose une pulsion épistémologique tournée vers le soi, un affect tourné vers la connaissance de soi (et de son propre désir). Celle-ci permet d'établir une révélation, celle de la distinction du moi et de l'ipséité. La conquête de l'ipséité passe par le fait de se dégager de sa représentation de soi.

R.G. 7 (Olivier, Georges, Aline, Danièle) : la connaissance de soi ne peut être conquise par soi-même. Le détour par l'objectivation scientifique est nécessaire. C'est l'accélération des flux, et notamment le développement et l'utilisation des réseaux informatiques (pluriels et complexes) qui rend difficile (voire impossible) cette connaissance de soi par soi-même. Dans ce cadre, le rôle de la philosophie serait de revaloriser l'humanisation dans une perspective politique.

R.G. 8 (Yves, Francis, Philippe) : on peut caractériser la "philosophie" par un faisceau d'activités employant la pensée réflexive pour formuler des problèmes. Elle se décline en philosophie académique (profession), pratiques philosophiques (lecture, café-philo, ciné-philo) et vie philosophique (existence placée sous la présidence de la raison et/ou de la recherche de la sagesse). Quelle est la spécificité de la "connaissance de soi" à laquelle la philosophie donne accès. Considérant que toute activité humaine nécessitant apprentissage (donc tâtonnement et remise en question du sujet) donne lieu à une certaine "connaissance de soi" (car les potentialités et limites du sujet y sont révélées), on peut se demander si la philosophie permet d'éclairer une dimension spécifique de l'être dont aucune autre discipline ou activité ne pourrait rendre compte. Prenant l'exemple du menuisier qui, apprenant son métier, en vient à développer une certaine "connaissance empirique" de lui-même en tant qu'être capable de produire certains ouvrages (porte, table) et d'accomplir certaines opérations (tailler, mesurer, raboter, coller), on peut s'interroger sur la dimension de soi que la philosophie (et elle seule) permettrait d'expérimenter. S'agit-il d'une connaissance de soi en tant qu'être pensant, à même d'user de sa raison pour cheminer de manière argumentative dans une pensée critique ? Si c'est le cas, cela signifie-t-il que la philosophie peut négliger la dimension affective de l'être, abandonnée aux psychologies ? Peut-on séparer connaissance de soi psychologique et connaissance de soi philosophique ?

VII) Discussion philosophique (J.-P. Colin/L. Bonnet)

Descriptif du dispositif

Etape 1 : un récapitulatif des sujets traités depuis le début du séminaire est présenté sous forme de tableaux. Cette présentation vise à faciliter l'émergence de questions nouvelles de la part des participants pour la dernière activité du séminaire.

Etape 2 : les conditions du débat sont proposées :

  • Le participant est invité à préciser la caractéristique majeure de son intervention avant de prendre la parole (je propose une thèse, un contre-exemple, une synthèse, une mise en perspective, une comparaison...).
  • Il doit veiller à énoncer une seule idée par intervention.
  • Un moment de silence suivra chaque intervention.
  • Le nombre des interventions est limité à trois par personne.

Etape 3 : un vote est organisé pour sélectionner une question parmi celles proposées par les participants. Le sujet retenu est : quelle est la place du concept dans la connaissance de soi ?

Etape 4 : durant le débat, un modérateur reformule et retranscrit un résumé des interventions, deux distributeurs de la parole notent les demandes de parole. Chaque participant a reçu trois bouts de papier, il les déposera devant lui pour décompter le nombre de ses interventions.

Etape 5 : en fin de débat, les participants sont invités à rédiger un court texte (quelques phrases) pour résumer leur position par rapport au sujet.

Etape 6 : partage avec l'ensemble du groupe de la lecture du texte de chacun.

Un résumé des avis des participants

Plusieurs points de ce dispositif ont été perçus comme très intéressants :

La reformulation des interventions des participants a aidé à recentrer les propos et à les resituer dans le cadre général du débat. Certains participants pensent néanmoins qu'il n'est peut-être pas nécessaire de rédiger toutes ces reformulations sur le tableau.

Le fait d'énoncer la caractéristique de son intervention demande de mieux situer son propos par rapport au débat. Toutefois, nombre de participants ont annoncé de nouvelles thèses, ou apporté de nouvelles données, si bien que le fil conducteur du débat échappait au groupe.

L'écrit en fin de débat a été perçu comme très positif également. Chacun a pu alors observer que les écrits prenaient en compte la diversité des arguments exprimés au cours du débat. Il y a donc une sorte de contraste : les interventions lors du débat donnent l'impression d'une succession de monologues, tandis que les écrits témoignent du fait que chacun a pris en compte la pensée d'autrui, ainsi que la remarque l'un des participants : "Les textes sont inter-textuels, il y a dans chacun des textes un peu du texte des autres".

La contrainte du nombre d'interventions par personne est à double tranchant. Elle demande de la part des parleurs "infatigables" un effort pour se concentrer sur l'essentiel de leurs propos, ce qui constitue un avantage. Toutefois, l'énergie dévolue à cet effort inhibe l'attention accordée aux idées d'autrui. Le débat perd alors en souplesse et en qualité interactionnelle.

La contrainte d'une idée par intervention est également problématique : elle évite dans un premier temps la tendance à vouloir être exhaustif au cours d'une seule intervention, mais par ailleurs, elle peut empêcher de relier différentes idées émises lors du débat.

Propositions d'amélioration du dispositif

Les animateurs ont bien perçu les limites de ce dispositif, selon l'un d'eux : "Les contraintes finissent par se chevaucher, et nous avons du mal à les appliquer toutes".

Proposition est faite de réduire le nombre de contraintes, mais de garder l'idée d'inviter à la concision (ne pas se répéter, ne pas diluer sa pensée en multipliant les exemples...).

On suggère d'attacher plus d'importance au contenu du débat. Une discussion, s'en est suivie, je la résume ci-dessous.

Résumé de l'échange qui a suivi le débat

Question d'ordre général : dans quelle mesure la contrainte est-elle intéressante, et quand devient-elle contre-productive dans une discussion philosophique ?

Qu'est-ce qui est important dans la prise de parole ? Est-ce que je parle pour le plaisir de m'exprimer ou pour apporter un nouvel argument dans l'économie générale du débat ?

En fait, les règles que nous nous sommes fixées relevaient essentiellement de contraintes démocratiques, et elles ont fait l'impasse sur la teneur philosophique de la pensée.

La question qui se pose est donc : quelles sont les contraintes à maintenir pour que les règles proposées soient à la fois démocratiques et philosophiques ?

On a parlé tout au long de nos échanges de concepts et de connaissance de soi sans quasiment jamais citer des exemples (la timidité, la frustration, l'inconscient ...)

Ce qui m'a frappé c'est le fait de mettre des signifiés identiques derrière des mots différents, et inversement, des signifiés différents derrière des mots identiques.

Oui, en effet, la polysémie est inévitable, il convient de trouver des manières de composer avec la richesse qu'elle offre.

Pour ces débats, il nous faut inventer de nouvelles pratiques d'explicitation, et de reformulation.

Quelques propositions

Ces dialogues à visée philosophique constituent de nouvelles pratiques sociales et scolaires, le travail d'ajustement du langage est un élément essentiel à prendre en compte.

On peut utiliser des raisonnements de type hypothético-déductif, par exemple, si on entend par "soi" le soi individuel, alors on peut soutenir ceci etc. Et si on entend le "soi" comme un référent universel, alors on peut soutenir cela etc.

On peut proposer à partir d'une liste de se mettre d'accord sur les sens de différents mots-clés autour d'un thème, et par la suite, inviter les participants à préciser les définitions qu'ils utilisent.

Faut-il attribuer à des participants ce rôle précis de construire cette liste et, si besoin est, d'en rappeler l'usage durant le débat ?

Les thèmes sont d'ores et déjà choisis pour la prochaine rencontre (Du 24 au 26 juillet 2015) : "Le dialogue philosophique - Ses conditions", et "La conversion philosophique".

Contact : michel.tozzi@orange.fr

Annexe I : CINE-PHILO AVEC LA LECTURE ET L'ANALYSE DU FILM : ALEXANDRA

Par Aline Astier et Georges Dru

Ce ciné philo a commencé en soirée par le visionnement du film en privé, avec un support DVD, et la discussion s'est faite le lendemain.

Le film Alexandra a été choisi, puis présenté par Georges Dru. Le film fut tourné en 2006, il est sorti en salle en 2007. Il a été réalisé par Alexandre Sokourov, né en 1951 en Russie.

La présentation ci-dessous a été remaniée après coup, pour une lecture de ceux qui ont déjà visionné le film "Alexandra" et pour ceux qui le visionneront plus tard.

Nous avons ajouté des remarques complémentaires et une conclusion.

La distribution des personnages principaux :

Galina Vishnevskaïa : la grand-mère, Alexandra Nikolaïevna, qui fait une visite à son petit-fils.

Vassili Chestvtsov  : le petit fils, Denis, officier de l'armée russe en Tchétchènie.

Raïssa Gitchaïeva  : Malika, l'institutrice tchétchène qui parle le russe.

Présentation (G. Dru)

Alexandre Sokourov est dramaturge et prépare beaucoup ses films. Alexandra, c'est un titre symbolique : c'est le nom du plus ancien théâtre construit à Saint-Pétersbourg, en 1832, par Nicolas I, I'empereur qui lui a donné le prénom de son épouse.

L'actrice, Galina Pavlovna Vichnevskaïa, née le 25 octobre 1926 à Léningrad, est morte le 11 décembre 2012 à Moscou. Elle était une soprano russe célèbre et fut engagée pour jouer le rôle principal.

Alexandra se présente à la fois comme un documentaire, parce que filmé sur des lieux réels, mais c'est en réalité une fiction dramatique. Le tournage a duré un mois et sous une température de 40°, très éprouvante.

Sokourov a filmé la vie et les activités d'un camp militaire russe basé en Tchétchénie, près de Grosny. Il filme sur les lieux réels du marché et un quartier touché par les bombardements. Il a engagé des acteurs professionnels du théâtre de Grosny, mais aussi des soldats qui jouent dans le film.

Denis, le petit fils d'Alexandra est un acteur, ainsi que le jeune homme qui l'a accompagnée dans le camp.

Ce qu'il faut souligner dans le film, c'est qu'Alexandra, la grand-mère de Denis, avait obtenu l'autorisation de rendre visite à son petit fils, officier. Or, elle découvre "quelqu'un" de très différent de ce à quoi elle s'attendait de voir, un homme blessé, sale et instable, qui habite dans une tente sans confort. La réalité qu'elle voulait trouver n'a rien de commun avec ce qu'elle rencontre. Ce qui ne cesse d'augmenter sa curiosité et son inquiétude. Sans doute qu'elle voulait faire ce voyage, pour ne trouver que la confirmation de ce qui était montré à la télévision et par les médias russes. L'officier qu'elle observe ne correspond pas vraiment à l'idée qu'elle se faisait. Elle était venue pour chercher des valeurs solides et confortables, et se trouve là, devant une sorte de chaos indescriptible, auquel elle doit faire face avec ses ressources affectives positives. Elle a dit plus tard, au jeune tchétchène qui la raccompagnait : "Ce qui convient à un homme, ce ne sont pas les armes, mais l'intelligence", faisant référence à une sentence de la sagesse japonaise. Elle invalidait l'idée du combat, après avoir dit à Denis : " C'est facile de tirer".

Le choix du film essayait de correspondre avec les deux thèmes du séminaire de Sorèze : " Les affects" et : "La connaissance de Soi". Dans le film Alexandra, nous avons deux modes d'identification. La première est celle des soldats, qui n'expose qu'une possibilité, celle de l'idéal national de l'armée russe. Celui qui n'obéit pas reçoit des coups et se trouve banni de la collectivité militaire. Ce sont alors les sanctions et les punitions qui règlent les choses. Il n'y a dans cette condition qu'un seul mode de comportement, le devoir du militaire, délivré de toute responsabilité vis-à-vis de l'ennemi tchétchène, accusé de terrorisme.

Le deuxième mode d'identification est plus complexe. C'est celui d' Alexandra, qui marque une sorte de mépris pour les militaires qu'elle découvre. Elle désobéit et va à la rencontre des autres, de Denis en premier, dont elle accepte toutes les humeurs, mais qu'elle contredit souvent. La vie du camp l'ennuie et elle en sort sans l'accord de Denis. Au marché, elle rencontre Malika, une institutrice tchétchène, qui parle le russe et qui lui ouvre sa porte. Malika lui offre son lit, afin qu'Alexandra puisse se reposer et elle lui propose du thé, boisson commune très appréciée en Russie. Mais, son thé est comme de la paille. Elle explique à Alexandra que les femmes qui font commerce avec les officiers, ont du bon thé de Russie. L'ironie de Malika est évidente et joyeuse pour gagner la confiance, alors qu'elle vit dans une des pièces d'un immeuble à moitié détruit par les bombardements de l'armée russe. Elle affirme : "Les tchétchènes, nous sommes un peuple joyeux". Ces tchétchènes-là ne semblent pas soumis, mais protégés par l'armée venue de Russie. Pour finir, Malika refuse le paiement des cigarettes qu'Alexandra a emportées pour les soldats russes. Etonnante stratégie contre l'affect de la vengeance.

Alexandra les quitte, parce que la guerre contre la résistance "terroriste" n'est pas finie et que Denis lui ordonne de partir... Pour Alexandra, sont présentes singularité et pluralité, comme l'aurore de cet humanisme nouveau qui est perdu à cause de la guerre ou à venir. Seules les femmes, qui sont toutes soeurs le créent, selon le dire de Malika à Alexandra.

Dans ce film, nous avons donc trois discours différents qui sont celui d'Alexandra, puis de Denis et de Malika. Chacun d'eux a sa place et sa fonction dans l'espace narratif du film.

Sokourov réussit quelque chose de très difficile, car il fait tenir des discours singuliers, dans une situation extrême et sans aucune apologie, ni déclarer des reproches que les uns ou les autres pourraient se faire. Denis est un héros et il assume cette charge depuis son enfance, alors qu'il protégeait déjà sa mère contre sa propre mère, Alexandra, qui critiquait sa fille. De son côté Malika voit les soldats, comme des enfants de la Russie, perdus en Tchétchénie et qui risquent de se faire tuer très jeunes. Les trois discours semblent des plaidoyers défendant la paix dans cette période dangereuse de la guerre.

Quand Alexandra part seule comme elle est venue, elle remet ses boucles d'oreille rouges à Malika, qui porte un foulard rouge sur ses cheveux et la rejoint à la gare. Ce sont des circonstances dramatiques qui les ont réunies, mais elles ont réussi à dépasser toutes les épreuves, par un comportement philosophique ou national exemplaire. Le train démarre et elles se perdent du regard, avec la promesse de se revoir un jour à Saint-Pétersbourg. Cette guerre avec les armes, elles ne l'ont jamais souhaitée.

La discussion à visée philosophique

Préalable méthodologique à toute discussion :

1°) Quelle est la différence entre la lecture philosophique d'un film et la pratique d'un ciné-club? La discussion philosophique a pour principe de s'appuyer sur des concepts des auteurs de la philosophie. Le ciné-club a pour références la culture cinématographique et la récente histoire du cinéma.

2°) En quoi la discussion m'éclaire-t-elle sur la connaissance de soi ?

  • Soit j'y suis pris singulièrement moi-même en tant que sujet singulier lecteur du film ;
  • Soit je me pose la question : qu'est-ce que le film me dit sur la vie politique de tous les humains, sur le pouvoir national et l'armée pour le défendre, comme c'est le cas dans ce film russe ?

1) X : ce film est-il orienté par le pouvoir ?

2) Georges D : ma réponse est non, d'une part parce que Sokourov a demandé une autorisation pour filmer le camp militaire et qu'il l'a obtenue. D'autre part il s'agit d'une oeuvre d'art, qui montre ici un échec du pouvoir de Moscou. Nous savons aujourd'hui que de nombreux Etats nationaux dans le monde, comme certains régimes tyranniques, surtout après le 11 septembre 2001, sont sous la menace du terrorisme international de l'Islam radical, qui se forme en groupes armés qui tuent des civils, dont le plus connu est Al Qaïda.

3) X : moi, avec mon sac à main, mes boucles d'oreille, je m'identifie. Je vois cette femme, on la pousse, on la tire, on lui replie les jambes on l'enfourne.

Alors, qu'est-ce que j'éprouve de moi ? C'est humiliant d'avoir à subir un pareil traitement.

Elle a le rôle de la mamie sécurisante devant ces " enfants" du camp et au marché où elle rencontre les regards fermés. Quand l'autre me regarde et ne dit pas un mot à la personne devant lui, qu'est-ce cela signifie ? La connaissance de moi passe par les autres.

4) X : Le détail des bijoux rouges : Alexandra les pose pour entreprendre sa déambulation. Que veut dire cette précaution quand elle pose tout ce qu'elle avait avant. Est-ce qu'une attitude pacifiste est possible, même en traversant des milieux délabrés à cause de la guerre ? Comment penser autrement quand on entre dans le conflit et la souffrance ?

5) X : Ce qui dérange, c'est d'amener dans la réalité du camp militaire cette femme. La grand-mère, la babouchka. C'est un symbole russe.

6) X : En raison de ces choses difficiles auxquelles ils s'affrontent quotidiennement, les postures des enfants tchétchènes ressemblent à celles des animaux qui dominent par des regards les dangers. Ces enfants vont-ils arriver à être tendres après la guerre ?

7) X : Comment en arriver là ? Faut-il que les hommes soient en guerre ? On ne voit pas la violence qui est faite, mais seulement des traces sur le corps de Denis.

8) X : Il y a quelque chose de très lent chez Alexandra. Elle se confie à Malika l'institutrice tchétchène, qui l'a accueillie chez elle et qui parle la langue russe. Elle raconte que son mari est mort et qu'il était cruel, qu'elle a eu une vie difficile et qu'elle est venue là, pour voir son petit-fils officier. Donc, elle est à la fois singulière et universelle en tant qu'elle-même et très russe. C'est une babouchka.

9) X : Comment transparaît le regard de ces gens ? Le regard est médusé dans ce film ennuyeux, qui oblitère le statut de la parole. N'est-ce pas la parole dont il faudrait rendre compte ? Il y a un esthétisme formel et lourd dans ce film.

10) X : On ne voit pas la guerre en ce sens qu'on ne voit pas les combats. Mais la violence, sans la voir s'accomplir, je l'ai ressentie au moment où, brusquement, les chars ont démarré. Ces masses compactes de métal impressionnent avec leur puissance et leur bruit fracassant !

J'ai été sensible au contraste créé avec la douceur des images de la féminité dans la chambre de Denis. Par exemple, la confection de la tresse d'Alexandra. Les trois mèches patiemment tressées par son petit-fils. C'est le symbole du lien.

11) Georges D : La guerre c'est comme une addiction pour Denis et on voit qu'il est en manque, dès qu'il s'arrête de combattre. Il y a comme une addiction au stress de la guerre, comme pour les drogués qui ont besoin du flash et de l'hallucination. Au sujet de l'addiction à la guerre : l'intérêt philosophique c'est le " vide du moi" qu'il négocie, puisque le sujet choisit l'action en premier. Au contraire, dans le camp, Alexandra n'y est nulle part à sa place et prend les choses au second degré. C'est comme si on lui disait :"Bouge-toi! Il faut que çà aille vite !". Sans doute pour l'empêcher de poser des questions. Elle a une place ailleurs.

12) X : Ce film, c'est comme si on regardait sécher de la peinture sur un mur. Tout le monde subit une vie de merde. Les russes conditionnent leurs hommes et quand ça ne marche pas, on tape. Il y a le conditionnement, c'est facile, et le refus du conditionnement, c'est le difficile chemin que prend Alexandra.

13)X : Cette grand'mère, c'est comme le désert des Tartares. On voit sa lenteur, sa solitude. Enfin, les hommes sont des hommes et les femmes sont des femmes.

14) X : Le difficile, c'est la vie. Le capitalisme va s'épuiser dans une économie de guerre. Aujourd'hui c'est la guerre philosophique qui est déjà commencée. L'intelligence est plus forte que les armes et les mains. La philosophie, c'est aujourd'hui une guerre spirituelle !

Donc, plus c'est singulier, plus c'est universel. Freud et Lacan ont bien vu cela. Lacan disait :"Chaque patient peut détruire ma théorie". Il ne faut pas confondre l'universel et le général. Ce qui est universel, c'est notre singularité. Notre singularité, c'est vivre, c'est l'universel concret. Le général, c'est l'homogénéité. Aujourd'hui c'est la guerre, il y a la guerre économique. La militarisation de la société, la société de guerre commence déjà à l'école.

15) X : A propos des tchétchènes, c'est un peuple du Caucase turbulent, qui fait un peu du djihad. Dans Souvenirs de la maison des morts, Dostovieski évoque la rencontre de Fiodor, qui est un intellectuel, avec deux tchétchènes dans le camp en Sibérie où il était au bagne. L'origine de la 2ème guerre de Tchétchénie, c'est l'attentat dans le métro russe. Quand Poutine a dit : "On va les chercher dans les chiottes". Ce film est en rupture ! Il y a une rupture entre les russes et les tchétchènes, quelque chose d'extraordinaire... Alexandra, elle passe la barrière, c'est facile !

16) X : Le film est touchant, mais banal. Pas spécifique de la connaissance de soi. Les soldats avaient oublié leur vie civile et ils avaient tous un air hébété.

17) X : Je remarque l'impressionnante matière tranchante, coupante du camp des militaires et à l'opposé s'exprime beaucoup de féminité. Denis reçoit de l'attention et doit se laver et il y a la scène quand il coiffe sa grand-mère avec délicatesse et lui refait la tresse. C'est un jeu très intérieur avec l'aspect d'une grand-mère et avec du charme. Les femmes tchétchènes aussi expriment leur féminité...

18) X : Une guerre où ce qu'on risque c'est la panne ! On voit un monde délabré. J'ai vu des ruines, les gens n'ont même plus peur ; ils s'en foutent... Avec la panne, plus rien n'a de valeur. A quoi bon se battre, à quoi bon se marier. M'aime-t-on ailleurs ? La question c'est : à quoi bon ?

19) X : J'ai l'impression que c'était un film en noir et blanc. Où est le courage ? Quand j'ai vu les pieds de Denis, j'ai pensé : " Qu'est-ce qu'il doit souffrir ?" Là, il semble bien que le côté humain a disparu.

20) X : Pour faire une lecture philo dont l'attirance est la vérité. Je dirais, ce film, que m'apprend-il sur moi ? Il m'a appris sur mes affects et aussi le sentiment dérangeant de banalisation de la guerre ? Qu'est-ce qu'il m'apprend sur l'homme ? C'est qu'il peut faire la guerre par décision collective du groupe. Donc, il y a un certain nihilisme...

21) X : A propos de la relation entre l'Art et la Philosophie, il y a deux manières de soulever les problèmes. Ce qui est intéressant, c'est la reprise conceptuelle de l'affect. Il y a une relation entre l'art et la philosophie. La conceptualisation de l'art nous affecte. C'est une fonction de l'art. Christine dit qu'elle s'est identifiée au personnage, la babouchka : "Je veux mieux comprendre ces véhicules, leur rôle, c'est insupportable..." Comment alors le concept peut magnifier l'ennui ou rendre raison de la vie, là où la vengeance et la mort sont une menace présente. Alors, quel est le moment où j'en tire une leçon pour moi ou pour l'Homme ? Ensuite apparaissent la guerre, la paix et puis la question du sens.

C'est le point de basculement philosophique. Les thèmes comme le pouvoir, la guerre, c'est ce qui peut donner un sens. Mais on n'est pas encore au niveau de la question. Qu'est-ce qu'il montre du pouvoir ce film ? La puissance exerce un conditionnement et ainsi la guerre est banalisée. D'un autre point de vue, il y a l'âge des personnes et un rapport à l'altérité générationnelle et inter genre. Alexandra erre comme la boule lancée dans un jeu de quilles. Elle est rude, elle provoque le respect, elle introduit aussi de la tendresse. Les thèmes posent question et il faut voir comment nous y répondons. D'une part, nous devons dire dans quelle perspective s'est réalisé le film et d'autre part comment la philosophie doit rendre compte de la vie, s'expliquer avec la vie.

C'est çà une lecture philosophique. On n'est pas dans une fermeture froide et rigide. Il s'agit aussi de rendre raison de la Vie !

22) X : Cette babouchka au milieu du désert des tartares, c'est soporifique. Tout ce qui est plan serré fait bien clos. Peut-être n'ai-je pas voulu écouter le thème de la transmission entre cette grand-mère et son petit-fils. Qu'est-ce que les générations ont à se transmettre ?

23) X : Je me demande comment distinguer le corps objet de l'affect et comment on fait pour la connaissance de soi ?

24) X : Banalité et banalisation, cela me scotche d'entendre ces choses. La question du mal pourquoi faire ? La panne, l'humain peut-il progresser ? Pourquoi faire cette réflexion sur cette connaissance de soi ?

Cette question :" L'humain peut-il encore progresser ?", c'est dans une image d'espoir. Il y en a bien qui ont réussi à dépasser le mal pour que l'humain s'humanise. Comment cette affaire change dans l'humanité qui se construit aujourd'hui et demain ? Les religions montrent assez que c'est impossible sans la vraie et bonne conversion, celle qui prouve que le sujet a la capacité de se dépasser.

25) X : Je reviens sur la conversation entre le jeune homme tchétchène qui ramène Alexandra au camp militaire. Il lui dit qu'il voudrait aller à Saint-Pétersbourg et à la Mecque et Alexandra lui répond : Saint-Pétersbourg, je peux t'aider, mais pour la Mecque, c'est à toi...". Cela figure qu'il a les mêmes deux désirs que Malika.

25) X : On est sur un fil tendu entre le singe et le "Surhomme" (Nietzsche dans son Zarathoustra).

Il y a une ambiguïté énorme. Là le film fait nous projeter et cela fonctionne en mécanisme de la connaissance de soi. Là ce sont tous des hommes sans femmes, alors que notre vision reste fixée sur hommes-femmes ensemble, selon un schéma des européens. La singularité multiple avec tout le monde l'universalité. Denis est un homme sans femme et il va à l'hôtel pour les rencontrer, alors que Malika est une femme seule et elle a un chez soi, même délabré.

26) X : A propos du thème récurrent Homme(s)-Femme(s). Il n'y a pas d'hommes dans le camp, il n'y a que des enfants ou des adolescents. Ainsi, même Denis, lorsqu'il montre la kalachnikov à sa grand-mère, a l'air d'un ado qui dit : "T'as vu mamie ma belle moto ?". Alexandra manie l'arme et lui dit :"C'est facile". Une phrase redoutable, "c'est facile" de tuer ! Parallèlement, elle a montré en rendant visite à Malika que c'est étonnamment simple de faire la paix.

Donc, pas d'idéal, pas de cause, pas de fanatisme.

Les hommes avec les femmes c'est la Vie, comme Malika le pense ; sinon pas d'enfants et pas de transmission possible.

27) X : Corps militaire, corps social, corps national. Une aventure et l'hébétude, est-ce un affect ? En fait, la magie, c'est la parole vers le concept. Alexandra, elle n'obéit qu'à elle. C'est cela l'universel du film.

28) X : La philosophie, c'est quand la Vie a plus d'importance que la philosophie. Il n'y a rien de plus humain que la violence. Gandhi disait : "Mon peuple est tellement violent, qu'il faut que je lui apprenne l'amour". Quoi de plus difficile que l'amour ?

Le film Alexandra, c'est une métaphore de ce que je vis... Alexandra est dans le désir de rencontrer et Malika est dans la tradition de l'hospitalité.

28) X : Je vois un parallèle avec jean Luc Godard, le cinéaste français de la nouvelle vague. A cause de la musique, le silence et aussi le temps.

29) X : Je pense à un film ancien de Murnau, Le dernier homme, qui est lié à la banalité du mal. Où suis-je dans ce film ? Le film est une surface. Dans la Caverne de Platon, les prisonniers attachés, de leur place, ne voient que des ombres qui se déplacent sur le mur, projetées par un feu central, l'unique source de lumière.

Le film, c'est une surface projective où chaque détail va être différent, selon le sujet qui regarde. En quoi notre singularité et notre projection se fixent sur des personnages eux-mêmes situés, singuliers et en même temps universels. Nous avons sur l'écran une vraie guerre et une fausse paix, dans le même temps. Au camp, il y a une misère spirituelle évidente, alors dans la ville les forces spirituelles du vivre ensemble continuent d'y être utiles.

30) X : Il n'y a pas d'hommes constate Malika. Ce sont des enfants. C'est assez significatif que ce soit plus facile de faire la guerre avec des enfants qu'avec des hommes. Dans ce film, c'est très difficile à faire valoir la philosophie. On est comme pris dans la toile d'araignée. Or, dans la ville, ne restent que les femmes et leurs enfants. Où sont les hommes et que font-ils ?

31) X : Alexandra a l'autorisation de rendre visite à son petit-fils, parce que c'est un officier super obéissant. Ce film montre que la vie réelle est plus importante que l'art de la guerre. Trouve-t-on ici une relation entre l'art et la philosophie ? Alexandra avec le désir d'aller vers les autres, est dans le désir de rencontrer des tchétchènes et leur tradition de l'hospitalité.

32) X : La surface projective du film, c'est la société musulmane où la singularité nous renvoie à notre singularité. Quels en sont les thèmes que nous trouvons là ? La transmission, le mal, l'hébétude, l'obéissance, la connaissance de soi, la non-violence, la solidarité entre les femmes...

33) X : Notre Mecque de philosophes, c'est la vérité.....

34) X : Il est bon qu'il y ait des axes et non pas que tout soit démontré comme dans certains films. La violence est démontrée en creux, pour libérer autre chose chez les spectateurs. Le film montre la vie en mettant des axes. Est-ce qu'il n'y a que des enfants et des vieilles femmes ? Dans le système, est-ce qu'un homme reste un homme et que deviendra Denis après la guerre ? C'est la question que se pose Alexandra.

35) X : Je remarque que lorsque que Alexandra est dans le train et regarde en arrière, Malika se retourne assez vite. Elle cesse de suivre du regard le train qui démarre doucement et emporte Alexandra et se retourne. Est-ce que cela a une signification ?

36) X : Le film est narratif. Donc la question, c'est à quoi m'a-t-il fait penser. A quelles questions le film veut-il nous faire répondre. Dire que le film c'est une oeuvre d'art qui s'inscrit dans tel courant, ce sont des formulations qui conviennent pour le ciné-club. Si en parlant d'un film on philosophe, alors on dit autre chose. Mais ce n'est pas en parlant d'un film que l'on parle de la connaissance de soi.

37) X : Comment porter au langage nos affects ? Cela se passe aussi bien en psychologie qu'en philosophie. Mais ce sera à partir de la psychologie que l'on en parle le plus aujourd'hui. Quand ce que l'on ressent est ennuyeux ou passionnant, on est dans l'affect. L'herméneutique, c'est de l'interprétation. Aussi il y a des modalités d'interprétations différentes en psychanalyse et en philosophie. Elles n'ont pas la même visée. Les interprétations de la philosophie sont plus à référer aux concepts et elles problématisent la réalité.

Remarques complémentaires

" Alexandra n'est pas un film de guerre mais un paradoxal hymne à la vie."

Cette remarque d'un critique voudrait indiquer le sens du film. Affects et connaissance de soi sont les thèmes du séminaire de Sorèze 2014. Or, le film ne montrerait ou ne traiterait pas vraiment la connaissance de soi et oblitèrerait la possibilité d'en parler, d'après les discussions. C'est probable. Pourtant le film montre des aspects exemplaires de la connaissance de soi et pas celles qui sont imaginées. D'abord, Alexandra n'est pas une femme philosophe et aucun discours sur la connaissance de soi n'est venu par sa bouche. Or, la connaissance de soi, souvent mise en valeur et citée par les philosophes, est difficile à démontrer de façon authentique par eux-mêmes. La persona du philosophe, peut bien n'être qu'un jeu habile ou un leurre. Nous le savons depuis le Socrate de Platon, qui réduisait les discours des sophistes à cela. Mais Alexandra, avec le besoin qu'elle a de dire qui elle est, de parler ses pensées, ou de questionner par le regard et la parole, pour faire sortir une vérité immédiate, révèle assez l'exemple de la connaissance de soi, avec la finesse qui convient à chaque situation. D'ailleurs, une connaissance de soi philosophique et donc authentique ou pure, je doute d'elle, mieux, je n'y crois pas. Il y a toujours pour le sujet une part d'ombre et une part aveugle. Mais pour aborder cette fameuse connaissance de soi, ne devons-nous pas en adresser la demande à quelqu'un d'autre, supposé savoir y répondre et prendre du temps pour cela ? Ce ne serait donc pas la démarche de ces solitaires qui s'adressent au néant, démarche qui se rencontre encore le plus souvent.

Les images du film et les paroles de la discussion disent tout ce qu'elles ont à dire. C'est des dits. Ces dits posent des questions qui amènent d'autres dits sur "la connaissance de soi", dont l'énigme est toujours la limite. A un moment, Denis confesse à Alexandra que sa place n'est pas tranquille, qu'il a tué des hommes. Elle lui répond : "Un type à terre n'est pas forcément mort". Ainsi elle troue par cette parole la réalité de l'imaginaire de Denis. C'est bien "la vérité" qu'elle dit à ce moment-là, qui apporte une explicitation au ressort de la guerre et du meurtre d'autrui. Si le mort était mort, la paix reviendrait. Les femmes ne font pas la guerre, car "elles sont toutes soeurs" et sont étrangères à la pratique de la guerre et donc en dehors. Plus philosophes que les hommes, qui ont l'air hébétés et moins sensibles. Je pense que cela pose bien, dans ce film russe de Sokurov, la question de la connaissance de soi, occultée par le genre masculin en raison du ratage culturel de "la connaissance de soi" des femmes et d'autre part des mères et de la cruauté des maris. Comment rendre transmissible la connaissance de soi, quand elle est marquée par la culpabilité de la guerre faite par les hommes. Quel avenir pour les enfants, s'ils ne parviennent pas à se sortir de ce mensonge et de la propagande belliqueuse ? Le dialogue et la conversion en seraient-ils les prémices et l'espérance, pour le prochain séminaire de juillet 2015 ?

Annexe II - "Quelle est la place du concept dans la connaissance de soi ?" (Jean-Paul Colin et Luce Bonnet)

Compte rendu du dernier atelier (dimanche 27 juillet 2014 après midi)

1) Objectif

Discussion à visée démocratique et philosophique, avec une seule idée avec annonce de son intention avant d'intervenir, silence modulable après chaque intervention, et capital temps limité par intervenant (animation Luce Bonnet et Jean-Paul Colin).

2) Dispositif

Voir paragraphe VII Discussion philosophique du document d'évaluation.

3) Introduction des animateurs

A) Définition Affect /concept (JPC) :

Affect : n'est-il pas le nom générique donné à tout ce qui nous affecte sous différentes formes : sentiments, passions, émotions, désirs... ?

Tout ce qui touche la part non rationnelle de l'individu humain ne peut-il pas être appelé affect ? (Le corps sent, l'âme ressent ?).

Concept : par abstraction, l'esprit peut isoler, au sein de la réalité, des ensembles stables de caractères communs à de nombreux individus ou objets et associer un nom à chacun de ces ensembles (ex : le concept de chien ou de table).

Comprendre, s'approprier, saisir la réalité en se la représentant n'est-il pas l'objet de la conceptualisation ?

B) Prise de vues sur le rapport affect /concept :

  • L'affect n'est-il pas en prise avec la réalité de façon plus directe que le concept ?
  • Dans tout processus mental, l'affect n'est-il pas premier et le concept second ?
  • Si nous n'avions que des affects de plaisir ou de joie, serions-nous enclins à conceptualiser donc à philosopher ?
  • Si l'affect paraît par essence strictement personnel, le concept n'est-il pas collectif ?
  • Si l'affect est d'ordre naturel, le concept ne serait-il pas d'ordre culturel ?
  • Ne passe-t-on pas de l'affect au concept de façon circulaire, ce qui trame une spirale dans le temps :d'un affect d'insatisfaction qui initialise le processus de conceptualisation, à un affect de satisfaction qui vient clore provisoirement le dit processus ?
  • Ne convient-il pas de classer les affects en deux catégories : les affects positifs qui permettent d'initialiser le processus individuel de conceptualisation, les affects négatifs, tels que ceux qui procèdent de l'amour propre, lorsqu'ils viennent entraver les échanges de conceptualisation entre individus?

C) Philosophie et connaissance de soi (CdS) (LB) :

  • Philosopher, conceptualiser cherchent à saisir la réalité du Soi singulier et du Soi universel en s'appuyant sur des concepts qui sont des jalons de pensée, utilisant des pratiques et dispositifs multiples.
  • La philo s'appuie sur la CdS comme la CdS s'appuie sur la philo pour développer concepts et conceptualisation.
  • Philosopher, conceptualiser la CdS pour mais pour en faire quoi ?
  • Philo et CdS nous orientent vers des valeurs et vertus : vérité, sagesse, courage, lucidité et bonheur.
  • Philo et CdS nous conduisent vers un "agir bien".
  • Philosophie limitée, pratiques limitées. Désirer la totalité est impossible, parce qu'elle est changeante, impermanente.

4) Synthèses de la discussion "Quelle est la place du concept dans la connaissance de soi"?

A) Synthèses écrites par les participants :

La philo c'est d'abord conceptualiser. Le concept a toujours une dimension collective. Est-ce que créer un concept nous ouvre à plus de CDS ? Le concept risque de devenir totalitaire, enfermement, dangereux. Je retiens plutôt que la vie nous affecte et nous ouvre à l'inouï, à l'inconcevable" ( primauté de l'affect sur le concept, impossible de conceptualiser le Soi ?).

Au vu de ce qui s'est exprimé, il m'apparaît la difficulté et le manque de conceptualisation. Il faut dire que nous revenons de loin quant à une certaine philo platonicienne qui a évacué le sensible au profit de la raison pendant de nombreux siècles (demande d'un peu moins de concepts et d'un peu plus d'affect).

Conceptualiser, c'est transférer, affecter à un système effecteur qui va agir, exprimer notre émotion, notre mouvement. Cette émotion peut être négative, de l'ordre du retrait pour nous sauvegarder personnellement (problème de perte de face), ou être positive, pour sauvegarder l'ensemble de l'espèce. Se connaître, c'est être capable de savoir ce qui est profitable de nos actions pour nous-mêmes et les autres, se mieux définir.

C'est la conceptualisation et non le concept qui doit me permettre de donner un sens à ma vie, dans le monde et avec les autres, l'environnement. L'enfermement totalitaire dans un concept empêcherait la biodiversité qui nous entoure, la CDS, et celle de l'humain.

La conceptualisation est un mouvement de la pensée qui inscrit ma singularité dans l'universel. A ce titre, elle participe à la CdS. Elle permet de sortir de SOI et de se prendre comme objet de connaissance (l'oeil qui cherche à se voir).

Le concept de soi, s'il est l'objet d'une discipline philo et psycho est ici inadéquat. Le concept de Soi (universel de l'homme) est différent du concept du Je. Du point de vue du sujet, la conceptualisation de soi n'est pas recevable, puisqu'elle serait une réification du moi. La réflexion sur soi par le miroir de l'autre est opératoire.

La CDS s'acquiert par l'épreuve vécue qui constitue une première CDS en tant que personne singulière. Puis se construit une conceptualisation de l'universel, qui devient un modèle général. Ce modèle du monde peut être éprouvé, questionné à l'aune de l'Homme pour ne pas être enfermement de soi et de l'autre.

La CDS est une quête continue. Elle est une curiosité, une force d'aller vers l'inconnu (On ne répond pas à la question de la place de la conceptualisation).

La philo n'est pas une discipline qui a la capacité de résoudre la question de la CDS, qui relève d'avantage de la psychanalyse. Devant les épreuves auxquelles nous sommes confrontés, nous nous découvrons tour à tour surestimé ou sous-estimé (problème de l'évaluation de soi / Hors de la psychanalyse pour la CdS, pas de salut / On ne conceptualiserait pas en psychanalyse ? Tout dépend du psy choisi. Allons voir depuis Freud en passant par Lacan.

Une aptitude à la conceptualisation est un atout à la CDS, mais ne constitue pas la CDS. La CDS est une conscience fine du rapport au monde, aux autres, face aux expériences de vie heureuse ou malheureuse. Et si la CdS était le chemin qui s'initialise sous le regard de la mère ou de son substitut et qui se concrétise par le langage et le désir, la curiosité d'aller vers l'inconnu (les autres, le monde)... et s'achèverait par la mort ? On ne se connaît jamais soi-même. C'est une quête.

La CDS repose sur l'examen raisonnable de l'expérience vécue, afin d'identifier ses capacités physiques, intellectuelles et leurs limites qui évoluent dans le temps. Elle permet de juger de l'adéquation de ses actes avec ses valeurs. Cet examen peut déboucher sur des règles de vie que l'on expérimentera.

La conceptualisation consiste à tout enlever et voir ce qui reste à la fin (Cf. comme la culture, qui est ce qui reste quand on a tout oublié ?).

Le concept est issu des expériences vécues. Lorsqu'elles sont inadéquates à la réalité dans laquelle elles s'inscrivent, alors se déclenche une question. Pourquoi ? Si je suis assez intelligent pour comprendre que cela vient peut-être de moi, c'est que j'ai géré une première abstraction. Je m'abstrais d'une fusion illusoire d'avec la réalité du monde. Puis je dois rétablir un ajustement entre intériorité et réalité, ce qui atténue la séparation abstraite et ça ce n'est pas l'oeuvre du concept, c'est le retour d'expérience enrichie où les affects et la réflexion ont juste une place.

Parce que je parle, je m'inscris dans l'Autre du désir, ce qui produit le sujet inconscient, structuré comme un langage. Donc l'idée de la CdS, concept philosophique, serait un don de l'Autre du désir. L'amour est l'effet de ce don de l'Autre qui m'établit dans la relation au monde et avec mes semblables.

La place de la conceptualisation est un chemin qui me permet de changer de niveau dans la CdS. Je pars de l'affect-prison, réponse pulsionnelle. Je chemine dans la conceptualisation avec et contre les autres vers le concept, l'universel. Du concept que je m'approprie, Je continue mon chemin.

La CdS est un processus infini en lien avec les affects. Conceptualiser ce processus est lié au langage, d'où la nécessité de la présence de l'autre qui va entendre la parole dans le discours. Parole de vérité qui m'échappe, car la parole du désir est inconsciente par définition. Le produit de ce travail de CdS est le dévoilement de ce désir, voilé par tous les mécanismes universels de défense de la psyché.

La philo vivante ignore les concepts, elle ne s'attache passionnément qu'à la conceptualisation qui est la soeur jumelle de la poétisation. Les poèmes de Rilke, le phénomène érotique de J.-L. Marion, la vie de Badiou nous invitent puissamment à continuer leur créativité poétisante et conceptualisante à notre niveau d'amateurs ou amoureux de la philo.

La conceptualisation est un processus de pensée qui permet d'appréhender une notion pour comprendre le réel. (Le réel ou la réalité ?). Il s'agit ici de savoir si on peut se connaître par ce processus (problématique). Si l'on entend par Soi, mon moi comme sujet individuel, unique, singulier, original, la philo ne semble pas de prime abord d'un plus grand secours que la psychanalyse (thèse). A moins de retrouver comme St Augustin, Montaigne, Rousseau, dans la description de leur singularité, l'universelle condition humaine (anti-thèse, du singulier à l'universel). Par contre la philo peut contribuer à une meilleure CdS en tant qu'Homme, éclairer les impasses et le sens de la condition humaine. La place de la conceptualisation dans la CdS est donc limitée, mais effective (un opératoire limité).

B)Tentative de synthèse a posteriori des animateurs

- Synthèse de JPC

Nos affects nous disent-ils la vérité ? N'est-ce pas quand nous en doutons que nous sommes enclins à chercher ailleurs ?

Concepts et raison, bras séculiers de la philosophie et des sciences, en quête d'une vérité rationnelle, ne constituent-ils pas de ce point de vue une alternative complémentaire à la vérité de nos affects ?

En pratique, quoi que nous fassions, ne passons-nous pas nos vies à essayer de réduire les divergences que nous ressentons entre notre vérité intrinsèque, celle de nos affects et notre vérité extrinsèque, celle de nos concepts ?

Partant, si la place du concept dans la connaissance de soi (être singulier et affectif) peut paraître limitée, voire sans grand intérêt, n'est-elle pas en revanche prépondérante pour l'édification du moi ?

- Synthèse de LB

La question retenue démocratiquement après le débat oral était : "Quelle place pour la conceptualisation dans la CdS ?".

Pour cette séquence de thèmes croisés, nous avons déplacé notre focalisation du concept à la conceptualisation philosophique de la CdS.

Conceptualiser est un processus de pensée dynamique, une suite d'opérations, un cheminement continu, infini de concepts-jalons en concepts

Nous identifions des notions, nous problématisons, nous abstrayons, argumentons, reconceptualisons (Pour suivre finement le processus de conceptualisation, lire Penser par soi-même" de Michel Tozzi, Chronique Sociale p. 80-83).

Partis de concepts-jalons universels, nous revenons à des concepts (construits/ déconstruits, reconstruits) dans un contexte, face à une réalité, à des expériences, des applications, des dispositifs, à l'oral et à l'écrit... afin d'essayer de répondre à des interrogations tissées par un questionnement le plus logique et rationnel possible.

Le processus de conceptualisation de la Cds/S est un processus de subjectivation et d'universalisation. C'est un système ouvert à l'étonnement, à la poésie, à l'art, à l'inconscient. Les affects, les humeurs y ont leur place, ce qui va complexifier l'approche de la CdS., mais aussi limiter la "ratiocination". Y'a pas que la raison ! La raison se poétise.

Les échanges sont un enrichissement croisé qui permet de se déprendre de soi, de sortir de soi, sans pour autant s'oublier, en passant du singulier à l'universel, de l'homme à l'Homme, enrichissant la conscience personnelle et commune.

La philo, la psycho, la psycha et d'autres disciplines non énoncées tels que l'approche spirituelle, la méditation, l'expression corporelle, les neurosciences, la cognitivité, la linguistique, les NBIC... visent aussi à la Cds/S , mais n'ont qu'une place relative face à la Cds/S.

Même par la métacognition, par la métaphysique du sujet, la Connaissance totale de s/S est illusoire, et c'est tant mieux, ainsi la Cds/S reste une quête vivifiante du Désir qui nous origine.

Conclusion

Pour les écrits, chacun a parlé de sa place (subjectivité). Le langage, les paroles énoncées filtrent et signent des représentations fluctuantes qui sont colorées par la place, l'intention, le moment et le style de chacun. A chaque écrit j'ai pu repérer les philosophants affectifs, poètes, existentiels, psy, informaticiens, écologistes, pédagogues, les process-processeurs, les philosophants craintifs d'un totalitarisme possible des concepts, les philosophants pragmatiques... les philosophants philosophes...

J'en déduis que malgré tout le chemin fait ensemble pour conceptualiser nos thèmes choisis, nous gardons chacun notre subjectivité, habités de concepts et prisonniers que nous sommes de nos corps, de notre langage, des mots, de nos affects et c'est tant mieux, mais nous gardons au coeur et en tête un désir d'universalisation que la philo cherche à satisfaire.

La vérité du soi /SOI se réduit donc à la sincérité de soi à un moment donné et dans l'histoire de la philosophie et du monde. Tout bouge sous nos pieds fragiles et dans nos têtes dures...

Vouloir conceptualiser la CdS, ne serait-ce pas vouloir conceptualiser la Vie/ la mort, concepts qui englobent et dépassent la place de la condition humaine dans le monde et le cosmos ? Quel travail de titan... et tel Sisyphe...

Reste à mettre en actions chacun pour nous maintenant, le sens de tout ce travail en rentrant et sortant alternativement de notre caverne. Autrement dit en passant de l'obscurité à plus de lumière.

Diotime, n°63 (01/2015)

Diotime - 16ème Rencontre sur les Nouvelles Pratiques philosophiques (juillet 2014)