Colloques

9e Printemps des Universités Populaires, Paris 27-29 juin 2014

Compte rendu par Michel Tozzi, UP de la Narbonnaise.

Le 9e Printemps des UP a été organisé par l'Université Coopérative de Paris (UCP - Contact : ucp075@gmail.com).) à la Bourse du travail de Paris du 27 au 29 juin 2014. 22 UP étaient présentes, dont 9 étrangères

I) Quelques éléments récurrents

L' accueil convivialde Nicolas Fasseur et toute l'équipe, la ballade-conférence dans le Paris ouvrier, la soirée du samedi festive, avec des chants de lutte sardes sur une péniche alternative.

La réflexion sur ce que signifie "populaire" dans l'expression UP.

Version républicaine du peuple, de Rousseau ou Condorcet : "l'ensemble des citoyens" ? Ou version ouvrière historique des UP : "les classes populaires" ?

Suivant la définition, on vise à rendre le savoir accessible à tous, ou surtout aux plus démunis économiquement et culturellement (Ex : Up du Quart-Monde).

Ce qui pose la question de l'horizon politique des UP. L'UP africaine de Genève a ainsi parlé de "décolonisation mentale". Un atelier se penchait ainsi sur la question : "Education populaire, éducation critique, pratiques démocratiques" ; un autre sur la réalisation d'affiches politiques

Mais, dans le contexte actuel de montée de l'extrême droite "populiste", le peuple, pour celle-ci, c'est aussi le "peuple français", au sens xénophobe des "Français de souche"... Cette réalité amène moins à disqualifier les électeurs du FN qu'à comprendre les vrais problèmes qu'ils expriment, et d'abord en les écoutant, pour éviter les fausses solutions qui leur sont proposées. L'Up d'Apt a ainsi initié une démarche associant des commerçants à une réflexion sur les commerces de proximité...

Un atelier a eu lieu à ce sujet sur "Les UP face au "populisme (dit) progressiste".

Il a été aussi signalé l'importance du "peuple enfant" (Alain), à outiller intellectuellement au plus tôt. La philosophie avec les enfants pratiquée dans certaines UP développe ainsi la réflexivité, en élargissant le public généralement adulte des UP.

Depuis les Printemps à Bruxelles, Aix et Bordeaux, les UP sont clairement rattachées au mouvement de l'Education Populaire (EP)... Une table ronde éclairait "la dimension politique dans nos UP". Il était rappelé les différents courants historiquement à l'oeuvre dans l'EP : le mouvement révolutionnaire dans sa diversité, autour de Guesde, du PC, des anarchistes ; le courant social chrétien (Le Sillon, les protestants, P. Freire) ; et le courant républicain (Ligue de l'enseignement, franc-maçonnerie...). Des personnalités comme Deherme ou Dumazedier furent déterminantes.

La question de la certificationdans les UP. On sait que les UP de Bruxelles et de Paris 8 ont pris le parti de la qualification. Des étudiants (sans le bac et même le BEPC) sont venus exprimer de façon à la fois ludique et émouvante leur parcours à Paris 8 (Bac+2), en mêlant étroitement leur histoire de vie et leur histoire de recherche. Il s'agit d'un véritable parcours existentiel. Il y eu en écho un dispositif amené par l'UP de Bordeaux, où la "petite histoire" individuelle se trouve croisée avec la "grande histoire", où l'on prend conscience qu'une histoire individuelle s'explique en grande partie par des évènements collectifs et des tendances sociétales lourdes...

L'Université Populaire de Paris 8 aura duré trois ans, le temps de tester le seuil de tolérance de l'Université académique à l'idée et la pratique d'une Université populaire, jouant ainsi un rôle d'"analyseur". Les UP présentes au Printemps ont signé par solidarité une motion demandant son rétablissement...

II) L'émergence de nouvelles dimensions

Il a été posé la question de l'adhésion à l'AUPF, réseau fédérant déjà un nombre significatif d'UP. Le président de l'AUPF était d'ailleurs présent, au titre de l'UP de Montélimar. Certains veulent maintenir le réseau actuel des UP nées après celle de Caen dans une mouvance altermondialiste, l'AUPF agrégeant des UP trop différentes, dont certaines sont peu engagées voire lucratives. D'autre disent qu'il y a autant de diversité dans le réseau actuel que dans celui de l'AUPF, et que bien des pratiques d'UP des deux réseaux se rejoignent dans une référence appuyée à l'Education Populaire.

La dimension internationale a été fortement présente, avec un atelier spécifique sur "Quelle politique Internationale commune pour les UP ?". Les 22 semaines précédant le Printemps, Guillermo de l'UCP75 avait alimenté le réseau d'informations sur les différentes UP existant dans le monde, dans le cadre d'une recherche bibliographique/webographique internationale depuis 2012.

Par ailleurs, un séminaire Italie-Allemagne-Portugal-France s'était réuni les trois jours précédents, pour mutualiser les concepts et pratiques, établissant notamment une carte conceptuelle fédérant les identifiants d'une UP.

L'UPMS (Université Populaire des Mouvements sociaux) du Portugal eut l'occasion de d'expliquer son action. Elle est issue des travaux du sociologue portugais Boaventura de Sousa Santos, qui a lancé le projet européen Alice (alice@ces.uc.pt), et développe, dans le cadre d'une "écologie des savoirs", la notion d'"épistémologie du sud"...

L'ouverture à l'international est essentielle pour certains, car dans une France déclinante, les UP du Sud notamment ont beaucoup de pratiques et de concepts à nous apporter. D'autres posent dans l'approche internationale le problème des financements et de l'obstacle des langues... qui ne posent pas de problème à d'autres...

Un atelier travaillait aussi sur le thème : "Les moocs : une forme d'éducation populaire internationale ?".

L'existence à l'UPC 75 d'un laboratoire de recherche (Labocoop) est un élément nouveau. Cette dimension de la recherche parait essentielle à cette UP, avec trois axes : les UP, la formation ouvrière et "l'épidémiologie populaire". Le premier numéro de la revue du laboratoire "Les causeries du Laboccop", a été distribué.

Dans l'atelier philo animé par Michel Tozzi (UP Narbonne), puis dans la synthèse finale, Christian Maurel (UP Aix) rappelait les identifiants de l'Education populaire : la conscientisation, l'émancipation, le pouvoir d'agir, qui amènent une transformation personnelle nourrissant la transformation sociale.

Diotime, n°63 (01/2015)

Diotime - 9e Printemps des Universités Populaires, Paris 27-29 juin 2014