Dossier : L'éducation laïque à la morale (II)

Ethique et culture religieuse : le cas du Québec

Steven Keighan, enseignant d'éthique et culture religieuse

En 2008, un changement d'envergure frappait aux portes des écoles québécoises. Le Ministère de l'Éducation, du Loisir et du Sport (MELS) imposait un cours "Éthique et culture religieuse" (ECR) dans toutes les écoles de la province. Les cours d'enseignement moral et religieux cédaient la place à un programme, à l'époque très controversé. Le MELS a tenu bon, malgré le lot de contestataires. La Cour suprême a même du trancher sur la question. Verdict : tous les élèves aux niveaux primaire et secondaire doivent suivre le cours. Tant d'agitation devant un programme prometteur et très pertinent pour une société comme la nôtre !

Avant d'aller plus loin, il me semble pertinent de présenter les visées du programme d'ECR. Avec ce cours, le MELS s'assure que tous les jeunes soient amenés à réfléchir sur des enjeux sociétaux, et ce, en tenant compte des particularités de la province : une société pluraliste. Au fond, le programme vise la reconnaissance de l'autre et encourage le bien commun, soit le vivre- ensemble.

N'en restons pas là. Au cours de son existence, l'être humain est constamment soumis à des situations d'ambivalence. Il doit choisir entre différentes possibilités qui s'offrent à lui. Normalement, l'être moral cherche à agir en conformité avec les moeurs et les règles de sa société. Pour ce faire, il hésite, il évalue le caractère éthique et analyse les enjeux du dilemme. L'éthique suppose alors la réflexion, pour que l'individu fasse preuve de discernement. Il apprend à distinguer le bien et le mal, et il dresse un parallèle avec sa communauté. Le but n'est pas d'imposer une façon de penser chez l'apprenant, mais plutôt de l'outiller (de stimuler son esprit critique) pour qu'il fasse des choix responsables.

En liaison avec le volet éthique, les jeunes étudient les caractéristiques propres aux religions.

Tel que mentionné précédemment, le Québec est une province pluraliste. Ainsi, il faut tenir compte de la diversité des repères et des croyances des "autres" lorsque vient le temps d'évaluer des options et des actions possibles. Le but est d'ouvrir les jeunes sur le monde, de chercher à mettre un frein à l'ignorance. Le point majeur, c'est de lui faire prendre conscience qu'il n'est pas seul. Cela suppose de le sensibiliser à d'autres visions du monde que la sienne et à d'autres pratiques qui ont cours chez lui, au Québec. Ainsi, l'élève peut établir des liens entre son environnement social et culturel, clarifier ce qu'il veut de son Québec actuel et futur.

À cet égard, pour moi, le cours d'éthique et de culture religieuse est une porte ouverte vers la conscience et l'intelligence. C'est l'occasion de s'ouvrir sur le monde. Enseigner l'éthique et la culture religieuse c'est amener l'élève à :

  • analyser des situations de la vie en tenant compte de valeurs, de normes et de repères ;
  • comprendre son environnement immédiat ;
  • stimuler sa réflexion ;
  • tenir un jugement qu'il a lui-même développé ;
  • organiser sa pensée en vue de la présenter à d'autres ;
  • dialoguer en présentant un point de vue éclairé ;
  • être conscientisé face à la diversité ;
  • percevoir des traces des traditions religieuses dans le patrimoine culturel ;
  • examiner des façons de penser, d'être et d'agir.

Voilà ou on en est au Québec. Du moins, dans mes classes !

Diotime, n°62 (10/2014)

Diotime - Ethique et culture religieuse : le cas du Québec