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Cahiers philosophiques

Les Introuvables des Cahiers

L'homme fabricateur d'images (texte de présentation)

Présentation de Bernard Sève.

Le texte que l'on va lire n'était pas destiné à la publication. C'est une lettre personnelle que Bernard Lacorre m'écrivit, à la suite d'un compte rendu concernant des livres de et sur Hans Jonas que j'avais publié, en septembre 2001, dans le numéro 88 des Cahiers philosophiques, p. 117-126. Bernard s'était notamment intéressé au chapitre VII, "La production d'images et la liberté humaine" du livre Le Phénomène de la vie de Jonas.

Résumons d'un mot le débat. Pour Jonas, la liberté et la raison humaine sont enracinées dans la capacité humaine à imaginer des formes et à les dessiner concrètement. Dessiner, bien ou mal, suppose un "contrôle eidétique de la motricité", c'est-à-dire un type de motricité corporelle qui ne doit rien au schéma stimulus-réponse, un type de motricité gouvernée par "l'idée" (la forme à dessiner). L'homme est essentiellement homo pictor, et dépasse en ce point tout ce dont les animaux sont capables. C'est à cette capacité picturale que, selon Jonas, des explorateurs humains pourraient reconnaître sur une autre planète des êtres semblables à eux.

B. Lacorre était en opposition vigoureuse avec cette conception idéaliste et même, selon lui, théologique, de la naissance du pouvoir de dessiner. La lettre qu'il m'envoya à ce sujet argumente sa conviction, avec force et précision. J'ai le regret de ne pas avoir répondu comme je l'aurais dû à cette lettre impressionnante (qu'elle n'emporte pas complètement ma conviction n'a pas ici d'importance). Il a semblé au comité de rédaction que cette lettre, présentant un raccourci saisissant de "l'histoire naturelle de la civilisation" qui a été un des grands thèmes philosophiques de B. Lacorre, méritait d'être portée à la connaissance de nos lecteurs. On y entend la voix de B. Lacorre, et le lecteur y découvrira un peu de la richesse des échanges qui rythment les réunions du comité de rédaction.

Le texte de B. Lacorre est recopié littéralement, avec ses lapsus calami signalés en notes ; la transcription a été faite et soigneusement contrôlée par Nathalie Chouchan et par moi-même. Nous avons simplement imprimé en italiques, selon un usage que B. Lacorre respectait dans ses textes publics, les mots latins ; les autres italiques sont de B. Lacorre, ou, dans les citations, de H. Jonas. Les quelques notes bibliographiques que nous avons rédigées ne visent qu'à éclairer les allusions faites dans le texte.

De B. Lacorre on lira aussi, sur cette question de l'image, L'Imagination, le jugement, l'idée, Ellipses, 1995, ainsi que l'article intitulé "Examen de quelques livres relatifs aux images et subsidiairement de la manière dont on écrit leur histoire", paru dans les Cahiers philosophiques, n° 82, mars 2000, p. 65-86 ; cette importante étude, simplement signée "Le libraire", est en effet due à Bernard Lacorre.

Cahiers philosophiques, n°108, page 99 (12/2006)

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