Le réseau Canopé Le portail educ-revues
 
Cahiers philosophiques

Les Introuvables des Cahiers

Kant, "régions dans l'espace"

Un texte en transition

Présentation de Aram Kebabdjian.

[Consulter le document présenté, Article : Du Premier fondement de la distinction des régions dans l'espace [1768]].

Écrit en 1768, le Premier fondement de la distinction des régions dans l'espace est équivoque1. Pas tout à fait critique, ce texte a pourtant quelques intonations qui ne sont déjà plus totalement dogmatiques ou précritiques. À ce titre, il se présente comme un site adapté pour celui qui entend explorer la manière dont une pensée progressivement déplace ses appuis et réforme sa structure sans réduire en miettes ses archaïsmes. En annonçant d'emblée vouloir montrer que "l'espace absolu a sa propre réalité, indépendamment de l'existence de la matière", Kant, entre la définition newtonienne de l'espace et sa contrepartie leibnizienne, semble opter pour la première, c'est-à-dire un espace extérieur et objectif. C'est ce que notent certains de ses lecteurs, rangeant alors cette dissertation parmi les vieilleries précritiques qui n'ont pas encore pris la mesure du caractère déterminant des formes et des fonctions subjectives dans le rapport au monde extérieur2. Mais un tel point de vue passe sous silence les modulations que ces quelques pages provoquent. Des torsions subtiles altèrent le sens de la terminologie newtonienne, utilisée par Kant, à un tel degré que l'espace absolu de l'un, semblable extérieurement à celui de l'autre, le contredit pourtant jusqu'à ne plus pouvoir lui être superposé. Pour bien entendre ce texte, il faut donc observer comment, sous un phrasé réaliste et objectiviste, l'espace absolu, détourné par Kant, invente une nouvelle manière de dire le rapport du sujet au monde extérieur. Pour ce faire, nous serons particulièrement sensibles à l'apport formel d'un concept géographique : la "région" constitue l'intermédiaire majeur pour opérer le renversement de l'absolu newtonien.

Considérons le problème tel qu'il se formule avant 1768. La disparition du fondement de l'espace caractérise la période allant de 1758 à 1766. Dans L'Unique fondement possible d'une démonstration de Dieu, Kant pose l'ignorance de la nature ultime de l'espace et démontre que le principe divin demeure le fondement de la réalité et donc de l'étendue3. Kant affirme par ailleurs que si l'espace "n'est pas donné par quelque existant à titre de conséquence", ce mot ne signifie rien4. Après quelques années pourtant, les recherches menées dans les Rêves d'un visionnaire aboutissent à de graves conclusions : interprétée avec cohérence, la thèse métaphysique de l'absolue nécessité du principe suprême empêche de faire de Dieu le fondement de l'espace et du temps5. Il importe donc de chercher l'existant qui donne une signification à la notion d'espace. Mais un problème méthodologique se présente alors, comme nous l'apprend la Recherche de 17626. La mathématique et la métaphysique, bien que différentes, partent l'une et l'autre de la même notion "vulgaire" de l'espace. Pourtant, alors que la première, par synthèse, arrive à progresser jusqu'à déduire des propriétés de l'espace absolument certaines, la seconde, par analyse régressive de la notion vulgaire d'espace, n'arrive à rien d'autre que dégager certaines caractéristiques, sans jamais atteindre sa définition ultime ni son fondement. La découverte du nouveau fondement de l'espace, doit être accompagnée d'une réforme méthodologique.

Cette réforme se jouerait justement d'une confrontation entre la métaphysique et les sciences. Kant note souvent que la métaphysique ne doit jamais imiter la mathématique, mais peut cependant appliquer certains de ses acquis. Cette option méthodologique a un texte de Léonard Euler pour origine7. Selon ce dernier, le métaphysicien ne doit pas s'isoler en travaillant seul et pour lui, mais toujours oeuvrer à fonder en droit les vérités scientifiques sur la nature des choses. La mécanique ou la géométrie offrent, par là, une pierre de touche de la validité des thèses métaphysiques : celles qui ne corroborent pas les acquis scientifiques peuvent être tenues pour fausses. De cette manière, on attend de la métaphysique qu'elle réponde à deux exigences : l'espace doit, d'une part, avoir un caractère absolu pour correspondre aux thèses de la mécanique newtonienne ; cet espace doit, d'autre part, être commun à toutes les sciences ayant trait à l'espace - mécanique, géométrie, astronomie, physique, voire géographie - de façon à conserver à la notion de nature son unité. Il suffit ensuite d'utiliser la meilleure science exemplaire pour démontrer cet espace absolu unique.

L'intention de Kant dans ce texte est bien sûr de répondre à ces principes méthodologiques issus du monde newtonien8. Mais nous devons rester vigilant. La nécessité, pour le métaphysicien, de démontrer la réalité d'un espace absolu pour fonder la mécanique ou la géométrie n'implique pas dans les faits que sa formulation se plie à la thèse métaphysique de Newton. Il peut, pour cela, instituer une définition totalement rénovée de l'espace absolu. De même, ce n'est pas parce que Kant met en place un protocole eulérien de recherche de l'espace absolu, qu'il se range ipso facto parmi les newtoniens ; d'ailleurs, note Kant, Euler échoue dans son texte à donner une intuition concrète de l'espace absolu à partir des principes de la mécanique9. Nous ne devons donc pas préjuger de la nature de l'espace absolu défini par Kant, avant que d'avoir étudié dans le détail la méthode appliquée par ce texte.

L'argument du texte peut être divisé en deux et toute la difficulté tient à savoir où se trouve la démonstration de l'espace absolu. L'ensemble est à ce point elliptique qu'il n'évoque que de très loin ce qu'elle annonce en introduction. Le premier moment - du paragraphe deux à quatre - considère les "régions dans l'espace" et leur rôle ; le second - du paragraphe cinq à neuf - considère les fameux objets non-congruents qui sont similaires par la forme mais ne peuvent pourtant pas être superposés. Une tradition interprétative, principalement anglo-saxonne, a fait de ce dernier passage l'argument principal du texte, en ignorant parfois totalement la première partie10. Perdus dans ces quelques paragraphes, voulant y voir une démonstration de l'espace absolu, ces commentateurs n'ont guère pu dire ce que le texte démontrait au juste11, d'autant plus déconcerté que les mêmes objets non-congruents devaient servir, quelques années plus tard, à réfuter l'espace absolu12. Pour peu que l'on veuille rétablir une cohérence à ce texte, il faut renverser la perspective : la seconde partie ne serait pas la démonstration de l'espace absolu à proprement parler, mais une forme de corollaire de la première.

Kant, dans le premier paragraphe, annonce vouloir fonder l'Analysis Situs sur un espace absolu13. Cette discipline inventée par Leibniz, institue, pour ce qu'on en sait à l'époque, une méthode géométrique de calcul arithmétique des positions de points14. Pour rattacher cet objectif à la perspective plus générale du texte de 1768, il faut bien sûr comprendre qu'en visant l'Analysis Situs Kant cherche surtout à invalider l'espace relatif. Or le texte ne fait nulle part ailleurs référence à l'Analysis Situs. Nous pensons que cette critique de l'espace leibnizien a lieu dans la seconde partie du texte, par l'intermédiaire des objets non-congruents. En effet, cet exemple fait référence sans le nommer au Traité d'embryologie de Buffon, où le naturaliste évoque le problème des mains symétriques en le résumant en ces termes : "identique par la forme, différente par la position15". Et il regrette quelques pages plus loin la perte de l'Analysis Situs, qui l'aurait aidé à décrire l'évolution des pliures des parties doubles de l'embryon. Or Kant retourne cet exemple contre Leibniz, en démontrant que la différence des mains ne s'explique pas par une simple différence de position. On peut les déplacer à loisir, il sera toujours impossible de les superposer. Ainsi l'Analysis Situs, comme simple calcul des situations, loin d'aider à décrire les parties doubles de l'embryon ne peut que manquer ce qui fait leur spécificité. Mais alors Kant ne fait que présenter le défaut de l'Analysis Situs et de l'espace relatif. En aucun cas, il ne démontre l'espace absolu. Le centre de gravité se déplace alors vers la première partie.

Parce que géométrie et mécanique peinent à donner une expérience positive de la réalité de l'espace absolu, il faut trouver une autre science exemplaire pour orienter et valider les recherches sur l'espace. Kant dans ce texte de 1768 travaille à partir d'un matériel scientifique issu de la géographie et il est fort à parier que le concept de région contienne une spécificité destinée à mettre à jour in concreto le fondement absolu de l'espace et sa nature16. Il importe, pour le comprendre, de se rapporter à sa définition géographique.

Au XVIIIe siècle, ce concept a deux acceptions. La première nous est familière, il s'agit d'une portion de terre. Mais Kant ne se réfère pas à cette signification dans ce texte. L'autre définition, aujourd'hui tombée en désuétude, est plus difficile à saisir17. Elle ne se comprend que dans la distinction avec le concept de situation18. Pour déterminer un point à la surface de la terre, on le pose relativement à un autre : une certaine distance, un certain nombre de degrés les séparent. Il s'agit alors de la situation de l'un par rapport à l'autre, qui définit un espace relatif. Mais, pour les positionner, il faut encore se rapporter aux points cardinaux : l'un est à l'est ou au nord de l'autre. La région conceptualise ce rapport entre le système des situations sur terre et les positions du soleil, prises comme référence absolue. Ce concept géographique présente ainsi un modèle renouvelé de la relation du système relatif des situations à l'espace absolu, qui n'est déjà plus compris comme lieu, mais comme rapport nécessaire à quelque chose d'absolu. On retrouve bien ces caractères dans la définition donnée au premier paragraphe de la "région dans le sens le plus abstrait", qui consiste "dans le rapport du système de ces situations à l'espace universel absolu19".

Cette définition de la "région dans le sens le plus abstrait" n'est pourtant qu'un schème de l'application du concept géographique à la philosophie. Le deuxième paragraphe met en place cette application en définissant la notion de "régions dans l'espace" (Gegenden im Raume) ou de "régions en général" (Gegenden überhaupt) 20, qu'il faut bien évidemment distinguer des "régions du monde" (Weltgegenden). Les "régions dans l'espace" désignent trois couples fondamentaux : devant-derrière, en haut-en bas, à droite-à gauche21 ; rien à voir donc avec les régions nord, sud, est et ouest de l'espace. Il s'agit plutôt d'une caractérisation des différents "lieux" qui environnent toujours notre corps. Mais s'ils sont identifiés à des régions, cela veut dire abstraitement qu'ils mettent en relation un système de situations et un espace absolu. Nous nous trouvons alors face à un dilemme interprétatif déterminant lorsqu'il s'agit de définir concrètement les termes de cette relation. Le texte de Kant dit en effet : "Puisque nous connaissons ce qui est en dehors de nous à travers les sens uniquement dans la mesure où tout cela se trouve en relation avec nous-même, il n'est pas étonnant que nous tirions du rapport de ces plans sécants à notre corps le premier fondement pour produire le concept des régions dans l'espace22." Soit on considère que l'espace absolu est le croisement des trois plans sécants, auquel cas on est obligé de considérer que cet espace concorde avec la définition newtonienne du grand réceptacle tridimensionnel, objectif et extérieur23 ; soit on considère que l'espace absolu se trouve dans le rapport au corps, à la sensibilité du sujet et son pouvoir d'intuitionner. Pour lever cette incertitude, une relecture s'impose.

Comme l'indique le début du paragraphe deux, le concept de "région dans l'espace" s'applique à l'horizon de la connaissance humaine. Ainsi, Kant n'entend pas exposer objectivement le caractère absolu de l'espace mais, par l'entremise du concept de "régions dans l'espace", au sein du pouvoir de connaître du sujet24. Ce que confirme la suite du texte. L'ensemble de la première partie institue les régions comme condition de possibilité de la connaissance. Les paragraphes deux et trois montrent l'importance cruciale du concept des régions en ce qui concerne la connaissance du monde extérieur, aussi bien sensible qu'intellectuelle. Le paragraphe quatre complète cette démonstration par l'étude du versant objectif de ces mêmes régions. Elles ne conditionnent pas seulement la connaissance d'un simple point de vue subjectif, mais déterminent l'organisation même de certains objets similaires par la forme qui pourtant ne se superposent pas. En d'autres termes, les "régions dans l'espace" permettent à l'avance d'expliquer et de décrire la possibilité des objets non-congruents, que l'espace relatif ne saisit pas. Mais il faut comprendre, en même temps, qu'en établissant la nécessité des régions dans le procès de la connaissance, Kant induit silencieusement un rapport à l'espace absolu, pour autant que le concept de "région en général" l'implique dans sa définition. Il s'agit là de quelque chose comme une démonstration d'un espace absolu non matériel.

On saisit petit à petit pourquoi cet espace absolu dont parle Kant ne peut pas être newtonien. Quelques passages ne laissent d'ailleurs aucun doute à ce sujet. Le paragraphe quatre nous apprend que la distinction effective des régions repose sur une différence de sentiment ;: le sentiment de la différence de la droite et de la gauche, du devant et du derrière, du haut et du bas. Sans le sentiment de cette différence dans l'organisation de notre corps, il n'y aurait pas de distinction effective des régions25. Ces quelques lignes nous fournissent la clé du problème de la nature de l'espace. L'absolu kantien de 1768 ne peut être identifié à la tridimensionnalité objective, mais uniquement au sentiment de la différence corporelle propre au sujet, qui lui permet de positionner les choses autour de lui. Ce sentiment est absolument premier en nous et conditionne la connaissance du monde extérieur. De cette manière, le texte devient cohérent avec lui-même : que l'espace absolu passe, dans la conclusion, pour être perceptible par le "sens interne", qu'il fasse partie des premières data de la connaissance humaine26, tout cela se comprend bien comme une description de ce que Kant a sous-entendu dans toute l'exposition de la première partie27.

Nous assistons dans ce texte à une redéfinition complète d'un vocable newtonien. Kant reprend le concept d'espace absolu, le vide de sa teneur et remplit son écorce d'un nouveau contenu. Pour cela un concept d'origine géographique sert de fil conducteur, en ce qu'il induit une conception inédite de l'absolu, compris comme une relation à quelque chose de nécessaire. L'absolu n'est pas un lieu antérieur à tout objet mais une relation nécessaire au sentiment interne du sujet. Cette transformation peut être interprétée autant comme une mue de la sphère newtonienne, que comme une stratégie visant à induire sous des devants acceptables une forme inédite de spatialité. En 1770, Kant ne fera que finaliser ce processus en abandonnant définitivement sa peau newtonienne. La reprise de l'exemple des objets non-congruents dans la dissertation inaugurale de 1770 est le signe de cette continuité entre les deux textes, non de leur antagonisme. Les Régions dans l'espace n'est pas le dernier texte précritique qui, tout en restant dans un système objectif, montre les failles de celui-ci de façon programmatique, mais plutôt la mise en place des premiers jalons de ce qui ressemble bien à une esthétique transcendantale. Les ouvrages et les recherches à venir tireront les conséquences et enrichiront les conclusions de ces quelques pages confusément critiques. Ainsi la coupure entre le précritique et le critique n'est plus aussi nette que l'on voudrait bien le croire.

Mais il faut aller plus loin. La crise ontologique du fondement de l'espace trouve dans ce texte une solution définitive : alors que Dieu ne peut plus être l'existant qui donne un contenu au mot espace, le sujet se destine à prendre sa place. En suivant d'un point de vue historique ce glissement, on constate que la thèse de la subjectivité du fondement de l'espace émerge non pas pour réfuter la thèse métaphysique du fondement divin, mais pour combler son absence. Ce qui nous laisse entrevoir un autre modèle pour décrire le rapport des thèses métaphysiques du premier Kant à la critique. Le passage de l'un à l'autre n'est pas l'histoire d'une négation ou d'une révélation, mais celle d'une modification du style métaphysique qui participe d'une rupture du seuil d'énonciation et d'une inflexion de ses objectifs. Les grandes thèses métaphysiques ne peuvent plus être articulées, mais il faut se préoccuper humblement de fonder ces mots qui demeurent en gardant le silence. Afin de garantir la thèse de l'absolue nécessité du principe divin, l'expurger de toute matérialité pour qu'il soit prêt à être exploité dans le champ pratique, la critique doit poser la subjectivité de l'espace. De cette manière, la thèse métaphysique tenue secrète, loin d'être invalidée est assurée par la critique, qui dans son légalisme se coordonne pourtant à elle. Il y a un mutisme de la métaphysique autour duquel l'architecture éloquente de la critique s'enroule pour mieux la soutenir.

Bibliographie

  • Alexander Peter, "Incongruent Counterparts and Absolute Space", Proceedings of The Aristotelian Society, 1985, p. 1-22.
  • Allesch Christian, "Incongruence and Reality : Reflections on Jill Burockers'Space and Incongruence : the Origine of Kant Idealism ;", in Topoï, n° 3, Dordrecht, 1984, p. 169-175.
  • Beets Muus, G. T., "Kant on chirality. A commentary", in Stoicheia, Amsterdam, 1988, n° 3.2.
  • Bennett Jonathan, "The Difference Between Right and Left", American Philosophical Quartery, 1970, 7, p. 175-191.
  • Burocker Jill Vance, Space and Incongruence. The Origin of Kant's Idealism, Dordrecht, Boston, London, 1981.
  • Carrier Martin, "Kant's Relational Theory of Absolute Space", Kantstudien (KS), 1992, 83, p. 399-416.
  • Van Cleve J., Fredericks R.E. (ed.), Philosophy of Right and Left, Dordrecht, Kluwer Akademic Publisher, 1991.
  • Van Cleve James, "Right and Left and the Fourth Dimension", Philosophical Review, 1987, p. 33-68.
  • Debru Claude, Analyse et Représentation, Paris, Vrin, 1977.
  • Earman John, "Kant Incongruous Counterparts and the Nature of Space and Space-time", Ratio, 1971, 13, p. 1-18.
  • Earman John, World Enough and Space-Time Absolute Versus Rational Theory of Space and Time, Cambridge, M.T. Press, 1989.
  • Ezcurdia Maite, "Los contapartes incongruentes y el espacio absoluto", in Dianoia, Mexico, 1994, 40, p. 107-124.
  • Freudenthal Hans, "Der Orientierte Raum des Mathematikers", Die Naturwissenschaften 50, Heft 6, 1963, 199-205 ; in Mathematisch und Physisch Semesterbesichte zur Pflege des Zusammenhanges von Schühle und Universität, Neue Folge Bd X, Göttingen, 1964, et in Raumstheorie, Darmastdt, 1978.
  • Friedman Michael, Foudation of Space-Time Theory, Cambridge, Princeton University Press, 1989.
  • Gardner Martin, The Ambidextrous Universe, Middlesex, England, Pelican, 1964.
  • Gembillo Giuseppe, "Scaravelli e le prime riflexioni kantiane sullo spazio", Il Contributo, 1982, 6, p. 34-43.
  • Ghersani A., "Kant precritico et l'originalità dello spazio", in Revista di Historia della filosofia, Milano, 1989, XLIV, p. 285-294.
  • Hoke Robinson, "Incongruent Counterparts and the Refutation of Idealism", KS 72, 1981, p. 391-397.
  • Humphrey Ted B., "The Historical and Conceptual Relation Between Kant's Metaphysik of Space and Philosophy of Geometry", Journal of the History of Philosophy, 1973, 11, p. 483-512.
  • Kirchmann J. H. Von, Erläuterung zu Kants kleinern Schrifften über Logik und Metaphysik, Berlin, Philosophische Bibliothek 58, 1873.
  • Mayo Bernard, "The Incongruity of Counterparts", Philosophy of Science, April 1958, XXV.2, p. 109-115.
  • Minguez Carlos, "Euler y Kant. El espacio absoluto", in Theoria, San Sebastian, 1985, 1, p. 411-438.
  • Mühlhölzer Felix, "Das Phänomen der inkongrueten Gegenstücke aus kantischen und heutiger Sicht", KS 83, 1992, p. 436-453.
  • Nerlich Graham, "Hands, Knees and Absolute Space", Journal of Philosophy, 1973, 70, p. 337-351.
  • Patter Robert M., "Absolute Space and Absolute Motion in Kant's Critical Philosophy", Synthese, 1971, 23, p. 47-62.
  • Pears, D. F., "The Incongruity of Couterparts", Mind, 1952, LXI, p. 78-81.
  • Reidermeister Kurt, Raum und Zahl, Berlin, 1957.
  • Radner Michael, "Kantian Space and the ontological Alternatives", KS 78, 1987, p. 387 sq.
  • Remnant Peter, "Incongruous Counterparts and Absolute Space", Mind, July 1963, LXII (287), p. 393-399.
  • Rusnock Paul, Rolf George, "Snails Coiled Up Contrary to All Sense", Philosophy and Phenomenological Research, 1994, LIV, n° 2, p. 459-466.
  • Rusnock Paul, Rolf George, "A Last Shot at Kant and Incongruent Couterparts", KS 86.3, 1995, p. 257-277.
  • Schmuck Joseph, "Die ontologie des Vorkritischen Kant", KS, Erganzung Heft 112, 1980.
  • Scaravelli L., "Gli incongruenti e la gensi dello spazio kantiano", Giornale critico della filosophia italiana, 1952, 31, p. 389-421 ; rééd. in Saggi kantiani, Firenze, 1968.
  • Sklar Lawrence, "Incongruous Counterparts Instrinsic Features and the Substantiviality of Space", Journal of Philosophy, 1974, LXXI.4, p. 277-290.
  • Timerding H. E., "Kant und Euler", KS 23, 1918, p. 18-64.
  • Toulmin Stephen, "Criticism in the History of Science : Newton on Absolute Space, Time and Motion", Philosophical Review, 1959, 58, p. 1-29 et 203-227.
  • Vandewalle Bernard, "Remarques sur les notions de chiralité et d'orientation géographique dans l'oeuvre de Kant", in Lire l'espace, Bruxelles, Ousia, 1996, p. 365-374.
  • Witerbourne A.T., "Incontruent Couterparts and the Intuitive Nature of Space", Auslegung, 1982, p. 85-98.
  • The Ideal and the Real, Dordrecht, Kluwer, 1988.
  • Walford David, "The Aims and Method of Kant's 1768, Gegenden im Raume Essay in the Light of Euler's 1748 Réflexion sur l'Espace et le Temps ;", British Journal for the History of Philosophy, 1999, 7.2, p. 305-332.
  • "Toward an Interpretation of Kant's 1768 Gegenden im Raume Essay", Kantstudien, 2001, 92.4, p. 407-439.

(1) Texte publié dans les numéros 6 à 8 de la Königsberg Frag- und Anzeigungsnachrichten des 6, 13 et 20 février 1768. Aucune trace n'a été retrouvée de l'édition originale. Édition de l'Académie de Berlin (Ak.), II, p. 377-383.

(2) Voir l'introduction de F. Alquié dans les OEuvres philosophiques de Kant, Paris, Gallimard, 1980, coll. "Bibliothèque de la Pléiade" (Pl.), I, p. 607 sq.

(3) Kant E., L'Unique fondement possible d'une démonstration de l'existence de Dieu (1763), Ak. II, p. 71-87/Pl. I, p. 324-344.

(4) Ibid., Ak. II, p. 81/Pl. p. 336.

(5) Kant E., Rêves d'un visionnaire expliqués par les rêves métaphysiques (1766), Ak. II, p. 322/Pl. I, p. 532 : "La notion de nature spirituelle, esprit infini, créateur et conservateur de tout l'univers, quand il s'agit de lui, est claire, parce qu'elle est purement négative et consiste à nier en lui les propriétés de la matière qui sont en contradiction avec une substance infinie et absolument nécessaire." Voir aussi Critique de la raison pratique, Ak. V, p.100 sq./Pl. II, p. 730-732.

(6) Kant E., Recherche sur l'évidence des principes de la théologie naturelle et de la morale (1763), Ak. II, § 1, p. 276-278/Pl. I, p. 216-219 ; voir aussi Ak. II, p. 280/Pl. I, p. 221.

(7) Euler L., Réflexions sur l'espace et le temps (1748, Mémoires de l'Académie de Berlin) ; réédition, Opera Omnia, série II, vol. II, p. 376-383, édition E. Hoppe, K. Matter, J. J. Burokardt, Genève, 1942. Kant cite ce texte en 1763 (Kant, Essai pour introduire en philosophie le concept de grandeurs négatives, Ak II, p. 168/Pl. I, p. 262) et s'y réfère à nouveau en 1768.

(8) Sur la reprise de ces deux principes par Kant, voir le premier paragraphe des Régions dans l'espace. La volonté de concilier les différents points de vue sur l'espace est d'ailleurs à l'oeuvre depuis les tout premiers textes de Kant ; voir par exemple la Monadologie physique (1756), Ak. I, p. 387/Zac, p. 34.

(9) Voir Kant E., Régions dans l'espace, Ak. II, p. 378. Walford D., "The Aims and Method of Kant's 1768 Gegenden im Raume Essay in the Light of Euler's 1748 Réflexion sur l'Espace et le Temps ", in British Journal for the History of Philosophy, 7, 2, 1999, p. 305-332. Walford considère comme fondamentalement concordantes les méthodes d'Euler et de Kant. Selon lui la différence dans l'appréciation et la définition de l'espace absolu ne serait qu'une différence secondaire (voir p. 316-328). À notre sens, au contraire, on assiste dans ce texte à un véritable décrochement par rapport à la tradition newtonienne et à la méthode eulérienne.

(10) Voir Van Cleve J., Fredericks (éd.), Philosophy of Right and Left, Dordrecht, Kluwer Academic Publishers 1991 ; les parutions anglo-saxonnes les plus importantes concernant les Régions dans l'espace y sont réunies.

(11) Voir par exemple Nerlich, "Hands, Knees and Absolute Space", Journal of Philosophy, n° 12, vol. LXX, 1973, p. 337-351, et plus récemment, Walford conclut au caractère apagogique du texte, "Toward an Interpretation of Kant's 1768 Gegenden im Raume Essay", Kantstudien (KS), 92, 2, 2001, p. 407-439, voir par exemple, p. 431 sq.

(12) Voir Diss. 70, Ak. II, p. 402-403. Mühlholzer, ["Das Phänomen der inkongrueten Gegenstücke aus kantischen und heutiger Sicht ", KS, 83, 1992] fondant sa lecture du texte de 68 à partir de son antagonisme apparent avec la dissertation inaugurale, n'arrive pas à saisir leur continuité fondamentale.

(13) Voir Kant E., Régions dans l'espace, II, p. 377.

(14) Cette science, inédite jusqu'en 1833, date à laquelle la Correspondance avec Huygens a été publiée, était connue de réputation par Wolff, Euler, Crusius, D'Alembert, Lambert. Voir Echebaria dans l'Introduction à l'édition de la Caractéristique géométrique de Leibniz, et P. Rusnock et R. George in "A Last Shot at Kant Incongruent Counterparts", KS 86.3 (1995), p. 257-277.

(15) Buffon, OEuvres complètes, St-Hilaire G. (éd.), Paris, Pillot, 1838, vol. II, Histoire naturelle et particulière, p. 492 ; p. 175 pour la traduction allemande [Allgemeine Historie der Natur, vol. I, trad. A. von Haller ; Hamburg-Leipzig 1750] : "Il y a beaucoup plus de parties doubles dans le corps de l'animal que de parties simples, et ces parties doubles semblent avoir été produites symétriquement de chaque côté des parties simples, par une espèce de végétation ; car ces parties doubles sont semblables par la forme, et différentes par la position. La main gauche, par exemple, ressemble à la main droite, parce qu'elle est composée du même nombre de parties, lesquelles étant prises séparément, et étant comparées une à une et plusieurs à plusieurs, n'ont aucune différence ; cependant, si la main gauche se trouvoit à la place de la droite, on ne pourroit pas s'en servir aux mêmes usages, et on auroit raison de la regarder comme un membre très différent de la main droite. Il en est de même de toutes les autres parties doubles : elles sont semblables pour la forme, et différentes par la position ; cette position se rapporte au corps de l'animal ; et en imaginant une ligne qui partage le corps du haut en bas des deux parties égales, on peut rapporter à cette ligne, comme à un axe, la position de toutes ces parties semblables."

(16) Nous ne sommes certes pas les premiers à mettre en lumière l'origine géographique de ce concept. P.  Rusnock et R. George, "A Last Shot at Kant and Incongruent Couterparts" (1995) sont à notre connaissance les premiers à avoir explicitement exploité cette liaison. Il semble pourtant qu'ils n'aient pas été assez loin dans leurs investigations, en ce qu'ils n'ont pas mis en lumière les enjeux précis liés à cette origine géographique. Il en est de même pour David Walford, "Toward an Interpretation of Kant's Gegenden im Raume Essay" (2001). Voir aussi Vandewalle B., in Lire l'espace, Bruxelles, Ousia, 1996, p. 365-374.

(17) Voir articles "Région" et "Plage", de l'Encyclopédie Diderot, d'Alembert, ainsi que la définition de "Gegend " dans le Mathematisches Lexicon de Wolff (Leizig, J.F. Gleditschens, 1716, rééd. Olms Hildesheim, 1978).

(18) Voir le manuel de géographie utilisé par Kant, Bernard Varenius, Geographia Generalis (Neapoli 1715, 2 vol.), chap. XXXII et XXXIX. La traduction française de Jurin (1755, 4 vol.) ne restitue pas du tout cette distinction conceptuelle. On peut se rapporter par ailleurs à l'article "Plage" de l'Encyclopédie Diderot et d'Alembert.

(19) Kant E., Régions dans l'espace, II, p. 377.

(20) Nous identifions les deux formulations conformément à l'amorce du troisième paragraphe, Régions, Ak 379.

(21) Ibid.

(22) Ibid.

(23) Walford (2001), op. cit., p. 223-227, comme la majorité des commentateurs, n'hésite pas à abonder dans ce sens.

(24) Voir encore Kant, Régions dans l'espace, Ak, II, p. 378, § 1 : "Mon but dans cette dissertation est de rechercher..." Cette formulation n'évoque-t-elle pas déjà un espace comme condition de possibilité de l'intuition de la matière en général ?

(25) Voir ibid, Ak. II, p. 380 : "Comme le sentiment distinct du côté droit et du côté gauche est d'une si grande nécessité pour juger les régions, la nature l'a aussi en quelque sorte relié à l'organisation du corps humain, au moyen de la supériorité incontestable dont jouit un côté, à savoir le droit, en ce qui concerne l'agilité et peut-être aussi la force."

(26) À propos de la nécessité subjective des data ou Grundbegriff, voir Recherche, Ak. II, p. 281, Pl., p. 223.

(27) Pour assurer cette interprétation, on peut se rapporter aux réflexions de Kant sur l'espace antérieures à 1768 ; par exemple Ak. XVII, R 3717, p. 260, [1764-1768] : "Le principium de la forme de toute expérience est l'espace et le temps. Le principium de tout jugement de la raison pure : l'identité et la contradiction."

Cahiers philosophiques, n°103, page 89 (10/2005)

Cahiers philosophiques - Kant, "régions dans l'espace"