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Cahiers philosophiques

Situations

Des cochons et des hommes

Frank Burbage et Pierre Lauret, professeurs de philosophie aux lycées Henri-IV et Condorcet de Paris.

"La truie reproductrice devrait être conçue comme, et traitée comme, un élément précieux d'équipement mécanique dont la fonction est de recracher des porcelets comme une machine à saucisses."

National Hog Farmer, mars 1978 1

"Je me le dis quelquefois, quand je serai mort, mais qu'est-ce que les animaux vont penser de nous, qu'est-ce qu'on a fait là ?"

Un éleveur de porcs breton 2

La réflexion philosophique contemporaine sur l'animal resterait incomplète si elle ne se penchait sur le statut de l'animal d'élevage. Le phénomène de l'élevage s'impose d'abord sur un plan quantitatif, car il concerne des dizaines de milliards d'animaux. Mais il retient aussi l'attention par le fait que dans tous les pays développés, l'élevage a revêtu depuis une cinquantaine d'années une forme nouvelle : l'élevage industriel. Georges Chapouthier 3 recense quatre grands domaines où se posent des questions morales dans nos relations avec les animaux : les animaux domestiques, l'élevage industriel, l'expérimentation biologique et médicale, les jeux sauvages (chasse, corrida). On peut ajouter à cette liste les espèces menacées. Mais si l'élevage industriel relève d'une approche morale, il ne peut aucunement s'y restreindre. Il pose des problèmes moraux, sans doute, mais aussi juridiques, économiques, écologiques, politiques. Et au total, il suscite, en tant que réalité exemplaire, une interrogation sur la culture occidentale, son mode de développement, son rapport au phénomène technique. L'agriculture, essentiellement assimilée aujourd'hui à l'alimentation, ne peut être considérée comme un problème purement agronomique. L'élevage industriel illustre, de manière très concrète, l'interrogation heideggerienne sur l'arraisonnement technique de la nature, le Gestell. Et l'on verra que, comparé à une ferme industrielle tournant à plein régime, le barrage sur le Rhin reste quelque peu bucolique. Mais on peut aussi examiner l'industrialisation de l'élevage du point de vue d'un questionnement écologiste sur la durabilité de notre mode de développement ; d'une interrogation sur la manière dont les logiques économiques et techniques organisent notre vie et son contexte ; ou encore, d'une réflexion critique sur ce que les rapports des hommes aux animaux révèlent et impliquent quant aux rapports des hommes entre eux.

L'élevage industriel

L'élevage industriel est un phénomène économique, technique, social et culturel, qui a pour corrélat, autant effet que cause, ce qu'on peut appeler le modèle alimentaire occidental. Il s'agit de standards alimentaires qui mettent en avant la consommation de viande, et qui n'ont rien d'universel ou de naturel, puisqu'ils se sont développés en Occident pendant les Trente Glorieuses 4. Ce modèle a été quelque peu freiné par des phénomènes spectaculaires d'épizooties que nous avons tous en mémoire : l'encéphalopathie spongiforme bovine de 1985-1991 et la grippe aviaire de fin 2003-2004. Ces épizooties, évidemment liées au mode industriel d'élevage, ont frappé l'opinion publique, mais n'ont conduit ni à des changements profonds des moeurs alimentaires, ni à une contestation massive du productivisme agricole. D'autre part, il est très douteux que la propagation de ce modèle alimentaire à l'échelle de la planète soit techniquement possible, et écologiquement supportable. La logique économique qui tend à cette propagation rencontre ici une limite. Cependant, à l'heure actuelle, à l'échelle de la planète, la consommation carnée croît plus vite que la population humaine. En France, par exemple, elle a historiquement connu une évolution remarquable, qui peut être ressentie ou présentée comme une conquête sociale. En 1790, la consommation annuelle de viande par individu est estimée à 19 kg. En 1960, elle est de 79 kg ; en 2000, de 95 kg (dont 36 kg de porc, la viande la plus consommée). De plus, de 1781 à 1938, la consommation de viande a connu une évolution assez régulière : tous les dix ans, elle a progressé de 1 à 3 kg, et jamais de plus de 5 kg (en 1938, elle était de 46,4 kg). Or, pour la période 1955-1959, elle s'élève à 70 kg, soit une augmentation de 25 kg sur une période de dix-quinze ans 5. Il s'agit d'une accélération spectaculaire. Comme on va le voir, la transformation technique des méthodes d'élevage, et leur industrialisation, ont entrainé un accroissement énorme des quantités de viande, de lait et d'oeufs produites ces cinquante dernières années, du fait de l'accroissement de la productivité. Cela a évidemment eu pour conséquence une transformation radicale des modes de consommation, caractérisée par l'abondance de produits animaux standardisés.

Cette transformation des modes d'alimentation a été rendue possible par une mutation des conditions de vie des animaux d'élevage. Mais cette mutation est restée dans une large mesure un phénomène invisible, en raison de ce que Florence Burgat appelle "la prééminence du produit (la viande) sur l'animal dont il est tiré 6". Le fait de manger de la viande, donc de l'animal, s'est banalisé. De plus, le corps de l'animal de boucherie est en quelque sorte effacé par la pratique de la découpe des morceaux : il disparait dans la sérialité de formes auxquelles notre regard est habitué. De temps en temps, on voit s'ouvrir un camion de livraison dans lequel s'entassent ou pendent des parties de carcasses. Mais cela reste fugitif, à peine entrevu, et ne fait pas vraiment sens. Les considérations qui vont suivre se proposent notamment de refaire le lien entre le produit que nous consommons sous le nom de viande, et l'animal dont il est issu ; d'établir donc, par exemple, la généalogie de la tranche de jambon.

L'élevage industriel peut être défini comme l'"ensemble des activités fondées sur la division du travail et la spécialisation qui ont pour objet l'exploitation à grande échelle d'animaux domestiques en vue de leur transformation en biens de consommation 7". L'élevage industriel ne doit donc pas être confondu avec l'élevage intensif, ni défini par lui. Il se caractérise par l'industrialisation de la production de viande, de lait et d'oeufs, du point de vue des méthodes et des finalités. Quelle que soit sa taille, l'unité de production prend pour modèle l'usine spécialisée.

L'élevage industriel est né aux États-Unis pendant la Seconde Guerre mondiale (les guerres modernes sont des facteurs de progrès techniques), en raison du besoin d'une production de masse pour nourrir les troupes américaines envoyées aux quatre coins de la planète (c'est le fameux corned beef). Le modèle américain s'est propagé en Europe après la guerre, et en France d'abord dans le secteur avicole. Il a grandement été encouragé par une volonté politique de modernisation de l'agriculture française 8.

L'industrialisation de l'élevage réunit trois caractéristiques fondamentales, et absolument solidaires : a) l'application à l'élevage de la mécanisation et de l'organisation scientifique du travail (OST, élaborée par l'ingénieur Taylor) ; b) la fabrication industrielle des antibiotiques, des vitamines, et des aliments du bétail ; c) le développement d'une zootechnie, qui ne se limite pas aux progrès de la médecine vétérinaire, mais agit essentiellement au niveau de la sélection génétique et de la maitrise de la reproduction (accroissement de la fécondité, insémination artificielle).

Ces trois caractéristiques sont étroitement intriquées. Par exemple, les antibiotiques sont une condition technique fondamentale de l'élevage industriel, car on ne peut sans y avoir recours élever un grand nombre d'animaux enfermés ensemble dans un espace clos (un élevage avicole peut regrouper jusqu'à 80 000 poulets dans un hangar). C'est ce qu'ont montré les premiers essais d'élevage de ce type aux États-Unis : très rapidement, des maladies infectieuses naissaient et se propageaient. C'est une avancée technique de l'industrie pharmaceutique qui a permis de résoudre le problème. Mais du coup, elle a créé une nouvelle norme de l'élevage (le recours systématique aux antibiotiques pour préserver le capital animal), en même temps que se mettait en place un cercle d'interdépendance entre l'industrie pharmaceutique et l'élevage industriel. Ainsi, les porcs élevés industriellement prennent des antibiotiques sous trois formes : une ration quotidienne de stimulants pour la croissance ; des médicaments préventifs ; des médicaments curatifs. Ce n'est que récemment que le premier mode d'administration, la "moulée" quotidienne, a été interdite dans l'Union européenne, pour des raisons de santé publique liées à l'inquiétude suscitée par les épizooties (interdiction qui doit prendre effet en 2006). Ajoutons que la sélection génétique crée des espèces moins résistantes, d'où un besoin supplémentaire d'antibiotiques.

Cette solidarité de différents facteurs techniques et scientifiques ne fait que vérifier la loi selon laquelle les phénomènes techniques ne sont pas isolés, et ne peuvent exister et se développer que sous la forme d'un système technique 9. C'est pourquoi l'élevage industriel ne peut se développer que dans les pays disposant des moyens industriels, financiers, scientifiques et techniques requis ; en même temps qu'il s'impose systématiquement aux pays qui accèdent à ces moyens. On ne saurait profiter - ou pâtir - d'une partie du système sans dépendre immédiatement de sa totalité.

Les techniques productives

L'OST signifie, dans son fonds, la rationalisation technique de la production. Elle engage donc l'élevage dans un modèle unique de production, qui entraine une standardisation des animaux et des compétences humaines, en vue d'un objectif unique : l'augmentation de la productivité des hommes et des animaux. Elle aboutit à une segmentation des processus d'élevage, qui se décomposent en différentes phases, de la naissance à l'abattage. Ces phases correspondent à différents types de claustration de l'animal, assorties de manipulations diverses, et de quelques transports. L'élevage industriel peut être défini par trois grands traits : la production "hors sol" (les animaux ne sont plus élevés en plein air, dans un contexte "naturel" ou s'en approchant) ; la claustration (les animaux sont enfermés, et très souvent séparés les uns des autres) ; la contention (ils sont placés dans des habitacles ou soumis à des dispositifs qui réduisent considérablement leurs possibilités de déplacement et de mouvement, jusqu'à parfois les annihiler presque entièrement). Dans ces conditions, les animaux d'élevage passent toute leur vie enfermés dans un environnement artificiel. Ils n'ont plus aucune relation avec la nature, et leurs relations avec les hommes sont très réduites. Le contexte ne tient aucun compte du mode de socialité propre à leur espèce, et ne leur offre que des stimulations très réduites. L'élevage dit traditionnel ne doit pas être idéalisé, mais il maintenait un rapport individuel à l'animal, et prenait en compte les déterminations biologiques et sociales qui limitaient la taille des groupes et troupeaux. Dans l'élevage industriel, l'animal est un outil de production traité par lots, dont la taille est déterminée par des contraintes purement techniques et financières.

Cette artificialisation de l'élevage correspond à un modèle de production gouverné par une logique économique et technique. L'exploitation agricole y est pensée comme une entreprise industrielle. En tant que telle, elle s'insère dans une "filière", qui organise l'exploitation et la distribution d'un produit dans un seul but qui gouverne toutes les étapes du processus : la conquête de parts de marchés et l'augmentation des profits. Dans ce genre de filière, l'exploitation agricole est conçue comme une usine de transformation de masse, articulée à un système de distribution de masse. On a pu remarquer, cependant, que l'éleveur appartient à une filière industrielle, mais souvent sur le mode d'une relative indépendance (exploitation familiale, taille parfois assez réduite). Cela tient peut-être au fait qu'il constitue, dans la filière, le maillon fragile, car encore soumis aux aléas de la matière vivante. L'industrie possède les maillons les plus solides.

On peut noter au passage que l'artificialisation de l'élevage engendre directement des problèmes écologiques, créés par tout ce que l'élevage industriel remet en circulation, et qui n'est ni maitrisé par l'éleveur ni ajusté aux capacités de recyclage de la nature. Comme le soulignent Catherine et Raphaël Larrère 10, il s'agit là d'un point de résistance à l'artificialisation aveugle. Bien évidemment, l'industrie a quelque mal à admettre que le processus industriel n'est pas terminé tant que les résidus ne sont pas recyclés, et elle tend soit à ignorer le problème, soit à le résoudre selon la logique économique qui lui est propre. C'est ainsi que les farines animales - ingénieuse invention - sont nées de la nécessité de recycler les déchets de la boucherie et de l'équarissage, ce qui n'est pas un mince problème étant donné la concentration des abattoirs. La course au profit dans cette activité a conduit à recycler sans précaution... les prions.

Ce modèle de production a été, en France, grandement favorisé par la technostructure d'encadrement (Ministère, formation, conseillers techniques, banques), qui l'ont à peu près imposé matériellement, en même temps qu'ils en ont construit et valorisé la représentation. L'élevage moderne est censé être un élevage scientifique. Il se déroule dans des ateliers de production animale, dont les "performances" sont mesurées par une batterie d'indices mis au point par des experts.

C'est ici qu'est requise la zootechnie 11, indispensable à l'ajustement de la configuration centrale de l'élevage industriel : la machine animale dans le bâtiment industriel à des fins d'exploitation maximale. Le zootechnicien peut être considéré comme l'ingénieur de ces machines, l'"animaliculteur" comme leur mécanicien spécialisé. Il s'agit bien sûr d'une science appliquée, car elle est pilotée en priorité par les objectifs industriels de rendement et de profit, qui assignent à la zootechnie trois finalités : adapter les espèces à leur environnement industriel ; améliorer le rendement énergétique par tête ; maximiser l'efficacité des fonctions de nutrition, de croissance et de reproduction (fonctions à quoi l'animal est entièrement réduit dans le cadre de l'élevage industriel). Ces finalités passent par la surexploitation de l'animal et par le démontage des processus naturels. Par exemple, en ce qui concerne la reproduction, on accélère la venue de la période reproductrice et on la prolonge. On suscite une superovulation, par injection d'hormones, et on intervient pour assurer la fécondation des ovocytes. On peut de plus diviser l'oeuf fécondé, pour doubler la production par gemellité. Dans l'élevage bovin, la grossesse est répartie sur plusieurs animaux : des vaches servent de réceptacles, et reçoivent un ovocyte, éventuellement fécondé in vitro, et provenant de souches hypersélectionnées 12. Du point de vue industriel, le monde animal est considéré comme un ensemble de matières premières vouées à diverses formes d'exploitation et transformation, dont beaucoup impliquent la mise à mort. L'animal a donc un statut économique d'"animal de rente", qui se transcrit sur le plan technique et scientifique en un statut de "machine vivante à aptitudes multiples 13". Certes il ne s'agit plus de la machine cartésienne, mais d'une machine thermodynamique et cybernétique, que l'on aborde en termes de flux d'énergie, d'autorégulation et d'information.

L'exemple de la "filière porcine"

Si le porc est aujourd'hui l'animal le plus mangé dans le monde (40 % du total), il est aussi l'un de ceux dont la domestication est très ancienne (peut-être 8000 av. J.-C. en Thaïlande, et 7000 av. J.-C. en Thessalie). Au point que ceux que l'on identifie parfois comme des cochons "sauvages" sont probablement - en Corse par exemple - des animaux d'élevage passés dans la nature. Le porc est l'un des animaux d'élevage les plus intelligents, souvent comparé au chien. De là découlent un nombre important de capacités, mais aussi de besoins, qui peuvent être décrits en termes de stimulation, d'activité, de contacts. À cela correspond d'ailleurs, dans certaines architectures de village ou de fermes traditionnelles, une réelle proximité de l'habitat humain et des espaces dévolus aux cochons.

La consommation de la viande de porc ne correspond évidemment à aucun impératif naturel. C'est une pratique coutumière, d'autant moins universelle qu'elle est frappée d'interdits religieux fameux, mais inscrite dans des traditions ancestrales, présentes dans certains pans de la mémoire collective. Les cochons ont été longtemps associés aux formes variées d'une agriculture vivrière, aujourd'hui en voie de disparition très rapide.

Bien que le porc soit un animal de pure boucherie - il ne produit pas d'oeufs, de lait, de laine, sa peau n'a pas la valeur d'usage de celle des bovins - cela ne suffit pas à expliquer qu'il soit devenu l'objet d'une "production" aussi soutenue. Le développement de la "filière porcine" constitue en effet un modèle économique exemplaire de l'élevage industriel contemporain, tant du point de vue des méthodes que de celui des problèmes engendrés. La très grande majorité des porcs sont aujourd'hui élevés dans des unités industrielles intégrées de taille moyenne (France) ou très grande (États-Unis). Ces unités industrielles obéissent à une stratégie de rentabilité à court terme, et donc à une recherche constante d'accroissement de la productivité des animaux et du travail humain.

L'augmentation des quantités est effectivement remarquable. En France par exemple, si l'on compare les effectifs d'animaux d'élevage par tête, les bovins sont passés de 23 570 000 en 1980 à 20 281 000 en 2002 ; pour la même période, les porcins, de 11 353 000 à 15 330 000. Si on compare maintenant pour la même période la production de viande, en tonnes : on obtient pour les bovins 1 965 000 t en 1980 ; 1 905 000 t en 2002 ; et pour les porcins : 1 570 000 t en 1980 ; 2 359 000 t en 2002 14. Plus de 95 % des porcs abattus chaque année en France proviennent de l'élevage industriel. À partir de 1970, avec la mise en place du plan de rationalisation de la production porcine, ce système a été systématiquement imposé aux éleveurs s'installant par les banques et par la technostructure - soit en France l'Institut technique du porc, financé par la profession, et qui intervient dans les questions liées à la production, l'amélioration génétique - en collaboration avec la station de recherches porcines de l'Inra - les contrôles de qualité du produit, comme dans celles plus générales, ou s'imbriquent l'économie et la politique - au plan local, notamment du fait des impacts sur l'environnement, comme aux plans national et européen.

On n'évite donc pas cette question nominale, qui est aussi une question réelle : qu'est-ce au juste qu'un "porc"? Comment distinguer le "porc" de cet animal que quelques expériences, accompagnées d'une mythologie plus ou moins enfantine, nous ont appris à appeler un "cochon"? Comment distinguer la "production" des porcs et leur "élevage", sans inventer, pour les besoins de la cause, une "nature" ou une "culture?" des cochons, qui ne serait rien d'autre qu'imaginaire ?

Il pourrait s'agir d'un indice révélateur des tendances lourdes de l'industrie alimentaire contemporaine que de désigner l'animal d'élevage par son nom de boucherie. Si les fermes des temps anciens abritaient leurs "cochons", périodiquement mis à mort dans des rituels à la fois sanglants et festifs, les fermes industrielles d'aujourd'hui "enferment" - ce terme doit être entendu au sens littéral - leurs multitudes de "porcs", véritables kilos de viande sur pattes, vivantes "carcasses" dont la valeur d'échange dépend d'un marché international aux cours très fluctuants, et aujourd'hui durablement dévalués.

Le modèle américain

Si la Chine reste le premier producteur mondial, ce sont les États-Unis, pour des raisons qui tiennent à l'histoire même de l'économie industrielle, qui disposent des formes d'élevage les plus intensives. En juin 2003, 5,75 millions de truies, et 60 millions de porcs vivaient aux États-Unis. Chaque année, on produit et on tue dans ce pays à peu près 100 millions de "porcs".

La puissance de l'industrie porcine américaine tient d'abord à l'importance du marché intérieur. Les habitudes alimentaires accordent au porc une place de premier plan. Les enquêtes récentes font apparaitre qu'à peu près un tiers des sandwichs consommés par les Américains, à domicile ou en dehors de chez eux, contiennent du porc - jambon, salami, saucisse ou bacon - et ceci au point de subvertir des recettes soi-disant traditionnelles - ainsi les sauces dites "bolognaises" intègrent très souvent le porc comme ingrédient principal. La filière porcine est l'objet d'un soutien gouvernemental actif. Dans les moments difficiles de l'année 2002 - chute des prix, baisse des exportations - le président George Bush en personne a rendu visite aux producteurs de porcs, lors de la 14e "Annual World Pork Expo" (Des Moines, Iowa). Sous les trois couleurs, rouge, blanc et bleu, un slogan vantait "le porc, l'autre viande blanche"! Singulière formule, où se déploient bien sûr la compétition avec le boeuf et la volaille ; mais d'autres significations aussi, qui pour être moins explicites n'en sont pas moins prégnantes : n'est-il pas question d'une race "blanche" aux vertus indiscutables ? d'une viande dégagée de la rougeur du sang, et qui appelle, peut-être, une consommation plus neutre, plus aseptisée - au consommateur de viande "blanche" la vue du sang dans l'assiette ou dans le sandwich aura été épargnée ?

Ce sont aussi les exportations qui constituent pour cette industrie un débouché majeur : vers le Japon, qui occupe le rang de premier importateur - on sélectionne d'ailleurs, pour ce marché, des races à la chair un peu moins blanche (!) ; vers de nouveaux pays, comme l'Argentine, dont le marché est depuis la fin de l'année 2000 ouvert - pour les découpes de porc désossées - aux producteurs américains. Dans les années récentes, la hausse des exportations a été substantielle : en 2000 par exemple, les exportations de porc ont augmenté de 12 % en tonnage - ce que les commentateurs spécialisés donnent comme une remarquable "réussite industrielle". La hausse s'est poursuivie en 2001, avant les difficultés de l'année 2002 et des années suivantes : + 20 % (671 666 tonnes de porc ont ainsi été exportées, contre 557 951 en 2000). Le chiffre d'affaires a atteint 1 501 milliards de dollars, en hausse de 16 % - le Japon occupe à peu près 23 % du volume (200 084 tonnes au cours du premier trimestre 2001), et 14 % de la valeur.

Certains groupes financiers issus du Sud-Est asiatique ont investi ces dernières années aux États-Unis : dès novembre 2000, un important groupe taiwanais - Tai Shin Foods & Frozen Industrial Company - a acquis un abattoir désaffecté au Missouri. Il prévoyait d'y abattre 800 porcs par jour et d'exporter 90 % de la production vers les marchés asiatiques.

Parce que les prix moyens ont eu tendance à baisser ces dernières années, les producteurs américains ont cherché à compenser leur pertes par la progression des ventes : en accentuant la pression sur le marché intérieur, en gagnant de nouvelles parts du marché mondial. À court terme, il peut s'agir d'un expédient efficace : ainsi, le recul du prix moyen - de l'ordre de 1 dollar par kilo - a été compensé en 2003 par une très forte progression des volumes (+ 23,3 % par rapport à janvier 2002). Mais on a très évidemment affaire ici à un cercle vicieux : c'est parce que la production est poussée à la hausse que les cours baissent, voire s'effondrent. Indice des difficultés du moment présent : même le très puissant Syndicat national des producteurs de porc a été contraint en 2003 de réviser son budget à la baisse, et de licencier une partie de son personnel.

Dans cette branche de l'élevage industriel, le mouvement de concentration a été, ces trente dernières années, massif. En 1970, il y avait aux États-Unis 870 000 fermes porcines ; 700 000 en 1980 ; il n'en restait plus que 80 000 en 2002. Certaines exploitations dépassent aujourd'hui les 5 000 porcs : si elles ne sont que 2 300, et représentent 3 % du nombre total de fermes, elles contiennent 53 % des porcs.

En 1988, 7 % du marché revenaient aux plus gros producteurs - élevage de 50 000 porcs au moins par an -, le chiffre est monté à 51 % en 2000. En 1994 par exemple, Smithfield était le septième producteur des États-Unis avec 6 500 truies. Il est actuellement leader mondial pour la production (750 000 truies) et pour l'abattage, après avoir racheté successivement John Morrell en 1995, Caroll's Food en 1999 - le quatrième producteur?- et surtout Murphy's Farm, le premier producteur en 2000. Son chiffre d'affaires en 2002 atteignait 7,3 milliards de dollars : 26 % des cochons des États-Unis lui appartiennent ; 19 des 100 millions de porcs abattus chaque année aux États-Unis le sont dans ses abattoirs.

La "Pig Country" (Iowa, Caroline-du-Nord) concentre le principal de la production américaine. Trois contés de l'Iowa (Hamilton, Harden et Knight) comptent à eux seuls 2,5 millions de porcs. Si en dix ans la production n'a pas augmenté, le nombre de fermiers y a été divisé par deux. Le plus gros producteur en Iowa, Iowa Select - sixième producteur au niveau national - possède 100 000 truies dans cet État. La plus grosse ferme de l'État contient environ 15 000 bêtes. En Caroline-du-Nord, on dénombre à peu près 10 millions de cochons (5 000 fosses à lisier). En dix ans, la Caroline a multiplié sa production de porcs par cinq alors que 75 % des fermiers disparaissaient. Les communes de Duplin et Sampson comptent plus de porcs par km2 que nulle part ailleurs aux États-Unis : 32 porcs pour 1 habitant, soit 2 millions de porcs pour 60 000 habitants (autant de lisier que pour une ville de 4 millions d'habitants).

La Caroline compte 640 fermes de plus de 5 000 porcs dont 112 "mégafermes" Smithfield, sans compter les fermiers sous contrat dont les porcs appartiennent eux aussi à Smithfield. Les abattoirs Tar Heel en Caroline mettent à mort 32 000 porcs par jour. Ils emploient 5 000 personnes. Le turn-over du personnel - ce qui donne une idée des conditions de travail - atteint 100 % par an.

Du fait des forces inhérentes à l'économie dite "de marché", comme de la pression continuelle exercée par les corporations de producteurs et par l'administration publique américaine - mais peut-être demain chinoise ou brésilienne ? - sur les institutions mondiales, ce mode de production tend à devenir la norme dominante de l'élevage contemporain. Il est vraisemblable - une telle transformation s'est déjà produite pour les productions avicoles - que, dans les prochaines années, des foyers très compétitifs de production intégrée et intensive verront le jour dans d'autres régions du monde, moyennant certaines conditions favorables : la perspective d'accéder à des marchés solvables et rémunérateurs ; une disponibilité aisée des matières premières alimentaires ; un cout du travail réduit ; des contraintes sociales limitées ; une grande quantité d'espaces "polluables". Le Brésil pourrait, dans les années à venir, jouer un tel rôle, comme il le fait aujourd'hui avec les cultures transgéniques.

Les partisans de l'élevage industriel mettent régulièrement en avant les besoins liés à une démographie mondiale en forte croissance - comment y faire face sinon en augmentant la productivité de l'élevage ? - qu'ils associent à l'idée d'un moindre mal écologique - ne vaut-il mieux pas concentrer les nuisances sur quelques territoires plutôt que de les disperser, comme le font les traditions d'agriculture et d'élevage vivrier ? L'exemple de la filière porcine met bien en évidence la fragilité de ces arguments. Même avec des cours très bas, les exportations concernent exclusivement des pays solvables, et dont les traditions alimentaires autorisent la consommation de viande de porc - les populations en grande détresse nutritive ne bénéficient pas ou très peu d'un tel commerce. Le mouvement de concentration qu'engendre l'industrialisation sape petit à petit les conditions de subsistance d'un élevage moins couteux, et du coup accessible à des populations ou à des pays moins riches. Les atteintes portées à l'environnement, et donc aussi aux populations humaines - pollution des nappes phréatiques, dissémination à grande échelle des produits antibiotiques, sont profondes, durables, et difficilement réversibles. Sans parler des couts en termes de santé publique de la surconsommation des graisses animales.

Un modèle alternatif ?

La "crise de la filière porcine", qui touche de plein fouet plusieurs pays d'Europe, dont la France, apparait aujourd'hui un fait acquis : les cours sont là aussi au plus bas - de l'ordre de un euro le kilo pour les "carcasses" - régulièrement inférieurs aux prix de revient de l'élevage ; de très nombreuses exploitations subissent un endettement massif, ou périclitent ; les marchés européens, mais aussi le marché mondial lui-même, sont saturés, au point qu'on ne saurait compter sur un développement des exportations pour écouler ces quantités gigantesques. Comme aux États-Unis, on aura longtemps cherché la "solution" dans une augmentation des quantités produites, alors même que la surproduction tire inéluctablement les cours à la baisse. Le marché européen - qui est presque autosuffisant - a longtemps bénéficié de protections douanières importantes, mettant les éleveurs comme l'ensemble de la filière à l'abri des concurrences étrangères. Ce que les négociations commerciales en cours au niveau mondial pourraient bien remettre en cause. Ce qui n'exclut pas, non plus, la concurrence et les tensions intracommunautaires. Mais l'interprétation de cette crise, comme la détermination des éventuels "remèdes" susceptibles de lui être apportés, sont loin d'aller de soi.

On s'inquiète souvent, dans les rapports officiels ou dans la presse spécialisée, du manque de compétitivité des élevages européens, et surtout français, dont une part importante ressortit à une agriculture familiale, par rapport aux économies d'échelle que peuvent réaliser les exploitations industrielles. C'est un fait incontestable - même si les tailles atteintes par les exploitations ne sont pas comparables - que la tendance à la concentration s'est manifestée avec force dans ce secteur ces dernières années : on comptait en France 320 000 détenteurs de porcs en 1979, dont 50 à 60 000 élevages professionnels ; en 2000, 60 000 détenteurs, dont moins de 20 000 élevages professionnels. Une telle concentration résulte de la disparition des élevages les moins performants, techniquement et économiquement : baisse nécessaire des couts de production, au regard d'une concurrence croissante ; amélioration des performances moyennes grâce au progrès des connaissances et des technologies - notamment biomédicales - et à sa diffusion.

Cependant, avec les plans de "rationalisation" mis en place au début des années soixante-dix, les gouvernements successifs ont délibérément choisi, en accord avec la profession, de maintenir pour l'élevage porcin le modèle de l'exploitation familiale, en adaptant le modèle d'intégration et de concentration industrielles. On a alors considéré que l'apport des technologies nouvelles et d'une organisation collective - groupements de producteurs, schémas communs de sélection des bêtes - suffiraient à porter l'ensemble de cette filière au niveau de productivité et de compétitivité nécessaires. De là, les caractéristiques aujourd'hui marquantes pour l'élevage des porcs en France :

- 67 % des truies se trouvent dans des élevages de 50 à 300 truies et on n'en trouve que 15 % dans des élevages de plus de 500 truies. D'autres pays européens, gros éleveurs eux-aussi, connaissent une concentration plus importante : la proportion des élevages de plus de 500 truies atteint 30 % en Espagne, au Danemark, aux Pays-Bas, dépasse 40 % au Royaume-Uni et en Italie, pour atteindre 60 % en Irlande ;

- les élevages sont intégrés, dans la quasi-totalité des cas, aux exploitations agricoles : les deux tiers des porcs se trouvent dans des exploitations de 30 à 100 hectares de surface agricole utile. Si la moitié de la production est réalisée par des exploitations économiquement spécialisées en porc, les exploitants sont souvent propriétaires de la terre. L'autre moitié correspond à des exploitations agricoles complexes où les productions végétales, ou l'élevage d'autres animaux, occupent une place importante ;

- ce secteur est marqué par une très forte organisation collective. 90 % de la production est commercialisée par l'intermédiaire des groupements de producteurs. Ces institutions - le plus souvent des coopératives, souvent dominées par les producteurs les plus importants - offrent à leurs adhérents de multiples services, ainsi que de nombreux outils industriels pour l'approvisionnement (alimentation, reproduction...), la commercialisation et la transformation, en particulier l'abattage-découpe ;

- grâce à l'Union européenne, le marché européen reste très protégé par des taxes élevées à l'importation (0,54 Ä/kg de carcasse, pour un prix de l'ordre de 1,3 Ä/kg en 2002).

Dans les conditions actuelles de la concurrence et sur fond de baisse persistante des cours, ce modèle apparait aujourd'hui fragilisé. Comme si l'on avait affaire à une économie encore marquée par sa dimension domestique, non "adaptée" aux tendances dominantes de l'agriculture hyperconcentrée. En quelque sorte, la répétition contemporaine (et accélérée) d'une certaine "révolution industrielle".

C'est dans cette logique, en tout cas, que s'inscrit le rapport rendu en janvier 2004 au ministre de l'Agriculture Hervé Gaymard - "rapport Porry" - : constatant les difficultés persistantes d'un grand nombre d'exploitants, il esquisse un plan de cessation d'activité pour les plus petits exploitants, visant à développer la taille moyenne des exploitations et la concentration des groupements de producteurs et des abattoirs. Selon le jargon en vigueur, il faut "moderniser", "restructurer".

Une partie des éleveurs, regroupés au sein de la Coordination rurale dénonce dans ce rapport "un mirage de la rationalité industrielle inapplicable à l'agriculture", en appelle à des mesures de soutien et de protection. Sur des bases très différentes - une critique radicale du "productivisme agricole", de ses conséquences sociales et environnementales - la Confédération paysanne s'inquiète du verrouillage de la décision politique, tenu par quelques groupes dominants, au détriment des petits exploitants : une part importante de la surproduction actuelle résulte, en effet, d'extensions illégales des élevages, auxquelles les pouvoirs publics ne remédient pas ; les subventions restent indexées sur les quantités produites et bénéficient aux éleveurs qui sont déjà les plus puissants. Elle en appelle à une régulation alternative de la production - mise en place d'une grille des poids ne poussant plus à l'augmentation systématique des quantités, réforme de l'Organisation du commerce mondial - et à une réorientation de la dépense publique : que les fonds publics servent à financer des plans de désendettement pour le maintien des petits et moyens producteurs sur l'ensemble du territoire, plutôt que des plans de cessation d'activité. La question économique est ici aussi politique : qui impose les normes, selon quels rapports de force, et pour quelle définition de la justice ?

Une vie de porc

Dans les fermes industrielles, pour l'instant concentrées sur le sol américain, et particulièrement dans la "Pig Country", les différentes étapes de l'élevage correspondent à une ingénierie temporelle et spatiale très efficace (spécialisation et division du travail). Les phases, ainsi que les sites, sont très précisément différenciés : 1. "breeding", insémination et gestation - les truies sont en gestation à peu près 113 jours par an ; 2. "farrowing", naissance et sevrage : les porcelets sont tatoués, castrés le jour qui suit leur naissance (à la cadence de 200 à la demi-heure) et sevrés le plus tôt possible - vers 15/20 jours - ; "feeding", nutrition dans des "nurseries" où les porcelets sevrés restent sept semaines jusqu'à ce qu'ils aient atteint un poids de 40 livres ; "finishing", engraissement final qui dure seize semaines jusqu'à ce que les porcs atteignent leur poids de marché, soit 240 à 250 livres. Ils sont parqués dans des hangars d'à peu près 2 000 têtes comportant des enclos - à raison d'un centaine de porcs par enclos.

La durée de vie d'un porc industriel est donc de l'ordre de six mois. Le taux de mortalité dans les fermes industrielles se situe (officiellement) entre 8 à 15 %. L'"alimentation" des porcs inclut systématiquement des antibiotiques - plus des deux-tiers des antibiotiques produits aux États-Unis sont destinés aux animaux. En 2003, le Conseil national de producteurs de porcs a d'ailleurs pris explicitement position contre la mise en place de la traçabilité : elle risquait de favoriser les élevages canadiens, et de concurrencer les exportations américaines.

Les contacts entre les hommes et les animaux sont réduits au strict minimum : ainsi, dans les hangars de "breeding", on compte un employé pour 400 truies ; un peu plus pour les naissances et le sevrage : un employé pour 250 truies (une portée moyenne est de 9 truies) ; beaucoup moins en revanche pour les étapes suivantes : un employé pour 6 000 porcelets en étape 3, un employé pour 3 000 à 3 500 porcs en étape 4 (soit 15 personnes par site de 48 000 porcs). La plupart du temps, les porcs sont laissés à eux-mêmes, en particulier la nuit. La productivité dans ce régime classiquement taylorien se mesure évidemment au temps passé : la norme idéale serait que les porcs aient 12 minutes de contact humain pendant la durée entière de leur vie.

Même s'il est problématique de faire nôtre le mode de perception et de sensibilité du porc d'élevage - sur la base de quelle communauté d'expérience pourrions-nous nous mettre "à leur place"? - il n'est pas déraisonnable de conjecturer que ces conditions de "vie" sont proprement affreuses, au sens le plus strict du terme : la souffrance y est de règle, et ceci sous des formes multiples.

Il est tentant de mettre en opposition les petites ou moyennes exploitations, telles que l'Europe, et en particulier la France, en abrite encore - où le "cochon" serait susceptible d'actualiser pleinement des vertus supposées naturelles - et ces fermes industrielles dénoncées comme les hauts lieux de la barbarie. Mais il faut ici être prudent. En effet, l'élevage "familial" ne s'est ouvert que très récemment aux problèmes d'environnement - la pollution des eaux douces comme marines, la dissémination des produits antibiotiques atteignent, en Bretagne notamment, des niveaux jamais vus. Et les conditions de vie des animaux dans les petites ou moyennes porcheries sont bien souvent elles aussi affreuses. En fait, le mode de vie de l'animal dépend du statut de l'animal dans le modèle industriel d'élevage, beaucoup plus que de la taille de l'exploitation.

Les porcs sont ainsi enfermés dans un environnement à ce point confiné que l'idée même d'un "monde animal", telle qu'on pourrait l'élaborer à partir des travaux de Uexküll, semble ici sans pertinence. C'est à la fois la relation aux choses - minéraux, végétaux, éléments comme l'air, l'eau ou la lumière -, aux autres animaux et aux hommes, qui se trouvent compromises. Sans aller jusqu'à soutenir que cette réduction du monde constitue une perte d'"autonomie" ou de "sens", il n'est pas déraisonnable de penser qu'elle contrevient à un certain nombre de dispositions ou de développements spontanés. De tels empêchements peuvent-ils être sans souffrance ? Si les choses ne manquent pas de complexité, c'est aussi parce que dans le même temps que s'intensifiaient les productions animales, on est aussi passé à des régimes d'empêchements moins visibles. Il était par exemple de tradition d'attacher les truies en gestation par des colliers ou des sangles. Un tel système est aujourd'hui interdit. Il est remplacé par le système d'"encagement". Il peut sembler préférable d'être libéré de la sangle ou du collier. D'autant qu'ils finissent par blesser en s'incrustant dans la peau. Mais les très solides barreaux qui entourent l'animal, qui ne marquent pas son corps à proprement parler, empêchent néanmoins tout mouvement, le placent à la merci des interventions des éleveurs - piqures soi-disant à des fins vétérinaires, en réalité souvent pour pousser à une croissance accélérée. Ceux-ci peuvent aller très rapidement sans courir de risque - de morsure notamment : en peut ainsi augmenter le nombre de porcs par enclos, et gagner en efficacité. De telles conditions ressemblent donc, malgré la différence d'échelle et si l'on se place du point de vue de la souffrance animale, à celles qu'on rencontre dans les gigantesques fermes industrielles.

Quelle que soit la taille de l'exploitation, les truies reproductrices (environ 1 300 000 têtes actuellement en France) sont isolées et enfermées dans des stalles individuelles métalliques, à peine plus grandes que leur corps. Dans cet espace minimum de survie, elles mènent une existence totalement confinée : elles ne peuvent ni se déplacer, ni même se retourner - seulement se lever et se coucher. On leur administre vaccinations, injections d'antibiotiques, traitements hormonaux, insémination artificielle de plus en plus. Quand la truie est prête à donner naissance, elle est déplacée vers le box de "mise bas", où elle peut être encore plus restreinte dans ses mouvements. Pendant au moins dix mois par an, les truies pleines ou allaitantes sont dans l'incapacité de se déplacer. Le seul moment où elles jouissent d'une enceinte plus spacieuse est quand elles sont mises avec le verrat. Mais les progrès de l'insémination artificielle sont en train de les priver de cette unique possibilité d'exercice, et de leur seul contact naturel avec un membre de leur espèce, à l'exception de leur rapport fugitif avec leurs portées. En effet, l'exploitation industrielle de l'animal passe par une accélération artificielle du processus reproductif. Les porcelets sont sevrés à quatre semaines, alors qu'un sevrage "naturel" s'effectuerait plutôt entre huit et dix semaines. Le nombre moyen de porcelets sevrés par truie et par an est passé de 16,7 en 1971 à 24,6 en 1999. Sur la même période, la durée d'allaitement (considérée comme du temps improductif) est passé de 48 jours à 26 jours, et l'intervalle entre le sevrage et la nouvelle saillie de 20 à 10 jours. En somme, la vie d'une truie reproductrice consiste à être engrossée, à donner naissance, à se voir enlever ses petits prématurément, et à recommencer le cycle dix jours après, le tout dans un isolement et une immobilité quasi complets. De plus, des études ont montré que les truies et les verrats reproducteurs ont en permanence faim (contrairement bien sûr aux animaux engraissés pour la viande), car leur donner plus que le strict minimum nécessaire à la continuation de la reproduction n'a aucun intérêt pour l'éleveur. Après deux ans et demi de cette existence peu enviable, les truies sont abattues. Quant aux porcelets prématurément sevrés, ils subissent la castration, la coupe des dents, la coupe de la queue (caudectomie), le bouclage et le tatouage, la plupart du temps sans anesthésie. En ce qui les concerne, l'objectif de l'élevage est d'obtenir un GMQ (Gain de poids Moyen Quotidien) maximal pour une longévité minimale. À cette fin, on les entasse dans des enclos couverts, très sombres et très bruyants. Pour faciliter l'entretien, les sols sont en caillebotis ou en béton, sans aucune litière : ils sont très inconfortables pour les animaux, occasionnent des blessures aux pieds et aux pattes pour les porcelets (et de graves difformités pour les truies qui vivent sur ce sol beaucoup plus longtemps). Dans cet environnement, les porcs n'ont rien d'autre à faire que manger, dormir, et se battre entre eux (la caudectomie est la réponse de l'élevage aux comportements d'agressivité engendrés par le contexte).

Souffrance animale, souffrance humaine

Si l'industrialisation de l'élevage s'accompagne d'une transformation de l'identité animale elle-même - "masse" corporelle ouverte sur une croissance rapide et sur une manipulation maximale - elle touche aussi, d'une manière différente mais tout aussi bouleversante, les éleveurs eux-mêmes, sommés de se constituer en producteurs efficaces... ou de disparaitre.

En quoi consiste le métier d'un "ouvrier porcin", telles que le définissent aujourd'hui les fiches techniques décrivant les métiers agricoles ? "L'ouvrier d'élevage porcin s'occupe essentiellement de l'alimentation des animaux. Il réceptionne les céréales, les broie pour en faire une farine, puis les verse dans une mélangeuse en ajoutant des minéraux et des fibres selon les formules requises. Il distribue les rations calculées par ordinateur, manuellement ou de façon automatisée. Il lave les truies et les porcs. Il procède au raclage et au nettoyage des locaux. L'ouvrier d'élevage porcin effectue [...] les activités de reproduction ou de naissage (ou maternité). Il détecte les truies en chaleur et passe le verrat (le mâle) pour confirmer ses observations. Il prélève et prépare la semence du mâle selon les critères définis, et effectue l'insémination des truies. Il remplit les fiches de reproduction, établies par ordinateur, et dresse le planning des mises bas. Il surveille et assure les mises bas, puis observe le comportement des truies et des porcelets [...] L'ouvrier d'élevage porcin assure également, selon les exploitations, le postsevrage et l'engraissement, qui consistent essentiellement à alimenter les porcs et à les surveiller pour prévenir les maladies [...] Autonome, il agit sous la responsabilité d'un responsable de secteur, d'un responsable d'élevage ou directement de l'éleveur. Les tâches sont identiques tout au long de l'année, réparties selon une semaine type [...] Il connait l'animal et son comportement pour pouvoir le manipuler, savoir où se placer et détecter les maladies. Il sait se servir d'un ordinateur afin d'établir les fiches d'alimentation et saisir les résultats d'élevage. Il dispose d'une endurance physique lui permettant d'assumer les marches fréquentes et le lavage des locaux. Il est organisé pour respecter le rythme des animaux. Sa capacité d'observation et sa rigueur, notamment au plan de l'hygiène, sont importantes 15."

La dureté d'un tel métier n'est pas réductible à la seule persistance d'une tradition de travail "manuel". Elle n'est pas non plus liée à la seule introduction de l'outil informatique et des moyens modernes du calcul. Elle dépend - ce qui renvoie à l'idée même d'industrialisation - à plusieurs phénomènes convergents : une division poussée du travail, qui est à la fois technique et sociale : l'éleveur applique un programme conçu par des ingénieurs spécialisés, et l'ouvrier travaille sous les ordres d'un "responsable de secteur" - d'où le caractère répétitif d'un tel "métier". Une recherche permanente de la productivité, qui pousse à l'intensification des rythmes, mais aussi à l'isolement des employés, assistés par des moyens mécanisés et informatisés, qui se relaient pour assurer le fonctionnement de cette ingénierie contraignante. Un enfermement très éprouvant physiquement et aussi psychologiquement : manque d'air, de lumière, bruit, mauvaises odeurs, tension qui règne en permanence au sein des enclos.

Il faut prendre en compte - en courant le risque d'une certaine idéalisation - la part prise - ou plutôt ici empêchée - par les relations de l'éleveur avec "ses" bêtes. Part présente dans certaines des formes traditionnelles de l'élevage, ou en tout cas, dans la représentation que s'en font les éleveurs. Sans aller jusqu'à parler d'une "amitié", ni, a fortiori d'une "intersubjectivité" ou d'une "réciprocité" associant l'éleveur et l'animal, il est clair que les formes les plus rudimentaires du contact, de la familiarité, sont ici empêchées. Parce que le temps fait défaut, mais surtout parce que le mode de production industriel repose sur la séparation de principe, la mise à distance des hommes et des animaux, ou plutôt, de ce qui en reste.

Quel bien-être pour les porcs ?

Comme le souligne Jocelyne Porcher, "le système industriel de production est intrinsèquement porteur de violence envers l'animal 16". La réduction de l'animal à une pure machine autorise à l'enfermer, le contraindre et le mutiler selon les exigences de son exploitation maximale. Il est sûr que traiter de cette façon des chiens, pour prendre un animal comparable aux porcs, serait passible de poursuites pour cruauté. Si l'élevage s'est entièrement transformé, une chose n'a pas changé : l'animal reste un être vivant et sensible. La dénégation de cette réalité dans l'élevage industriel le confronte donc à de nombreuses causes de mal-être : manque d'espace ; absence de stimulation liée à la pauvreté de l'environnement ; impossibilité d'exprimer les comportements de base de l'espèce, tant au niveau des impulsions corporelles que des relations sociales ; maltraitance. Il semble donc aller de soi que ces facteurs négatifs soient des causes très probables de souffrance physique et mentale, manifestées par des anomalies de comportements ou révélées lorsque les animaux sont placés en situation de choix.

De fait, on observe de nombreux troubles du comportement chez les porcs de l'élevage industriel : stéréotypies (les truies rongent mécaniquement les barreaux de leur box, ce phénomène a été très souvent décrit et étudié), caudophagie, stress 17 (les porcs développent un syndrome particulier, le syndrome de stress porcin, qui comprend : rigidité, peau marbrée, halètement, agitation, et souvent mort subite). Cependant, la description et l'interprétation de ces phénomènes posent d'importants problèmes méthodologiques. Par exemple, l'organisme anglais The Farm Animal Welfare Council définit le bien-être animal par cinq libertés : absence de maladie ; de faim et de soif ; de stress ; de peur ; possibilité d'exprimer les comportements naturels spécifiques. Ces cinq critères réunissent donc l'état de santé, l'état subjectif, et les capacités d'adaptation à l'environnement. Mais ils relèvent d'une approche éthologique, et ne recouvrent pas les critères de la méthodologie zootechnique et vétérinaire, qui n'admet que la quantification du bien ou du mal-être par des mesures physiologiques. La zootechnie tient notamment à distance les indices comportementaux, car elle s'adosse à la version la plus mécaniste du behaviorisme. Sous son regard, le mâchonnage stéréotypique des truies ne sera pas appréhendé comme élément signifiant d'un comportement global, mais comme un simple fait, dénué en tant que tel de signification tant qu'il n'est pas lié à une modification quantifiable de l'organisme. Bref, il n'est pas évident de faire admettre par tous les interlocuteurs concernés une description commune de la chaine qui relie selon un nexus causal la perturbation de la relation d'adaptation entre l'animal et son milieu, ses effets sur les régulations physiologiques, et les altérations comportementales ou endocriniennes qui s'ensuivent. Et une telle description ne préjuge pas du mode de réponse au problème. C'est un véritable enjeu scientifique, technique, et culturel, que de parvenir à une convergence entre le regard éthologique (qui a longtemps été complètement ignoré par la zootechnie, même si cela peut paraitre incroyable, alors que c'est assez logique, d'autant que la zootechnie a sur l'éthologie le regard de la science "dure" sur ce qui lui semble en dehors de la science) et les critères et indicateurs reconnus au sein de la "communauté scientifique" - critères qui concernent essentiellement la physiologie (le fonctionnement des systèmes endocrinien et neurovégétatif), les pathologies (maladies, blessures) et aussi les performances zootechniques.

Une telle convergence ne peut être exclue par principe, et le dialogue entre les points de vue est d'ores et déjà engagé (l'Inra est en France un lieu essentiel de ce dialogue, puisqu'il abrite à la fois un pôle zootechnique et les recherches les plus actives sur le bien-être animal). Mais il faut bien voir qu'il confronte des logiques non seulement différentes, mais antagonistes. La question du bien-être animal peut être envisagée d'un strict point de vue agronomique, technique et économique, en tant qu'elle enveloppe un ensemble de problèmes créés par l'élevage industriel, et qu'il doit résoudre techniquement et économiquement : diminution du rendement, ou de la qualité, augmentation des frais sanitaires... Le tropisme technicien est de régler ces problèmes par l'administration de médicaments (par exemple, des médicaments anti-stress : neuroleptiques, sédatifs anxiolytiques), par la chirurgie (caudectomie), et en dernière instance par la génétique, à laquelle on prête le pouvoir, encore à venir, de créer des espèces parfaitement adaptées au contexte industriel : poules aimant les cages, truies satisfaites de l'immobilité et de la vacuité... Évidemment, du point de vue des associations de protection des animaux, il s'agit d'inverser la logique zootechnique ; donc d'adapter les systèmes de production aux besoins éthologiques et physiologiques des animaux. L'idée d'une adaptation génétique aux dispositifs industriels suscite, il est vrai, un certain scepticisme. Elle parait pour l'heure plus proche du fantasme que du programme. La domestication et la sélection n'ont jamais aboli les comportements propres à l'espèce, l'animal n'est pas un pur artefact.

Si l'on suit l'analyse de Jocelyne Porcher, le caractère insupportable de l'élevage industriel, aussi bien pour les hommes que pour les animaux, ainsi que la crise que traverse actuellement la "filière porcine", rendent nécessaires des réformes de fond des systèmes d'élevage, sous trois aspects : l'adaptation de ces systèmes aux comportements, rythmes et besoins relationnels des animaux. Une telle adaptation suppose une approche éthologique et non zootechnique ; l'allongement des cycles de production et de l'espérance de vie des animaux ; l'inscription des systèmes d'élevage dans le milieu naturel.

Si de telles réformes apparaissent de bon sens, les énormes enjeux économiques, écologiques et culturels qui leur sont associés relèvent de rien de moins qu'un nouveau contrat social avec les éleveurs et les paysans. Mais comment pourrait-on en prendre le chemin ? Est-il plausible d'y croire ? La référence à un nouveau contrat social a bien souvent, ici comme ailleurs, l'allure d'une invocation rituelle et non d'un programme précis susceptible à la fois de s'opposer effectivement à des logiques économiques extrêmement puissantes, et d'opérer le déplacement culturel qui est en jeu dans la critique de l'élevage industriel. Il faut rappeler, à titre d'avertissement prudent, que l'élevage industriel, quant à lui, n'a pas été mis en place par un "contrat social", mais imposé aux éleveurs et aux consommateurs par une logique économique implacable et secondée par la technostructure étatique, financière et associative. Dans quelle mesure un mode de consommation est-il imposé aux consommateurs ou soutenu par leur désir et leur intérêt bien compris, c'est là une vieille question. En tout état de cause, le débat autour de l'élevage industriel est fort complexe parce qu'il met en jeu la logique économique, capitaliste et productiviste, du monde occidental.

On s'inquiète notamment, dans le cas français, de la capacité financière des exploitations à supporter des normes plus sévères de protection de l'environnement, mais aussi plus favorables au bien-être animal. Combien coute le traitement du lisier ? : de 8 à 19 centimes d'euro/kg de carcasse pour un élevage traitant la totalité de son lisier ; combien coute l'interdiction totale des antibiotiques comme additif de l'aliment ? : + 2 centimes d'euro/kg de carcasse ; combien couteraient les mesures visant l'amélioration du bien-être animal ? : sans doute de + 0,5 à + 1,3 centime d'euro/kg de carcasse pour la mise en groupe des truies, + 3 à + 14 centimes, pour la suppression du caillebotis et le développement de l'élevage sur paille. Ces couts, dont on voit qu'ils ne sont pas négligeables, sont à rapprocher d'un cout moyen de production de 1,33 euro/kg de carcasse, en France, en 2002.

Même indirectement, ces questions économiques ont ou auront des incidences considérables sur le mode de vie des porcs, sur leur "identité" même, et sur la nature des relations que les "producteurs" - faut-il encore les nommer "éleveurs"? - et les consommateurs entretiennent avec eux.

Les questions liées au bien-être animal font ici, comme dans d'autres domaines, un certain chemin, du fait d'une juridiction déjà effective - notamment en matière de transport et d'abattage - et d'une jurisprudence qui ne manque pas d'efficacité ; du fait aussi d'un assez grand nombre d'engagements associatifs, susceptibles d'animer des débats et de peser sur certaines décisions. L'objectif des associations de protection et de défense des animaux (la principale, sur notre sujet, est la Protection mondiale des animaux de ferme [PMAF], branche française de l'organisation Compassion in world farming [CIWF]) est de faire évoluer la législation, notamment par des campagnes en direction de l'opinion publique. Contrairement au mouvement de libération de l'animal (influencé par le philosophe australien Peter Singer), le mouvement pour la protection de l'animal n'a pas pour objectif premier "de remettre en question le principe de l'exploitation, mais avant tout d'en adoucir les modalités 18). Cette modération renvoie à une différence de conception stratégique plus que philosophique. L'action en vue de la protection vise à la fois les pratiques de consommation et les législations.

La puissance de l'élevage industriel aux États-Unis n'exclut d'ailleurs pas des contestations elles aussi très vives. En Floride, un référendum d'initiative populaire a recueilli en 2002 près de 690 000 signatures, puis une victoire à 55 % des voix pour l'inscription dans la Constitution de l'État de l'interdiction de maintenir les truies dans des cages. Une série d'audits de bien-être animal a débuté en 2003 auprès des producteurs de porcs. Il s'agit d'un programme qui reste volontaire, mais la pression et l'incitation sont assez fortes, du fait de la puissance des associations qui militent depuis à peu près trente ans pour la "libération animale", ou, de manière moins radicale, pour l'amélioration du bien-être animal.

Les lois européennes déjà en vigueur sont sensiblement plus favorables au bien-être animal qu'aux États-Unis, et ceci qu'il s'agisse de l'élevage, du transport ou de l'abattage. Depuis 1998, par exemple, les "cages à truies" sont interdites en Grande-Bretagne. Une directive européenne de 2001 préconise leur élevage en collectivité : il deviendra obligatoire à partir de 2013. L'incorporation quotidienne des activateurs de croissance à base d'antibiotiques - aujourd'hui de règle sauf dans les quelques élevages de la filière "bio?" - sera totalement interdite dès 2006. Plus généralement, la nouvelle "politique agricole commune" de l'Union européenne, qui commence à être mise en oeuvre, associe de manière systématique le respect du bien-être animal à l'attribution des aides aux exploitants.

Des filières alternatives existent d'ailleurs déjà, qui correspondent pour la France à des tentatives de "labellisation" "bio", ou "Label Rouge élevé en plein air", ou "Label Rouge élevé en liberté". Même si les quantités concernées restent faibles - à peu près 1 % du marché par exemple pour le Label Rouge -, on constate que les normes édictées intègrent pour une part très importantes la recherche d'une amélioration des conditions d'élevage. Ce qui inclut notamment : la sélection d'espèces à croissance modérée ; l'interdiction - sauf pour des raisons vétérinaires - des cases individuelles pour les truies ; de la naissance au sevrage, le chauffage et le paillage des abris ; l'utilisation de la lumière naturelle, circulation facilitée de l'air ; les sols sans grillages ou sans caillebotis, pour limiter les risques de blessures pour les pattes ou les onglons ; les litières en paille ou en sciure de bois déshumidifiées ou dépoussiérées ; pour les porcs élevés en groupe : l'augmentation des espaces disponibles et la possibilité d'accès à des matières manipulables ; la séparation des aires fonctionnelles (alimentation, repos, excrétion) ; l'accès à des parcours de plein air ; l'alimentation à base de céréales, oléagineux, légumineuses ; la castration autorisée avant le septième jour ou, plus tard, soumise à la condition d'une anesthésie et d'une analgésie sous contrôle vétérinaire ; le sevrage à 21 jours (40 jours en "bio") si les porcelets sont placés dans des locaux spécialisés ; des conditions de transports spécifiques (pente faible et largeur suffisante du quai de chargement, suspension des véhicules, humidification des bêtes, durée limitée à 6 heures ou 200 km ; des conditions d'abattage contrôlées : pas avant 26 semaines (182 jours en "bio"), 18 heures entre le chargement et l'abattage, 30 heures de jeûne avant l'abattage, douchage avant l'étourdissement, pas plus de 30 secondes entre l'étourdissement et la saignée.

Il ne suffit évidemment pas que ces normes soient édictées pour qu'elles soit réalisées à la lettre. Leur cout est difficile à supporter pour des exploitations déjà en difficulté et soumises aux contraintes d'une économie très concurrentielle. L'éventuelle "humanisation" de l'élevage est aussi conditionnée par l'existence d'un souci moral à l'égard de nos semblables porcins, dont il n'est pas acquis qu'il soit partagé par les éleveurs et par les consommateurs. Qu'enseignent aujourd'hui sur ces questions les instituts d'agronomie ou les organisations d'éleveurs ? Les questions d'éthique animale ont-elles quelque place aux différents niveaux de l'École ?

Ni la survie ni le développement des perspectives alternatives ne sont donc aujourd'hui assurées. Elles pourraient toutefois trouver quelque appui dans une politique agricole qui dissocierait les subventions des quantités produites, pour les associer à de nouvelles normes associant la qualité à une certaine éthique "humainanimale".

Complications juridiques

Mais ce qui est aussi en question ici, c'est la possibilité d'une évolution législative, impliquant à terme des modifications très profondes de l'économie du secteur, et donc de nos modes de consommation. Du point de vue juridique, on pourrait résumer la situation actuelle ainsi : l'élevage industriel est en contradiction avec certains aspects de la législation ; mais c'est surtout la législation qui est en contradiction avec elle-même. Le droit français accorde en effet à l'animal un statut contradictoire : il est une chose pour le Code civil et un être vivant et sensible susceptible à ce titre d'être protégé pour le Code pénal.

Selon l'article 528 du Code civil, les animaux domestiques ou assimilés appartiennent à la catégorie des "biens meubles" ( ou "immeubles par destination", quand ils sont attachés à une exploitation agricole, selon l'article 524). C'est selon cette catégorie que le droit civil envisage les animaux domestiques (fondamentalement, les animaux sauvages n'ont pas de statut légal, ils sont res nullius) pour régler les questions de responsabilité, d'acquisition et de cession, éventuellement de brevets ; bref, toutes les questions relevant du droit de la propriété.

Or, selon l'article 521-1 du nouveau Code pénal de 1994, les "sévices graves et actes de cruauté" envers les animaux constituent une catégorie distincte des crimes et délits contre les biens. Le Code pénal s'accorde sur ce point avec la loi du 10 juillet 1976 sur la protection des animaux, qui dans son article 9 reconnait expressément le caractère sensible de l'animal : "Tout animal étant un être sensible doit être placé par son propriétaire dans des conditions compatibles avec les impératifs biologiques de son espèce." Cet impératif énoncé par le droit rentre évidemment en conflit avec les conditions faites aux animaux dans l'élevage industriel.

Le droit français est donc à l'heure actuelle bien incohérent, puisque l'animal y figure à la fois comme objet et comme sujet de droit. C'est un être qui peut être deux choses différentes et surtout incompatibles selon le point de vue que l'on adopte : une sorte d'hybride juridique. Il faut bien souligner que la loi de 1976 se fonde sur les besoins de l'espèce pour définir les droits de l'animal, et pour le protéger, y compris contre son propriétaire. L'animal n'est alors pas vu comme un objet, une chose purement appropriée.

C'est pourquoi l'animal est au centre d'un débat juridique. Celui-ci reflète bien sûr un souci de l'opinion publique, quelque peu réveillée par la crise de la "vache folle". Mais il s'inscrit aussi dans une tradition juridique de réflexion sur l'animal, et de protection (dont l'acte fondateur, dans le droit français contemporain, est la loi Grammont de 1850, qui sanctionne par des amendes, voire un bref emprisonnement : "ceux qui auront exercé publiquement et abusivement des mauvais traitements envers les animaux domestiques 19").

Le problème théorique posé par l'animal est la recherche d'une qualification juridique appropriée. Les théoriciens du droit souhaiteraient, pour la plupart d'entre eux, éviter deux gestes théoriques radicaux :

- d'une part, la personnalisation juridique de l'animal, par exemple sous la forme de la création d'une personnalité juridique nouvelle, différente des personnes physiques et des personnes morales : la "personnalité animale". Une telle innovation, qui irait dans le sens du mouvement de libération animale et des théories de Peter Singer et de Tom Regan, se voit opposer la tradition juridique et culturelle 20 ;

- d'autre part, la remise en cause de l'opposition fondamentale des personnes et des biens par la création d'une catégorie intermédiaire, comme celle de "centre d'intérêts 21".

Ce double refus ne laisse guère d'autre possibilité que de considérer l'animal comme un bien d'un type nouveau : un objet d'appropriation, dont on ait le droit d'user et même d'abuser (l'abusus est, en droit, ce critère constitutif de la propriété qui est le droit de tirer profit de la mort), mais dans certaines limites imposées par le caractère vivant et surtout sensible du bien. Cette proposition avancée par Suzanne Antoine 22, président de chambre honoraire à la Cour d'appel de Paris, implique une rénovation du Code civil. En effet, c'est le droit civil qui insère l'animal dans des classifications rigides et inadéquates : l'opposition des personnes et des biens, puis la division des biens en meubles et immeubles. Cette logique classificatoire ignore que même pour le sens commun l'animal n'est pas un bien comme les autres, dont la mobilité serait la caractéristique essentielle.

Le problème, c'est que ce statut juridique de bien meuble, que d'aucuns jugent inadéquat, est bel et bien l'expression du statut économique et quasi ontologique de très nombreux animaux, notamment ceux traités par l'élevage industriel. L'article 528 du Code civil n'est pas une simple aberration juridique, un écart de la catégorie juridique à la réalité qu'elle subsume. Il correspond au statut économique et à l'être de l'animal dans les dispositifs industriels d'élevage. C'est pourquoi la modification de l'article 528 par la loi n° 99-5 du 6 janvier 1999 entretient la confusion : l'animal n'y est pas un "corps" comme les autres, mais la loi ne reconnait pas explicitement en lui un être vivant et sensible, et il reste un bien meuble. Le droit civil reste ajusté au fonctionnement de l'économie, et au rapport culturel pluricentenaire avec l'animal. Si ce rapport culturel avec l'animal pourrait bien être froissé par de nombreux aspects de l'élevage industriel (qui en conséquence dissimule la réalité de ses pratiques), il n'en reste pas moins compatible avec lui, dans la mesure où il ne reconnait qu'exceptionnellement que l'animal pourrait jouir de droits limitant la jouissance que les hommes tirent de lui. Nous vivons au pays du foie gras, faut-il le rappeler ?

Si l'idée de définir l'animal comme un bien d'un type nouveau en raison de son caractère d'être vivant et sensible apparait raisonnable et modérée, elle se heurte à la difficulté de modifier le "droit réel". Comme le rappelle le professeur Marguénaud, "le droit de propriété est le plus énergique des droits réels qui confèrent à leur titulaire un pouvoir direct immédiat sur une chose. Or, admettre des limitations aux prérogatives du propriétaire dans l'intérêt de la chose appropriée, ce serait dresser, entre cette chose et le pouvoir s'exerçant sur elle, un écran excluant immanquablement le caractère direct, immédiat qui participe de l'essence même des droits réels et a fortiori du plus énergique d'entre eux. Ainsi y a-t-il une incompatibilité logique entre droit de propriété et limitation dans l'intérêt de la chose appropriée 23". Pour le formuler dans un autre langage, l'idée de limiter le droit de propriété sur l'animal peut paraitre raisonnable et acceptable. Elle reviendrait à limiter les modalités de l'exploitation en ce qui concerne son traitement, sa production, sa reproduction, et sa mort. Mais le droit a du mal à exprimer cette limite (qui caractérise pourtant les animaux familiers, qui sont bien nos propriétés) autrement que comme une contradiction entre le droit de propriété et l'ensemble des caractéristiques propres à l'animal qui imposent de le protéger. Soit l'animal est un bien (et notre société a besoin qu'on le définisse comme tel, qu'on définisse juridiquement le droit de propriété sur les animaux), et alors il n'a aucun droit ; soit on doit respecter en lui certaines caractéristiques, et alors il ne saurait être soumis au droit de propriété. C'est cette incompatibilité dans la théorie qui conduit justement à la contradiction actuelle entre le droit civil et le droit pénal. Il serait cependant discutable d'en conclure que les caractéristiques qui font de l'animal un être à protéger le soustraient par principe et absolument à toute forme d'appropriation. L'idée d'appropriation limitée garde une grande plausibilité, mais elle fait signe vers un style de relation juridique envers les animaux qui est loin d'avoir trouvé son expression juridique adéquate et cohérente.

Les paradoxes juridiques reflètent donc des contradictions sociales, économiques et culturelles, qui traversent nos relations aux animaux. La conviction de la proximité des animaux (si on les compare aux plantes) s'accommode d'une relative indifférence à leur sort quand ils remplissent la fonction de biens de consommation. Cette oscillation, cette incertitude quant à ce que les animaux nous sont, se transcrivent dans la manière dont le droit euphémise toujours le sort des animaux. La condamnation de la cruauté inutile et des sévices présuppose implicitement qu'il existe des formes de brutalité utiles ou indispensables ; elle suggère que, à distance des débordements sadiques, l'élevage industriel est une norme acceptable.

Il n'y a, en conséquence, aucune raison d'être entièrement optimiste sur l'évolution du droit de la protection des animaux. Si l'on veut se persuader que, dans notre monde, l'animal reste très ordinairement, et majoritairement une chose, on peut méditer l'exemple, encore assez récent, de la prime "Hérode". En 1992, pour maitriser l'offre dans un contexte où la consommation de viande bovine tend à décroitre, la Commission de Bruxelles a institué une prime de 798 francs pour l'abattage à moins de vingt jours de veaux issus du cheptel laitier. Les veaux abattus sont dépecés et transformés en farine animale ou en bouillie de viande pour chiens et chats. La naissance des veaux reste cependant programmée pour déclencher la lactation de la mère. La prime s'appelle vraiment prime "Hérode" (on pourra juger cynique cette référence au massacre des Innocents). De la même façon, les poussins mâles âgés d'un jour, qui ne pondent pas et n'ont pas été sélectionnés pour faire de la viande, sont mis à mort. Cela concerne cinquante millions de poussins par an en France. Parfois, la mise à mort consiste à les entasser vivants dans des sacs plastiques sur lesquels passe un bulldozer 24. Il est évident qu'il y a certains acquis du droit communautaire, depuis le Traité de Rome de 1957, où les animaux ne figuraient qu'à titre de "marchandises" et de "produits agricoles". Le protocole additionnel numéro 10 au Traité d'Amsterdam du 2 octobre 1997 dispose que les États membres de la Communauté "tiennent pleinement compte des exigences du bien-être des animaux", "en tant qu'êtres sensibles", dans la formulation et la mise en oeuvre de la politique communautaire dans les domaines de l'agriculture, des transports, du marché intérieur, et de la recherche. Mais cette disposition n'est certes pas appliquée à la lettre, on l'a vu. Et il ne faudrait pas croire qu'elle définisse une direction générale, encore moins qu'elle fournisse une impulsion commune soutenue par toutes les parties concernées. Très souvent, les directives de la Commission européenne en matière de protection des animaux consistent en de légères modifications des dispositifs existants en ce qui concerne le niveau du bruit, l'exposition à la lumière, l'accès à l'eau fraiche... 25 Ces modifications peuvent d'ailleurs être commandées par une attention économique à la fragilité des porcs confinés (elles n'en sont pas moins bonnes à prendre). Elles s'accompagnent de "restrictions" pour la castration et la caudectomie, qui ne sont donc pas des suppressions, et dont on ne sait si leur application est sérieusement contrôlée. Enfin, la garantie offerte aux consommateurs par les labels, outre la très faible proportion d'animaux concernés, n'échappe pas à l'ambigüité généralisée qui enveloppe la question du bien-être animal. On peut aussi y voir le traitement marketing d'un problème qui est référé, non à la réalité des conditions de vie des animaux, mais à une "demande sociale" floue qu'il s'agit de calmer. Cette interprétation est peut-être trop suspicieuse, et elle n'efface pas ce qu'il y a de positif dans le phénomène des labels (à commencer par le fait que toute information est positive en ces matières). Il ne s'agit pas non plus de contester ou de critiquer la stratégie des associations de protection des animaux. On peut considérer au contraire que, en ce qui concerne l'élevage industriel, l'Europe est à la croisée des chemins, et que peut-être un tournant s'amorce. Mais on dit cela de beaucoup de choses. En dépit des puissances qui s'y opposent, des avancées peuvent être réalisées. Mais il serait illusoire de croire que la transformation profonde du modèle industriel d'élevage résultera immanquablement de la marche inéluctable de la civilisation.

Le statut de l'animal dans l'élevage industriel est une expression remarquable, en même temps qu'une cause directe, de nos relations aux animaux, dans toute leur complexité. Ce statut est en effet déterminé, on a essayé de le montrer, par des facteurs culturels, économiques, sociaux, écologiques, et moraux. En ce sens, on peut admettre que, selon un geste classique dans l'histoire des représentations de l'animal, le statut et la représentation de l'animal d'élevage industriel fonctionnent comme un miroir : non pas une surface de projection anthropocentrique ou anthropomorphique, mais un analyseur central, et de la relation à l'animal, et du monde social où elle s'inscrit. À propos de la spécificité moderne de la violence exercée contre les animaux, et du discours qui la soutient et la légitime, Jacques Derrida, fidèle en cela à une préoccupation constante dans son oeuvre, déclarait : "Cette violence industrielle, scientifique, technique ne saurait être encore trop longtemps supportée, en fait ou en droit. Elle se trouvera de plus en plus discréditée. Les rapports entre les hommes et les animaux devront changer 26." On peut à la fois reconnaitre cette nécessité, et estimer que la prescription qu'elle enveloppe rencontrera de grandes résistances, susceptibles de l'empêcher de se réaliser sous la forme d'une décision maitrisée.

Fragments de prospective et d'utopie porcines

En 2006, les antibiotiques cesseront d'accompagner l'alimentation quotidienne des porcs... En 2013, les truies devront vivre en collectivité, et les porcs recevoir de quoi exercer dès la naissance leur intelligence exploratrice...

...puis - vers 2040 ou 2045 ? - les porcs d'un élevage "animalhumanisé" pourront se voir dotés d'un nouveau nom. Comment les appellera-t-on ? Des "cochons"?...


(1) Nous remercions Florence Martin-Kessler pour l'importante documentation qu'elle a réunie, et dont nous avons bénéficié.

(2) Cité par Porcher Jocelyne, dans Burgat Florence, Dantzer Robert et alii, Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être ?, Paris, Inra, 2001, p. 56. Voir note 7.

(3) Voir Chapouthier Georges, Qu'est-ce que l'animal ?, Paris, Le Pommier, 2004, p. 50.

(4) Voir Hervieu Bertrand, Du droit des peuples à se nourrir eux-mêmes, Paris, Flammarion, 1996, p. 121-122.

(5) Pour ces chiffres, voir le tableau présenté à la fin du livre de Florence Burgat, L'Animal dans les pratiques de consommation, Paris, PUF, 1996, coll. "Que sais-je ?".

(6) Voir L'Animal dans nos sociétés, dossier réalisé par Florence Burgat, Paris, La Documentation française, janvier 2004, "Avant-propos", p. 8.

(7) Porcher Jocelyne, "Le travail dans l'élevage industriel des porcs. Souffrance des animaux, souffrance des hommes", dans Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être ?, op. cit., p. 27. Cet article présente une étude remarquable du développement de l'élevage industriel du porc en Bretagne.

(8) En 1945, dans le cadre du Commissariat général au plan, une Commission de modernisation de la production animale est mise en place.

(9) Voir sur cette notion de système technique, Ludwig von Bertalanffy, Théorie générale des systèmes (Paris, Dunod, 1982), et le livre de Jean-Pierre Séris, La Technique (Paris, PUF, 1994).

(10) Voir Larrère Catherine, Larrère Raphaël, "L'animal, machine à produire : la rupture du contrat domestique", dans Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être ?, op. cit.

(11) Le terme de "zootechnie" est créé en 1840 par le comte de Gasparin (l'ainé d'une singulière fratrie d'agronomes français, membre de l'Académie des sciences, directeur de l'Institut national agronomique de Versailles) pour désigner le croisement de races à des fins d'"amélioration" des espèces. Elle est aujourd'hui la science de l'exploitation rationnelle des machines animales.

(12) Voir sur cette artificialisation technique, Dagognet François, La Maitrise du vivant, Paris, Hachette Littérature, 1988, p. 139 sq.

(13) Voir Landais Étienne, Bonnemaire Joseph, "La zootechnie, art ou science ?", Le Courrier de l'environnement de l'INRA, Paris, Inra, 1996, n° 27.

(14) Burgat Florence, L'Animal dans nos sociétés, op. cit., Annexe 1, p. 95 : "L'importance de la production porcine due à l'industrialisation particulière des méthodes d'élevage dans ce secteur doit être soulignée."

(15) Fiche technique éditée par l'Association nationale pour l'emploi et la formation en agriculture (ANEFA). Site Internet : http://www.anefa.org

(16) Porcher Jocelyne, dans Les animaux d'élevage ont-ils droit au bien-être ?, op. cit., p. 46.

(17) Rappelons que la théorie du stress a vu le jour dans les années cinquante. Le stress désigne le cout du maintien de l'homéostasie de l'organisme face à son environnement, et dans ses formes plus aigües l'échec à la maintenir.

(18) Voir Burgat Florence, La Protection de l'animal, Paris, PUF, 1997, coll. "Que sais-je ?", p. 10.

(19) La législation française est très clairement et complètement exposée dans le chapitre II du livre de Florence Burgat cité à la note précédente.

(20) L'idée de reconnaitre une personnalité juridique aux animaux, sur le mode de la réalité technique des personnes morales, est défendue, de manière technique et modérée, par le professeur Jean-Pierre Marguénaud, "La personnalité juridique des animaux" (Recueil Dalloz, 1998, n° 20).

(21) Voir Farjat Gérard, "Entre les personnes et les choses, les centres d'intérêts : prolégomènes pour une recherche", Revue trimestrielle de droit civil, 2002.

(22) Voir "L'animal et le droit des biens", Recueil Dalloz, 2003, n° 39.

(23) Marguénaud Jean-Pierre, "La personnalité juridique des animaux", op. cit.

(24) D'après Larrère Catherine, Larrère Raphaël, "L'animal, machine à produire : la rupture du contrat domestique", op. cit.

(25) Voir par exemple la directive du 9 novembre 2001 sur l'élevage porcin.

(26) Derrida Jacques, Roudinesco Élizabeth, De quoi demain... : dialogue, Paris, Fayard-Galilée, 2001, p. 109.

Cahiers philosophiques, n°101, page 103 (04/2005)

Cahiers philosophiques - Des cochons et des hommes