Les cahiers EPS, n°43 (12/2011)

La motricité durable / I. Le concept mis en pratiques

La culture bio-raisonnée de la motricité

Jean-Luc Dourin

Le développement durable est au coeur des préoccupations de notre société. L'éducation physique qui transforme les conduites motrices des élèves peut-elle oeuvrer au développement durable de cette motricité ?
Le regard porté simultanément sur le développement de l'agriculture et sur celui de l'activité physique des dernières décennies donne la possibilité de mesurer l'impact d'une négation des principes naturels et de la croissance assistée par la technologie, et de se rendre compte, dans cette situation, de l'impossible durabilité de la motricité et de la santé.
Cependant, l'EPS peut oeuvrer pour le développement durable de la motricité si elle confère à chacun la possibilité de s'approprier des principes respectueux de la nature.

Introduction

Le concept de "culture bio-raisonnée" est emprunté à un domaine étranger à l'éducation physique. Il correspond à une manière d'organiser le jardinage ou l'agriculture dans la durée, pour concilier développement et productivité végétale avec respect de la nature (faune, flore, sols, eau, air...) et de l'humanité (prix équitables, produits de qualité...). À la fin du XXe siècle, la médiatisation des effets négatifs des cultures intensives sur l'environnement et sur les hommes a favorisé l'émergence des courants "raisonnés" et "bios".

L'EPS a pour finalité de former un citoyen cultivé, lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué. Dans les objectifs qu'elle se donne en matière d'éducation à la santé et à la gestion de la vie physique et sociale comme dans l'accès au patrimoine de la culture physique et sportive, le lien avec le développement durable est patent. La notion de "culture raisonnée" est même inscrite dans ce dernier objectif, au collège.

Pour une culture durable, qu'elle soit de la terre ou de la motricité, le citoyen visé par l'EPS, comme le jardinier, ne peut faire l'économie de connaître les effets négatifs de certaines pratiques, les fondamentaux naturels avec lesquels il faut composer, les principes et les règles qui permettent de s'inscrire dans le durable.

Motricité intensive, raisonnée ou "bio" ?

L'évolution des pratiques agricoles

Les progrès de l'agriculture, l'évolution technique, l'arrivée de la science appliquée aux cultures du XXe siècle produisent un appauvrissement et une pollution des sols pour répondre à une demande alimentaire accrue et rechercher le rendement. Des machines agricoles toujours plus grandes et puissantes permettent le remembrement et l'exploitation soutenue des sols. Ainsi, des sols sont épuisés, pollués, érodés. De surcroît, ces méthodes engendrent une surconsommation des ressources (eau, énergies fossiles)...

En parallèle, bon nombre d'agriculteurs réclament aujourd'hui le droit légitime de vendre leurs produits au-dessus de leur coût de revient. Les effets de ces pratiques mondialisantes se montrent néfastes pour les paysans-petits exploitants et leur manière éco-responsable de traiter la nature.

Parallèlement, des courants alternatifs comme le "bio" ou le "raisonné" sont d'actualité. Dans l'agriculture raisonnée, plus soucieuse de la santé, plus responsable de la nature et des citoyens, les quantités de produits chimiques et les densités biologiques à l'hectare sont diminuées. Cependant, le travail du sol et les méthodes restent proches de l'agriculture intensive et certains affirment que le "raisonné" est un produit marketing.

Le "bio" se veut plus responsable encore et repose sur des méthodes élaborées à partir de l'observation de la nature, des méthodes empiriques anciennes, des méthodes scientifiques éclairées par l'analyse écologique et critique des cultures intensives.

L'évolution de la motricité des citoyens

L'évolution des pratiques agricoles, et l'exode rural qui l'accompagne, correspondent à des changements de motricité. Paysans hier, à chacun son métier aujourd'hui : soigner, nourrir, former, divertir, diriger, fabriquer pour autrui...

Les gestes, les déplacements, les positions de travail sont infiniment diversifiés et surtout parcellisés. Certaines personnes passent des heures assises dans un bureau, leurs trajets sont motorisés alors que d'autres exercent des métiers très physiques et réalisent des déplacements conséquents, à force humaine (marche, bicyclette...). Pour rester en bonne santé, les premiers s'octroient du temps pour une pratique d'activités compensatoire à la sédentarité, par plaisir ou par nécessité, alors que les seconds cherchent davantage à récupérer pour éviter le surmenage physique.

L'alimentation évolue et les produits issus du commerce mondial supplantent progressivement les productions locales. Pour lutter contre la faim - première priorité de l'ONU pour la décennie - la production de masse alimentaire a conduit à augmenter les rendements et introduire des pesticides et des produits chimiques divers dont les effets sur la santé sont encore mal identifiés. En même temps que la crise de la rémunération des produits agricoles, les budgets des ménages consacrés à l'alimentation chutent. La quantité domine la recherche de la qualité nutritionnelle et moléculaire (gustative et qualitative). Des maladies, des troubles de l'alimentation par excès, déséquilibre ou rejet sont le fait des pays développés alors que la faim et la malnutrition continuent de sévir massivement.

Dans les pays du nord, des politiques de prévention tentent de sensibiliser les populations aux risques liés à des alimentations déséquilibrées. Ainsi, une même publicité télévisée incite à la consommation d'un produit néfaste pour la santé, un message "évitez de manger trop sucré ou trop salé..." apparaît à l'écran. Le téléspectateur est ainsi placé devant un paradoxe. Choisira-t-il le plaisir du goût ou la préservation de sa santé ?

Ainsi, des comportements très divers se font jour au regard de l'entretien du corps et de la santé de chacun : certains ne s'en préoccupent pas alors que d'autres traitent le problème avec les ressources à leur disposition. Ils multiplient alors les produits "fitness" ou "stimulants" en tous genres.

Parallèlement, les activités physiques sont plébiscitées et associées à des campagnes commerciales visant à "vendre" de la santé.

L'éducation physique scolaire et le sport associatif permettent, dans une certaine mesure, d'encadrer cette transformation de la société. Ainsi, les accidents sont peu nombreux au regard du nombre des pratiquants. Il est raisonnable de penser que l'EPS produit un citoyen lucide et un responsable durable, par la construction d'une prise de conscience de la nécessité de répondre aux lois du fonctionnement corporel, du respect des règles de sécurité, du choix de la difficulté en fonction de ses possibilités... en bref de savoir gérer ses conduites en fonction de ses ressources et des demandes d'action.

En revanche, la "philosophie" qui sert de motif à la frénésie de consommation d'APSA ne semble pas inscrite dans la sagesse et la réflexion et correspond davantage à une mode ou à une vision du développement de la personne à court terme.

L'évolution de l'éducation physique et sportive

Conjointement à l'évolution de l'agriculture et des modes de vie, l'éducation physique connaît de profonds bouleversements car le législateur adapte les textes à mesure que la société change.

L'EPS a été successivement militaire, médicale, naturelle, sportive, socialisante : les courants de pensée se succèdent tout au long du XXe siècle. L'EPS est redéfinie par de multiples auteurs comme discipline "complexe, en miettes, à inventer...". L'émergence majoritaire du sport comme courant dominant est à mettre en relation avec le modèle de la croissance, du productivisme et de l'agriculture intensive.

Le sport de compétition, la course à la productivité ou l'obtention des résultats mènent pourtant à une surexploitation des ressources naturelles des athlètes. Dans les cas extrêmes, les conduites dopantes, comme le recours aux engrais chimiques ou aux pesticides dans l'agriculture intensive sont aux antipodes d'un développement durable car les personnes et l'environnement sont négligées. Dans le sport, l'intérêt se porte plus sur le potentiel à développer des sportifs qu'à la préservation de leur santé. Ainsi, sont sélectionnés les sujets qui montrent le plus d'aptitude génétique, leur environnement est ensuite aménagé (préparation physique, mentale, technique, alimentaire, technologique...), pour qu'ils développent des capacités exceptionnelles. Cette méthode est très proche des cultures intensives où l'essentiel est d'obtenir un rendement maximal.

Dans le sport de compétition, l'évolution de la condition physique des sportifs de haut niveau n'est pas une préoccupation majeure. Par analogie, la culture de la performance ne peut être perçue que comme une floraison éphémère. Dans la plupart des cas, les enfants découvrent le sport, les jeunes adultes deviennent des champions avant de se mettre à travailler. Suite à cette carrière sportive, certains coupent tout lien avec la culture sportive ou pratiquent de temps en temps, d'autres poursuivent leur implication pour les générations futures, tout en continuant à entretenir leur motricité. Ceux qui s'arrêtent brutalement connaissent parfois des problèmes de santé, car leur nature a été longtemps adaptée au type de sport pratiqué et au mode de vie associé (alimentation, activité, plaisir...). Cependant, certains sportifs semblent ne jamais s'arrêter, comme les "grands maîtres" des arts martiaux, ou sous diverses formes de sports loisirs encadrés ou non encadrés (gymnastiques volontaires, course sur route, roller, funboard, équitation...). Une motricité efficiente à long terme, en pleine santé s'observe rarement si bien que la société civile s'étonne de voir durer certains "champions" (les sprinteuses quadragénaires, Janie Longo, Alain Mimoun...). Certes, les rendements de ces athlètes, âgés pour une pratique de haut niveau (en sport, on est "sénior" à 18 ans), sont émoussés, mais leur motricité reste épanouie.

Du modèle de l'éphémère au modèle du durable

Le modèle productif et éphémère du sport peut être dépassé pour celui d'une motricité durable. Ceux qui durent ont assimilé le fait que leur motricité est une composante nécessaire à leur vie. Ils vivent une motricité durable car ils acceptent leur condition humaine qui ne se caractérise pas seulement par la pensée et l'adaptabilité mais aussi par une longue évolution génétique qui confère des aptitudes particulières et des besoins particuliers.

Il faut bien se rendre compte que la plupart des sportifs ignorent leur nature, qu'elle soit intérieure ou extérieure à eux-mêmes. Ils la considèrent trop souvent comme un terrain de jeu. Quelques exemples peuvent être cités: le "Paris Dakar" égaré en Amérique du Sud est un cas d'école que le chanteur Renaud a bien analysé. Comment peut-on considérer qu'une telle course qui apporte annuellement son lot de décès, de traumatismes divers sur les personnes et la nature (gouffre énergétique, pollutions...) puisse encore être autorisée, alors qu'elle est aux antipodes du développement durable ? Sans tomber dans ces cas extrêmes, l'exemple des sports collectifs peut être évoqué. Qui n'a jamais songé à l'impact négatif de ce type de sports pour le développement durable ? Le coût énergétique des transports aériens des équipes régionales et de leurs supporters pour s'affronter le dimanche, les blessures qui affectent joueurs ou supporters sont aux antipodes de la durabilité. Qui se préoccupe des séquelles neurologiques, auditives, visuelles des anciens boxeurs ou rugbymans ?

Les pratiques du "sport excessif" éloignent du développement durable tant pour la motricité que pour la planète. Ce qui fait qu'une EPS qui légitime le modèle sportif risque de s'écarter de la possibilité d'éduquer les futurs citoyens au développement durable.

D'autres courants de pensée moins axés sur le développement du sportif tentent de résister au modèle de développement qui consacre le sport.

Ainsi, la méthode Hébert a pour point de départ l'observation de peuples à motricité et développement harmonieux dans la nature. L'éducation physique proposée aux élèves consiste à leur faire réaliser des actions proches de celles réalisées par les peuples vivant dans la nature (courses, grimpers, sauts...) car l'auteur note de manière empirique qu'il y a une relation étroite entre le fait d'agir de manière diversifiée dans la nature (chasser, pêcher, se déplacer...) et acquérir une bonne santé. L'appropriation de la méthode par les nazis a cependant entraîné par la suite son rejet. D'autres méthodes issues de l'observation de la nature résistent.

Le courant nantais inspiré par les travaux de Michel Delaunay1, propose une EPS qui se préoccupe de faire acquérir des principes "de gestion", "d'action"... qui permettent à l'élève de s'inscrire dans la nature, par l'apprentissage des lois qui la gouvernent (la physique, les mathématiques, la biologie). Ce courant met en oeuvre des actions pédagogiques qui s'inscrivent dans les programmes officiels d'aujourd'hui et qui permettent à l'élève de faire siens des principes comme ceux d'économie, d'intégrité, de nécessité, de gains et pertes. L'acquisition de ces principes, pour laquelle chaque élève fait appel à sa réflexion intelligente, facilite l'acquisition de capacités raisonnées de manière scientifique, complexe, globale. L'élève développe ainsi une motricité éclairée. Aussi, il est légitime d'affirmer que ce courant s'inscrit dans le développement durable car il plonge le citoyen dans une action et une pensée logique et complexe qui ouvre à l'écologie du développement de soi dans un monde complexe.

Ainsi, à l'interface des cellules du schéma écologique et économique qui déterminent une motricité viable dans les activités de pleine nature, un projet est présenté dans les Cahiers EPS2. Ce projet mené en classe de 5e permet aux élèves d'envisager leur motricité en harmonie avec la nature et leur propre nature. Des illustrations en images sont accessibles sur le lien suivant : http://clg-fontaine-44.ac-nantes.fr/spip/spip.php?rubrique61.

D'autres approches, comme le "sport éducatif", existent, s'appuyant sur le sport car il motive les élèves. Mais l'enseignement conduit, alors, les élèves à y exercer un regard critique et incite à éviter les excès. Dans ce cas, l'élève est placé face à un paradoxe puisqu'il doit apprendre en EPS à faire les bons choix pour limiter les excès inhérents à toute compétition sportive.

L'EPS vise à former un citoyen cultivé, lucide, responsable. Pour atteindre cette finalité contenue dans les programmes officiels, le professeur d'EPS est placé dans une situation délicate où il doit cultiver par le sport tout en cherchant à oeuvrer pour le développement durable de la motricité de ses élèves. Si le modèle de l'agriculture intensive n'est d'aucun secours à la pensée d'une EPS qui s'inscrit dans le durable, le modèle des cultures biologiques peut inspirer des pédagogies plus respectueuses de la durabilité.

Les cultures "bio" inscrites dans le durable

Les principes éprouvés des cultures "bio" s'appliquent analogiquement à une motricité durable

La démarche de la première partie de l'article rappelle et affirme la nécessité de ne jamais perdre de vue que la motricité humaine est un phénomène naturel. Un être humain est, certes, un être pensant et modifiant son environnement, mais il reste avant tout un être vivant constitué et soumis aux mêmes lois que les autres vivants qui peuplent la planète. Dans le cas des cultures durables, de la terre ou de la motricité, le jardinier comme le citoyen visé par l'EPS ne peut faire l'économie de connaître les effets négatifs de certaines pratiques excessives (dont une première approche vient d'être esquissée à propos du sport). Les cultures "bio" s'inscrivent dans le durable en appliquant des principes dont la motricité humaine peut tirer des enseignements pour s'inscrire dans le durable.

Tenter de définir les principes qui sont premiers et ceux qui leur succèdent correspond toujours à un défaut de notre espèce. Qui peut affirmer en effet que l'eau est plus importante que le soleil pour un jardin comme pour un être humain ?

Quelques principes de gestion sont formulés, éclairés par des exemples.

Le principe de produire moins pour produire mieux

Pour éviter l'épuisement ou l'altération des ressources, agronomiques ou bio humaines, l'action est réfléchie et mesurée en intensité afin de permettre de produire des actions efficientes, réalisables longtemps (combinaison des principes de gestion : économie, nécessité, pertinence, gains et pertes, simplicité).

Le principe de produire sans polluer

Agir en affectant le moins possible l'environnement permet de préserver l'espace d'action (intégrité, économie, simplicité, gains et pertes). Un grimpeur qui abime un parcours d'escalade risque de s'interdire un nouvel usage de la voie ou d'altérer les prises des futurs grimpeurs.

Le principe d'observation et d'utilisation de la nature

Ce principe est la clé de voûte du présent article. Composer avec les forces de la nature que l'on apprend peu à peu permet de prolonger sa sécurité à court et long terme (intégrité, gains et pertes, tolérance à la frustration). Un nageur qui lutte contre le courant alors que ce dernier peut le conduire en eau calme risque de s'épuiser et de se mettre ainsi en danger.

Le principe d'ouverture à la nature

Une approche rigide de la motricité conduite avec le souci de vouloir tout contrôler par la technique réduit les possibilités d'innovation ou gène les actions de celui qui constate l'entrée imprévue d'un phénomène naturel (se référer aux principes de détection de la relation dominante, de tolérance à la frustration, commutativité, diversité). La perception de mal-être, de courbatures ou de douleurs passagères non acceptés, au cours d'un effort, conduit à une rupture de motricité3. Citons Michel Billé et Didier Martz : "Vieillir, c'est apprendre à avancer en compagnie d'un moi nouveau et d'un corps inconnu car la vieillesse est une autre allure de la vie et elle est de surcroît sans garantie." Lors de la stabilisation des filières énergétiques dans une course de durée, un mal-être conduit les débutants à s'arrêter alors que le retour à une sensation moins désagréable peut intervenir dans les minutes qui suivent.

Le principe d'économie de l'énergie pour agir

S'inscrire dans une motricité durable, c'est ne pas détruire ses capacités et les rendre non renouvelables (économie, nécessité, gains et pertes, intention/prévision, intégrité...). Comme cela est indiqué dans le principe précédent, les sensations perçues peuvent être dépassées mais, dans certains cas, elles avertissent d'une altération provisoire ou durable en cours. Un coureur à pied qui continue malgré une douleur tendineuse risque une altération grave du tendon enflammé.

Le principe de motricité "naturelle"

La motricité risque d'être affectée dans la durée lorsque la recherche de développement est excessive : le fameux dépassement performatif (intégrité, économie, nécessité, combinatoire). L'alimentation comme les charges d'entraînement sont à consommer de manière mesurée. En sport de combat, un sportif qui souhaite rester dans une catégorie de poids en privant son organisme de ressources nécessaires (eau, nutriments...) risque des carences métaboliques qui peuvent fragiliser son organisme.

Le principe de préservation des ressources naturelles

Si le fonctionnement des filières énergétiques permet un recyclage et une régénération d'énergie, des ressources peuvent être épuisées et empêcher une motricité durable (économie, intégrité, détection de la relation dominante, intention/prévision). Un équipier qui pratique la voile sans protection solaire risque des lésions cutanées ou oculaires.

Le principe d'exposition et de protection

L'exposition aux facteurs naturels renforce et prolonge les capacités si elle n'est pas excessive (gains et pertes, intention/prévision, tolérance à la frustration, intégrité). Pratiquer une activité physique à travers laquelle les os subissent trop de chocs renforce la minéralisation osseuse. Ne pas s'exposer, c'est perdre ses capacités réactives, adaptatives. En revanche, il y a risque de rupture en cas de surdosage (fracture de fatigue).

Le principe de rotation des registres de culture (vicariance des pratiques)

Le surmenage, la spécialisation dans un registre de motricité et le délaissement d'autres registres conduit à des pertes d'équilibre ou à une altération sur le long terme (commutativité, gains et pertes, intégrité). Un attaquant au volley-ball expose son membre supérieur à des chocs extrêmes qui risquent de léser ses articulations, s'il ne pratique pas d'autres formes de motricité "ré-harmonisatrices/ré-équilibrantes".

Le principe d'accessibilité (technique ou/et sociale)

Choisir une motricité accessible (c'est-à-dire techniquement proche de ses possibilités et facile à pratiquer dans son environnement) facilite la régularité de pratique qui détermine la durabilité (commutativité, pertinence, gains et pertes, détection de la relation dominante). La marche à pied imposée par les trajets professionnels peut être plus rapide afin d'obtenir un effet bénéfique sur la santé (cf. les campagnes télévisuelles de l'INPES sur la valorisation de multiples petites marches quotidiennes dont la somme permet de lutter contre la sédentarité urbaine).

L'EPS est l'espace le plus adapté à l'enseignement de ces principes, à la sensibilisation durable aux écueils d'une activité physique non durable.

Conclusion

Les excès imposés à la nature pour "booster" le développement/progrès économique tendent à ruiner la santé de nombreux citoyens. Toute "motricité durable" est nécessairement éclairée et raisonnée par l'appropriation et la mise en oeuvre de principes inscrits dans le long terme. L'éducation physique ne peut être qu'un lieu de motricités intensives. Elle est surtout un espace d'apprentissage pour comprendre les lois naturelles qu'il s'agit de respecter et d'exploiter pour permettre une motricité durable.

L'approche de l'agriculture biologique se rapporte à une conduite du vivant à laquelle il est possible de rapprocher la motricité et la santé humaines. En matière de développement durable, les principes utilisés par les jardiniers bios ont leur correspondance pour la motricité. Les principes de gestion et de méthode proposés par M. Delaunay et l'école de Nantes peuvent alors être perçus comme des leviers rendant possibles la compréhension et l'éducation de l'être humain qui n'oublie pas son origine naturelle. En les appliquant, l'éducation physique et sportive a toutes les chances de construire un citoyen, apte à s'interroger et à manier les outils et les valeurs pour développer une (sa) motricité durable.


(1) Davisse (Annick), Delaunay (Michel), Goirand (Paul) (et al.), 4 courants de l'EPS de 1985 à 1998, Paris, Vigot, 2005.

(2) Dourin (Jean-Luc), "Quand l'éducation physique s'ouvre à la nature", Les cahiers EPS n° 41, 2010. Édition numérique : http://www.educ-revues.fr/ceps/

(3) Derimay (Ewa), "S'adapter pour durer : mises en oeuvre pédagogiques", Les cahiers EPS n° 43, 2011. Édition numérique : http://www.educ-revues.fr/ceps/

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