Les cahiers EPS, n°39 (06/2009)

Le programme 2008 dans l'histoire de l'EPS

Programme de collège : rupture ou continuité, recul ou avancée ?

Françoise Delaporte

Les instructions officielles de 1967 étaient à l'avant-garde de l'enseignement d'une véritable Éducation physique et sportive scolaire.
Même si les textes et les programmes évoluent, l'éducation physique, à l'aide des APSA, continue d'être une discipline enseignée à l'école, au collège et au lycée. Les missions de l'enseignant d'éducation physique sont toujours de faire apprendre et de transformer les élèves sur les plans moteur, cognitif, social et affectif.

Discipline d'enseignement, l'éducation physique a pour objectif l'acquisition de connaissances et savoirs. "L'EPS occupe une place originale où le corps, la motricité, l'action et l'engagement de soi sont au coeur des apprentissages" (Programmes de l'enseignement de l'EPS, B.O. spécial n° 6 du 28 août 2008). C'est à partir de contenus fondamentaux, répertoriés, classés et hiérarchisés, que le professeur choisit, organise, conduit et fait vivre les apprentissages.

Un retour sur les intentions éducatives énoncées il y a quarante ans dans les Instructions officielles de 1967 et un regard sur le nouveau programme du collège font apparaître des similitudes. Les notions de connaissances, de capacités et d'attitudes énoncées dans les textes de 2008 ne sont pas sans lien avec les objectifs prioritaires de 1967.

Un recul, diront les jeunes collègues et pourquoi pas une continuité et une avancée pourraient rétorquer les anciens ?

Puis la centration sur l'élève qui apprend (et non plus de l'APSA) permet d'envisager, dans une seconde partie, la transformation d'un cycle centré sur une APSA en un cycle visant la transformation des ressources des élèves par l'association de plusieurs APSA. Il s'agit bien de concevoir une nouvelle démarche d'enseignement de l'éducation physique dont l'intérêt est de mettre en évidence la logique, la cohérence et l'unité des apprentissages.

Voici donc la problématique posée : comment passer d'un cycle d'enseignement d'une APSA à un cycle d'acquisition de compétences et de transformation des conduites motrices, tout en prenant en compte les textes officiels et les programmes en vigueur.

Un rappel des intentions éducatives des Instructions officielles de 1967

La circulaire Éducation nationale - Jeunesse et Sports du 19 octobre 1967 énonce la place de l'éducation physique dans l'éducation générale et précise les intentions éducatives : "L'éducation physique et sportive agit donc sur l'individu conçu dans sa totalité, et contribue à la formation de sa personnalité en l'aidant à s'épanouir physiquement, intellectuellement et moralement".

Les intentions éducatives de l'EPS :

  • Contribution au développement organique et foncier
    • adaptation physiologique à l'effort,
    • adaptation de l'organisme aux variations du milieu physique,
    • résistance à la fatigue, musculation cardiaque.
  • Action sur les facteurs physiologiques et psychologiques de la conduite motrice
    • facteurs perceptifs de la conduite : prise de conscience du corps, (attitude, latéralité, relaxation, respiration contrôlée, etc.), intelligence du mouvement, perception et intégration des rapports de temps et d'espace,
    • facteurs d'exécution : souplesse articulaire, rendement musculaire (élasticité, relâchement, force, vitesse de réaction),
    • coordination motrice : développement de réflexes, création d'automatismes, maîtrise et efficacité des gestes.
  • Développement des facteurs personnels de la conduite :
    • émotivité, création, volonté,
    • sens de l'initiative et des responsabilités, respect des règles, sens de la coopération,
    • accès aux valeurs esthétiques et aux moyens d'expression corporelle.

Le programme de 2008

Le nouveau programme du collège vise l'acquisition de repères sur soi, sur les autres, sur l'environnement et l'acquisition de pouvoirs moteurs. Il est précisé que "l'EPS a pour finalité de former un citoyen, cultivé, lucide, autonome, physiquement et socialement éduqué".

Les objectifs de l'EPS :

  • le développement et la mobilisation des ressources individuelles favorisant l'enrichissement de la motricité ;
  • l'éducation à la santé et à la gestion de la vie physique et sociale ;
  • l'accès au patrimoine de la culture physique et sportive.

Les compétences propres de l'EPS :

  • réaliser une performance motrice maximale
    • en utilisant au mieux son potentiel,
    • en sachant s'investir et persévérer.
  • se déplacer en s'adaptant à des environnements variés et incertains
    • en s'engageant en sécurité,
    • dans le respect de l'environnement.
  • réaliser une prestation corporelle à visée artistique et acrobatique en osant se montrer et s'assumer ;
  • conduire et maîtriser un affrontement individuel ou collectif
    • en prenant des informations et des décisions pertinentes,
    • en respectant les adversaires, les partenaires, l'arbitre.

De 1967 à 2008, similitudes et continuité, avancée ou recul ?

Les similitudes entre les intentions éducatives de 1967 et les objectifs et les compétences du programme de 2008 s'établissent facilement.

Le développement et la mobilisation des ressources individuelles favorisant l'enrichissement de la motricité, premier objectif du programme de 2008, ne fait-il pas référence, à lui seul, aux trois grandes intentions éducatives de 1967 ? Les compétences propres ne renvoient-elles pas aux apprentissages fondamentaux cités dans les instructions officielles de 1967 ? Il semble, par exemple, que, pour atteindre la compétence "réaliser une prestation corporelle à visée artistique et acrobatique en osant se montrer et s'assumer", il est nécessaire de développer les facteurs personnels de la conduite. Conduire et maîtriser un affrontement individuel ou collectif, en prenant des informations et des décisions pertinentes, nécessite de cibler des contenus d'enseignement autour des facteurs perceptifs et personnels de la conduite. Ces exemples montrent que des similitudes existent.

Il y a donc bien de la continuité dans l'enseignement de l'éducation physique.

Toutefois, il est évident que les Instructions officielles de 1967 affirment un lien très fort avec le sport, que l'entrée par les APSA est dominante et que les notions de compétition, d'entraînement, de loisir, et de santé sont sous-jacentes. "[...] Parmi toutes les activités physiques..., le sport, [...] dépourvu de finalités propres, mais lié à l'idée de progrès, se prête merveilleusement à l'éducation des jeunes [...]. En outre, les contraintes croissantes qu'imposent les techniques dans la vie quotidienne rendent de plus en plus nécessaires les moments de compensation et de délassement, au sein desquels les APSA tiennent une place capitale."

L'entrée par les compétences proposées par le programme de 2008 serait-elle une avancée ou une autre manière de vouloir la même chose ? Y a-t-il, si nettement que cela, passage d'une logique de l'APSA à une logique de transformation des conduites motrices par des méthodes d'apprentissage et des contenus d'enseignement centrés sur l'élève qui apprend ? On serait enclin à le penser. Mais, si le descriptif des connaissances, des capacités et des attitudes se limite à des contenus techniques en relation étroite avec une APSA, alors le recul serait évident.

Un cycle centré sur une APSA

Un cycle centré sur une APSA présente objectifs et compétences de la façon suivante :

Cycle hand-ball

Objectif : Organiser son attaque en créant des alternatives tactiques.

Compétence propre

Dans un match à effectif réduit, obtenir le gain d'une rencontre en prenant en compte le rapport de force.

Compétences spécifiques
  • Prendre de vitesse la défense adverse pour aller tirer.
  • Se positionner correctement en fonction de la situation de jeu.
  • Aller en soutien.
  • Harceler l'adversaire pour provoquer des pertes de balles.
  • S'organiser par équipe pour être efficace.
Connaissances
  • Prendre les informations nécessaires pour choisir judicieusement.
  • Se reconnaître attaquant et défenseur.
  • Apprécier la relation espace / temps.
  • Savoir se situer entre l'adversaire et son but.

Un cycle centré sur les compétences et APSA associées pour les construire

Comment transformer ce cycle pour viser, dans le cadre d'une éducation physique scolaire, l'amélioration des possibilités d'action et d'adaptation motrice de l'élève, face à un environnement physique et humain. Si l'APSA demeure le contexte culturel d'apprentissage des savoirs, sa logique ne doit pas se confondre avec le sens qu'elle induit dans les conduites motrices.

La référence à quatre des huit principes "structurateurs" de la didactique de l'EPS définis par Michel Delaunay guide la cohérence et la logique d'une construction différente d'un cycle : principe de fondamentalité, principe du sens, principe de la combinaison d'apprendre et d'apprendre à apprendre, principe de la généralisation des acquis. Autrement dit, il est ici question de déterminer des contenus fondamentaux à apprendre, faisant sens pour l'élève, en utilisant des méthodes pour apprendre passant par l'application, la transposition, la combinaison et la généralisation des acquis. Les APSA demeurent les champs d'application concrets de ces apprentissages fondamentaux.

Tout en visant des compétences attendues énoncées dans le programme du collège, le tableau suivant répertorie un ensemble de contenus d'enseignement déclinés en connaissances, capacités, attitudes. Bien évidemment, tout ne pouvant être enseigné simultanément, des choix, en fonction du projet de classe et des caractéristiques des élèves, sont à faire parmi cet éventail de propositions.

Les compétences à acquérir et les compétences attendues renvoient à "ce qu'il faut faire" ; les connaissances, les capacités et les attitudes relèvent de "ce qu'il faut savoir et apprendre pour faire".

Document (format PDF) : Cycle d'APS associées sports collectifs, sports de raquettes, relais

Conclusion

Quid des Instructions officielles de 1967 dans ce cycle d'APSA associées ? Au regard des différentes compétences et pour favoriser les apprentissages, il semble que les ressources sollicitées font bien appel aux facteurs perceptifs de la conduite (intelligence du mouvement, perception et intégration des rapports de temps et d'espace), aux facteurs d'exécution (vitesse de réaction), à la coordination motrice (développement de réflexes, création d'automatismes, maîtrise et efficacité des gestes) et aux facteurs personnels de la conduite (sens de l'initiative et des responsabilités, respect des règles, sens de la coopération).

Il est évident que la conception de l'enseignement de l'EPS proposée dans cet article peut bousculer les façons de faire et notamment la mise en place de la programmation (matérielle et pédagogique) dans les établissements. Les espaces de travail, le matériel, les plages horaires, la durée des cycles, l'organisation des deux séances hebdomadaires, et l'utilisation des différentes APSA simultanément ou en alternance, sont à envisager différemment. Liberté pédagogique oblige, l'expérimentation et l'étude des différentes possibilités appartiennent aux enseignants. Ils ne doivent pas se les interdire puisque l'institution scolaire, elle-même, recherche la meilleure éducation possible pour les élèves qui lui sont confiés.

Les cahiers EPS - Programme de collège : rupture ou continuité, recul ou avancée ?