Les cahiers EPS, n°33, page 49 (01/2006)

Masculin / féminin : les APSA en question

Les écarts de notation

Jean-François Just

Dans les lycées, la mixité en cours d 'EPS est apparue relativement récemment. Cette modification de la constitution du groupe classe a profondément transformé la pratique de l'enseignement de la discipline. La plupart de ces changements ont porté sur le choix de situations pédagogiques visant notamment à préserver l'intégrité physique de chaque élève. Après plusieurs années de fonctionnement en groupes mixtes, une question reste à régler : la réduction de la différence de notation entre les filles et les garçons

Le mot " élève " n'a pas de sexe : il s'applique aussi bien pour désigner une fille, une élève ou un garçon, un élève. Il existe pourtant une importante différence entre les deux sexes quand on compare les moyennes des notations obtenues au bac en contrôle en cours de formation. La moyenne des notes des garçons est largement supérieure à celle des filles (écart national de 1,04 après harmonisation).

Les différences

La différence peut s'expliquer par deux facteurs principaux : le type d'évaluation réalisée et la nature des APSA évaluées.

Dans le premier cas, la distorsion à l'avantage des garçons peut provenir d'une notation privilégiant la notion de performance. Leurs capacités physiques et musculaires généralement meilleures que celles des filles suffisent dans un tel cas à provoquer le décalage. Au-delà de cette possibilité d'une survalorisation de la performance, se pose aussi la question de la référence choisie pour apprécier les conduites motrices. Bien souvent, la motricité de référence reste, chez l'enseignant, celle du pratiquant masculin. L'évaluation de la maîtrise de l'exécution des actions, l'appréciation de la maîtrise des règles d'action mises en oeuvre par les jeunes filles demeurent, dans une telle éventualité, sous-estimées.

Dans le second cas, la prise en compte de la nature de l'APSA évaluée et, en particulier, la connotation masculine ou féminine de celle-ci, est facteur de différence dans la notation. Certaines activités semblent, en effet, être plus adaptées aux filles et d'autres plus aux garçons. Une APSA comme la danse favorise les filles car l'orientation de la notation se fait plus sur l'appréciation de l'esthétique et la création que sur une valorisation d'une performance. En considérant qu'il existe véritablement une connotation sexuelle des APSA, on observe que la majorité des activités supports proposées aux élèves dans les programmes et menus est davantage masculine et adaptée à la morphologie des garçons.

La notation neutre

Pour supprimer cette différence, il faut utiliser comme support d'évaluation des apprentissages dont les caractéristiques ne seront placées ni sur un plan performance, ni sur la connotation sexuée de l'activité.

L'évaluation porte alors sur les règles d'action permettant l'apprentissage de compétences que l'on pourrait qualifier de " neutres " : réguler la vitesse de sa course afin d'améliorer sa capacité cardio-pulmonaire est une règle d'action relevant directement de la préparation physique et de l'entretien de son capital corporel. S'agissant d'un champ d'activité non typée et dans laquelle la référence est personnelle et non externe (comme dans le cas de la comparaison avec les performances d'autrui), les notations portées ne provoquent aucun écart d'appréciation sexuée.

Il en va de même, dans des APSA relevant de la deuxième compétence de la composante culturelle de l'EPS au lycée, dans le cadre de l'adaptation des déplacements à des environnements multiples et variés. Là encore, dans la notation de la réalisation des transferts du poids du corps pour grimper en escalade, l'apparition de différences de notes entre les filles et les garçons ne peut être justifiée. Dans les activités de coopération et d'opposition, la problématique est de trouver la règle d'action qui équilibrera le rapport physique : en volley-ball, activité sans contact, l'évaluation de la connaissance pratique du rôle à jouer en fonction de sa place changeante sur le terrain semble égaliser les notations.

La pédagogie différenciée

L'enseignant optant pour une pédagogie permettant l'apprentissage des connaissances et des compétences basé sur les possibilités de chaque élève risque moins de constater un écart de notation entre les filles et les garçons. Les notations obtenues sont le résultat de la progression de l'élève en fonction de son niveau de départ et des acquisitions à la fin de la progression. La note ne peut en aucun cas être la résultante d'une comparaison entre élèves.

Conclusion

La mixité répond à une préoccupation sociologique qui est de confronter les élèves à la structure de la société qu'ils rencontrent dans la vie quotidienne. Sa présence, dès le plus jeune âge, dans l'environnement de chaque personne est indispensable. Cette mise en situation s'accompagne de processus de régulation, par le professeur, des déviances possibles chez les élèves (remarques sexistes, attitudes discriminatoires). En EPS, le choix de l'activité servant de support éducatif, le contenu des évaluations et la qualité de la pédagogie utilisée par l'enseignant sont les éléments garants, d'une mixité positive, dans laquelle filles et garçons sont à même de construire les bases d'un vivre ensemble plus harmonieux.

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