Les cahiers EPS, n°33, page 8 (01/2006)

Une problématique sociale et éducative

Masculin / féminin à la lumière de la mixité scolaire

Michel Delaunay

La culture tient à distance la nature. Elle s'élabore en acceptant ou refusant ses lois et en y introduisant des valeurs que la nature ignore.
L'association des sexes est une donnée bio-sociale qui conditionne l'existence de l'espèce humaine. Lorsqu'elle est posée en principe socio-directeur qui, comme dans la mixité ou la parité, réorganise le fonctionnement culturel (et bien sûr naturel), elle devient un dogme fondateur de doctrine politique. La mixité dont il est question ci-après fonctionne effectivement comme un dogme de la dialectique entre le féminin et le masculin.

Il ne faut pas avoir peur des dogmes. Si la religion chrétienne a ses dogmes, la philosophie grecque imposait les siens bien avant et la république que nous vivons choisit également les siens. Ce que les rationnels adeptes du doute cartésien que nous sommes oublient un peu vite. Souvenez-vous de Victor Hugo (à l'Assemblée nationale) " Liberté, égalité, fraternité sont des dogmes de paix et d'harmonie ". Dogme (ce qui est posé comme vrai) et dogmatisme (la démarche pour accéder à la vérité ou la défendre) sont évidemment liés. Si l'on écarte le sens péjoratif validé par le langage courant (se targuer de posséder la vérité sans douter), le problème du dogmatisme n'est pas dans le " dogme " mais dans le " -isme ". L'égalité est un dogme mais le problème niche dans l'égalitarisme. La communauté est un dogme, le problème réside dans le communautarisme ou le communisme. La nation est un dogme mais le problème est toujours venu du nationalisme. Et il en va de même pour le féminin et le masculin avec le féminisme et le machisme.

S'affirmer non dogmatique peut s'interpréter de deux manières. Soit être non ou a-dogmatique signifie n'en posséder aucun, soit être a-dogmatique consiste à pouvoir s'emparer de tous les dogmes, y compris les plus opposés, pour les discuter et pouvoir rationaliser sur tous. C'est ce second sens qui semble le fondement de toute institution donc de l'éducation nationale. Celle-ci possède aussi ses dogmes mais sa force est de les maîtriser sans s'y enchaîner en dehors de toute conscience. Adogmatique est à rapprocher de apolitique qui consiste pour un thème ou une question de société à pouvoir être traité par tous les partis politiques en traversant les clivages des sensibilités (des dogmes ?) politiques. Ce que firent, à leur manière, les maires des communes, de partis politiques normalement inconciliables, lors de la crise clastique des banlieues de novembre 2005.

C'est de façon non ou a-dogmatique, que cet article s'empare du dogme de la mixité sous l'angle de l'égalité (autre dogme) des sexes. La thèse consiste à faire émerger les décalages entre la reconnaissance formelle de l'égalité des sexes et la reconnaissance réelle. Elle peut se formuler par le retournement de la pensée habituelle suivant : la réduction des inégalités entre hommes et femmes n'est peut-être pas à chercher dans l'éradication de la domination masculine (agir sur l'effet) mais dans le fait qu'elle envahit tous les rapports parce que l'on n'accorde pas aux garçons une éducation conforme à leur genre sexuel (agir sur la cause).

Il existe une énorme littérature sur la psychologie des femmes et la condition féminine. Depuis 40 ans, la société s'est occupée de l'oppression des filles et des femmes et il y en avait besoin. Même si l'on observe, globalement, l'étonnant silence des féministes sur l'infériorisation " naturelle " des femmes en sport et sur le " différentialisme sportif ". Mais, en parallèle, pas une trace de recherche de pointe consacrée aux garçons et à leur éducation avant le début des années quatre-vingt-dix. Enfin, dans l'imposante production des sociologues sur l'École, on ne peut que constater leur silence sur le sujet de la division sexuelle et sexuée des tâches et des talents.

Seraient-ils aussi dogmatiques ? Tout se passe comme si la sociologie, celle de l'éducation notamment, n'osait pas penser que " L'homme et la femme sont des êtres de Nature, même s'il est dans leur nature de pouvoir aller contre elle " (Bianca Zazzo).

Masculin - féminin : une problématique sexuelle dans la problématique sociale

Le partage masculin - féminin pénètre tous les secteurs de la pensée et de l'action humaine. À l'occasion de la guerre en Irak deux universalismes se sont réveillés sous forme de rejet réciproque : l'anti-américanisme prônant la liberté d'abord et la francophobie posant l'égalité en premier. Le livre de Steven Kaplan (La puissance et la faiblesse) en propose une analyse sexuée intéressante. D'un côté, la France et l'Europe véhiculeraient des représentations féminines : Europa, fille de Vénus, Marianne, égérie républicaine, préférence du compromis, souvent apeurée par le recours à la force, visant la solidarité et le contrôle des faibles sur les forts comme règle sociale... D'un autre côté, les États-Unis faits de puissance et de virilité imposant ses valeurs, posant que le droit est aussi dans la force, développant un élan vital de survie qui passe par l'agression des sources menaçantes...

Le rejet serait-il simplement le fruit d'une incompréhension de l'identité de l'autre et le désaccord le reflet des difficultés à accepter l'autre dans sa différence ? Pas si facile. Cette manière sexualisée d'envisager la société et les conduites sociales peut conduire à se demander : la guerre a-t-elle un sexe ? La politique a-t-elle un sexe ? L'industrie, l'économie, le sport ont-ils un sexe ?... Oui. Indiscutablement masculin. Laissons momentanément ce genre de typification pour faire un bref détour par le monde du travail et la place de la femme.

Dans les sociétés traditionnelles, la femme ne joue de rôle que dans la sphère privée. Elle est mère, gardienne du foyer, éducatrice de ses enfants. Elle n'intervient pas dans la vie publique. En dépit du chemin qui reste à parcourir, il faut reconnaître que la société occidentale est la seule civilisation qui n'ait pas tenu la femme à l'écart de la vie publique. Le travail y a été accordé aux femmes par principe d'égalité et s'est développé rapidement chaque fois que les hommes ont manqué (guerres et explosions industrielles). Elles participent de plus en plus à la marche du monde... mais de quel monde s'agit-il ?

Un monde guerrier, compétitif, agressif, individualiste, percutant, vertical ; en un qualificatif, un monde masculin. Travailler nécessite qu'elles puissent rivaliser dans un univers de travail où les règles ont été faites par et pour les hommes. Pour réussir les femmes doivent devenir comme eux. En travaillant " à la manière de l'homme " elles sont aussi asservies quand elles se croient enfin libérées. Même les femmes anti-femmes refoulant leur féminité et leur part de différence irréductible ne dialoguent pas d'égal à égal et leur liberté " à la mâle " n'est trop souvent qu'un simulacre de liberté. Le travail a mutilé la féminité jusqu'au point de ne plus lui permettre d'exister dans son identité.

Car l'homme tient sous contrôle cet agent double travaillant comme un homme et continuant de représenter l'éternel féminin. Son arme ? La culpabilisation. À la maison ? Coupable de ne pas travailler. Travaille au dehors ? Coupable de délaisser le logis. Coupable d'avoir des enfants qui font baisser sa rentabilité. Coupable de ne pas en avoir alors que la France en manque. Coupable d'être belle, mais aussi de ne pas l'être. Coupable de n'être plus assez jeune et attirante, mais coupable d'être jeune aussi... La culpabilisation, ainsi créée tous azimuts, leur commande de tout faire : elles s'occupent de la cuisine, du ménage, des enfants, de leur profession, de leur directeur, de leur réussite, de leur mari, de leur amour... Certes, le partage des tâches familiales progresse, mais à ce rythme-là même les garçons de nos petits-fils n'en seront pas surchargés.

" La femme est l'avenir de l'homme " chantait L. Aragon. Magnifique poétiquement, dramatique socialement. Qui d'entre nous n'a jamais pensé que c'était pour toujours mieux l'exploiter et pour continuer à l'utiliser dans un univers d'hommes ? L'égalité se mesure à la réciprocité. Il faudrait chanter dans le même esprit " l'homme est l'avenir de la femme " et qu'il reçoive aussi son statut masculin par et pour la femme.

Dans un ouvrage récent (Fausse route) E. Badinter décrit le féminisme actuel comme un féminisme de plainte et de victimisation par opposition au féminisme actif et de conquête des périodes précédentes. Les " suffragettes " ont laissé la place aux " Chiennes de garde ". Les femmes sont des victimes à défendre : on les brûle, on les prostitue, on les oblige à porter le voile... On ? Ce sont les hommes. C'est faire fausse route que de voir l'homme comme l'éternel bourreau et cogneur, que de considérer que l'éternel féminin est faible par naissance et par essence. E. Badinter milite pour une nouvelle forme d'affirmation de la féminité qui s'est exprimée par exemple dans la marche, puis le mouvement " Ni putes, ni soumises ". Tout en retrouvant la dynamique des féministes d'antan dans la lutte contre toutes les inégalités et injustices, cette nouvelle forme d'action ne rejette pas l'homme et cherche à le comprendre dans sa masculinité et sa socialité à la fois. " Parce qu'ils se sentent exclus de tout, ils posent leurs couilles sur la table, disait une jeune fille de la marche de mars 2003, c'est tout ce qui leur reste ". Qu'elle est prometteuse cette idée nouvelle du féminisme : voir les hommes comme ils sont.

La deuxième partie veut, avec l'étude de la mixité scolaire qui a été un fort espoir pour considérer d'égal à égal les filles et les garçons, montrer qu'en instaurant un modèle de rapport masculin - féminin paradoxal et non harmonique, la mixité scolaire n'a engendré ni l'égalité, ni l'équilibre recherché des statuts d'homme et de femme.

La mixité scolaire : cheminer du dogme à l'outil

On a été étonné de constater récemment des discours questionnant la mixité à l'école. Ce fait scolaire semblait être approuvé et métabolisé par tous. Et immédiatement on a pensé à des réactionnaires de l'égalité des sexes, à des retours du religieux, à une régression qu'il fallait combattre... Le ministère de l'Éducation nationale a lancé, pour la première fois, entre 2000 et 2002, une large étude et a provoqué des échanges à l'échelle de la nation.

Il faut se rappeler que la mixité scolaire n'a pas été un choix politique ou pédagogique ayant fait l'objet d'un débat national, ou concluant de longues études. Elle est une expérience récente, tentée en 1957, pour répondre pragmatiquement aux arguments des partisans et des opposants à la libération de la femme. Elle se généralise lors de la création des CES et de la scolarité obligatoire jusqu'à 16 ans, et les lycées ne deviendront mixtes qu'après 1968. On peut dire que la mixité des élèves et des professeurs s'est imposée presque subrepticement dans les classes. Alors que l'enseignement secondaire féminin a fait l'objet d'une loi (1880), l'unification des programmes pour les filles et les garçons d'un décret en 1924, la mixité n'a fait l'objet que d'une simple circulaire en 1957 et fut consacrée en 1974 lors de la création du collège unique, sans décision des pouvoirs législatif ou exécutif. La mixité scolaire s'est installée comme une évidence de progrès social, en reconnaissant par l'éducation en commun de l'un et l'autre sexe, leur égale valeur et dignité. On pouvait même se réjouir d'une relative avance du système scolaire sur le système social et économique.

L'égalité des sexes semblait désormais prendre possession de l'éducation. Toutefois, dans l'éducation nationale s'est installé, historiquement et sans qu'on s'en rendre vraiment compte, une situation paradoxale, à dominance masculine dans les attitudes ou habitus et à caractère féminin dans les valeurs, dont le résultat n'est précisément pas l'égalité escomptée.

Dans les méthodes pédagogiques, le système est patriarcal. Il continue d'être incroyablement magistral, proposant un rapport dominant - dominé à peine voilé, lorsqu'il n'est pas revendiqué : cours magistral, autorité de principe (quasi de " naissance avec la titularisation "), transmission verticale et descendante, quasi implantation des graines du savoir, culpabilisation de l'apprenant et des siens, contrôles et vérifications en regard de modèles à adopter, individualisme et compétition sélective, punitions et parfois bannissements...

Simultanément, le système scolaire prône et veut éduquer à des valeurs qui sont de genre féminin : la non-manifestation de l'agressivité, le savoir vu comme une nourriture, la tolérance, le respect du faible, la solidarité et le partage, le co-travail et l'égalité des talents dans leur différence...

En réalité, la mixité des élèves et la mixité des enseignants n'ont pas eu, jusqu'à aujourd'hui, l'effet majeur recherché. Si ces deux caractères se combinaient en résulterait une éducation associant caractère masculin et caractère féminin. Or, ils restent hétérogènes comme un mélange huile et eau. Et pire, cette co-présence hétéronome n'est possible qu'au prix d'un double refoulement : refoulement des valeurs masculines interdites d'expression à l'école et refoulement des modes d'expression de la féminité non prises en compte dans l'acquisition des savoirs. Le refoulement vise en fait la neutralisation des caractères spécifiquement sexuels. Ce double refoulement touche tout le monde. Les élèves n'ont pas de sexe et les enseignants n'en ont pas non plus.

Il s'est instauré une étonnante homologie (ressemblance) entre le rapport de domination / soumission de l'homme sur la femme dans le monde du travail et le rapport de domination / soumission du professeur sur l'élève. Cela est d'autant plus étonnant que les femmes sont nombreuses dans l'institution scolaire. Les professeurs hommes et professeures femmes enseignent en fait en adoptant le même modèle, que N. Mosconi dénomme " masculin neutre " : masculin dans l'autorité et la transmission et neutre par le masquage des caractères sexuels. Cette entreprise de défense contre les pulsions libidinales et agressives prend un tour dramatique au moment de l'adolescence. Contrôlée et refoulée la différence sexuelle n'en continue pas moins d'exister mais cette fois avec un caractère subversif qui sape et qui invalide l'efficacité éducative.

Dans le prolongement de l'extraordinaire mouvement d'abolition de l'inégalité des classes sociales devant l'éducation du XIXe siècle et de la mise à distance des conflits de croyance par la laïcité au début du XXe siècle, l'école a espéré façonner l'égalité entre les sexes avec la mixité dans la seconde moitié du XXe siècle. Pas vraiment pensée et étudiée, la mixité scolaire, en rendant impossible la manifestation des caractères masculin et féminin, a masqué le caractère omniprésent de la domination d'un sexe sur l'autre et l'a reproduit dans les classes de France. On a pensé qu'une instruction identique produirait des êtres identiques, une femme valant un homme. Elle a bien créé une sorte d'unité mais par réduction de la femme instruite à l'homme. Pour autant, l'homme n'en est pas mieux éduqué, plus apte à faire progresser la société vers plus de justice, de compréhension et d'harmonie.

Dans l'éducation scolaire, la mixité posée en dogme, n'a pas produit les bénéfices escomptés. Il convient de la concevoir d'une autre façon : comme un ensemble de savoirs et de techniques à soumettre au crible d'une raison qui ne s'interdit aucune piste de réflexion... qui est, donc, a-dogmatique.

L'évolution de cette situation passe par la reconnaissance et la prise en compte des caractères biologiques et sociaux de l'un et l'autre sexe. Il est bien écrit " biologiques ". Attention ! On s'attaque à un tabou. Pourtant, avec les progrès de la génétique et de la neurologie et de la biologie hormonale, il faut de sacrées oeillères pour continuer d'affirmer que la différence des sexes est uniquement culturelle et sociale.

Une des thèses nées de tentatives pour expliquer la violence sous toutes ses formes soutient que les hommes (les garçons) sont violents parce que l'éducation nie la testostérone qui les fabrique et le pouvoir d'agression qu'elle confère. Plutôt que tenter de refouler les pulsions agressives et les nier, il convient de les reconnaître, de les faire s'exprimer et de les canaliser par l'éducation. Faire de ce qui est tabou, implicite et subversif une donnée claire et traitée rationnellement par l'éducation : si l'homme continue de mutiler l'identité de la femme dans le monde public et privé, c'est aussi parce que l'éducation mutile la sienne.

L'éducation des garcons en tant que garcons : une clé mal utilisée de l'égalité entre les sexes et de l'harmonie entre le masculin et le féminin

La violence est masculine sous ses formes politiques de guerre, apartheid, extrémisme religieux ou totalitarisme, sous ses formes urbaines de casseurs, de manifestations destructrices, gangsters, délinquants violents, meurtriers, proxénètes et consommateurs de prostitution, mais aussi dans la sphère personnelle avec la violence conjugale, le harcèlement sexuel, la pédophilie. Même quand les adolescents s'agressent dans le suicide : 75 % des suicides réussis sont l'oeuvre des garçons alors qu'il existe trois fois plus de tentatives de suicide chez les filles. En une semaine de télévision, source " Arrêtez le télé massacre " (dans un numéro de Télérama de 1993, à réactualiser, mais les chiffres n'ont pas baissé) sont montrées sur les cinq chaînes hertziennes, plus de trois mille trois cents scènes de violence par semaine (animaux tués, bagarres et viols, enlèvements, fusillades, scènes de guerre et de meurtres, mises en danger de la vie...). À plus de 94 %, elles sont commises par des hommes. Et pourtant, l'éducation s'est efforcée de combattre pied à pied la nature des hommes dans chaque domaine. Fausse piste ?

La violence n'est pas inhérente au genre masculin, elle est enseignée et apprise. L'agressivité fait, elle, partie de la nature humaine. Chez les garçons, la testostérone favorise l'agressivité et la prise de risque. L'adolescent en subit cinq à sept poussées par jour. L'hypothèse que les violences soient des ratés de l'éducation dans la mesure où celle-ci a lutté sans succès contre la composante biologique de la sexualité masculine, renouvelle un peu le champ explicatif. Proposer aux garçons des activités et des formes éducatives qui reconnaissent l'agression, la libèrent et la canalisent vers des comportements de réalisation et non de destruction, constitue une voie à explorer d'urgence et pas simplement en termes de défoulement moteur. C'est à la société de leur faire découvrir des modes de relations intenses qui ne soient pas uniquement fondés sur la compétition et sur l'affirmation de soi au détriment de l'autre.

Des différences de genre se retrouvent dans la structure et le fonctionnement cérébraux. Le Dr Escoffier Lambiote a écrit Le sexe du cerveau et les neurobiologistes n'hésitent plus à parler de cerveau masculin et de cerveau féminin avec des rythmes de travail différents, des utilisations très différentes des hémisphères droit et gauche (expériences de Rabin Gurr lors d'activités hommes / femmes sous scanner), des fonctionnements de neuromédiateurs (notamment de la sérotonine inhibant des comportements agressifs) bien distincts, la plus ou moins grande prise en compte des données sensorielles... Tenir compte de ce que l'on sait des différences ne signifie pas qu'elles sont innées et créées à la naissance. L'explication n'est pas dans innéiste mais épigénétique. Les processus éducatifs masculins et féminins prennent appui sur des données biologiques et les maximalisent, les confirment ou les équilibrent. L'éducation n'a pas à nier le biologique, mais à en tenir compte pour se donner la chance de le tenir à distance et de moins les subir involontairement (le propre de toute culture).

Il est important aussi de se pencher sur la conception que les garçons et les filles ont de l'intimité et leurs intimités réciproques. " On " accepte maintenant de dire que l'homme a profondément peur de la femme et que dans leurs rapports il se ressent souvent jugé, mis en question, obligé à l'infaillibilité, incompris sur ses faiblesses, responsable permanent. Cela résulte de l'image stéréotypée de l'homme actif, puissant, solide, dominateur et directeur que chaque homme devrait montrer à chaque instant. À la soumission de la femme correspond un statut de dominateur. Ce n'est pas facile d'être un homme conforme au modèle, même si ce sont les hommes qui ont construit le modèle, mais pas seulement.

De plus, en psychologie, on est stupéfait de voir combien de comportements d'hommes devant les femmes sont en réalité des comportements de garçons devant leur mère. Ce n'est pas simplement pour tenir les femmes en servitude que l'homme désire la femme au foyer. L'inconscient masculin continue de voir en toute femme la mère parce que la femme y est profondément mère et qu'il ne peut pas l'être.

Depuis la psychanalyse, il est habituel de considérer la femme (et l'enfant aussi) comme un homme moins quelque chose (pour rappel S. Freud parlait de la femme comme d'un " homme châtré "). On se demande rarement ce qui manque à l'homme par rapport à la femme. Et pourtant il n'y a rien d'absurde à relayer l'idée d'une carence masculine à ne pas pouvoir enfanter. Tout ce que l'homme crée est matériel et se passe à l'extérieur de lui : une usine, un tableau ou un enfant. Il ne peut pas façonner la vie en lui. Ne peut-on pas parler d'une infériorité naturelle bien plus forte que le manque fantasmé de pénis chez la femme ?

Mise en perspective : quelques voies d'une éducation pour tenter de moins construire la violence

Hormonalement spécifiés, neurologiquement différents et irréductiblement incapables de procréer, les garçons méritent qu'on leur propose une éducation qui construise une culture masculine qui ne soit pas présentée comme intrinsèquement défectueuse et exclusivement à réprimer pour le bonheur de l'humanité et des féministes. Quelques pistes de réflexion :

  • Aider les garçons à exprimer leurs besoins et à apprendre qui ils sont et comment ils fonctionnent pour fournir la possibilité d'apprécier et de respecter leur masculinité. Ce n'est que dans la reconnaissance et l'estime de son identité de sexe et de genre que l'homme peut respecter celles de la femme. Aujourd'hui, il a besoin de s'occuper de lui pour s'occuper de la femme.
  • Ne pas réserver la discipline aux mauvaises actions et à la rétorsion (faire de la discipline), mais envisager la discipline comme une modalité d'autorité fonctionnelle permettant d'organiser ses conduites (avoir de la discipline).
  • Ne pas proposer un système de rapports bâti sur la domination / soumission comme c'est le cas actuellement. L'École et la société doivent évoluer d'un fondement sur la hiérarchie et le principe d'obéissance à un fondement sur la contribution et la réciprocité.
  • Pas d'égalité entre les sexes si l'école continue de valoriser la performance brute au détriment des manières de l'obtenir. Une éducation physique bâtie sur le sport y contribue fortement. L'EPS devrait refonder totalement ses dogmes, ses conceptions et ses pratiques pour ne plus être automatiquement calée sur l'idéologie sportive.
  • Le rapport homme - femme doit devenir le prototype du rapport d'altérité qui ne soit pas enfermé dans un système d'alternatives excluantes comme actuellement : où l'on nie les différences (le garçon et la fille c'est pareil) où l'on réduit l'une (fille) à l'autre. Ce qui vaut pour le racisme, l'ostracisme, la xénophobie... vaut pour la mixité.

    " Loin de me diminuer, ta différence m'augmente "

    Saint-Exupéry

Conclusion

C'est certain, ceux que la dialectique effraie, autrement que sous la forme de la lutte des classes, ne vont rien y comprendre. Cet article constitue vraisemblablement pour eux une régression quand les solutions se veulent progressistes et la preuve d'un manichéisme quand il s'agit d'interactionnisme à égalité.

Certains des arguments proposés par Michael Gurian pour apprendre aux garçons leur rôle d'homme peuvent achever de déconsidérer la thèse initiale, en les reprenant. Tant pis ou tant mieux si l'on considère qui jugerait ainsi.

==> Chercher un partenariat égal avec tous les membres de la société et ne pas engager de lutte de pouvoir avec les femmes en ayant conscience que les besoins de domination et de soumission sont les deux faces d'une même pièce (all the world is a stage...).

==> Découvrir ou inventer un système masculin de parenté sociale, une communauté masculine dans laquelle on pratiquerait l'échange de soutien, le respect, l'apprentissage de l'humilité et de la force simultanément.

==> Avoir un rôle identifié dans l'évolution de la société dans le sens de l'innovation mais également dans le sens du service accordé aux autres.

==> Rester toujours conscient du voyage poursuivi. Connaître les traditions et l'histoire, même si on n'y adhère pas totalement. La liberté individuelle n'a de sens que dans le contexte d'une histoire qui évite l'isolement.

==> Un homme n'est pleinement un homme que s'il sait à la fois persévérer et lâcher prise selon ce que sa raison et son coeur lui demandent. Être ouvert au changement, mais pas pour le plaisir de changer.

La société, l'éducation, le politique, l'économique cheminent vers l'égalité entre les hommes et les femmes. Dans ce mouvement, l'homme que je suis s'inscrit résolument.

Féministe, je défends l'homme. Car, l'accès des femmes à l'égalité ne peut pas se faire au détriment des hommes, ni par une restriction de leur caractère vital de puissance.

Féministe, je défends la femme. Car, une grande partie de mes réflexions est construite pour tenter de faire reculer l'injustice, l'intolérance et la bêtise qui se spécifient si souvent au masculin. Et en effet, comme le disait Louise Michel, " Si l'égalité entre les sexes était reconnue, ce serait une fameuse brèche dans la bêtise humaine ".

Le principe - ou le dogme car c'en est un - de l'égalité est établi depuis désormais longtemps, actons-le dans la réalité quotidienne sous forme de multiples égalités, proches et quotidiennes comme constitutionnelles et permanentes. Ce doit être aux hommes de les donner, pas aux femmes de les conquérir. L'éducation peut apprendre à les conférer. Et en son sein, l'éducation physique et sportive doit cesser d'y constituer un empêchement alors qu'elle pourrait être l'un des plus puissants vecteurs de cette dévolution.

Pour en savoir plus

  • Badinter (E.), Fausse route, Odile Jacob, 2003.
  • Delaunay (M.), 4 courants de l'EPS, Vigot, 2005.
  • Duru-Bellat (M.), L'école des filles, L'Harmattan, 1990.
  • Gurian (M.), Ce qu'il y a de formidable avec les garçons, Albin Michel, 2002.
  • Héritier (F.), Masculin / Féminin II (dissoudre la hiérarchie), Odile Jacob, 2002.
  • Kaplan (Steven L.), La puissance et la faiblesse, Fayard, 2003.
  • Mosconi (N.), La mixité dans l'enseignement secondaire, PUF, 1989.
  • Sous la direction de Vouillot (F.), Filles et garçons à l'école, CNDP, 1999.
  • Zazzo (B.), Féminin-masculin à l'école et ailleurs, PUF, 1993.
Les cahiers EPS - Masculin / féminin à la lumière de la mixité scolaire