Les cahiers EPS, n°36, page 2 (06/2007)

Editorial

Au revoir et... à bientôt donc !

Michel Delaunay

Décidément... il existe de ces coïncidences !

Au moment où le GAIP traite de la parole, on la lui retire. Du fait de la conjonction de la baisse des abonnements, due, pour partie, à l'évolution des pratiques des enseignants avec l'arrivée d'Internet, des coûts de production élevés, du modèle économique qui évolue au sein des services de l'État avec la mise en place progressive de la LOLF, l'édition papier des Cahiers EPS de l'académie de Nantes s'arrête. La recherche et la réflexion continuent. Il faudra désormais que les lecteurs aillent les retrouver sur le site Internet qui les accueillera. La magie d'une publication écrite que l'on peut saisir, feuilleter, emmener avec soi, classer à côté d'autres qui retracent synoptiquement une histoire, un parcours intellectuel, cette magie ne continuera pas en 2007-2008. Le virtuel infiniment modulable va remplacer le concret fini des exemplaires imprimés.

Conjoncturellement... il est de ces convergences !

Dans un numéro qui traite de la parole, Alain Hébrard a accepté de remplir le questionnaire de vie (puisqu'il va faire valoir ses droits à une pension de retraite). La conjonction ne manque pas d'à-propos. Prétendre que les parties du sommaire ont été arrêtées en pensant à lui serait mentir, mais elles lui vont comme un gant.

D'abord, l'homme possède un contact direct, franc, de la faconde, de l'imagination sémantique, un accent de conteur qui réchauffe, l'art de la captation de l'auditoire par les images, les anecdotes... Il utilise à merveille et de façon familière la parole comme une technique (première partie)... Comme le dit un des auteurs de ce numéro... " il est bon à l'oral ".

Mais l'expression n'est que sophisme si la parole ne sert pas à véhiculer des messages et à établir des communications réussies (deuxième partie). Sans forfanterie, avec une assurance tranquille qui n'exclut pas le doute, A. Hébrard a délivré une parole déterminante pour toute une profession, parfois pour la dynamiser, parfois pour en assurer l'homéostasie. Sa rhétorique puissante a toujours servi l'argumentation, elle-même au service de l'EPS, ses valeurs, conceptions et fonctions. Acteur de l'histoire disciplinaire, il en restera un personnage haut en couleur et en idée.

Professeur d'EPS devenu major de la première agrégation d'EPS, professeur des universités, IGEN (il a été doyen du groupe EPS), A. Hébrard a exercé des responsabilités qu'il n'aurait pas pu remplir si sa parole, expression de sa personne (troisième partie), n'avait pas été fiable, attentive aux valeurs humaines, certes mobile et souple mais fidèle, ne se dérobant pas, même s'il avoue lui-même ne pas aimer le conflit. Plus que pour toute autre personne que je connais, je peux dire : écrite ou orale, sa parole, c'est lui-même. On peut dire de lui qu'il est parole et de parole.

Heureusement... il se révèle de ces continuités !

Que l'éditorial soit surtout l'occasion de remerciements qui assureront le lien entre un passé papier s'achevant avec ce numéro 36 de juin 2007 et un futur dans le virtuel à retrouver dès le numéro 37. Ils vont d'abord aux auteurs qui nous ont confié leur parole pour qu'elle soit éditée et aux lecteurs qui, occasionnels ou réguliers, ont donné un retentissement ou une vie nouvelle à des idées qu'ils ont su comprendre comme faites pour eux. Notre reconnaissance va ensuite à tous ceux qui ont tenu leur parole pour que cette revue existe, à tous ceux qui avaient maintenu, " contre vents et marées ", les possibilités d'édition : Mme Françoise Robert et son équipe compétente ainsi que José Marquez, notre illustrateur inspiré, avec lesquels nous espérons bien continuer une collaboration fructueuse.

La parole des Cahiers EPS de l'académie de Nantes a largement relayé (et elle continuera à le faire) les travaux de " l'École de Nantes " que je dirige depuis vingt ans. Porteuse, d'une part, de l'histoire de l'EPS, celle-ci a toujours considéré que la parole, c'est de l'action, en même temps que de la conscientisation et de la prospective. Le GAIP et ses partenaires associés des académies de Rennes et de Guyane maintenant (dont les derniers numéros reflètent l'engagement croissant), toutes les personnes, parfois " hygiéniquement " d'avis divergents, qui nous ont fait l'honneur de publier dans nos colonnes ou souhaitent le faire, devraient se retrouver " sur le net ". 2008 sera une année de transition pendant laquelle abonnés et lecteurs occasionnels pourront accéder aux Cahiers EPS n° 37 et 38 mis en ligne sous une forme similaire à celle de la publication papier.

Mais, dès 2009, une revue radicalement nouvelle sera proposée grâce aux possibilités de l'édition en ligne. La conception, originale, de la maquette associera textes écrits et dessins comme actuellement, auxquels s'ajouteront des animations graphiques explicatives, des vidéogrammes illustratifs, des liens vers des bases de données, des possibilités de forum à propos des articles... Votre revue papier va renaître sous une forme dynamique et interactive, capable d'atteindre et de séduire infiniment plus de lecteurs. Ce qui pouvait apparaître comme un drame se transforme en projet ambitieux et innovant.

Résolument... il est de ces convictions à continuer de faire partager !

Le média change mais les valeurs, les convictions, les conceptions et les mises en oeuvre continueront de s'exprimer pour aider toute la profession à établir et conserver son identité scolaire. Personne n'ose penser que la disparition de l'édition papier accompagne un reflux de l'éducation physique à identité scolaire qu'elle a contribué à installer dans les écoles, collèges et lycées, même si les signes avant-coureurs d'une déferlante du sport dit éducatif se multiplient. Toute évolution n'est pas une amélioration. " Devoir se moderniser ", " ne pas refuser le progrès "... sont des formulations qui ne conviennent pas à l'éducation. Ces arguments souvent captieux ont surtout pour fonction de permettre à ceux qui les formulent d'imposer des systèmes qui n'ont de moderne que les avantages nouveaux qu'ils leur confèrent. L'éducation innove, s'adapte, s'enrichit, se différencie, s'intègre dans le social, crée du sens commun... Mais, stricto sensu, elle ne se modernise pas. Pas plus qu'elle n'est soumise à la notion de progrès. Celui-ci n'existe pas plus en éducation qu'en art, en politique ou en amour. Par contre, les outils, eux, peuvent progresser et se moderniser afin de transmettre plus fidèlement, plus clairement et à un plus grand nombre les messages éducatifs... c'est la voie que nous avons toujours empruntée dans cette revue.

Avec l'arrivée sur Internet des Cahiers EPS de l'académie de Nantes, puis celle de la nouvelle revue annoncée, le combat pour une éducation physique qu'il faut affirmer haut et fort, comme pour la laïcité ou l'exception culturelle, est une spécificité française irréductible, car fructueusement humaniste, qui ne s'arrêtera pas. La réflexion sur le monde pousse souvent à être " pessimiste par intelligence ". Celle des Cahiers EPS de l'académie de Nantes a toujours été indissociablement et complémentairement " optimiste par volonté ". Ce double mouvement correspond sans doute à une formulation de la compétence " oser s'engager en toute lucidité " que les auteurs des Cahiers EPS de l'académie de Nantes et les membres de " l'École de Nantes " ont acquis, pratiquent et continueront de mettre au service des lecteurs et partant de l'intérêt des enfants de France. Auteurs et lecteurs, chers pédagogues du quotidien, continuons inlassablement de prendre pour principe l'assertion de J. Dewey : " L'éducation n'est soumise à rien sauf à plus d'éducation ".

Les cahiers EPS - Au revoir et... à bientôt donc !