Les cahiers EPS, n°37 (01/2008)

Le respect en et par l'EPS

Le respect : en faire un contenu de l'EP scolaire

Patrick Beunard

Le respect est une notion, tout autant qu'une valeur, qui définit un système de relations entre un individu, ou un groupe d'individus, avec lui-même, les autres ou son environnement. Le respect, lorsqu'il est adopté, engendre des attitudes, des comportements, des façons de faire de la part d'une personne qui reflètent son degré de socialisation et d'intégration sociale. Pour un groupe de personnes, il reflète sa maturité sociale.
Le respect est à la fois le fruit d'une contrainte, d'une obligation, d'une imposition, mais également d'un consentement, d'une compréhension, d'une adhésion.
Ces deux volets de la notion coexistent toujours, mais dans un rapport relatif dont nous faisons le pari que c'est par l'éducation que le deuxième pourra prendre le pas sur le premier.

Le respect, dont peut (ou doit) faire preuve un individu, est une notion que l'on trouve aux deux extrémités d'un spectre de déterminants, comme organisateurs et/ou catalyseurs d'un fonctionnement social. D'un côté, il s'impose comme une contrainte, une obligation : c'est le respect de la règle, de la loi. Il est alors la conséquence d'un dressage, d'un conditionnement, compris ou non. La loi doit s'appliquer ; le respect de la loi ne se négocie pas. " Nul n'est censé ignorer la loi " : son application nécessite qu'elle soit connue et donc apprise. Son irrespect est considéré comme une faute, une infraction qu'il convient de sanctionner, de redresser, de réprimer.

D'un autre côté, il se construit sur la base de la compréhension, de l'adhésion, de l'acte volontaire. Il est alors l'émanation d'une éducation dont l'optique se situe résolument dans la responsabilisation des personnes. Les règles à respecter dans ce cas sont plus implicites qu'explicites. Elles sont à géométrie variable et s'inscrivent nécessairement dans une perspective de réciprocité. Leur non respect, par méconnaissance et non par acte délibéré, s'apparente à une erreur à corriger, à prévenir, et relève de la prévention, de la formation, de l'éducation.

Cet article tente d'éclairer la notion de respect par l'intermédiaire d'une problématique initiale visant à privilégier l'éducation et la formation par rapport à la contrainte et à l'obligation, au travers de deux " tableaux " mettant en scène, dans un premier temps l'enseignant d'EPS, l'inspecteur pédagogique et le système éducatif et, dans un deuxième temps, l'enseignant d'EPS et ses élèves.

Professeur d'EPS, inspecteur et institution

Le professeur d'EPS et l'inspecteur pédagogique sont deux personnages d'un même système : le système éducatif français. Ce système est régi par tout un arsenal de textes réglementaires qui définit et organise, entre autres, les relations que l'enseignant entretient nécessairement avec l'inspecteur, mais également avec d'autres disciplines, d'autres instances, d'autres personnes, de ce système.

Professeur et inspecteur

Si cette relation s'est fondée, au moins à son origine, sur une relation d'autorité " absolue " et de soumission à l'ordre institutionnel établi (respect imposé), le centre de gravité de cette relation s'est sensiblement déplacé depuis plusieurs années.

Si l'inspecteur est toujours un supérieur hiérarchique au plan institutionnel, doté notamment du pouvoir de notation des enseignants, il n'est en aucun cas le " supérieur " humain du dit enseignant. Dans les deux approches, professionnelle et personnelle, le respect se doit d'être réciproque et donc partagé. Certes, la relation est toujours empreinte d'un poids hiérarchique (la notation n'a pas encore été supprimée à ce jour), mais cette relation est fortement imprégnée par la fonction de formation qui accompagne désormais l'acte d'inspection. Le contrôle de conformité est toujours nécessaire pour limiter les déviances (partie dure de la loi).

La plupart des enseignants ont bien compris cette nécessité et cette évolution. Sans être tous ravis de voir " débarquer " un inspecteur dans leur cours, les professeurs ont bien perçu l'évolution procédurale, formative et éthique que les inspecteurs avaient souhaité donner à leur métier.

Au-delà de la note qui ressort de l'acte d'inspection, c'est bien la fonction formative, à partir d'une analyse la plus objective, la plus exhaustive et la plus transparente possible de la pratique professionnelle, qui doit laisser une trace : objectivation des observables pour l'inspecteur, élucidation des choix formels et procéduraux, explicitation des lignes de force de la cohérence et de la continuité de l'enseignement (de cycle en cycle, d'un support d'activité à un autre) de la part de l'enseignant, effort de compréhension de la part de l'inspecteur pour replacer les observations contextuelles dans une logique et une cohérence plus globales.

Ce n'est pas la seule analyse de la ponctualité qui est recherchée, mais c'est bien la cohérence du tout (choix de l'enseignant coordonnés avec les autres enseignements et les lignes directrices du projet d'établissement, en relation étroite avec les impératifs institutionnels que sont les programmes, la mise en place de dispositifs particuliers, etc.)

L'inspection n'est pas une fin en soi, elle est un tremplin à l'évolution des pratiques. Elle ne se définit plus comme une sanction positive ou négative marquant la fin d'un cycle, mais elle se pose désormais comme une ouverture de perspectives, le début d'un " autre cycle ", dès lors que les échanges se sont établis sur la base d'un respect réciproque par une mise à plat de part et d'autre (professeur - inspecteur) des choix fondamentaux et des procédures d'action.

Professeur et système éducatif

La relation la plus fréquemment présente dans les propos des enseignants quant à leurs relations avec le système éducatif gravite autour de la question du ou des programmes.

C'est aussi une question qui intéresse l'éducation physique (et sportive) scolaire. Question d'autant plus prégnante que, dans nombre de cas relativement importants, une rupture s'opère chez les enseignants entre le dire et le faire, entre la conception et l'écriture du projet pédagogique (individuel ou collectif) et sa mise en oeuvre concrète.

Un texte réglementaire, officiel, du type programme d'enseignement disciplinaire, en EPS comme dans les autres disciplines, ne peut se comprendre que dans sa globalité, son intégralité : il y a l'esprit et la lettre. Le tout n'est pas égal à la simple somme des parties, dès lors que ces parties peuvent être envisagées isolément. C'est bien (trop) souvent le cas en EPS. L'enseignement est parfois conçu de façon articulée, mais mis en oeuvre de façon segmentée. Que ce soit en collège ou en lycée, ce sont les particularismes de chaque spécialité sportive qui se dégagent (compétences spécifiques ou techniques) sans que celles-ci soient rapportées à une problématique plus large d'apprentissage : les compétences communes ou générales pour le collège, les compétences méthodologiques pour le lycée, font bien partie de l'affichage dans les projets, mais disparaissent dans les sables de la concrétisation.

Sur un autre sujet relatif au collège, l'EPS a été placée comme discipline d'enseignement dans le groupe des disciplines scientifiques (rapport J.-F. Bach, 2005). Ce rapport, écrit dans la logique de la nouvelle loi d'orientation, incite, invite si ce n'est prescrit aux disciplines de ce groupe, de s'accorder sur un certain nombre de points : contenus, méthodes, thèmes de convergence, etc.

Qu'en est-il actuellement dans les établissements de ces recommandations ?

Le respect de ces orientations, individuel et/ou collectif, semble sérieusement mis en cause. Qui est responsable : l'institution qui promulgue un texte et qui ne suit pas un dossier ou bien les acteurs de l'enseignement établissement, équipe disciplinaire ou enseignant(s) en tant que personne(s) ? La volonté politique dans la continuité des réformes interroge fortement la communauté éducative. Qui ne respecte pas l'autre dans ce cas de figure ? La question effectivement se pose.

Le professeur d'EPS et ses élèves

Le respect que doit l'élève

Lorsque l'on évoque le respect en matière d'éducation, c'est le plus souvent aux élèves que l'on pense et plus particulièrement au non respect, qui évolue sensiblement dans une proportion qui inquiète les adultes et plus particulièrement les enseignants. Il n'est pas question ici de démentir cette perception, ni de céder à la démagogie en tolérant ces marques d'irrespect inacceptables, mais plutôt de suggérer des moyens susceptibles d'endiguer cette montée en puissance et de lutter avec détermination contre ce fléau qui mine le bon déroulement de l'enseignement dans nos salles de cours.

Personne ne peut nier l'évolution des mentalités de jeunes actuellement, liée vraisemblablement à la conjonction de multiples facteurs relatifs, pour les uns, à l'évolution de la société et, pour d'autres, à des effets de l'éducation ou du manque d'éducation dispensée par les familles et peut-être, enfin, à la place que fait la société aux enseignants.

Malgré ces déterminants sur lesquels chaque professeur n'a aucune prise, il en est qui réussissent malgré tout dans ce domaine et d'autres qui ne réussissent pas ou pas bien. Il existe donc très certainement des conditions de mise en oeuvre de l'enseignement, des techniques d'intervention, des considérations de chaque élève qui les conduisent à respecter leurs professeurs.

Le respect que construit le professeur en direction de l'élève

Il se façonne autour des notions de continuité des apprentissages et donc de suivi de l'élève, d'activité pour apprendre et de différences.

Proposer des contenus d'enseignement

Ils doivent être dignes d'intérêt, susceptibles de mobiliser et développer l'intelligence des élèves. L'enseignant fait alors preuve d'imagination pédagogique pour conduire un enseignement varié, diversifié et ainsi susciter la curiosité et la motivation des élèves.

Pour passer d'une simple discipline d'activité à une discipline scolaire d'enseignement, la question des contenus d'enseignement en EPS est cruciale. Il est indispensable de les définir dans l'orientation et l'optique du système éducatif et de les coordonner avec les contenus d'enseignement des autres disciplines. Afin de cerner les contenus de notre enseignement, il faut au préalable en définir les catégories, les ensembles les plus généraux, pour tendre progressivement vers leur concrétisation et contextualisation en fonction des supports d'enseignement retenus.

Par principe, les contenus de savoir et de connaissance qui seront retenus de façon précise et spécifique par niveau de classe devront pouvoir présenter la caractéristique d'être ré-investissables et ne pas correspondre simplement à l'inculcation d'une technique particulière. L'intelligence de l'élève doit nécessairement être sollicitée pour lui permettre de réfléchir et de trouver les adaptations nécessaires de ces contenus en fonction des contextes de leur utilisation. L'idéal étant d'offrir à l'élève la possibilité de réutiliser de façon adaptée et opportune les savoirs appris dans toutes les situations d'une même classe, d'une même famille, voire d'autres classes ou familles dès lors qu'il s'agit, par exemple, des savoirs méthodologiques ou instrumentaux et, ainsi, amener l'élève à adopter une conduite motrice intelligente et adaptée.

Envisager la continuité des apprentissages et le suivi des élèves

De façon classique, les enseignants d'EPS de collège ou de lycée planifient leur enseignement par cycles de spécialité sportive, chacun d'une dizaine d'heures environ, se répartissant sur autant de semaines.

Dans de nombreux cas, au départ d'un nouveau cycle, ils consacrent une séance complète à une évaluation qualifiée de diagnostic.

Ce choix s'avère contre productif à plusieurs titres :

  • Il révèle une conception séquentielle de l'enseignement, basée sur une approche exclusivement centrée sur les spécificités et qui n'envisage pas l'idée de réinvestissement, tant sur les aspects moteurs que sur les aspects méthodologiques, gestionnaires ou procéduraux. Dans ce cas, chaque début de cycle est un recommencement, ce qui démontre qu'on ne respecte pas ce que les élèves ont déjà appris lors des cycles précédents.
  • Par ailleurs et de façon complémentaire, ce choix laisse entendre aux élèves que l'EPS est une succession de pratiques sans continuité véritable ; dans ce cas c'est l'unité même de l'EPS qui n'est pas respectée. L'enseignant est, successivement, professeur de football, de gymnastique, d'athlétisme, de natation, de danse, etc. Il n'est plus professeur d'EPS.

D'une façon générale, ce mode de pensée didactique et pédagogique remet en cause (sorte d'irrespect des recherches et avancées en matière de sciences de l'éducation) les principes mêmes d'une évolution des compétences d'enseignement que l'institution tente, depuis plusieurs décennies et avec un succès pour le moins limité, de mettre en place, toutes disciplines confondues.

Promouvoir l'élève acteur de ses apprentissages

La finalité de l'éducation est de permettre à chaque enfant de s'élever, de grandir, de devenir autonome, de pouvoir faire des choix, de devenir citoyen. Pour respecter cette finalité, ces pouvoirs, cette philosophie, chaque professeur aura à coeur de construire pour les élèves un parcours d'apprentissage qui les conduira inévitablement vers l'implication, la prise de responsabilités, l'éducation aux choix et aux prises de décision. Il n'y a pas d'âge pour être et devenir autonome. Il n'y a pas de limites d'âge, pour un enseignant, à promouvoir une autonomie qui va progressivement s'étoffer, prendre de l'ampleur, de la consistance. Tout acte d'enseignement, résolument tourné vers cette recherche d'autonomie des élèves, devra intégrer une dimension grâce à laquelle chacun aura à se déterminer, à faire des choix, à prendre des décisions, à devenir acteur, voire auteur de ses apprentissages. C'est ainsi la marque d'un respect de l'élève comme personne à part entière, comme futur citoyen responsable de ses choix et de ses actes.

Concevoir la prise en compte des différences

Le sport classe les individus en fonction de leurs différences. La performance les distingue en fonction de multiples facteurs : sociaux, d'implication, d'engagement et de travail, mais également génétiques ou héréditaires.

L'éducation physique scolaire doit, comme les autres disciplines d'enseignement, mettre en valeur le travail, l'engagement de tous les élèves pour réussir, quelles que soient leurs facilités ou leurs difficultés. Elle ne doit pas concourir à augmenter les distinctions ou ségrégations générées par les appartenances sociales des uns et des autres, mais tenter de les gommer pour permettre à chaque élève de profiter au maximum de l'enseignement qui lui est dispensé.

C'est sur le plan des ressources " naturelles " de chacun qu'on attend de l'EPS qu'elle développe une approche la plus différenciée possible. Les différences de tailles, de poids, de chronaxie musculaire... ne sont pas imputables à la responsabilité de qui que ce soit. L'EPS, pour permettre à chacun de progresser en fonction de ses moyens et de ses ressources, se doit d'ajuster ses propositions didactiques. C'est le respect des individus dans leurs différences qui est en cause. On ne peut pas être indifférent aux différences. Le résultat de l'action est important aussi en EPS. Mais il ne doit pas être présenté sous un caractère classant, discriminant, voire stigmatisant ou infamant.

Conclusion : respect et formation sont liés

Dans tous les cas évoqués, le respect est fonction de la " connaissance des choses " que l'on a, de l'éducation que l'on a reçu, de la philosophie et de l'éthique que l'on s'est construites.

Plus le niveau de formation et d'éducation est élevé et plus le respect pour les autres, les environnements, les règles est grand.

Que ce soit pour les élèves, les professeurs ou toutes autres personnes, ce principe est à l'ordre du jour. À quelque niveau de formation que ce soit, l'éducation au respect est une nécessité. On parle même actuellement d'entreprise citoyenne. Le système éducatif lui-même se doit d'être irréprochable dans ce domaine. La recherche qualité à tous les niveaux de cette " entreprise " doit impérativement intégrer cette préoccupation pour lui-même, ses administrés et ses acteurs.

Document (format PDF) : Apprentissages fondamentaux et priorités par niveau d'enseignement

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