Dossier : Des jeux en classe, c'est sérieux ? (II) / 2. Des questions soulevées par les jeux sérieux dans l'éducation

Quelle évaluation dans les jeux sérieux ?

Pradeepa Thomas, chargée de mission jeux sérieux, académie de Créteil

Que l'on soit enseignant en école élémentaire, en lycée ou en section de technicien supérieur, l'offre de jeux sérieux commence à atteindre un niveau intéressant. Mais comment choisir et qu'apprend-on réellement en jouant à un jeu sérieux ?

Il existe différents types de jeux sérieux associés à différents types de connaissances. À ce titre, nous nous référerons à la taxonomie des objectifs pédagogiques de Bloom1 (Bloom, 1956). Il s'agit d'un modèle pédagogique proposant une classification des niveaux d'acquisition des connaissances. Plus précisément, ce sont les niveaux de pensée considérés comme importants dans le processus d'apprentissage. Bloom fait l'hypothèse que les habiletés peuvent être mesurées sur un continuum allant de simple à complexe. Sa taxonomie est composée de six niveaux : la connaissance, la compréhension, l'application, l'analyse, la synthèse et l'évaluation.

Les jeux sérieux de type quiz ou exerciseur permettent de valider l'acquisition de connaissances. Ils présentent souvent un caractère faiblement immersif et le dispositif d'évaluation prend le pas sur l'aspect ludique. C'est le cas du jeu Zombie division, dont l'objectif est d'inciter les enfants à apprendre comment faire les divisions. Les zombies portent des dossards avec des nombres, les enfants ont à leur disposition plusieurs armes ayant chacune une valeur, et l'objectif du jeu est de choisir l'arme adaptée au zombie, c'est-à-dire de choisir le bon diviseur.

Le café des mathadores, quant à lui, présente des petits jeux pour entraîner les enfants à la logique. L'objectif est ici de vérifier la compréhension des concepts présentés en classe. Ainsi, les mini-jeux proposent de finir la décoration d'un magasin en suivant une suite logique, ou de rendre la monnaie suite à un achat. Le jeu évalue la capacité de l'enfant à raisonner seul.

La capacité à appliquer, à pratiquer, est souvent testée à travers des jeux de simulation ou jeux de rôle. Dans ces cas, les joueurs se retrouvent dans la peau d'un personnage et doivent prendre des décisions dans un contexte. Le caractère immersif de ce type de jeu en fait son principal intérêt. Les jeux de simulation sont beaucoup utilisés dans le cadre de la formation professionnelle. Renault Academy ou Disney Star placent le joueur dans la position d'un vendeur qui doit satisfaire les besoins des clients. Au fil du jeu, le joueur apprend à s'adapter à ces besoins et s'entraîne sur les différents types de situations qu'il est amené à rencontrer dans le cadre de son activité professionnelle.

Les domaines cognitifs de Bloom.

Notre expérimentation en BTS Banque de Ludiville, jeu destiné à former les conseillers clientèles sur le crédit immobilier, met bien en évidence les gains apportés par les jeux de simulation. En effet, nous avons constaté que les étudiants adoptaient de bons réflexes, les étapes de la constitution d'un dossier de prêt ont été assimilées et le vocabulaire utilisé à l'issue du jeu est plus précis qu'avant le recours au jeu.

Les éléments de haut niveau de la taxonomie de Bloom (analyse, synthèse, évaluation) impliquent que l'apprenant mette en oeuvre des compétences transversales - le plus souvent évaluées à l'écrit lors de synthèses, dissertations ou exposés oraux - et sont difficilement mesurables à travers un dispositif informatisé. Néanmoins, certains jeux permettent de mettre en évidence la capacité de l'apprenant à comprendre un système complexe, à l'analyser et à prendre des décisions afin de faire évoluer ce système : StarBank, où le joueur construit et développe un groupe bancaire, ou Cellcraft, dans lequel le joueur développe, fait évoluer une cellule. Dans les deux cas, pour gagner, l'apprenant-joueur doit comprendre le fonctionnement global du système, identifier les interdépendances, les relations et prendre des décisions adaptées à la situation. De plus, à chaque instant, l'environnement du jeu évolue, subit les attaques et les aléas du monde extérieur. Les capacités d'adaptation et de réaction sont également mises à rude épreuve. Dans ce type de jeu, l'enseignant sera plus intéressé par le comportement et l'ensemble des décisions prises par l'apprenant que par le résultat final.

Il existe donc différents types d'évaluation dans les jeux sérieux, selon le niveau sur lequel on se place. Que l'on souhaite vérifier l'acquisition de connaissances ou la capacité à adopter une vision systémique, les jeux sérieux sont un outil d'apprentissage adapté.

(1) Bloom B. S., Taxonomy of Educational Objectives, Handbook1: Cognitive Domain (2nd ed.), Addison Wesley Publishing Company, 1956.

Argos, n°50, page 31 (12/2012)
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