Dossier : Images en lecture

Le carnet de voyage au regard de la sémiologie de l'image

Pascale Argod, enseignante en université. Docteure en sciences de l'information-communication, équipe de recherche GRESIC-MICA (EA 44 26). Université Michel-de-Montaigne-Bordeaux 3

Médium de réflexion sur soi et sur l'Autre, le carnet de voyage ouvre sur la médiation interculturelle et interroge le message diffusé sur l'Ailleurs et sur l'Autre.

L'artiste voyageur compile la mémoire de son voyage et de son expérience dans un carnet de voyage qui retrace son périple, sa quête et son regard sur le pays qu'il découvre. Tour à tour carnet intime, carnet de recherches ou d'inspiration, produit éditorial, il est devenu un outil pédagogique d'échange qui questionne sur la vision interculturelle qu'il transmet.

Le hammam de la basse Casbah.
Extrait de Alger, simples confidences, Zahia Hafs et Elsie Herberstein. (c) Jalan publications, 2005

La création d'un carnet de voyage favorise en effet une culture de l'image, puisqu'il s'agit de retranscrire l'identité visuelle d'un pays, terme propre au design, sans tomber dans le stéréotype. La sémiotique est alors indispensable à la réflexion, puisqu'elle vise la compréhension des processus de signification à l'oeuvre dans les objets, les lieux et les pratiques du quotidien. Il s'agit de mettre en exergue l'originalité culturelle du pays parcouru ou de l'endroit visité à travers la création visuelle. La combinaison texte/image et le message transmis par les codes iconographiques nourrissent la réflexion de l'auteur pour que le carnet de voyage devienne à la fois une production documentaire et une oeuvre d'art. En effet, " une oeuvre d'art devrait toujours nous apprendre que nous n'avons pas vu ce que nous voyons ", selon Paul Valéry. Aussi, comment décrypter l'image artistique du carnet de voyage ? Quelle vision du pays et de la culture transmet-elle ?

Analyse sémiotique du carnet de voyage

Le carnet de voyage pourrait être un média destiné à véhiculer les représentations touristiques et esthétiques d'un espace perçu à la fois comme " produit " et comme support à analyser1.

La sémiologie de l'image permet de déterminer en quoi les images offrent un regard interculturel sur le monde, et comment le carnet de voyage oscille entre géographie vécue et géographie de l'imaginaire. Le carnet de voyage séduit-il le lecteur grâce à des attendus ou des clichés... en référence à des représentations collectives autour du voyage, de sa destination ou du pays choisi, et incite-t-il ainsi à voyager à travers une vision touristique proposant des lieux communs ? La sémiologie de l'image permet de soulever un certain nombre de problématiques relevant de la définition du genre " carnet de voyage " : les images (représentations visuelles fixes) du carnet de voyage transmettent-elles un message exotique ou un message ethnographique (description des peuples) ? Peuvent-elles être des outils de l'anthropologie visuelle (ethnographie) ? Est-ce que les images du carnet de voyage transmettent un message pour donner envie de voyager (séduction de l'image) ? Quelle place occupe le mythe (étymologie " récit raconté " en grec) ? Quel est l'horizon d'attente (domaine de l'histoire de la représentation visuelle ou contexte) des images du carnet de voyage ? Comment les images sont-elles le reflet d'un genre métis et hybride, le carnet de voyage ? En quoi le carnet de voyage sensibilise-t-il à l'interculturel (relation et différence avec une autre culture, ethnologie) ?

L'interprétation2 de l'image : du métissage culturel à l'interculturel

Le carnet de voyage est issu d'un mélange d'éléments de la culture du voyageur et de celle de l'Autre. Aussi, déterminer ce qui relève de la connotation, des mythes ou des topoï de l'orientalisme ou de l'exotisme serait pertinent. Nous allons essayer d'évoquer uniquement quelques pistes possibles en vue d'une analyse des images du carnet de voyage. Nous nous inspirons des recherches et des publications de Martine Joly et de Jacques Aumont sur la sémiologie de l'image, L'image et les signes de Martine Joly (Nathan,1994) et L'image de Jacques Aumont (Nathan,1990). Étant donné le nombre important de publications autour de l'analyse de l'image fixe, il nous a semblé utile de nous centrer essentiellement sur ces deux essais d'une grande densité, que nous ne pourrons que survoler.

La signification de l'image

Une image ne peut pas dire non, ni vraie ni fausse, une image n'est ni une proposition ni une déclaration. " C'est ce manque de capacité assertive qui est ressenti comme polysémique ", souligne Martine Joly3, c'est donc " l'hésitation interprétative provoquée par le manque d'assertivité de l'image que l'on appelle alors polysémie (dénotative ou interprétative) ". Ainsi, toute lecture suppose une interaction entre l'oeuvre et le lecteur ou le spectateur : toute une stratégie discursive est nécessairement à l'oeuvre, mettant en jeu l'intertextualité, les attentes et les opérations mentales d'ajustement du destinataire. La sémiotique explore l'aspect symbolique, soit ce qui est socioculturellement codé ; ainsi, les arts visuels mettent en relation le rationnel, l'irrationnel, la compréhension cognitive et l'expérience intuitive, voire la contemplation mystique. Umberto Eco met en exergue la spécificité des " messages visuels " au sein desquels interagissent des signes iconiques, des signes plastiques et des signes linguistiques4. Le signe iconique serait une " transformation ", selon Umberto Eco, ou une " reconstruction ", selon le groupe Mu, des objets du monde en fonction de nos attentes. L'interaction serait circulaire, du plastique à l'iconique ou inversement.

La force sémiotique du signe plastique au coeur du carnet de voyage

Le groupe Mu a considéré la dimension plastique des systèmes de représentations visuelles comme un système de signes à part entière. Le signe plastique peut s'analyser selon les axes définis par le groupe Mu5 : couleur, forme, spatialité, texture. Ainsi, la perception et l'interprétation de la couleur sont-elles culturelles et sans doute pertinentes à analyser dans le cadre d'un corpus de carnets de voyages pour comprendre le métissage culturel à l'oeuvre entre l'artiste et l'objet.

Indienne en sari
Extrait de Carnet du Rajasthan, 2007. (c) Pascale Argod

Elles s'accompagnent de l'effet de texture visuelle du rigoureux au lisse qui sollicite le tactile. L'éclairage est dirigé, oriente et hiérarchise la vision des zones éclairées aux zones intermédiaires rend pertinente la signification des lignes et des formes. L'organisation de l'espace perçu en trois dimensions est, bien sûr, la force de toute représentation : cadrage et perspective jouent sur les différents plans. La composition interne peut prendre différentes formes (focalisée, séquentielle, axiale) et joue sur la lecture du message, qui dépend aussi de la culture tant de l'auteur que du récepteur.

L'élégance du kimono
Extrait de Carnet du Japon, 2009. (c) Pascale Argod

L'angle de prise de vue peut conforter ou surprendre la perception. Martine Joly a distingué trois types de relation entre le signe iconique et les signes plastiques6 de congruence, d'opposition ou de prédominance7. De plus, la relation texte/image peut apparaître au sein des messages visuels, comme l'a souligné Roland Barthes dans " La rhétorique de l'image ", par l'anticipation, la suspension, l'allusion, le contrepoint, l'intensification...

Elle joue aussi sur le degré de vérité de l'image et sur son caractère imaginaire, comme le mentionne Martine Joly. À ces aspects, s'ajoutent l'image des mots et le choix de la présentation : typographie, insertion dans l'image et composition plastique.

L'étude des couleurs selon les cultures

Dans l'ouvrage Des couleurs symboliques dans l'Antiquité, le Moyen Âge et les Temps modernes, édité en 1857, Frédéric Portal explique systématiquement les principes de la symbolique des couleurs qui sont fonction des civilisations et des cultures, mouvantes dans le temps et changeantes selon l'aire géographique. Pour résumer8, le blanc est la luminosité, la puissance divine, l'immaculé et la pureté, mais il symbolise aussi le deuil jusqu'au XVIe siècle. Le jaune est le signe du soleil et de l'abondance mais devient, au Moyen Âge, le signe de l'exclusion et de la trahison. Le rouge est le symbole de la genèse de la Terre et de l'homme ; il est lié au sang, à la vie, à la fécondité et joue un rôle protecteur, car c'est la couleur de la lutte, de la guerre et du privilège des chefs, des dieux et de la mort, mais il peut aussi signaler les excès et les dangers. Le violet et le pourpre consacrent le prestige, des empereurs romains aux dignitaires de l'église. Le bleu est rare avant l'apparition du pastel, car il est issu du lapis-lazuli ; les Romains, l'Inde, l'Asie et le Proche-Orient le dédaignent, car il évoque la mort et le malheur alors qu'en Afrique ou à Bali, il fait l'objet d'un véritable culte. Le vert représente l'oasis et l'islam dans la civilisation arabo-islamique ; il symbolise l'énergie divine dans le bouddhisme, la fertilité chez les Amérindiens, la croissance, l'espoir et la fertilité chez nous. Le brun et le noir évoquent la mort dans toutes les cultures, mais sont sacralisés dans l'islam chiite.

Pèlerins du Mont Koya
Extrait de Carnet du Japon, 2009. (c) Pascale Argod

Connaître la charge symbolique des couleurs en fonction du pays et de sa culture semblerait indispensable au carnettiste qui part à la rencontre de l'Autre9. Cependant, en fonction du regard du voyageur, l'objectif atteint par le carnet de voyage est différent : artistique, exotique, ethnographique, didactique... Le carnet porte un regard d'artiste sur un pays qui appartient à une autre culture et qui obéit à d'autres codes de signification des signes plastiques. L'artiste perçoit-il ces différences ? Connaît-il la signification de chaque couleur dans le pays qu'il visite ? Emploie-t-il à bon escient le coloris adapté ? Traduit-il avec respect les couleurs ? Choisit-il plutôt d'adapter les nuances à sa perception personnelle issue de sa culture ? Joue-t-il de la différence culturelle dans la symbolique des couleurs ? Son carnet de voyage est-il un entre-deux, entre sa perception et celle de l'autochtone ? Son carnet de voyage est-il un outil de médiation culturelle entre sa symbolique des couleurs et celle du pays d'accueil ?

Tamil Nadu
Extrait de Carnet d'Inde du Sud, 2008. (c) Pascale Argod

Un carnet de voyage sur l'Inde ou sur Ceylan peut adopter les couleurs d'origine du pays ou au contraire s'en éloigner : le bleu de l'indigo, le rouge de la laque colombine et le jaune du curcuma ou du safran. L'Inde offre un terrain d'étude particulièrement intéressant pour appréhender la symbolique des couleurs, fort différente selon l'ethnie, la religion, la caste... La complexité ne peut pas être perçue par un Occidental et les carnets de voyage proposés sur l'Inde n'offrent souvent qu'une vision occidentale, parcellaire et réductrice, voire erronée, mais la vision de l'artiste n'est qu'une perception marquée. Ainsi, toute image est bien socioculturellement codée, porteuse aussi de mythes, de symboles, de métaphores ou d'allégories.

L'interprétation de l'image

D'après Martine Joly, " tous les signes (iconiques, plastiques, linguistiques) sont bien des signes pour produire du sens, mouvant, vivant, toujours déplacé, à côté de ce qu'ils nous proposent de percevoir d'abord "10. L'image ne se signifie pas elle-même comme objet du monde, mais s'appuie sur un premier niveau de signification, que l'on a appelé dénotatif, ou descriptif, ou référentiel, pour signifier autre chose à un deuxième niveau. Ce discours second, Roland Barthes l'a appelé " le discours de la connotation ", lorsqu'un signe plein devient le signifiant d'un deuxième signifié. Le signe iconique n'est pas le seul à entrer dans la composition de l'image, il faut aussi considérer la force sémiotique des signes plastiques, ainsi que leur interaction avec les signes linguistiques et le contexte institutionnel et communicationnel d'apparition du message visuel. Tout, dans l'image, chaque élément du message visuel, peut être connotatif, et ce processus n'est pas réservé au seul signe iconique. De plus, le mythe, selon Barthes, insiste sur l'aspect discursif et argumentatif de l'image, et le mythe, selon Lévi-Strauss, sur la dimension socioculturellement déterminée. Comme l'exprime Martine Joly, les choix d'interprétations sont complexes : " Ces choix, ces traductions, sont soumis à tout un faisceau de conditionnements d'ordre physique (la qualité organique de la sensation), psychique (la qualité physio-psychologique de la perception), culturel, socioculturel, historique, conjoncturel, permettant " la médiation entre le texte d'une part, et l'histoire et la société dont le texte procède, par le biais des pratiques où il est produit et interprété. Conditionnements si importants et cumulatifs qu'ils relativisent nécessairement la notion de dévoilement, comme celle d'obscurité ou encore de pertinence des interprétations11. "

De la complexité de l'interprétation de l'image fragmentée du carnet de voyage

Le carnet de voyage peut proposer une seule image aquarellée par page et leur suite est comme autant de tableaux qui se déroulent au fil des pages ; par ailleurs, l'image peut combiner différents points de vue, juxtaposés dans une même image aquarellée qui semble homogène à première vue. Le plus souvent, le carnet de voyage offre des images mosaïques, composées d'autres images, de nature et de fonction diverses, qui se mélangent afin de créer une composition globale (par exemple, dans le carnet Rajasthan dans les mains du soleil de Jean-Yves Simon). Cette composition peut aussi suggérer une lecture déambulatoire dans la page, du plan général au plan particulier, à travers des images de nature et de techniques artistiques variées, du dessin à l'aquarelle puis à la photographie, avec des zones de textes intégrées dans l'image (par exemple Irak, année zéro, de Bertrand de Miollis, Thomas Goisque et Arnaud de La Grange).

L'image du carnet de voyage est fabriquée d'instants croqués combinés, d'images collées, de style et de nature divers, de témoignages dessinés aux multiples fonctions telles qu'émouvoir, raconter et informer. Aussi, comment voir l'image avant même de la regarder ? Comment appréhender l'image dans sa globalité avant de penser à l'analyser et à l'interpréter ? C'est une problématique complexe de l'art contemporain qui ouvre sur différents niveaux de lecture, et qui a été mise en exergue par les collagistes, les dadaïstes et le Pop Art. Aussi l'interprétation de l'image est-elle complexifiée : se fait-elle à partir de sa perception globale ou à partir de sa perception analytique ?

La théorie de la Gestalt a tenté d'y répondre en expliquant la complexité de l'interprétation, puisque la perception ne peut se limiter à des fragments mais qu'elle est celle d'un tout, selon la formule de la psychologie de la forme : " Percevoir, c'est reconnaître une forme. " Cette théorie de la perception globale au détriment de la perception analytique s'est développée en Allemagne dans les années 1920 et 1930, à travers deux ouvrages portant le même titre, La Psychologie de la forme12, l'un de Wolgang Köhler (1887-1967) et l'autre de Paul Guillaume13 (1878-1962). En fait, les psychologues de la forme envisagent quatre lois de la perception que Fernande Saint-Martin, en 1988, analyse dans son essai, Sémiologie du langage visuel14 : " La loi de proximité veut que nous ayons tendance à percevoir les éléments les plus proches les uns des autres, même si ce critère n'est pas la principale raison de leur association apparente. La loi de ressemblance veut que nous ayons tendance à regrouper ensemble les éléments qui présentent des caractéristiques communes apparentes, même s'ils divergent par ailleurs. La loi de symétrie veut que les figures ayant un axe de symétrie soient perçues plus spontanément que les autres. La loi de clôture veut que nous ayons tendance à imaginer les figures qui nous semblent les plus proches d'une forme connue. Ce sont ces formes les plus logiques que l'on appelle les "bonnes formes.15" "

La représentation de l'Ailleurs dans l'image métissée du carnet de voyage

Afin de mieux appréhender la vision véhiculée par les carnets de voyages, qu'elle soit exotique, pittoresque ou authentique, il semblerait pertinent d'étudier des exemples tirés d'un corpus. Mais, au préalable, il convient de présenter plus précisément les différentes problématiques, liées à la représentation de l'Ailleurs de l'Autre dans le carnet de voyage. On peut en effet se poser de nombreuses questions : quelle vision du pays et de la culture y est transmise ? Le carnet de voyage apporte-t-il des éléments de connaissances, voire des informations sur le pays, ou valorise-t-il seulement une image esthétique et artistique sur l'ailleurs ? Est-il composé d'images didactiques, propres à faire appréhender la différence culturelle des lieux visités, ou renvoie-t-il aux émotions et aux ambiances liées au pays ? Le carnet de voyage est-il un reportage graphique ou un témoignage ethnographique ? En quoi le carnet de voyage est-il marqué par l'héritage de Delacroix (rendu ethnographique et transcription de la déambulation) ? En quoi le carnet de voyage emprunte-t-il à celui de Gauguin (réflexion ethnologique en référence aux mythes) ? La vision de l'ailleurs, proposée par le carnet de voyage, est-elle tournée vers l'information ou vers l'art ? Le carnet de voyage est-il un document ou une oeuvre artistique ? En quoi les images seraient-elles des visions projetées de l'artiste ?

Indiennes, temple de Tanjore
Extrait de Carnet d'Inde du Sud, 2008. (c) Pascale Argod

On peut également se demander si les images sont issues d'une vision partagée ou plutôt de " l'observation participante " et s'interroger encore sur d'autres variables : comment pourrait-on déterminer les caractéristiques de la vision partagée ou de l'observation participante à travers le rendu graphique et le point de vue de l'artiste ? Le reportage graphique rendrait-il compte d'une vision partagée ? Le témoignage ethnographique serait-il le résultat de l'observation participante ? Le carnet de voyage propose-t-il une " poétique du voyage " ? Le métissage de l'image participe-t-il d'une poétique du voyage ? Le métissage culturel issu de la rencontre de deux cultures, celle du carnettiste et celle de l'objet de la représentation, influence t-il le message interculturel ?

En somme, dégager les caractéristiques de l'image du carnet de voyage pourrait amener à élaborer une typologie sur le modèle de celle établie par Martine Joly. Dans Pour une rhétorique de la photo de presse16, celle-ci associe des fonctions à certains types de photographies : représenter, pour les photographies didactiques, surprendre, pour les photos d'amateur, faire signifier, pour les photographies de famille ou politiques médiatiques, donner envie pour les photos de publicité et, enfin, informer, pour les photos de presse". De nombreuses recherches ont été menées sur l'analyse de l'image, depuis l'iconologie fondée par Erwin Panofski17 sur L'Oeuvre d'art et ses significations, essais sur les arts visuels18, datant des années 1955-1960. Par exemple, une rhétorique de l'image nourrie de sémiologie, prônée par Pierre Fresnault-Deruelle dans ses publications successives19, de 1983 à 1993 : L'Image manipulée, Images fixes I ; Les Images prises au mot, Images fixes II ; L'Éloquence des images, Images fixes III . Il s'est notamment intéressé, dès 197220, au décryptage de la bande dessinée, dans un travail pionnier sur ce genre réactualisé depuis 2007, puis de l'affiche21 en 1997. Le musée critique de la Sorbonne, MUCRI, qu'il a créé, et le site web " Images Analyses " de l'université de Paris 1 offre un panel d'objets étudiés22, notamment avec un espace d'exemples d'analyse pour les jeunes23. Deux autres sites complètent l'apport historique : L'histoire par l'image24 et Décryptage.net25.

L'aspect fortement contemplatif, artistique, créatif et imaginaire des images de carnets de voyages, rend complexe l'analyse sémiologique : images collées et combinées de plusieurs images de fonctions et de types différents, interaction des relations iconique et plastique, contexte et contrat de communication Identifier les fonctions des images tendrait cependant à déterminer le genre du carnet de voyage, voire à apporter des éléments de vérification, des propositions de typologies26. Mais l'argument visuel est l'expression d'une opinion relative, tant au niveau de son expression que de son interprétation.

Couverture de l'ouvrage Sète, surprenant voyage, Elsie Herberstein, Cathie Beauvallet, Damien Chavanat.
(c) Jalan publications, 2004

Par ailleurs, la conception, autant que l'interprétation de l'image, mettent en évidence une confrontation de la représentation visuelle occidentale à un ailleurs étranger à nos codes culturels, aussi l'image peut-elle être objet de débat et source de choc culturel. Comme l'évoque Philippe Dubois, " Narcisse face à la source est comme le spectateur face au tableau : je suis Narcisse, je crois voir un autre dans le tableau, mais c'est moi. Tout regard sur un tableau est narcissique. "27 En tous cas, la citation du carnettiste Simon28, primé en 2007 et en 2009 par la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand29, définit avec acuité ce qu'est le carnet de voyage : " Art métis friand des différences culturelles, art pluriel mélange des genres, art de l'instant qui capte l'immuable dans le fugitif, le carnet de voyage signale le renouveau du plein air dans l'art contemporain et restaure le corps voyageur comme vecteur d'exploration de l'Ailleurs. "

(1) Voir l'Atelier Cultural Studies sur le thème " Christian Malaurie, pour une lecture anthropologique de l'image en SIC ", proposé aux étudiants doctorants en SIC de l'université de Bordeaux III le 6 avril 2009, organisé par Mme Hong-Mercier et l'équipe de recherche Imagines (MICA en 2010).

(2) Voir l'article " Interprétation ", in Dictionnaire mondial de l'image, Joly M., dir. Gervereau L., Nouveau monde éditions, 2006, p. 555-558.

(3) Titre du chapitre 2 de l'ouvrage L'image et les signes : approches sémiologique de l'image fixe, Joly M., Nathan,1994. p. 73.

(4) La production des signes, Ecco U., Livre de Poche, " Essais ",1992.

(5) Traité du Signe visuel : pour une rhétorique de l'image, Groupe Mu, Seuil, " La Couleur des Idées ",1992. Cette somme, traduite en une douzaine de langues, a été réalisée il y a vingt ans, afin de vérifier l'hypothèse d'une rhétorique générale applicable à tous les langages. Voir le colloque international intitulé " Le groupe Mu : 40 ans de recherche collective ", d'avril 2008, à Liège : http://filserver.arthist.lu.se/kultsem/ais/sem-cfp/c0804mu.html

(6) Titre du chapitre 2 de l'ouvrage L'image et les signes : approches sémiologique de l'image fixe, Joly M., Nathan, 1994, p. 73.

(7) Ibid, p.124-126.

(8) Pour approfondir, voir les ouvrages : Couleurs : pigments et teintures dans les mains des peuples, Varichon A., Seuil, 2000 ; Dictionnaire des couleurs de notre temps, Pastoureau M., Bonneton C., Seuil, " Images et symboles ", 1999 ; Histoire d'une couleur, Pastoureau M., Seuil, " Images et symboles ", 2000.

(9) Voir un projet pluridisciplinaire " Autour des couleurs du monde ", regroupant les disciplines arts appliqués, anthropologie et géographie, décrit dans le chapitre 2 " Ethnologie et design : de l'authenticité à la compréhension du monde ", in Carnets de voyage : du livre d'artiste au journal de bord en ligne, Argod P., SCÉRÉN-CRDP d'Auvergne, 2005, p.155-171, fiche pédagogique intitulée " Voyage en couleurs dans le monde ", p.166.

(10) Titre du chapitre 2 de l'ouvrage L'image et les signes : approches sémiologique de l'image fixe, Joly M., Nathan,1994, p.133.

(11) Voir l'article " Interprétation ", Joly M., in Dictionnaire mondial de l'image, dir. Gervereau L., Nouveau monde éditions, 2006, p. 555.

(12) Psychologie de la forme : introduction à de nouveaux concepts en psychologie, Köhler W., édition de Jean-Maurice Monnoyer, traduction de l'anglais Bricianer S., Gallimard, " Folio Essais ", n° 363, 2000.

(13) Psychologie de la forme, Guillaume P., Flammarion, " Nouvelle bibliothèque scientifique ",1966.

(14) La théorie de la gestalt et l'art visuel : essai sur les fondements de la sémiotique visuelle, Saint-Martin F., Presses universitaires du Québec, 2005.

(15) Ibid.

(16) L'image et les signes : approches sémiologique de l'image fixe, Joly M., Nathan,1994, p.149-178.

(17) Ibid.

(18) L'oeuvre d'art et ses significations, essais sur les arts visuels, Panowski E., Gallimard, (1969), 2002 ; " Qu'est-ce que l'iconologie ? ", in Sciences Humaines, hors-série, " Le monde de l'image ", Troger V., n° 43, déc. 2003-janv. fév. 2004.

(19) L'image manipulée : Images fixes I, Fresnault-Deruelle P., éd. Edilig, 1983 ; Les images prises au mot, Images fixes II, Fresnault-Deruelle P., éd. Edilig, 1989 ; L'éloquence des images, Images fixes III, Fresnault-Deruelle P., PUF, 1993.

(20) La bande dessinée, essai d'analyse sémiotique, Fresnault-Deruelle P., Hachette, 1972 ; Dessins et bulles, Fresnault-Deruelle P., Bordas,1972 ; Récits et discours par la bande, Fresnault-Deruelle P., Hachette, " Essais ",1977 ; La chambre à bulles, Fresnault-Deruelle P., UGE 10 /18, " Cause commune ", 1977.

(21) L'image placardée : pragmatique et rhétorique de l'affiche, Frenault-Deruelle P., Nathan,1997.

(22) ImagesAnalyses, site web multimédia interactif : une production du Centre de Recherche Images et Cognitions et du Master 2 Multimédia Interactif de l'Université Paris 1 Panthéon-Sorbonne, sous la direction scientifique de Bernard Darras, Christophe Genin, Pierre Fresnault Deruelle, Françoise Julien-Casanova, Jan Baetens : http://imagesanalyses.univ-paris1.fr/

(23) Espace jeunes du site ImagesAnalyse, université de Paris 1 Panthéon-Sorbonne : http://imagesanalyses.univ-paris1.fr/espacejeunes.html

(24) Réalisé par la Réunion des musées nationaux : http://www.histoire-image.org/

(25) Réalisé par Laurent Gervereau, auteur du Dictionnaire mondial des images :http://www.decryptimages.net/

(26) Voir la thèse de Doctorat en SIC intitulée Le carnet de voyage : approches historique et sémiologique, Argod P., dir. M. Le Professeur Lancien, Bordeaux III, déc. 2009 (790 pages, 800 titres de corpus, 40 pages de bibliographie).

(27) L'acte photographique et autres essais, Dubois P., Nathan, " Fac cinéma et image ",1990.

(28) Peintre et écrivain, auteur de six carnets de voyage dont Sahara, marche avec moi. Simon, Lakhdar Khellaoui, éd. Alternatives, 2009, et Dans les mains du soleil : carnet de voyage amoureux au Rajasthan, Simon. éd. Alternatives, 2007 : http://www.simon-artiste-peintre.com/

(29) 11e édition en 2010 autour de trois thèmes : l'Asie, carnets de montagne et voyages en cargo : http://www.biennale-carnetdevoyage.com/

Argos, n°46, page 72 (06/2010)
Argos - Le carnet de voyage au regard de la sémiologie de l'image