Dossier : Lire avec les nouvelles technologies / 3. Vers de nouveaux usages

Lire le petit poucet avec un TNI en lettres

Yaël Boublil, professeure certifiée de lettres modernes, collège Jean-Baptiste Clément (Paris 20e) - formatrice DAFOR - coordonnatrice du GIPTIC de Lettres de Paris.

L'introduction dans les classes du tableau numérique interactif n'est pas sans poser quelques problèmes mais reste un outil pédagogique intéressant.

Le cadre de la séance

Le dispositif mobile utilisé au collège Pierre Mendès-France est composé d'un tableau numérique interactif Interwrite 1 sur un pied mobile et d'un chariot fermant à clé, comprenant une unité centrale, un clavier, une souris, un vidéoprojecteur et la connectique nécessaire.

Ce dispositif - qui circule beaucoup sur tout l'étage - doit être rebranché partiellement à chaque utilisation. Des adhésifs noirs ont été placés sur le sol pour repérer les placements respectifs du chariot et faciliter l'installation.

Ò Tableau numérique Interwrite (accord de reproduction donné par la société Interwrite)

Avantages et inconvénients du dispositif choisi par l'établissement

La taille du tableau permet une bonne visualisation pour l'ensemble des élèves. Il est placé devant la table d'expérimentation de l'enseignant ; en effet, avec les roulettes il n'est pas possible de le glisser entre cette table et le tableau noir - du moins s'il on veut laisser à l'enseignant la possibilité de se placer devant !

Si ce dispositif mobile assure d'une utilisation par un plus grand nombre de collègues, il est moins agréable qu'une installation fixe. Le placement du vidéoprojecteur au-dessus du chariot peut, en effet, éblouir les élèves lorsqu'ils passent au tableau et oblige à gérer sa position pour éviter les zones d'ombre. De plus, le moindre déplacement du chariot ou du tableau oblige à recalibrer le tableau. Mieux vaut cependant un dispositif imparfait que pas de dispositif du tout !

La classe et l'outil informatique

La classe de 6e dont je suis le professeur principal est une classe très hétérogène de vingt trois élèves, dans un établissement parisien du XXe arrondissement classé ZEP.

Les résultats aux évaluations d'entrée de 6e varient de 19 à 97 %, avec neuf élèves en-dessous de 50 % de réussite et quatorze au-dessus. La grande hétérogénéité du groupe rend la création des séances de travail assez difficile.

Ces élèves utilisent une heure par semaine, en demi-groupe, la salle informatique pour différents types de travaux : visite de sites Internet, apprentissage des méthodes de recherche documentaire, réalisation de documents Word et PowerPoint... Ils disposent d'un site 2 tenu par le professeur, qui leur permet d'accéder à un cahier de textes en ligne, aux cours manqués ainsi qu'à des exercices interactifs d'entraînement.

Les élèves avaient, depuis le mois de janvier, utilisé le TNI pour trois séances. Il s'agissait donc d'une pratique encore relativement nouvelle pour eux, même s'ils étaient tous passés au TBI au moins une fois. Ils avaient déjà vu la mise en marche du tableau, son calibrage et son extinction, ainsi que l'utilisation des fonctions d'annotation et de reconnaissance d'écriture.

Place de la séance dans la progression annuelle

Cette séance a eu lieu la dernière semaine de janvier. Il s'agissait de la séance introductive d'une première séquence sur le conte. Les élèves avaient commencé l'année par une séquence sur le texte documentaire et une séquence sur la poésie. Ils venaient de terminer celle sur la fable avec la correction d'une fiche de lecture sur le roman La grammaire est une chanson douce, que nous avions effectuée en utilisant le TNI.

Le conte étant un genre particulièrement exploité en primaire, son étude aurait pu être problématique dans cette classe hétérogène, en donnant aux très bons élèves un sentiment de rabâchage inutile.

Cette séance avait plusieurs objectifs 3 concernant tant les programmes de français que celui du socle commun :

  • pour la lecture, il s'agissait d'étudier un conte du patrimoine, de comprendre la cohérence propre d'un récit et d'en découvrir les structures fondamentales ;
  • pour l'écriture, il s'agissait de produire des écrits lisibles pour soi et pour les autres et, en particulier, de rédiger ce que l'on retient d'une écoute ;
  • pour l'oral, on cherchait à faire faire un compte-rendu d'une lecture antérieure et à entraîner à la narration à partir d'un document sonore ;
  • pour la maîtrise de la langue, on visait à enrichir son vocabulaire, en particulier en sachant utiliser de façon optimale un dictionnaire ;
  • pour la maîtrise des TIC, on cherchait à montrer aux élèves les bonnes démarches pour l'utilisation d'un poste informatique, en particulier concernant l'utilisation d'un dictionnaire électronique.

Déroulé de la séance

Première étape : l'installation

Je me rends dans la salle où ma collègue de SVT vient d'utiliser le TNI. Elle me confie les clés du chariot. Elle a bien rangé le matériel, me facilitant grandement l'installation. J'ouvre le chariot avec les clés, je le place, ainsi que le tableau, sur les marques au sol correspondantes. Je branche toute l'installation, je glisse les stylos interactifs dans le chargeur du tableau. Exceptionnellement pour cette activité, j'ai emprunté des haut-parleurs. Je lance ensuite le logiciel Interwrite et calibre le tableau.

Par sécurité, il est préférable, quel que soit le matériel informatique utilisé, de vérifier qu'il fonctionne avant le début de la séance, d'où ces instants précieux avant le début des cours ou au moment des récréations.

Dans la même perspective, je réserve de préférence la salle lorsque j'ai deux heures de suite, pour éviter de finir précipitamment en cas de problème matériel imprévu.

Au début, les élèves sont particulièrement attirés par l'utilisation du TNI (comme de la salle informatique, d'ailleurs). C'est un effet de nouveauté qui disparaît assez rapidement mais qui génère souvent un rejet de la salle de cours traditionnelle.

La gestion des élèves face à l'outil informatique est toujours très délicate, en particulier en ZEP. La fascination de l'écran et l'excitation que provoquent ces activités entraînent une gestion nécessairement plus rigoureuse du groupe-classe. Cependant, l'utilisation de l'outil par les élèves les plus démotivés est souvent un bon moyen de les ramener vers les apprentissages, en les mettant dans des situations de valorisation.

Deuxième étape : mobiliser sa mémoire

J'invite les élèves à me dire s'ils connaissent l'histoire du Petit Poucet. Seuls quatre élèves affirment n'en avoir jamais entendu parler. N. est chargée de raconter l'histoire. J'interromps son récit en plaçant le logiciel en mode tableau blanc et en ouvrant un paperboard 4. J'envoie A. prendre en note au TNI ce qu'elle dit. Une autre élève, E., intervient pour contredire certains aspects du récit : le nombre de frères est en débat - deux, trois ou sept. Peu à peu, la classe élabore un récit avec des variantes - plus proches de la version Hansel et Gretel. Certains élèves placent les miettes de pain avant les cailloux, d'autres parlent d'une sorcière plutôt que d'un ogre... Tous oublient le meurtre des filles de l'ogre.

A. tente de noter tout ce qui se dit mais, épuisé, il finit par me solliciter. Je l'aide alors à réorganiser ses notes en déplaçant certains mots sur l'espace de la page.

Nous arrivons finalement, en écoutant les suggestions des autres élèves, à une page de synthèse sous forme d'une frise chronologique avec les variantes écrites dans d'autres couleurs, qu'A. enregistre.

Il paraît essentiel, en début de séquence en particulier, de mobiliser les acquis des élèves. Ici le récit oral, finalement assez rarement pratiqué en classe, est l'occasion d'expérimenter avec les élèves la narration in vivo.

Le TNI permettra, par le système de conservation des paperboards, d'établir une mémoire de la séance, qui pourra être rappelée à tout moment de la séquence.

Par rapport à l'objectif d'améliorer la prise de note, les fonctions spécifiques du TNI ont permis à A. de garder à l'écran les éléments qu'il avait notés et de les rendre plus lisibles, en particulier en les agrandissant et en les déplaçant les uns par rapport aux autres. Sa trace écrite a ainsi été valorisée.

Troisième étape : développer sa compréhension orale

Je propose à la classe d'écouter la version de Charles Perrault, disponible gratuitement sur le site http://clpav.fr/lecture-poucet.htm.

Une élève S. passe alors le logiciel en mode Interactif et ouvre Internet Explorer par un double clic sur l'icône située sur le bureau de l'ordinateur.

L'élève V. va au clavier et entre l'adresse URL du site que je lui dicte. Je demande à S. de rester en haut de la page et de ne pas montrer le texte.

S. clique alors sur le fichier MP3 qui se met en marche. Le son étant assourdissant, elle interrompt la diffusion, règle le volume en utilisant l'icône correspondante de la barre de tâche en suivant mes instructions. Je donne ensuite la consigne d'écouter attentivement le texte pour connaître la vraie version.

Par sécurité, j'avais téléchargé préalablement ce fichier audio libre de droits 5 sur une clé USB, au cas où la connexion internet n'aurait pas été active.

D'un point de vue méthodologique, le fait de détailler en commun les actions à mener pour ouvrir un fichier-son permet de montrer aux élèves les bonnes pratiques sur poste informatique.

Une minute à peine après le début de la diffusion, M. lève le doigt frénétiquement et interrompt l'activité d'écoute en manifestant bruyamment son incompréhension. C'est le mot " besogne " qui lui pose particulièrement problème. Je lui propose de le chercher dans un dictionnaire en ligne. Je demande à J. d'aller chercher dans les favoris d'Internet Explorer le site Lexilogos 6 que nous avons déjà utilisé en salle informatique, mais le " beuzonieu " dicté par M. ne donne rien. Les élèves sont sidérés par l'absence de réponse et tentent de l'expliquer par une coupure de réseau. N. suggère que ce mot ne doit pas s'écrire ainsi. Les propositions orthographiques alternatives fusent - y compris la forme correcte du mot - mais je décide de l'intérêt méthodologique de différer la réponse et leur demande comment ils chercheraient l'orthographe d'un mot qu'ils ne connaissent pas. Plusieurs élèves suggèrent d'utiliser le dictionnaire. Je leur propose alors de découvrir un outil très utile dans ce cas. Je choisis alors dans les favoris le site du TLFI et leur montre l'utilisation du correcteur d'erreurs.

Rassurée par la recherche effectuée, la classe consent à écouter le texte jusqu'au bout. Je donne alors comme consigne de noter sur une feuille un résumé de l'histoire telle qu'ils l'ont comprise.

L'utilisation du TNI dure rarement les cinquante-cinq minutes du cours. Il convient de ne pas laisser les élèves uniquement face à l'écran mais de varier les activités au cours de la séance.

En prévision de la sonnerie toute proche, j'indique aux élèves de noter de préparer la biographie de Charles Perrault selon le modèle habituel, disponible sur le site du professeur, dont je redonne l'adresse URL 7.

Ce travail de biographie peut aisément se faire sans ressources informatiques. Pour des raisons évidentes d'équipement, je donne d'ailleurs rarement du travail à faire à la maison sur poste informatique. Cependant dans cette classe, seules deux élèves n'avaient pas accès à Internet à la maison. Nous avons donc convenu avec la documentaliste d'une priorité pour ces deux élèves pour accéder aux postes informatiques du CDI pendant les heures de permanence. Les deux élèves ont été particulièrement assidues à ces heures de priorité et le système a plutôt bien fonctionné.

La collègue d'Anglais, qui entre dans la salle avec ses élèves, trouve, à son grand soulagement, le matériel prêt à fonctionner. Je lui remets les clés et rejoins ma classe suivante.

(1) Le matériel peut être vu sur le site du constructeur : http://www.interwritelearning.fr

(2) http://yael.boublil.free.fr

(3) Ces objectifs sont à mettre en relation avec les programmes de français de 6e de 2002, toujours en ligne sur Eduscol.

(4) Le TNI permet de créer une page blanche (appelée paperboard) qui pourra être conservée et réaffichée si nécessaire.

(5) Notre position d'éducateur doit nous rendre très vigilant en classe à n'utiliser que des ressources libres de droit et à rappeler constamment ce fait aux élèves.

(6) http://www.lexilogos.com/francais_langue_dictionnaires.htm

(7) http://yael.boublil.free.fr/fiche_biographie_auteur.htm

Argos, n°44, page 54 (12/2008)
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