Dossier : Lire avec les nouvelles technologies / 2. Des dispositifs d'ampleur

Courrier international sur eTwinning

Ulrike Legionnet, chargée d'animation pédagogique, correspondante académique eTwinning

eTwinning est un programme de la Commission européenne destiné à permettre à tout établissement scolaire en Europe de mener à bien un projet international en mettant à profit les technologies de l'information et de la communication.

Qu'est-ce qu'eTwinning ?

Le dispositif repose pour l'essentiel sur un portail Internet qui comporte toutes les fonctionnalités requises, mais aussi sur un accompagnement de proximité dont le porteur, en France, est le réseau CNDP-CRDP.

Après une première période de trois ans, la Commission a, début 2008, confirmé et consolidé cette action en la prolongeant jusqu'en 2012, et l'a inscrite dans son programme " Éducation et formation tout au long de la vie. "

Le programme eTwinning a donc largement fait ses preuves et fournit une contribution appréciée et reconnue au système éducatif de chaque pays participant. Les projets eTwinning sont réputés construire des situations d'apprentissage pour les élèves, bien sûr, mais aussi pour les enseignants. La pédagogie du projet tout autant que le travail en équipe et, a fortiori, en équipe à distance, constitue pour nos professeurs un terrain encore largement à explorer, et la confrontation amicale avec d'autres pratiques, d'autres traditions, d'autres formalismes est à même d'enrichir considérablement la réflexion sur son propre travail. C'est là une première leçon de toute démarche interculturelle : le face-à-face avec l'autre nous fait mieux nous connaître nous-mêmes.

" Faire connaissance en réalisant quelque chose ensemble " pourrait être la devise de ce programme. En effet, le portail est modélisé pour favoriser au mieux une démarche de projet. Projet thématique et projet international, le contenu autant que le processus d'élaboration de ce contenu, en constante interaction avec le partenaire, devient objet d'expérience et d'apprentissage. L'écriture prend des formes variées dans un tel environnement, mais d'ores et déjà on peut affirmer que tout artifice est absent de ce scénario - les rédacteurs sont sollicités dans leur authenticité et leur motivation s'en trouve considérablement accrue !

Le portail

Sur le plan pratique, le portail répond à un réel besoin ; il permet en effet à chaque école, à chaque établissement scolaire, à chaque classe, de conduire un projet international avec un ou plusieurs partenaire(s) européen(s), la seule condition étant la possibilité technique - toujours mieux assurée au fil des phases progressives d'équipement - de produire des documents numériques et d'accéder, au moins à intervalles réguliers, au portail Internet du dispositif.

Ce portail (www.etwinning.net) est construit en trois parties : la première, ouverte entièrement au public, comporte un vaste volet d'information et de méthodologie et donne à l'explorateur de nombreuses pistes et exemples, allant même jusqu'aux kits quasi clé en main.

Une inscription, gratuite et dépourvue de toute formalité pesante, donne accès aux outils et, en premier lieu - c'est là la deuxième partie du portail - à celui de recherche de partenaires. Le candidat au partenariat peut ainsi interroger la base actuelle des 40 386 établissements inscrits, et contacter par messagerie ou par chat les collègues avec lesquels un partenariat semble intéressant - ou être contacté par eux. Lors de cette prise de contact, les enseignants négocient entre eux les grandes lignes du projet et conviennent d'un calendrier. Quand un projet se dessine, ils signifient leur volonté de coopération en cliquant sur l'icône " partenariat " et ont ensuite accès au troisième volet du portail : un espace collaboratif de travail est ouvert pour leur projet et comporte toutes les fonctionnalités pour un travail constructif et efficace. Tout le projet d'échange peut ainsi être mené au moyen de ce portail - il y en a actuellement 3 902 en cours !

Projets virtuels, bien réels

Le pari de mener des partenariats internationaux sans viser une rencontre " physique " ne va pas de soi et ne suscite pas toujours une adhésion immédiate. Les voyages scolaires sont une grande et belle tradition, voyager aussi s'apprend et nombreux sont les enseignants qui consacrent beaucoup de temps et d'efforts pour rendre possible cette aventure à leurs élèves. eTwinning n'exclut évidemment pas une rencontre " physique " - pour la différencier d'une rencontre " virtuelle " -, mais le programme ne subventionne pas ces déplacements. Il offre autre chose, qui peut soit être complémentaire soit trouver sa raison d'être et son intérêt en-lui-même. On peut aller jusqu'à considérer une rencontre-voyage comme une facilité, tandis que donner vie et chair à une rencontre " virtuelle " demande de l'invention et de la méthode. Les partenariats gérés par eTwinning sont très réels, bien qu'évidemment médiatisés : la rencontre entre les participants se fait au travers de productions numériques, l'écriture - au sens large, car tous les langages sont impliqués - en est le canal principal. Rendre performante cette production devient un objectif incontournable, clairement perçu par les élèves.

Ecrire pour communiquer

" L'échange n'est pas une situation banale, ne la banalisons pas " : c'est le titre quelque peu programmatique que Micheline Maurice a donné à sa communication, en octobre 2004 à Lisbonne, lors du congrès des professeurs de français.

On peut en trouver le texte sur le site très précieux qu'elle a créé, en complément du " Carnet de route pour élaborer un projet ", dont elle est également l'auteure et que le bureau national français d'eTwinning a la bonne idée de faire parvenir à tout inscrit sur son territoire. Micheline Maurice, tout au long de ses activités de recherche-action menées au CIEP, a élaboré et formulé une conception riche et généreuse des échanges interculturels, qui fournit une matrice fertile à la vision d'un projet d'échange, amenant l'enseignant, en situation d'expérimentation et d'autoformation, à se poser les bonnes questions. Le site apporte aussi des pistes utiles et de nombreux exemples concrets (www.crdp.ac-versailles.fr/carnetderoute).

Dans l'article cité, Micheline Maurice trace le panorama des productions finales envisageables, mais elle attire surtout l'attention sur ce qui fait la particularité d'une situation d'échange, à savoir le processus d'intersubjectivité qui signifie " une relation entre sujets singuliers, un processus d'ouverture à l'autre et, par la suite, la potentialité d'une construction de compétences de communication interculturelle. " Cet aspect du projet eTwinning est l'apport le plus significatif mais peut-être aussi le plus fragile, celui en tout cas où la technicité du " savoir écrire " n'est pas tout et où l'écriture se doit d'être vivante et inventive, doit se construire en un dialogue authentique, même s'il existe bien sûr des savoir-faire et, surtout, des savoir-être qui sont transmissibles. La technologie la plus actuelle remet ainsi à l'honneur une faculté fort ancienne de l'écriture, celle de créer de la proximité, de tisser des liens sensibles capables d'abolir la distance. La qualité de l'échange se manifeste par la qualité de l'écrit.

" Je m'appelle Casimir, j'ai treize ans. J'habite à Toulouse. J'ai un chien et un chat et j'aime jouer au foot. " Voilà, certes un peu parodié, ce que peut donner une " correspondance scolaire " quand on s'en remet à la seule spontanéité des élèves. Cela s'épuise très vite, les missives ne sont pas plus intéressantes à recevoir qu'à écrire. Ce n'est pas pour cela qu'il a été utile d'investir dans un portail Internet. La présentation des participants est évidemment indispensable, mais elle doit prendre des formes plus vivantes pour être porteuse d'avenir.

Micheline Maurice propose des scénarios d'écriture créative, " une image, une poignée de mots " par exemple, ou alors " la capsule du temps ", une écriture où l'image tient une grande place. Pas tant la photo d'identité qu'une image créée ou trouvée, qui reflète les sentiments, les espoirs ou les inquiétudes de celui qui l'a choisie et qui la soumet à la lecture de l'autre. Les écrits trop lisses, trop standardisés ne sont pas propices à la rencontre.

Dans un échange international, chaque sujet devient aussi le ressortissant d'une culture. On dit bien aux élèves, quand on prépare un voyage scolaire, qu'ils deviennent les " ambassadeurs de leur pays ", ne serait-ce que pour obtenir un comportement adéquat. Dans un échange numérique, les traces de ces particularités, ces aspérités qui nourrissent l'intérêt devront être recherchées et on ne devra surtout pas essayer de les gommer. C'est l'étonnement suscité qui interpelle, qui permet la prise de conscience, la réflexion. Étonner malgré soi n'est pas une chose qu'on aime faire, et l'altérité n'est pas toujours facile à vivre. L'enseignant est sollicité pour aider ses élèves à aborder cette aventure. Le fréquent réflexe autodéfensif qui incite à penser " ils sont fous, ces Romains " ne témoigne pas d'une grande ouverture d'esprit - or, dans une situation d'échange, on est justement le Romain de l'autre !

Le scénario " l'image de l'autre ", proposé sur le site du même nom (http://www.espnet.eu/image/indexFR.html), peut en lui-même constituer un projet. Les étapes bien balisées et les champs lexicaux circonscrits en font une entrée en matière rassurante et, à juste titre, appréciée surtout par les enseignants de langue vivantes. Il consiste à construire volontairement et progressivement " l'image de l'autre " pour mieux le comprendre, tout en fournissant à l'autre la possibilité de faire de même, processus qui peut être géré par les outils du portail eTwinning.

Dans d'autres projets, plus thématiques ceux-là, la présentation respective des groupes sera faite au début et, si possible, sous une forme créative. Cela n'exclut pas, bien au contraire, que le processus de travail en commun apporte son lot de surprises et de prises de conscience. Observer, par exemple, sur une photo de classe reçue par le partenaire, qu'un correspondant porte une casquette, détail qui échappera peut-être à l'enseignant mais pas aux élèves, peut aboutir à une discussion des règlements intérieurs respectifs, donner l'occasion d'avoir un échange sur les droits et devoirs des jeunes, de relier le particulier à l'universel.

Outils divers pour différents types d'écriture

Les petites traces informelles d'observations, d'interrogations, d'interpellations ont leur outil dans l'interface créée par eTwinning : le tableau d'affichage. Pour des fils de discussions plus construits, il y a aussi la forme du forum : il en existe un pour l'espace collaboratif de chaque projet, mais on peut également en créer selon les besoins des groupes et les phases du travail. Une écriture rapide, concise, s'adressant directement aux interlocuteurs sans formalité mais sans agressivité non plus, voilà bien un autre type d'écriture méritant d'être entraîné dans l'environnement technologique qui est de plus en plus le nôtre.

Cela n'empêche pas que certains sujets peuvent donner lieu à des échanges plus approfondis, des textes plus élaborés, des enquêtes peuvent être menées visant à l'élaboration de questionnaires, par exemple. Un projet peut ainsi, de fil en aiguille, se déployer et s'habiller d'écrits, textuels mais aussi multimédia, variés.

Internet a donné des outils pour allier souplesse, actualité et communicabilité : ce sont les blogs et, dans une certaine mesure, les webmagazines. Le portail eTwinning, dans son état actuel, ne les comporte pas, et assez nombreux sont les partenariats qui, après s'être trouvés par le truchement de l'outil de recherche de partenaire, émigrent vers d'autres espaces. Il y a des blogs implantés sur des serveurs, celui d'un lycée par exemple, auxquels une production scolaire peut être confiée sans hésitation. Le portail eTwinning a cependant le grand avantage de proposer un espace entièrement sécurisé et mis à disposition par le service public de manière durable. Tant que les documents n'ont pas été rendus publics - par un clic conscient et délibéré - leur consultation reste strictement réservée aux partenaires qui les ont produits. C'est une sécurité, pour les photos d'élèves entre autres, qui est appréciable.

À côté des blogs, il y a la forme un peu plus structurée du webmagazine, qui peut fournir un cadre de publication souple et néanmoins articulé. Pour les partenariats eTwinnnig, il existe la possibilité de s'implanter sur MagazineFactory, un outil développé par le système éducatif finlandais. Il modélise le fonctionnement d'un comité de rédaction, les différents contributeurs soumettent leurs articles au rédacteur en chef qui les valide ou en demande une réécriture. Une fois acceptés, les écrits sont agencés selon différentes rubriques, la lecture à l'écran est commode et le journal se " feuillette " aisément. L'univers journalistique qui a prêté sa forme à cet environnement numérique est relativement connu des élèves, qui ont eu l'occasion de se familiariser avec lui lors des semaines de la presse. Il admet des contributions à différents niveaux d'élaboration et d'approfondissement, ce qui en fait un support dynamique et confortable pour un partenariat international. La publication se construit en flux continu et prend la dimension que les partenaires ont le temps et l'invention de lui donner.

" The young European - Le jeune européen - Der junge Europäer - Il giovane europeo - O jovem Europeu - Den unge europaeer " est un projet de ce type, mené dans un lycée de l'académie de Créteil ; il réunit six pays et six langues, avec une thématique qui laisse place aux initiatives particulières. Les contributions s'attachent surtout à des questions de santé (www.2.edu.fi/magazinefactory/magazines/OrdrupGymnasium).

Un espace de travail orienté " projet "

L'espace de travail d'eTwinning n'est pas conçu pour une publication immédiate, c'est un espace d'élaboration qui ne préjuge d'aucune forme de production finale. Quand un tel espace vient d'être ouvert, il se présente un peu comme un loft sans cloisons ou comme un placard sans étagères ni casiers. Les " administrateurs ", les enseignants porteurs du projet la plupart du temps, vont s'installer dans cet espace en créant les subdivisions nécessaires pour organiser le travail. Un système de gestion de droits permet de limiter l'accès à telle ou telle unité ainsi créée ; une " salle des professeurs " virtuelle, par exemple, peut accueillir tous les documents de planification que les enseignants élaborent pour une meilleure coopération, les brouillons et ébauches qui étayent le projet sans être utilement consultés par tous les participants. On peut de même responsabiliser les élèves en leur confiant des unités spécifiques par thématique, pour des groupes de travail, par exemple, ou par binôme (trinôme, X-nôme) binational (trinational, x-national).

Cet espace, avec ses subdivisions, sert ensuite de lieu de dépôt des contributions. Contributions de toute sorte, textuelles, iconographiques, sonores ou multimédias, mais toujours numériques. Autant dire que la gamme des productions possibles est étendue !

Dans la rubrique " Inspiration ", le portail eTwinning donne de nombreuses pistes pour ces projets, des scénarios et des comptes-rendus.

Un scénario aux multiples ramifications

Le portail propose donc des " kits ", pistes pédagogiques élaborées pour permettre aux enseignants une rapide entrée en matière et éventuellement une base de discussion avec un partenaire potentiel. Nous examinerons ici la piste consacrée au roman policier, un genre apprécié des 15-19 ans auxquels ce scénario est destiné. Ce genre littéraire est répandu et reconnu dans tous les pays européens, avec cependant des personnages clé - les détectives notamment - " nationaux " et un contexte socioculturel qui ne manque pas de traits spécifiques révélateurs.

Dans le domaine " lettres/langues ", l'argumentaire du kit est le suivant : " Plus-value pédagogique : la plupart de ces romans et films policiers sont traduits dans toutes les langues et accessibles dans tous les pays. Ce thème plein de suspense permet aux élèves de découvrir de nombreux aspects psychologiques et sociaux et de devenir eux-mêmes de véritables détectives. "

Plusieurs exercices de composition peuvent venir enrichir cette expérience et donner lieu à des suites possibles. On peut, par exemple, amener les élèves à comparer un livre et son (ses) adaptation(s) cinématographique(s). Et bien évidemment, la piste de l'écriture croisée d'un roman policier est expressément préconisée.

Il serait cependant un peu risqué de viser d'emblée une production aussi ambitieuse qui a comme pré-requis une entente et une complicité entre les deux classes, ce dont on ne peut préjuger. Il y a de nombreuses productions envisageables en amont. Le scénario mentionne :

  • une présentation PowerPoint comparant les deux détectives ;
  • une série de fichiers partagés pouvant inclure des notes bibliographiques sur les auteurs ;
  • une liste d'idées de rédactions ainsi que les histoires écrites par les élèves ;
  • des présentations PowerPoint reprenant le travail de rédaction des élèves ;
  • des sondages, des quiz et des questionnaires sur les détectives.

Dans une approche interdisciplinaire, on peut recourir à une écriture multimédia, avec cette consigne : " Invitez les deux détectives à une émission télévisée et faites-les parler de leurs aventures et expériences concernant les victimes, les meurtriers et leurs méthodes pour résoudre une énigme. Faites des vidéos et échangez-les ! "

Enfin, le scénario indique un grand nombre de liens Internet, pointant des pages anglophones cependant. On peut les compléter par un dossier francophone sur le site du CRDP de Strasbourg.

Sur le portail, ce scénario est publié en vingt deux langues...

Un projet de deux mois  : " small and beautiful "

Un bon point de départ pour un projet interculturel peut être fourni par une similitude de situation des partenaires, similitude de situation géographique, de problématique sociologique, de conditions économiques. L'outil de recherche de partenaire d'eTwinning en tient d'ailleurs compte dans une certaine mesure, puisqu'il admet parmi les critères de recherche celui de " situation géographique " qui permet de choisir entre " région urbaine, montagne, côte... "

C'est une similitude dans le domaine du patrimoine, par exemple, qui a nourri le projet entre le lycée François Ier de Fontainebleau et celui du Gymnasium Alois Jiráska de Litomyšl, en République tchèque, les deux villes étant chacune le siège d'un château Renaissance classé au patrimoine mondial de l'UNESCO.

Ce n'est cependant pas l'outil de recherche qui a fait se " trouver " les deux enseignantes, mais bien une rencontre en " présentiel ", la collègue française ayant effectué un stage Comenius dans le lycée tchèque. Le thème du projet s'est en quelque sorte imposé, la rencontre entre les deux disciplines était également d'une complémentarité exemplaire : l'enseignante tchèque voulait donner à ses élèves l'occasion de pratiquer leur français, l'enseignante française est professeur d'histoire/géographie et a justement au programme de seconde l'époque de la Renaissance en Europe. Elle a apporté au projet un questionnement issu de sa discipline dont sa collègue professeure de langue vivante s'est inspirée volontiers. L'expression des élèves apprenant le français est évidemment plus simple que celle des élèves français rédigeant dans leur langue, mais les sujets traités, les questions abordées l'ont été dans un souci de symétrie.

La seule ombre au tableau était le peu de temps qui a pu finalement être mis à profit pour le projet, deux mois en tout et pour tout. C'est peu pour une thématique aussi riche, mais la contrainte d'efficacité a révélé son utilité, les élèves ayant bien compris l'enjeu.

Les partenaires ont rendu public une partie de leur espace de travail que l'on peut donc visiter (http://my.twinspace.etwinning.net/chateaux) ; ces pages ont également enrichi les sites des lycées François Ier et Alois Jiráska (www.glit.cz)

Il s'agit de la présentation des deux châteaux mettant particulièrement en relief les traits caractéristiques de leur époque. Le sujet posé de cette façon ne permet pas de se contenter d'un simple texte de " communication " proche du dépliant touristique. La recherche d'information a été menée sur Internet, bien sûr, avec le danger du copier/coller qui lui est inhérent. Une reformulation " avec ses propres mots " des informations trouvées était une première exigence, l'enrichissement et la précision des contenus l'a suivie de près, car il est vite apparu que les détails les plus significatifs, les documents les plus pertinents se trouvaient dans les publications imprimées, faciles à trouver au CDI du lycée et à la bibliothèque municipale.

Le temps étant limité, la deuxième phase du projet n'a pas pu être menée à terme, c'est dommage, mais une bonne dose de réalisme est indispensable dans la démarche de projet. On pourrait presque dire qu'on reconnaît un bon projet à l'envie qu'il laisse d'aller plus loin la prochaine fois... Cette phase d'approfondissement aurait pu consister en une comparaison des deux châteaux, qui relèvent bien de la même époque et de la même volonté architecturale tout en présentant des réalisations bien différentes. Au-delà de ce qui est directement observable, ce travail aurait sans doute permis de dégager des traits plus généraux et de s'approcher d'une typologie plus abstraite du style de l'époque. Les élèves ont été mis sur la voie, ils ne regarderont plus les châteaux avec un regard naïf.

Conclusion

Le programme eTwinning est conçu pour le système scolaire ; il permet la mise en oeuvre de toutes les formes d'écrits exploitées dans l'enseignement des lettres, des langues vivantes mais aussi d'autres disciplines comme l'histoire-géographie et même les sciences. La place manque ici pour détailler toutes les applications. Le grand atout cependant est le fait que ces écrits sont motivés par l'échange : ces élaborations seront lues ! Elles seront reçues comme significatives et appréciées pour leurs qualités dans une réciprocité qui rend les rédacteurs lecteurs et vice-versa. Dans le meilleur des cas, il en résultera une écriture commune, dans tous les cas, ces " cartes de visite " seront soignées, car rien ne tue les adolescents comme le ridicule...

Grand nombre de projets aboutissent ainsi à des productions qui donnent lieu à des publications, en ligne très souvent. Cependant ces projets " distants " n'auront été possibles que par la magie de l'écriture, capable de créer de la proximité, de la complicité, de l'amitié...

Argos, n°44, page 47 (12/2008)
Argos - Courrier international sur eTwinning