Dossier : Les métiers à l'école / 2. Pour que les élèves deviennent acteurs

Conseiller d'orientation-psychologue, un métier ancien toujours actuel

Dominique Brendel, directrice de CIO, Charenton-le-Pont, académie de Créteil

Un métier, c'est une histoire, un savoir-faire, un champ d'activités, des outils, un contexte, un engagement dans l'avenir et des professionnels pour le faire vivre.

Le métier de conseiller d'orientation psychologue (COP) n'échappe pas à cette définition.

C'est tout d'abord une histoire fortement ancrée dans l'histoire du développement industriel du début du XXe siècle et de la formation professionnelle, puis de l'école quand celle-ci a intégré celle-là, et dans celle de la psychologie dès ses origines. Le conseiller d'orientation fut le premier professionnel d'une psychologie appliquée au travail et à l'orientation professionnelle, en charge de trouver des solutions scientifiques à des questions d'ordre social dans le domaine de l'école et du travail. L'orientation et ses méthodes de repérage des aptitudes à l'aide de tests en rapport avec les exigences des métiers est née pour, d'une part, améliorer le recrutement des futurs ouvriers et employés, en période de fort développement des besoins en main-d'oeuvre qualifiée et, d'autre part, promouvoir une forme d'égalité des chances entre jeunes, en rupture avec la prédétermination qui réglait jusque-là les destins individuels. C'est des grandes lignes de cette histoire qu'on peut déjà dégager les caractéristiques de ce métier, à la croisée des destinées individuelles et des enjeux collectifs.

P comme psychologue

Aujourd'hui, ce métier regroupe 4500 professionnels dans 382 CIO répartis sur tout le territoire. Jusque dans les années 1970, les COP sont les seuls spécialistes des questions d'orientation formés dans quelques centres spécialisés, comme l'Institut national d'étude du travail et de l'orientation professionnelle (INETOP) à Paris. Formés en cinq années après le baccalauréat, recrutés sur concours comme les enseignants, les COP, sous l'autorité du directeur de CIO qui agit par délégation de l'inspecteur d'académie, partagent leur activité entre les établissements scolaires du second degré (collèges et lycées, université dans certains cas) et le CIO. Le CIO est à la fois un lieu physique ouvert au public et une entité où s'élaborent, en équipe, une réflexion et des outils qui permettront ensuite aux conseillers d'orientation psychologues de remplir leurs nombreuses missions en établissement. Le métier de conseiller d'orientation s'est enrichi du P de psychologue en 1991 pour se conformer à la loi de 1985 qui venait de créer le statut de psychologue. C'était, de la part du législateur, une reconnaissance de fait, de pratiques et de missions officiellement et traditionnellement dévolues aux conseillers depuis l'origine, le conseil en orientation mais aussi l'examen psychologique complet de jeunes, généralement des collégiens, présentant des difficultés d'apprentissage ou de comportement. Les comptes rendus de ces examens faisaient, et font encore partie, des documents obligatoires fournis aux différentes commissions qui statuent sur l'entrée dans l'enseignement adapté (ASH).

La pratique des tests fut longtemps au coeur du métier de COP. Ces pratiques ont progressivement été abandonnées, du fait de l'évolution du système éducatif vers une politique volontariste de massification, en même temps que fut en partie remise en cause la notion d'aptitude. Révéler les aptitudes des jeunes, du temps d'un système très hiérarchisé des ordres de formation, pratiquer un examen psychologique pour éclairer une décision de scolarisation en enseignement adapté, ou contribuer à une démarche éducative en orientation relève, dans tous les cas, d'une connaissance approfondie de la psychologie de l'adolescent dans toutes ses dimensions et des milieux professionnels où le jeune va s'insérer: connaissance de l'adolescent et connaissance des milieux du travail sont ici étroitement imbriquées. Un jeune confronté à ses choix d'orientation, c'est d'abord un adolescent qui se construit sur les plans affectif, intellectuel et social, dans un milieu donné qui agit sur lui et sur lequel il agit. Il doit prendre en compte la réalité de ses performances scolaires, se mettre éventuellement en situation de les améliorer, s'ouvrir au monde professionnel, celui des adultes, d'autant plus précocement qu'il y est le moins préparé. Cela se joue, pour lui, à tous les moments-clés de sa vie d'écolier, mais aussi de sa vie tout court, avec sa famille et ses pairs.

Des professionnels au coeur du système

Le COP est le professionnel dans l'école qui peut aider le jeune à faire le lien entre toutes ces dimensions de sa vie. L'activité du COP est au coeur de la problématique du développement de la personnalité du jeune, ce qui rend sa pratique très cohérente, en théorie, mais en réalité très éclatée du fait, notamment, du très petit nombre de conseillers par rapport aux élèves pris en charge. Dans le Val-de-Marne, par exemple, un COP intervient, en moyenne, dans un secteur correspondant à 1500 élèves, de la 6e à l'enseignement supérieur, en collège, lycée et LP. Multiplicité des lieux et des missions qui brouille considérablement la visibilité de son travail et rend souvent invisible la présence des professionnels, d'où les discours négatifs sur le métier.

Que fait un conseiller d'orientation au quotidien? Il doit, tout d'abord, prendre la mesure des établissements dans lesquels il intervient, c'est-à-dire en connaître les caractéristiques et définir les activités qu'il va y mener. Ces activités concernent toutes les étapes de l'orientation des élèves, pris collectivement ou individuellement. Si l'on veut bien admettre que l'orientation est, d'une part, un processus continu, d'autre part, un enjeu important dans le développement d'un jeune, on peut comprendre qu'il est difficile au COP de fixer des limites étroites à son champ d'activité. Le COP est généralement associé à l'observation des élèves en grande difficulté et à la recherche de solutions, à l'accompagnement de tous les élèves vers un choix de poursuite d'études et de formation, et à l'ouverture sur le monde du travail. Accompagner les élèves, c'est aussi bien participer à des activités en classe, la plupart du temps avec les enseignants, dans le cadre de l'éducation à l'orientation et de la découverte professionnelle, que répondre à des demandes individuelles des élèves et des familles et aider les équipes éducatives sur les questions d'orientation. C'est aussi s'inquiéter de la sortie des élèves du système scolaire et de leur insertion, dans le cadre de la Mission générale d'insertion de l'Éducation nationale (MGI) et du Réseau public d'insertion des jeunes (RPIJ). Tout cela implique l'habitude de travailler en partenariat, une connaissance approfondie du système de formation et de son fonctionnement, du travail et des milieux professionnels. S'il est vrai que des progrès devraient encore être faits en matière de connaissance du travail, de prévision et de maîtrise du marché du travail, ce qui dépasse largement dans un monde en constante évolution les compétences et attributions des seuls services d'orientation, il reste qu'amener les jeunes à comprendre le monde du travail relève de méthodes autrement plus complexes que la simple information sur les métiers, comme cela est trop souvent dit. Les difficultés rencontrées par les enseignants, dans la mise en place au quotidien de l'option découverte professionnelle, témoignent de cette difficulté.

Conclusion

Voilà, en quelques lignes, un bref aperçu non exhaustif des principales activités d'un COP en CIO "de terrain". C'est un métier "chahuté" parce que placé au coeur de toutes les contradictions du système. Le renouvellement n'en sera pas assuré dans les années à venir puisque, depuis trois ans, le nombre de postes mis au concours a considérablement diminué, au point que le remplacement des collègues partant en retraite n'est plus assuré.

C'est d'autant plus grave que, de tous temps, comme nous l'avons vu, l'orientation a rempli une fonction sociale. Les services d'orientation ont accompagné toutes les transformations du système éducatif, avec parfois une certaine capacité d'anticipation sur les grandes orientations qui ont marqué cette évolution. Parce que, d'une part, la formation des jeunes dans un pays est un enjeu fondamental qu'il faut savoir soutenir et prévoir, et d'autre part, parce que la question de l'orientation pose d'emblée celle du sens de l'école pour chaque jeune et de sa projection dans l'avenir. L'orientation remplit une fonction anthropologique de transmission. Une société qui n'assure plus le renouvellement et la défense des personnels qui remplissent ce rôle de liaison entre les jeunes et les adultes, entre l'école et le travail, entre les savoirs et l'exercice des métiers, est une société malade de son devenir.

Argos, n°42, page 49 (06/2007)
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