Culture scientifique et technique

Initiation aux métiers artistiques et techniques, au sein des musées

Yves Girault, Professeur, Muséum national d'histoire naturelle,

Noëlle Timbart, doctorante, Muséologie et médiation des sciences.

Les adolescents ne constituent pas un public spontané des institutions muséales. Comment les sensibiliser?

Plusieurs écrits (Lemerise, Soucy et St Germain, 1996; Lemerise, 1998; Girault, 2003) montrent qu'il existe peu de programmes spécifiques qui leur sont destinés, surtout en raison d'une mauvaise connaissance de ce public de la part des professionnels des institutions muséales, ce qui en-traîne bien souvent des difficultés réelles, voire des incapacités à concevoir des activités qui leur soient ciblées et adaptées.

En outre, selon la pensée commune, il semblerait que les visites de musées soient exclues des pratiques culturelles des jeunes (DEP1, 2002; Mayol, 1997). De fait, les activités qui sont proposées à ce public touchent principalement un public en groupe au sein duquel les adolescents ne sont pas le plus souvent les prescripteurs de la visite. C'est avant tout la reconnaissance du rôle éducatif du musée, le contenu du musée en liaison avec les programmes scolaires et enfin la demande de la part des enseignants qui expliquent l'offre des professionnels des institutions muséales françaises en direction des adolescents et, tout naturellement, ce sont les visites d'adolescents dans un cadre scolaire qui sont à ce jour privilégiées. En France, ce constat est également le fruit d'une situation particulière car les ministres de l'Éducation nationale qui se sont succédé ont pris des mesures pour favoriser la collaboration entre les institutions muséales et le système éducatif. "C'est ainsi que des enseignants du second degré agrégés (prag) ou certifiés (prce) et des professeurs des écoles (PE) peuvent être affectés à temps plein au service éducatif d'une institution muséale relevant de l'enseignement supérieur, comme le Muséum national d'histoire naturelle. Mais, plus généralement, ces services éducatifs bénéficient de la présence, pour quelques heures par semaine, d'enseignants d'écoles, de collèges ou de lycées qui, tout en poursuivant leur activité normale d'enseignement, assurent le rôle de professeurs-relais entre l'institution muséale et les enseignants" (Geyssant, 2003, p.178)2. Réalisées principalement en fonction des programmes scolaires, "les sorties dans les institutions muséales scientifiques sont décidées par les enseignants quand les expositions qu'elles présentent ont trait à une partie du programme des sciences" (Geyssant, 1999, 2000, 2002).

Les travaux de Matias, Lemerise et Lussier-Desrochers (2001) réalisés au Québec arrivent aux mêmes conclusions, en montrant que les enseignants considèrent, de façon quasi exclusive, le musée comme un lieu d'apprentissage au sein duquel il est possible d'établir des liens avec le programme scolaire mais aussi de rendre concrète la théorie abordée en classe, ce qui conduit à une scolarisation du musée (Cohen et Girault, 1999; Cohen, 2001). Force est de constater que dans ces pratiques de visite qui occultent la fonction culturelle du musée, pourtant primordiale, celui-ci ne peut être que trop rarement perçu comme source d'émerveillement, de curiosité, de réflexion, de plaisir et de délectation. Toutefois, plusieurs auteurs (Lussier-Desrochers, Lemerise et Lopes, 2003) notent que la situation est en train de se modifier. Ils mettent en évidence l'émergence d'un processus d'engagement des adolescents envers les musées. Ce processus se traduit, notamment, par la présence de jeunes au musée qui sont généralement satisfaits de leurs visites (O'Riain, 1997; Lemerise et Soucy, 1999) mais la très grande majorité d'entre eux voudrait y être plus active, participer, manipuler et s'impliquer plus directement dans des projets au sein desquels ils souhaiteraient aborder des thèmes davantage en lien avec leur culture. Il existe même des projets impliquant les jeunes dans des activités de conservation ou d'animation. Les adolescents peuvent être amenés à travailler en tant que guides avec les publics, par exemple dans des programmes américains comme Youthalive!3 (Leblanc, 1993; Sterling, 1993) ou Explainer à l'Exploratorium de San Francisco, en tant que démonstrateurs scientifiques/aide au public, et sont donc intégrés au sein de l'équipe muséale. Dans les Young Curators'Projects, des adolescents issus de diverses écoles secondaires ont expérimenté le rôle de conservateur en travaillant avec les membres du musée. Ils ont été exposés directement aux fonctions d'un musée et ont appris à connaître la nature du travail muséal.Au Québec, le musée de la Civilisation de Québec réalise de nombreux projets avec les adolescents qui collaborent sur les thèmes d'expositions (travail sur les scénarios, écriture de textes, création de site Internet, etc.) (Lemerise, 1999). Lemerise et Lussier-Desrochers (2005) notent également qu'il existe un désintérêt des adolescents québécois pour les métiers liés aux sciences, en raison notamment de représentations négatives sur les métiers scientifiques et d'une connaissance limitée de ces mêmes métiers. Or, pour eux, "face à cette désaffection des jeunes pour les études scientifiques, les musées de sciences ont un rôle important à jouer". Parmi les initiatives des musées et centres de sciences, ils citent deux projets québécois qui "permettent à des élèves du secondaire de s'initier au métier de communicateur scientifique: initiation à la rédaction d'articles scientifiques dans un cas et initiation à la production de reportages scientifiques pour la radio ou la télévision dans l'autre cas".

Au Canada, des adolescents ont préparé, organisé et diffusé une exposition (Morton-Weizman et Evenden, 1995). Au cours de ce projet d'un an en collaboration avec des musées communautaires du sud de l'Alberta, ils ont collecté des objets représentatifs de la culture jeune qu'ils ont eu à interpréter et à relier avec les objets de la collection, ils ont produit des vidéos, ont interrogé leurs pairs et ont rédigé les textes de l'exposition. Cette entreprise de collaboration a permis la présentation d'expositions dont les conservateurs sont des groupes d'adolescents issus des quatre communautés visées. Ils ont constitué une collection sur la culture contemporaine et une documentation de certaines traditions vivantes de la communauté. De même, The Young Tate Display Project, en Angleterre, en 1994, a impliqué des adolescents issus du groupe de jeunes consultants de la Gallery, les Young Tate, dans l'organisation d'une exposition intitulée "Testing water", à partir d'oeuvres sélectionnées à la Tate Gallery (Rider et Illingworth, 1997).

Qu'en est-il de ces pratiques au sein des établissements muséaux français? Pour répondre à cette question, nous avons réalisé une typologie des activités proposées aux adolescents en fonction des objectifs affichés par les responsables, dans les descriptions des activités offertes aux adolescents. Cette typologie, basée sur l'étude de 368 activités de 35 musées d'art et 115 activités de 9 musées de sciences, ne reflète donc pas la réalité du terrain, mais elle a cependant le mérite de mettre en évidence les tendances fortes de l'offre actuelle des activités pédagogiques et culturelles au sein des musées d'art et de sciences. L'analyse qualitative des propositions d'activités réalisées pour le public des adolescents nous a permis de distinguer cinq types d'approches principales, mais dans le cadre de cet article nous ne présenterons que les approches qui touchent à la présentation de pratiques professionnelles; il s'agit donc de l'approche "métier" et de l'approche "plastique" pour les musées d'art.

Des approches "métiers" dans les musées français

Certaines animations muséales visent à sensibiliser les adolescents à un métier de la culture, en présentant l'histoire de l'art et/ou en leur faisant prendre conscience de la notion de patrimoine... Ainsi, le musée Dobrée, de Nantes, offre un atelier pour les 11-14 ans dont le thème est la "Restau-ration de vases grecs". L'objectif de celui-ci est de "sensibiliser les jeunes au métier de restaurateur et de développer l'acuité du regard, en apprenant à repérer sur les oeuvres de l'exposition les parties originelles de celles restaurées". De même, la visite commentée "C'est quoi l'archéologie?" du Musée archéologique de Strasbourg sert d'introduction à l'archéologie et à ses méthodes. "Elle permet d'entreprendre, grâce à la reconstitution d'une fouille, un travail d'analyse du terrain et de recherche dans les salles du musée, suivant pas à pas la démarche des archéologues." Les jeunes sont ainsi sensibilisés au travail de l'archéologue à travers la méthodologie des fouilles archéologiques mais aussi la manipulation du matériel de fouilles. Le musée national de Préhistoire des Eyzies de Tayac propose également un atelier d'initiation à la fouille archéologique et sensibilise ainsi aux méthodes de recherches de terrain, ainsi qu'à la préservation du patrimoine archéologique. Ce musée propose aussi un atelier laboratoire qui offre la possibilité aux jeunes d'étudier des matières premières animales (os, bois de cervidé, ivoire dentaire) et leur transformation (industrie osseuse, art mobilier, parure) comme les archéologues. Au cours de cet atelier, les jeunes sont amenés à découvrir le laboratoire, lieu de convergence de plusieurs disciplines (étude de l'industrie lithique, de la faune: identification des espèces, exploitation des ressources animales, aspects environnementaux...), indispensable au travail de l'archéologue.

Mais la majorité des institutions muséales artistiques propose une découverte du musée à travers son fonctionnement, ses rôles, ses missions et les métiers qui lui sont liés, notamment celui de conservateur du patrimoine. Ainsi, le musée d'Art moderne de Saint-Étienne propose une visite découverte du musée qui "permet de découvrir, en plus des oeuvres, l'architecture du musée, ses missions et les métiers qui les accompagnent (constitution d'une collection, conservation, montage d'exposition, animation...)". De même, le musée Ingres de Montauban, à travers la boîte pédagogique "Dis, c'est quoi un musée?", permet aux jeunes de découvrir "les principales missions propres à un musée. Ils s'initieront, au cours de cette exploration, aux différentes activités liées à la profession de conservateur. Ils auront tour à tour à veiller aux bonnes conditions de conservation des oeuvres, à organiser une exposition, à étudier une oeuvre mystérieuse, à enrichir les collections du musée". Cette boîte pédagogique vise à présenter les différentes facettes du métier de conservateur. Cette démarche d'initiation aux métiers du patrimoine peut être combinée avec celle de sensibilisation à la conservation des oeuvres. La boîte pédagogique "Dis, c'est quoi conserver?" "contient différents supports, matériaux et documents qui permettront de se familiariser avec la notion de "conservation préventive" en découvrant les différents types de dégradation qui menacent les oeuvres d'art et les précautions à prendre pour les éviter". Ou l'activité "Attention fragile" présente des collections en les replaçant dans leur contexte en soulignant que "si l'on n'y prend garde, les oeuvres d'art peuvent disparaître ou s'abîmer très vite car elles sont menacées par différents dangers. Les élèves découvrent lesquels et apprennent à les déjouer (initiation à la conservation préventive)".

Certaines autres institutions abordent les métiers liés à la conservation du patrimoine dans une visée historique, comme le musée des Beaux-Arts de Lyon qui invite à "s'interroger sur l'architecture du bâtiment, les fonctions du musée, les modes d'acquisition, les modes de conservation, les choix d'exposition et d'accrochage" entre hier et aujourd'hui.

Mais le métier de conservateur du patrimoine n'est pas le seul à être évoqué. Ainsi, le forum Patrimoine du musée des Beaux-Arts de Rennes invite les jeunes "à adopter leur patrimoine pour mieux le comprendre et le sauvegarder. Toute une chaîne de métiers complémentaires est au service du patrimoine. Il faut d'abord le découvrir mais aussi l'étudier, le mettre en valeur, le faire connaître, le restaurer". Par conséquent, ce forum a pour objet "de faire connaître à tout public les différents métiers liés à sa mise en valeur. Travailler sur le patrimoine à l'école, au collège ou au lycée, c'est apprendre à regarder une oeuvre d'art, une architecture, un document d'archive. Plus généralement, c'est découvrir son environnement de proximité, pas simplement dans une approche artistique mais aussi dans une étude des références culturelles communes et identitaires. Ce travail sur le patrimoine de proximité permet aussi [...] à l'adolescent de se responsabiliser sur cet héritage collectif par une prise de conscience progressive". En outre, ces journées qui mettent en valeur le patrimoine de la région "présenteront, aux côtés des services éducatifs, des structures culturelles de la ville et des métiers qualifiants de haute technicité au vu des savoir-faire demandés. Ils permettront à tous de découvrir et aux [jeunes] de s'exercer à ces métiers, auprès des chefs d'entreprise".

Certains métiers peuvent aussi être présentés aux jeunes en lien avec une exposition. Le Centre Georges- Pompidou a, par exemple, organisé des rencontres avec des compositeurs, des bruiteurs, des ingénieurs du son à l'occasion d'une exposition consacrée au son. De même, la Cité de la musique propose des rencontres avec des professionnels et des artistes ainsi que la découverte des différents métiers de la musique qui contribuent au déroulement du spectacle.

Enfin, les métiers actuels ne sont pas les seuls à être présentés aux jeunes. Les oeuvres d'art sont aussi prétexte à évoquer des métiers du passé. La journée inter-musée, musée d'Orsay/ musée des Arts et Métiers (cnam), par exemple, combine une visite du musée d'Orsay et du cnam. La visite d'Orsay met en avant les métiers du XIXe siècle. Elle montre que "l'activité humaine inspire les artistes mais tous ne s'intéressent pas aux mêmes aspects de l'évolution du monde du travail. [...] La visite propose une analyse des différentes formes de sensibilité artistique aux réalités sociales". Au contraire, "le parcours au cnam confronte les élèves à l'évolution des métiers et des techniques. Un atelier d'initiation à la gravure sur zinc est proposé à l'issue de la visite des collections". Par la pratique, les jeunes découvrent un métier ancien.

Par ailleurs, comme dans les musées artistiques, une approche de type "métier" a pu être mise en évidence au sein des musées de sciences. L'existence de cette approche s'explique par la volonté de donner des moyens aux jeunes pour s'orienter professionnellement. On entend, par "approche métier", la présentation aux jeunes de métiers liés aux sciences mais aussi la présentation du fonctionnement des institutions. Il en est ainsi de l'aquarium de Nancy, au sein duquel sont présentés les travaux liés à la création et l'entretien des bacs, la nourriture et la gestion des populations pour, in fine, faire prendre conscience de la complexité de gestion de ce type d'établissement et, en conséquence, de la variété des personnels nécessaires à son bon fonctionnement. Le Musée océanographique de Monaco procède d'une façon similaire avec l'atelier "un aquarium, comment ça marche?". Il aborde le fonctionnement de l'aquarium et permet à cette occasion "de découvrir l'envers du décor, les zones techniques et les différentes activités qui permettent de faire admirer aux visiteurs les 90 bassins de la zone publique". Les techniciens et animateurs de ce musée expliquent également la façon dont les poissons sont soignés et nourris, la façon dont la qualité de l'eau est contrôlée, etc.

Une des missions des ccsti4 est de populariser la recherche et de valoriser le métier de chercheur. Ils veulent "aider les adolescents (de 3e notamment) à choisir éventuellement un métier ou une orientation technique, professionnelle ou scientifique"5 (n°14S), leur donner "une autre vue des sciences, techniques et industries. Une perception plus quotidienne, plus en lien avec son quotidien et plus attractive que celle offerte par l'école et des rencontres avec les chercheurs, être confronté avec des métiers scientifiques" (n°20S). Les activités du Palais de la découverte s'inscrivent dans ce cadre. Une en-quête (Guichard, 2006) menée auprès des jeunes a montré que ces derniers sont attirés dans cette institution à 26% par la présence de scientifiques (médiateurs) qu'ils peuvent interroger. De même, l'importance du Palais de la découverte dans les vocations scientifiques est soulignée (Guichard, 2006): "ma vocation est née du plaisir d'y découvrir des expériences, celles qu'on pouvait faire soi-même et celles qu'on nous expliquait... J'ai personnellement beaucoup appris au Palais..." (Pierre Gilles de Gennes, prix Nobel de physique). Les rencontres avec les chercheurs, les conférences, les débats, les bars des sciences constituent les différents moyens utilisés par ce type d'animation, privilégiant une approche basée sur le contact et les échanges avec des scientifiques. La rencontre avec de jeunes chercheurs peut permettre d'aider les jeunes dans leur choix d'un parcours destiné à la recherche. Ainsi, L'espace des sciences de Rennes ou La Rotonde, à Saint-Étienne, proposent la rencontre avec des chercheurs de différentes disciplines qui sont invités, au sein de cafés sciences, à répondre aux questions concernant leur métier, leur itinéraire, leur formation. De même, l'animation "C'est mon métier, c'est ma passion" au ccsti de La Rochelle fait intervenir "des chercheurs dans les classes pour témoigner auprès des élèves des modalités et finalités de leur travail". L'objectif est de multiplier les rencontres entre les lycéens et les chercheurs au sein des établissements scolaires, afin d'exposer les métiers liés aux sciences et de faire naître des "vocations". C'est la raison pour laquelle des visites de laboratoires et des rencontres avec des chercheurs sont aussi prévues pour les collèges et les lycées lors de la fête de la science, notamment, comme au muséum de Grenoble. Nous sommes, cependant, contraints de pointer une réserve sur ces opérations, très louables il est vrai, car malheureusement, le plus souvent, les chercheurs présentent bien plus leurs travaux et leurs résultats (comme dans une conférence) au lieu de présenter ce qui est le propre du chercheur; ses conditions de travail, les heures de manipulation pour réaliser des expériences, "des manips" mais aussi le doute, le questionnement, les erreurs de parcours.

D'autres métiers peuvent aussi être présentés aux jeunes, comme à la Rotonde de Saint-Étienne où l'activité "mystères dans les sous-sol...", sous forme d'enquête, "privilégie la découverte et la mise en pratique des techniques de la police scientifique". De même, les visites de la Maison de l'innovation, à Clermont-Ferrand, visent à "faire émerger des questions et à dialoguer avec les jeunes, à les sensibiliser à la manière d'analyser des problèmes par une approche interdisciplinaire (économie, science, technologie, société, culture) et à favoriser les discussions sur la connaissance des métiers". Le Musée portuaire de Dunkerque, quant à lui, présente les métiers liés au travail portuaire. En effet, l'activité intitulée "Les hommes du port" présente les métiers liés au fonctionnement d'un port. Il souligne que "2000 personnes travaillent sur le port. Qu'ils soient directs ou indirects, ces emplois participent aux services rendus aux bateaux ou à la marchandise. Armateur, chargeur... quel est le rôle de tous ces acteurs? Quels types de bateaux prennent-ils en charge? Et quelles marchandises? Au travers des collections du musée, les élèves découvrent les différents intervenants qui contribuent à mener le navire à bon port". Suite à la phase de découverte des divers métiers, les jeunes sont conduits à observer l'activité du port. L'activité "Le port de pêche" procède d'une façon similaire. Elle indique que la pêche a longtemps constitué la première activité économique et présente tous les métiers liés à cette activité. "Au fil des siècles, les techniques ont évolué, les marins sont allés de plus en plus loin, notamment en Islande, pour la pêche à la morue. Qu'en est-il aujourd'hui? Quelles sont les principales espèces de poisson recherchées, les types de bateaux, les techniques de pêche...? La visite du port de pêche et de la coopérative maritime permet de comprendre concrètement le circuit du poisson, de la mer à l'assiette. Sont abordées également les nouvelles réglementations européennes: quotas, zones de pêche, etc."

Des approches "plastiques" au sein des musées d'art français

Dans les musées d'art, nous pouvons également noter une approche "plastique" ou "matérielle" qui vise à initier les jeunes aux différentes composantes d'une oeuvre, aux techniques employées par les artistes. Cette approche est essentiellement présente dans les ateliers qui comprennent des propositions basées sur une manipulation et une pratique artistique (plastique, photographique, musicale...). La plupart de ces animations plastiques permettent aux jeunes de "rentrer dans la peau de l'artiste" pour mieux comprendre la technique utilisée dans la création des oeuvres d'art. Le musée d'Art moderne de Saint-Étienne, par exemple, propose des ateliers pour se "familiariser avec des techniques artistiques très diverses (peinture, collage, volume, photo numérique...)" mais aussi des ateliers multimédia qui visent à "la découverte des nouvelles technologies (traitement d'images, vidéo et montage vidéo) autour d'un thème". Les jeunes sont ainsi conduits à utiliser les mêmes techniques que celles employées par les artistes. Au musée du Louvre, dans le cadre de certains ateliers, les adolescents "peuvent filmer, photographier, dessiner dans le musée sous la conduite d'artistes plasticiens qui, tout en les initiant à diverses techniques, les aident à développer un regard actif sur les oeuvres et à se familiariser avec les collections du musée". Par exemple, l'atelier "Face aux oeuvres/la photographie", invite les jeunes, sous la conduite d'un professionnel et dans les salles du musée, "à photographier les oeuvres, qu'elles soient sculptures ou peintures, en se focalisant sur les qualités (brillance, volume et luminosité)". Ici, la photographie est prétexte à étudier les techniques employées par les artistes et la conséquence de leur usage sur le rendu de l'oeuvre. De même, "Papiers collés pour grand format" est un atelier qui invite les jeunes à "réinventer une oeuvre collective, à partir d'une oeuvre peinte monumentale du musée, par le ré-emploi des différents éléments de la composition du tableau (plans, personnages, matières). En utilisant le collage de papiers colorés, découpés à la main sans outil, il s'agit de chercher des jeux de forme abstraite qui recomposent la dynamique du tableau". Par une approche plastique, les papiers découpés (technique utilisée par des artistes du XXe siècle, comme Matisse), les jeunes sont initiés à l'abstraction et aux différents éléments constituant un tableau. Les artefacts sont utilisés comme support à une démarche personnelle. Par exemple, le cycle "Métiers d'artistes" du musée d'Art moderne de la ville de Paris vise à "faire découvrir la place de l'artiste dans la société actuelle (statut, formation, galerie, lieu alternatif...) puis à expérimenter en atelier des pratiques artistiques contemporaines. Ce cycle peut être complété par l'invitation d'un artiste contemporain qui partage son expérience avec les jeunes". Dans "États des toiles", "les jeunes regardent comment Simon Hantaï et Lucio Fontana plient, creusent, fendent la toile. Ils construisent ensuite dans l'espace un damier en variant le support (tissu, papier, bâche) et la technique (dessin, peinture, empreinte...)". Après avoir observé la technique d'artistes contemporains, les adolescents sont invités à mettre en pratique leur observation en créant une oeuvre s'inspirant de leur façon de travailler.

Nul doute que depuis une trentaine d'année, et dans le sillage du courant de la nouvelle muséologie, les visiteurs sont devenus progressivement le centre des préoccupations des muséologues6. Après avoir proposé en leur sein de très nombreuses activités pédagogiques et culturelles, dont l'objet était d'informer les visiteurs sur des thématiques spécifiques aux divers musées, les conservateurs, muséologues, pédagogues tentent donc de présenter aux visiteurs les coulisses de leur établissement en présentant les techniques utilisées par les artistes et/ou les chercheurs. Ces propositions, fort intéressantes pour le public, y compris pour les adolescents qui sont en quête d'orientation professionnelle, ne traduisent cependant pas la réalité du travail réalisé, car ces manipulations, ces expérimentations sont directement liées à des connaissances scientifiques et/ou artistiques qui sont, elles, bien plus complexes à acquérir que dans le cadre d'une simple visite.

Bibliographie

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  • O'Riain, Helen, "Chinks in the "Boring !" armour", in gem News, n°65, 1997, pp.11-15.
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(1) Département des études et de la prospective du ministère de la Culture et de la Communication.

(2) "Les services de l'Éducation nationale contribuent [au fonctionnement du service éducatif] en accordant, à un ou plusieurs enseignants, des heures hebdomadaires de décharge de service. Les heures sont accordées par le recteur au vu du projet présenté par le chef de l'institution culturelle, formalisé en une convention. Ces personnels sont désignés annuellement par le recteur, en accord avec l'inspecteur d'académie pour les personnels du premier degré, en concertation avec le directeur régional des affaires culturelles et en liaison avec le chef de l'établissement culturel, sur proposition de l'inspecteur pédagogique régional compétent ou du responsable pour l'action culturelle auprès du recteur". Circulaire ministérielle de 1993 (n°93-142).

(3) Issu d'une initiative nationale de la Dewitt Wallace-Reader's Digest Fund, en partenariat avec l'Association of Science-Technology Centers (astc) et en coopération avec l'Association of Youth Museums (aym), ce programme rassemble 45 musées scientifiques américains fonctionnant dans le cadre d'un réseau. Ces projets cherchent à impliquer des jeunes de 10 à 17 ans dans une relation à long terme avec le musée, en les aidant à passer à l'âge adulte et à les intégrer socialement. Il existe une variété de programmes incluant des programmes de développement de carrière, offrant une formation (recrutement, stage, progression des échelons dans le musée) et l'opportunité de travail supervisé; des conseils de jeunes (Youth advisory council), des programmes de conférenciers, d'assistants programmateurs pour les visiteurs, d'"interpréteurs", de conservateurs juniors, de camps, etc. Ils s'adressent essentiellement à des jeunes à risque, c'est-à-dire aux adolescents issus de quartiers ayant le moins facilement accès aux ressources éducatives.http://www.astc.org/resource/youth/index.htm

(4) Centres de culture scientifique, technique et industrielle.

(5) Extrait d'entretiens réalisés auprès de 48 professionnels de musées scientifiques dans le cadre d'une recherche doctorale effectuée par Noëlle Timbart, sous la direction d'Yves Girault.

(6) Il ne faut cependant pas ignorer la "poussée actuelle" du référentiel marketing qui privilégie une approche "client" et une politique gestionnaire des institutions culturelles, au détriment d'une approche culturelle.

Argos, n°42, page 8 (06/2007)
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