Dossier : Développer les relations Nord/Sud / 1. En classe...

Eduquer à l'interculturel : de la diversité culturelle à l'anthropologie

Pascale Argod, PRCE de documentation, formateur à l'IUFM d'Aquitaine.

La diversité culturelle est, depuis la Déclaration universelle de l'UNESCO* du 12 septembre 2001 à ce sujet, une priorité érigée au rang de "patrimoine commun de l'humanité".

Cette diversité culturelle réaffirme "la conviction que le dialogue interculturel constitue le meilleur gage pour la paix et rejette catégoriquement la thèse de conflits inéluctables de cultures et de civilisations". Elle s'inscrit dans le cadre de "la décennie des populations autochtones" et de celle de "la promotion d'une culture de la non-violence et de la paix".

Ainsi "l'éducation au développement et à la solidarité internationale" se définit par quatre thèmes depuis la circulaire au BOEN du 10 novembre 2005 - les droits humains, le développement durable, la diversité culturelle et l'éducation pour tous - auxquels s'est ajouté un cinquième depuis juin 2006 (BOEN n° 8 du 23 juin 2006) : "L'économie au service de l'homme". La diversité culturelle semble donc être un nouvel axe éducatif que le concept d'éducation à l'interculturel semblerait véhiculer, que l'anthropologie aborde à travers la littérature de jeunesse et que la pédagogie pourrait envisager à travers la réalisation d'un carnet de voyage.

L'interculturel, enjeu de l'intégration sociale des migrants, de la préservation de la francophonie et du plurilinguisme

Reflet de notre société multiculturelle, la notion d'identité est au coeur de l'enjeu éducatif qui oscille entre "une culture" et "des cultures", défi de l'intégration sociale des migrants, tsiganes ou nouveaux arrivants. La diversité culturelle est donc liée à la pluralité des langues et pose de nombreuses questions : comment enseigner le français langue seconde, langue d'intégration, tout en préservant la langue maternelle ? Comment favoriser dans ce cas le bilinguisme ? Comment inciter aussi au plurilinguisme pour construire l'identité européenne ? Quelle est la place accordée aux langues régionales et minoritaires en Europe ?

L'éducation à la citoyenneté est donc au coeur de l'apprentissage des langues vivantes car appréhender l'altérité est une des compétences, "la compétence culturelle", définie dans "le préambule du programme des collèges langues vivantes au palier 1" (BOEN n° 6, 25 août 2005) ; c'est-à-dire "les différentes composantes de la dimension culturelle, qu'il s'agisse des domaines linguistique, pragmatique ou encore des usages, modes de vie, traditions et de l'expression artistique". "Le cadre commun de référence pour les langues" (CECRL) prône en effet l'interculturel comme incontournable en didactique des langues. Les savoir-faire concernent : "la capacité d'établir une relation entre la culture d'origine et la culture étrangère, la sensibilisation à la notion de culture, la capacité de jouer le rôle d'intermédiaire culturel entre sa propre culture d'origine et la culture étrangère et de gérer efficacement des situations de malentendus et de conflits culturels, la capacité à aller au-delà de relations superficielles stéréotypées".

De plus, depuis juin 2006, "la rénovation de l'enseignement des langues vivantes étrangères" (BOEN n° 23 du 8 juin 2006) préconise "de maîtriser deux langues en plus de la langue maternelle... Il s'agit de préparer les élèves à la mobilité européenne et internationale et à l'intensification des échanges internationaux... Sans omettre les contenus culturels qui doivent constituer l'entrée privilégiée dans les apprentissages, une priorité doit cependant être assignée à l'oral dès l'école primaire et au collège.

Dans tous les cas les contenus culturels constituent une entrée privilégiée dans la manière d'aborder les apprentissages". La "Préparation de la rentrée 2006" (BOEN n° 13 de mars 2006) a plusieurs objectifs : "En 2006-2007, les classes du cycle des approfondissements de l'école élémentaire devront en totalité bénéficier d'un enseignement de langue... et faire acquérir le niveau A1 du cadre européen de référence (CECRL) qui correspond à la première découverte de langue."

Réaliser un carnet de voyage en langue étrangère

Le carnet de voyage est un genre littéraire proche de la littérature du voyage (Travel Writting) puisque le récit autobiographique rend compte d'un déplacement réel ou fictif. Ce journal géographique est illustré ; l'image y est centrale, voire prédominante par rapport à l'écrit. Le carnet de voyage est donc une production artistique qui fait référence au livre d'artiste des peintres orientalistes comme Delacroix avec L'Album d'Espagne et du Maroc et de Gauguin avec Noa Noa. Il a aussi inspiré les peintres de la marine et les photographes reporters, héritiers des journalistes du Travel Writting. Art d'expérimentation, il intéresse les plasticiens puisque tous les arts y sont combinés : dessin, croquis, collage, photo... Outil pertinent pour éduquer à l'interculturel, sa réalisation en classe a de multiples vertus éducatives, notamment dans le cadre de l'enseignement des langues étrangères.

Pour prolonger et approfondir un voyage linguistique

La réalisation d'un carnet de voyage en langue étrangère permet d'enrichir le séjour linguistique et d'évaluer tant les compétences linguistiques que les compétences interculturelles. L'élève peut comparer son imaginaire à la réalité et ainsi vérifier ses lectures, ses images et ses représentations. De plus, la "rupture de l'ordinaire provoque une conscience esthétique" (Rachid Amirou) qui permet de réapprendre à voir et à s'étonner et favorise ainsi l'écriture du parcours personnel en langue étrangère dans le pays visité. Cet acte initiatique de la retranscription permet de construire une double identité : le vécu pendant le voyage et la reprise du quotidien après le séjour. Du fait de ce "dédoublement de la personnalité", l'apprentissage linguistique et interculturel serait performant. De plus, partir sur les traces d'un écrivain ou d'un artiste étudié en classe par exemple, semblerait obéir à une logique de rituel qui vise à réintégrer le temps réversible du mythe. La prégnance linguistique et la réflexion interculturelle seraient alors plus importantes. L'élève se pose aussi de nombreuses questions concernant le récit autobiographique : est-ce raconter une expérience ou donner des informations ? Faut-il faire référence aux prédécesseurs ? S'agit-il d'un journal intime ou d'un carnet de route, voire de recherche ? Comment concilier le souci de vérité et d'objectivité avec l'envie d'esthétisme et d'idéalisation du voyage ? Le récit de voyage peut-il osciller entre littérature et témoignage ? S'il est écrit au retour, il devient un récit subjectif du fait des choix opérés par la mémoire. Quelle relation d'échange établit alors l'auteur avec le lecteur ?

Pour évaluer la compétence culturelle

"Le cadre commun de référence pour les langues" (CECRL) prône l'interculturel comme incontournable en didactique des langues. Les savoir-faire concernent : "la capacité d'établir une relation entre la culture d'origine et la culture étrangère, la sensibilisation à la notion de culture, la capacité de jouer le rôle d'intermédiaire culturel entre sa propre culture d'origine et la culture étrangère et de gérer efficacement des situations de malentendus et de conflits culturels, la capacité à aller au-delà de relations superficielles stéréotypée". La reconnaissance de la compétence culturelle apparaît en 2002 dans le "Préambule commun aux langues vivantes de la classe de seconde" : "à cette formation à la communication, s'ajoute un objectif éducatif qui reste central dans la formation des futurs citoyens. La réflexion sur la culture de la société ou des sociétés dont on étudie la langue, dans une perspective disciplinaire et interdisciplinaire, y contribue de façon privilégiée". "Vivre ensemble en société développe quatre notions : la mémoire, les échanges, le lien social, la création", alors que le contenu culturel en classe de première et de terminale est centré sur les pouvoirs et contre-pouvoirs afin d'ouvrir sur l'étude des relations internationales. Suite à l'ouvrage de Jean-Claude Beacco Dimensions culturelles des enseignements de langue : des mots au discours1, la DESCO a organisé en décembre 2003 un colloque intitulé "Les contenus culturels dans l'enseignement scolaire des langues vivantes". Il réaffirme que "les compétences langagières et culturelles ne sont pas dissociées, elles se conjuguent" et que l'étude de la langue doit s'effectuer à partir de documents authentiques et variés. Ceux-ci sont en effet réunis dans le carnet de voyage ou utilisés lors de sa réalisation, aussi cette production pourrait être une piste pédagogique pertinente. Le dispositif des "itinéraires de découverte" (IDD) propose d'étudier au cycle central du collège quatre domaines dont celui des "langues et civilisations" axé sur la communication sous toutes ses formes, ainsi que sur l'étude de la diversité des cultures. Le carnet de voyage pourrait alors être une piste de thème de convergence pour renforcer la cohérence entre disciplines.

Pour travailler sur les représentations et les stéréotypes

Travailler sur les représentations avant le voyage et sur leurs évolutions après permet de faire évoluer les idées reçues et les stéréotypes. Le retour du voyage peut se prolonger par une recherche d'informations et de réflexions pour mieux comprendre ce que l'on a vu de manière partielle et imparfaite. Il peut aboutir à des récits de voyage et être source de créativité. Le CDI semble le lieu le plus apte à inciter à la créativité, à l'expression personnelle et à la production. L'enseignant-documentaliste devrait tisser des liens entre les activités culturelles et les activités artistiques. Ouvrir les élèves à des sujets anthropologiques autour des peuples nomades ou de certains peuples autochtones permet d'appréhender en quoi ils raisonnent de manière différente de la nôtre, selon d'autres principes façonnés par un environnement social différent. Il s'agit de faire l'effort intellectuel de se distancer de ses propres principes de compréhension du monde, d'avoir un esprit critique par rapport à ses codes culturels et ainsi d'éduquer à l'interculturel. À ce propos, une collection intitulée "Idées reçues" de l'éditeur Le Cavalier Bleu offre de nombreux exemples, notamment en ce qui concerne les pays asiatiques (Chine, Inde, Japon) mais aussi l'Allemagne.

Pour renouer avec ses racines

Pour les classes de primo-arrivants, éduquer à l'interculturel c'est renouer avec ses racines et mieux gérer sa double culture, comme le démontre le cédérom Un carnet : voyager pour apprendre, produit par le CRDP de Clermont-Ferrand, qui est le compte rendu d'une expérience pédagogique menée au CDI. Une carnettiste, Leila Sebbar, renoue d'ailleurs avec son enfance en témoignant de son exil dans son ouvrage Mes Algéries en France, tout comme Gene-viève Hué, peintre aquarelliste, dans ses Carnets de Vietman, qui a attendu quarante ans avant d'y retourner. Claire Dupoizat, prix du magazine Grands Reportages en 2000 et 2003, retourne aussi aux sources de l'enfance avec son Voyage en Italie. Le carnet de voyage est donc bien un passeport pour devenir "un passeur de frontières" et pour témoigner du voyage initiatique vers ses origines.

Eduquer à l'anthropologie et à l'anthropo-géographie : pistes d'activités pédagogiques

À partir des collections d'objets de musées

L'ensemble des musées parisiens dont les services éducatifs favorisent la découverte de l'anthropologie sont en rénovation mais leurs collections offrent des pistes d'activités pédagogiques sur le thème de la diversité culturelle pour éduquer à l'interculturel. Ainsi le musée de l'Homme, en restructuration, évolue vers une histoire naturelle et culturelle de l'homme traitant des thèmes suivants : ses origines, les singularités de l'espèce humaine et une histoire culturelle de l'humanité (http://www.mnhn.fr/). Le musée des Arts et Traditions populaires voit ses collections transférées au musée des Civilisations de l'Europe et de la Méditerranée qui ouvrira à Marseille en 2008 (http://www.musee-europemediterranee.org/). Le musée Quai Branly des arts et civilisations d'Afrique, d'Asie, d'Océanie et des Amériques a ouvert le 23 juin 2006. Il travaille avec des établissements scolaires et l'IUFM de Créteil sur le thème du "Regard sur l'Autre" (http://www.quaibranly.fr/article.php3?id_article=957). À ce sujet, un DVD produit par Arte France et intitulé À la rencontre des autres hommes, évoque les regards successifs portés par les Européens sur les peuples d'Amérique, d'Océanie et d'Afrique depuis le XVIe siècle jusqu'à l'apogée des musées d'ethnographie. L'ouvrage Comment parler des arts premiers aux enfants d'Isabelle Glorieux-Desouche, récemment publié par l'éditeur Le Baron perché, initie les jeunes à l'analyse d'oeuvres à partir d'un jeu de questions/ réponses.

À partir de sites web pour comprendre l'Autre

Des ateliers d'anthropologie en ligne sont proposés sur le site de l'association "Ethnologues en herbe" créée en 2000 : des fiches d'activités apprennent aux enfants à observer et à décrire leur vie quotidienne dans le cadre d'ateliers de "Jeunes ethnologues" en établissements scolaires (http://www.ethnokids.asso.fr/

asso_ethnokids/services2.php). Des jeux éducatifs sont aussi consultables comme celui sur les peuples menacés d'Amazonie, de Sibérie et d'Afrique centrale que propose le site de Survival (http://nouslemonde.survivalfrance.org/) ou le jeu de l'oie du lycée de Rodez. En effet, dans le cadre du Projet Coménius Action II sur "les élèves en difficulté, professeurs en recherche dans une démarche Interculturelle" de 1997 à 2000, une classe d'un lycée de Rodez propose un jeu de l'oie pour l'interculturel et un cédérom intitulé S'enrichir de la différence pour mieux vivre ensemble (http://querbes.cp.asso.fr/eedpr/old/p4/jeu/index.htm et http://querbes.cp.asso.fr/eedpr/). Des carnets de voyage en ligne sont aussi tournés vers l'ethnologie comme le projet de dix-huit mois dans dix-huit pays intitulé "Voir le monde à travers ses fêtes et ses festivals", enrichi de sept cents articles et de deux mille photos (www.monde-en-fete.com) ou encore un voyage à vélo autour du monde pour collecter des musiques traditionnelles (http://www.paris-pekin.org). Quant à l'actualité des manifestations interculturelles, elle est disponible sur les sites "Cultures du monde", "Cités du monde de TV5" ou de "La Maison des cultures du monde" qui fédère le vaste réseau d'alliances françaises et de centres culturels à l'étranger (http://www.tv5.org/TV5Site/cultures/cultures_du_monde.php, http://www.cites.tv/citesdumonde/accueil.php, et http://www.mcm.asso.fr/site02/accueil.htm

À partir d'expéditions anthropologiques d'enfants

Les expéditions destinées aux jeunes sont de deux sortes : celles réalisées dans le cadre du projet d'établissement et celles qui concernent des équipages de jeunes marins. L'action "Enfants des cinq continents" qui s'est déroulée à Marseille depuis 1996 à l'école du Parc Bellevue, a permis à des élèves de travailler sur les cultures du monde en voyageant chez les Indiens Sioux Lakota, les Saami de Laponie, les Tchouktche de Sibérie, les Quechua du Pérou, les Xhosa d'Afrique du Sud et les Maori de Nouvelle-Zélande. Les carnets de ces voyages aux destinations indigènes sont édités par Inoctavo éditions (http://www.5-continents.org/, et http://www.inoctavo.com/home.php). Les "Messagers de l'eau" ont permis de célébrer les 50 ans d'existence du "résEAU des Écoles Associées" de l'Unesco ainsi que l'année internationale de l'eau douce. Ils ont concerné vingt-quatre écoles de la région du Puy de Dôme et leurs correspondants venant du Mali, de Côte-d'Ivoire, du Chili, d'Islande, d'Espagne. En juin 2003, en tout, 700 jeunes de 26 pays différents se sont retrouvés sous le signe de l'eau, de la solidarité et de la fraternité à la Bourboule. Le carnet de voyage, témoignage du projet solidaire avec le Sahel, intitulé Voyage à Ende au Mali, a été distingué lors la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand par le Prix du carnet de voyage élève, initié par le CRDP d'Auvergne (http://www.lesmessagersdeleau.com/fr/menu.php4 et http://10-15.ac-clermont.fr/auvergne/carnets/Biennale-Massillon/Ende/ende.html).

Complémentaires des actions menées par le ministère de l'Éducation nationale, des expéditions de jeunes marins permettent aussi de sensibiliser à l'environnement et à la gestion du littoral à travers un périple où ils se font tour à tour marins, naturalistes et reporters. Les associations "La Baleine Blanche" et "La Fleur de Lampaul" en offrent le récit à travers des collections de carnets de bord illustrés Les Zorientales, Les Chroniques tropicales ou Enfants de l'océan Indien, Enfants de Méditerranée, Enfants du Pacifique (http://www.baleineblanche.com/accueil/entree.htm et http://www.sos-planete-eau.org/fleurdelampaul/bateau.php).

Sites web pour éduquer à l'anthropologie

Actions culturelles

Actions éducatives

Expéditions scientifiques

À partir d'expéditions de scientifiques et de chercheurs

Les expéditions scientifiques de chercheurs sensibilisent aux sciences à travers la découverte de nouveaux écosystèmes - les milieux insulaires, les déserts froids ou l'océan - mais aussi aux sciences humaines à travers la découverte d'expéditions historiques et géographiques. L'expédition environnementale Clipperton du docteur Jean-Louis Étienne qui s'est déroulée de décembre 2004 à avril 2005 a eu pour objectif principal de réaliser un inventaire de cet îlot français désert, situé dans l'océan Pacifique (http://www.educnet.education.fr/clipperton/ ou http://www.jeanlouisetienne.fr/). Un journal de bord a d'ailleurs été réalisé à partir d'une correspondance avec les classes françaises pour raconter Les Aventures d'Elliot et Basile à Clipperton. Autre découverte géographique, celle du fleuve Amazone lancé par Patrice Franceshi2, président de la Société des explorateurs Français et distingué par la grande médaille de l'exploration de la Société de géographie, qui décrit en effet son périple en Amazonie à bord de son voilier dans un carnet de voyage de marin intitulé La Boudeuse en Amazonie, publié chez Glénat dans la collection "Sillages". Une autre expédition, celle de "L'Odyssée sibérienne" de Nicolas Vanier, d'Irkoutsk jusqu'à Moscou, a permis de faire connaître l'environnement de taïga et de toundra sur plus de 8 000 kilomètres (http://www.odysseesiberienne.com/). L'éditeur multimédia Strass Productions vient de publier, en collaboration avec le SCEREN et Terra Project, Quatre défis du développement durable : sur les traces de l'Odyssée sibérienne de Nicolas Vannier, le rêve utile, sorti à l'occasion du salon Educatec, Educatice, le jeudi 16 novembre. Ce jeu vidéo propose de vivre l'aventure du Grand Nord sur les traces de Nicolas Vanier, en incarnant un musher (conducteur de chiens de traîneau) aguerri pour parcourir un périple de 8 000 kms. L'objectif est d'optimiser la vitesse de sa course, de s'occuper de son attelage et de gérer au mieux ses ressources, tout en remplissant des missions écologiques.

En ce qui concerne l'océan, l'IFREMER propose de nombreux programmes pluridisciplinaires mais le projet "Argonautica" semble plus adapté au milieu scolaire. Lancé par le CNES, il a pour objectif d'aider les jeunes et les enseignants à se familiariser avec l'océan et à comprendre le rôle que jouent les satellites dans l'observation de la Terre (http://www.cnes-edu.org/sommaire/passion/projets/observ/argonau/welcome.htm, http://www.cnes.fr/automne_modules_files/comm/public/r438_CP007-2006_-_Argonautica_2006.pdfethttp://www.cnes.fr/html/_98_97_719_724_4328_.php.

Dans le domaine de notre histoire culturelle, quatre expéditions récentes partent sur les traces d'explorateurs : "Exploration Pacifique", "Opération Lapérouse ou l'expédition Vanikoro", "Paris-Kaboul" et "Portes d'Afrique". Le Pacifique est en effet l'un des topos de la littérature du voyage et de la quête orientaliste illustrée par Gauguin dans son carnet de voyage Noa Noa. Ainsi, "Exploration Pacifique" a permis à quatre-vingts personnes, scientifiques, artistes, hommes d'équipage, journalistes, d'embarquer pour un voyage d'exploration dans l'esprit des grandes navigations du XVIIIe siècle, empreintes d'humanisme, et de parcourir pendant près de trois ans le Pacifique, des confins de la Patagonie aux glaces du détroit de Behring (http://www.explorationpacifique.com/). "L'Opération Lapérouse ou l'expédition Vanikoro", quant à elle, est repartie sur les traces des disparus en 1788 pour tenter de percer enfin le mystère du naufrage du navire de Lapérouse. L'Association Salomon, avec un soutien du ministère de la Défense et de la Marine nationale, du ministère de la Culture et de la Communication (DRASS) et du ministère délégué à la Recherche avec l'IRD (http://www.operationlaperouse2005.com/) a mené cette recherche dans le Pacifique du 18 avril au 15 mai 2006. Un carnet de voyage fait le compte rendu de cette expédition sous le titre Sur les traces de La Pérouse : carnets d'expédition à Vanikoro, aux éditions Glénat, dans la collection "Sillage" spécialisée dans le carnets de voyage d'aventure depuis 1996, pionnière dans ce genre littéraire, tout comme l'est aussi la collection "Carnets de littoral" de Gallimard créée en 1995 pour croquer les sites naturels protégés par le Conservatoire du Littoral. L'éditeur Gallimard avait publié dès 1992 Antarctide, le journal de bord d'un peintre dans les glaces, et dès 1990 Les Tavernes d'Alcina, compte rendu d'un voyage au Portugal ; ces deux productions ont été réalisées par Yvon Le Corre, carnettiste marin pionnier du carnet de voyage. Deux autres expéditions retracent l'exploration de deux continents comme l'Asie Centrale et l'Afrique : "Paris-Kaboul", qui part sur la route de la soie, et "Portes d'Afrique", qui découvre les ports d'escale de l'Afrique occidentale. Ainsi, en association avec l'Unesco et différents centres de recherche et organismes scientifiques, la Guilde européenne du raid et le magazine Le Point ont organisé une mission à but culturel pour rallier Paris à Kaboul aux mois d'août et septembre 2003. Cette mission s'inscrit dans une longue tradition de voyages scientifiques ; le XXe siècle ayant été marqué par de grandes aventures automobiles et scientifiques comme la Croisière Jaune en 1932, menée par Louis Audouin-Dubreuil et Georges-Marie Haardt, et par de nombreuses expéditions au fil de la Route de la Soie (http://portal.unesco.org/culture/fr/ev.php-url_id=25032&url_do=do_topic&url_section=201.html, ou http://www.lepoint.fr/special_paris_kaboul/sommaire.html). Quant à l'expédition "Portes d'Afrique", elle offre un voyage de huit mois sur près de 20 000 milles parcourus à la voile autour de l'Afrique, de décembre 2002 à juillet 2003. Un carnet de voyage à la rencontre de l'Afrique maritime permet de naviguer sur une carte et de retrouver le récit de ce grand périple à travers le journal de bord, les articles des journalistes et les nouvelles des douze écrivains (http://www.lefigaro.fr/dossiers/portes_afrique/).

Littérature de jeunesse et diversité culturelle : pour sensibiliser à l'anthropologie et à l'interculturel

Utiliser la littérature de jeunesse comme support pédagogique est préconisé par les instructions officielles de 2002 pour l'enseignement à l'école élémentaire et primaire. Des collections en littérature de jeunesse facilitent l'approche de l'anthropologie et de l'ethnologie pour appréhender la diversité culturelle et ainsi permettre d'éduquer à l'interculturel. Cinq genres seraient à distinguer : les carnets de voyage, les documentaires-reportages anthropologiques, les récits historiques retraçant les Grandes Découvertes, les récits merveilleux de voyage au Moyen Âge et les fictions sur l'Ailleurs. "Télémaque", réalisé par le CRDP de l'académie de Créteil, répertorie des outils sous la rubrique en ligne "Du carnet de voyage au récit de voyage", et approfondit ainsi les pistes d'activités proposées par l'ouvrage Carnets de voyage, du livre d'artiste au journal de bord en ligne de P. Argod, publié par le SCEREN en novembre 2005 dans la collection "Argos Démarches".

Le carnets de voyage : regards d'artistes sur le monde

Les carnets de voyage offrent à l'anthropogéographie définie par J. Malaurie un support pour son expression à travers le regard d'un artiste sur un pays, à travers le récit d'expédition sur les traces d'un personnage ou à travers la réalisation d'enfants voyageurs. Les carnets de voyage concernent essentiellement quel-ques grandes zones géographiques ; en premier lieu l'Asie, le bassin méditerranéen, les pays musulmans du Maghreb à l'Arabie puis le continent africain. Les aires géographiques privilégiées sont incontestablement la péninsule indienne, puis l'Afrique de l'Ouest, le Moyen-Orient, le Maghreb, l'Asie du Sud-Est et enfin l'Afrique orientale. L'Inde est le pays le plus décrit avec une quinzaine de carnets disponibles, tout comme le Népal-Tibet-Ladakh ; puis, à égalité, le sont aussi le Cambodge, le Maroc, l'Égypte, la Turquie, le Mali, le Japon et le Vietnam. Autre pays fort cité, le Maroc, qui a inspiré cinq artistes en hommage à Delacroix : le peintre Jean-Loup Eve, l'architecte Cloé Fontaine, Adrien Chapuis, Caroll et Katell Antoine, Olivier Chardon et Céline Roussel. Parmi ces ouvrages, certains retracent des expéditions de voyage d'aventure, comme Pitcaisrn : les marins de la Bounty ; Les Compagnons du Kon-Tiki ; Le Spitzberg ; Les Carnets de Sibérie ; ou encore maritimes3, comme Du cap Horn à Valparaiso ; Les Carnets antarctiques : expédition Antartica ; Portes d'Afrique ; De Saigon à Saint-Malo : visions de la jonque Sao Mai ; historiques, comme Sur les routes de l'encens ; Paris-Tokyo : carnet de route ; littéraires, comme Grand Nord : sur les pas de Jack London ; Venise : sur les pas de Marcel Proust ; journalistiques, comme Israël-Palestine : carnets ; Irak, année zéro ; Voyage chez les Sans abris... Des journalistes photographes de renom se sont aussi exercés au carnet de voyage : Peter Beard, inventeur du carnet de voyage de collages et de collectes sur la faune africaine dans La Fin du monde4, Max Pam sur la femme indienne dans South India, Guillaume de Monfreid sur les pas de son aïeul dans En mer Rouge : Henry de Monfreid, aventurier et photographe, Dan Eldon sur la famine en Somalie dans son carnet posthume en ligne.

Le carnet de voyage , genre éditorial hérité de la littérature de la jeunesse

L'édition jeunesse semble avoir été à l'origine de l'émergence de l'idée de "carnet de voyage". Aujourd'hui disparue, "Carnets du Monde" était une collection jeunesse lancée par Albin Michel en 1991 et impulsée par Laurent Corvaisier. De 1991 à 1994, vingt-cinq titres sortent pour éduquer à la citoyenneté et à l'environnement : Bangladesh, cyclo-nes à Cittagong de Christophe Blain, Dans le sillage des Boat-People de Noëlle Herrenschmidt, Formule 1, fièvre à Monza de Laurent Lolmède, Afrique du Sud, le jour et la nuit et Tibet, les exilés de Elsie Herberstein, Sahara, l'offensive du sable de Laurent Corvaisier, New York, quartiers noirs de Yann Le Bechec, Vélo, sur la route du Tour de Cathy Couprie, Albanie, visages découverts de Victor Niemad... En parallèle, la collection "Carnets de route", chez Épigones, propose dix titres de récits de voyage d'exploration à destination de la jeunesse, entre 1990 et 1992 : Otto Sverdrup en 1898-1902 ; exploration Doudart de Lagrée-Garnier en 1866-1868 ; De La Condamine en 1743-1744 ; Teilhard de Chardin et la croisière Jaune en 1743-1744 ; James Cook de 1777 à 1780 ; René Caillé en 1826-1828 ; l'ascension du Mont Blanc en 1786 ; un soldat de 1870 ; la voile en solitaire en 1895-1898... L'écrivain Rascal et l'illustrateur Louis Joos ont réalisé le premier journal de bord illustré pour les enfants intitulé Escales : carnets de croquis, chez Pastel en 1992. L'année suivante, l'équipage de jeunes âgés de douze à seize ans du voilier la Fleur de Lampaul, à l'origine de "L'expédition peuples de l'eau (1992-1993)", a produit son premier récit en 1993 sous le titre Imraguen : les pêcheurs du désert, chez Gallimard Jeunesse. Des enfants voyageurs réalisent des carnets de voyage de leur périple destinés à la lecture des jeunes : Les Zorientales et Chroniques tropicales des Enfants de la Baleine, Enfants de l'océan Indien : de Bali aux Maldives et Enfants de Méditerranée : de Chypre aux Éoliennes de l'équipage de la Fleur de Lampaul, Sur le sentier Maori des enfants des cinq continents de Marseille et enfin Aglaé en inde : et j'ai eu 5 ans ! qui raconte le quotidien d'une petite fille partie avec ses parents à la découverte de l'Inde.

Les documentaires : sensibilisation à la diversité culturelle

Des documentaires jeunesse abordent la diversité culturelle à travers des reportages anthropologiques adaptés pour les jeunes de cycle 3 et de 6e-5e. Peuples de la terre, chez Milan Jeunesse, offre un panorama des situations et des comportements d'hommes et de femmes de cultures différentes à travers la photographie d'une famille commentée. Enfants d'ailleurs : racontés aux enfants d'ici, chez de la Martinière Jeunesse, présente les différents modes de vie d'enfants d'autres pays, à travers la description des coutumes vestimentaires, alimentaires, scolaires et ludiques. Un tour du monde des écoliers est d'ailleurs proposé par Joséphine Flé et Savanne de Trogoff, aux éditions Romain Pages, avec le soutien de l'UNICEF. Enfants d'ici, parents d'ailleurs : histoire et mémoire de l'exode rural et de l'immigration, chez Gallimard Jeunesse, permet d'appréhender l'histoire de l'immigration française en introduisant chaque immigration par le récit d'un enfant d'aujourd'hui, mêlant vie quotidienne, mémoire et histoire, accompagnée de repères historiques et économiques. Les Pieds sur terre : les aventures de Timéo dans un monde qui marche sur la tête, aux éditions Elka, initie aux premières notions économiques de développement, de mondialisation et de commerce équitable, à travers le périple d'un enfant autour de la Terre, confronté à la réalité des échanges commerciaux ou à la spoliation des droits de l'homme, mais aussi au dynamisme de la solidarité et de l'action humanitaire. Le Premier livre de toutes nos couleurs, chez Rue du Monde, invite au débat et permet ainsi aux enfants de construire des arguments autour du droit à la différence. De nombreuses collections font découvrir la vie quotidienne d'enfants : la plus ancienne, "Enfants du Monde" de PEMF, dispose d'une dizaine de titres, depuis 2003, Naître ailleurs de Tournon Jeunesse, et depuis un an, Le journal d'un enfant de Gallimard Jeunesse. Cette dernière collection, très documentée, oscille entre le journal intime, par le biais d'une histoire racontant la vie quotidienne d'un enfant, et le documentaire, grâce aux repères géographiques et historiques. Regard inverse du carnet de voyage, c'est l'autochtone qui livre la réalité de son quotidien dans son pays d'origine, et donc son témoignage authentique, et c'est le lecteur qui porte un point de vue critique au fil de sa lecture. Ce dernier se fait alors ethnologue sans expérimenter le voyage, à la différence du carnettiste au regard étranger et exotique sur l'Ailleurs, nourri de l'expérience du changement de repères, initié par le voyage. Mais le regard exotique peut aussi être celui d'un étranger sur notre monde occidental et nos coutumes ; par exemple, l'album intitulé Mon voyage inoubliable : un artiste indien hors de chez lui, chez Syros, propose une vision critique de Londres où séjourne l'auteur Brajju Shyam, peintre aborigène du groupe tribal Gond de l'Inde Centrale. Le lecteur peut ainsi appréhender en quoi l'Autre raisonne de manière différente de la nôtre, ou selon d'autres principes façonnés par un environnement social différent. Il s'agit de faire l'effort intellectuel de se distancer de ses propres principes de compréhension du monde, d'avoir un esprit critique par rapport à ses codes culturels et ainsi d'éduquer à l'interculturel, qui vise à construire une articulation entre porteurs de cultures différentes.

Les récits historiques : exploration des "Terrae Incognitae"

La quête anthropologique est liée à l'exploration de nouvelles terres par les navigateurs cartographes des Grandes Découvertes dès le XVIe siècle. Faire découvrir aux élèves la conquête des Terrae Incognitae, c'est permettre au lecteur d'élargir l'horizon de ses connaissances tout en initiant à la différence culturelle relatée dans les récits des explorateurs à propos des indigènes. Les premiers carnets de voyage ont en effet été le plus souvent rédigés par des marins, comme le développe François Bellec dans ses deux ouvrages Marchands au long cours et Le livre des terres inconnues.

Des carnets de voyages contemporains et récemment édités rendent hommage à ces aventuriers explorateurs, comme Sylef dans Les carnets d'un marin : voyages imaginaires sur les bateaux extraordinaire, et Dominique Le Brun dans En mer avec Henri Landier. Du regard anthropologique sur l'Ailleurs, "ces merveilleux carnets de voyages" nous orientent vers les sciences sociales et l'anthropogéographie. Objets d'une anthologie rédigée par Farid Abdelouahab, ils éduquent à l'interculturel et à la compréhension de l'Autre.

Le genre "carnet de voyage" apparaît en fait dans l'édition en 1990, avec la collection "Carnets de route" des éditions Épigones, qui rassemble dix carnets de bord de marins explorateurs : Expédition Mékong : exploration Doudart de Lagrée-Francis Garnier de 1866 à 1868 ; Dans les glaces du pôle : expédition Otto Sverdrup de 1898 à 1902 ; Tombouctou ou le premier voyage à Djenné et à Tombouctou de 1826 à 1828 ; En descendant la rivière des Amazones de 1743 à 1744 ; Voyage à l'océan Pacifique : troisième voyage de James Cook de 1776 à 1780 ; etc.

De très nombreux documentaires ont été édités depuis deux ans sur les Grandes Découvertes à la suite de la parution, chez Autrement Junior, du titre Les grands explorateurs : De Pythéas à Amundsen, qui mentionne, notamment, les quatre premières explorations historiques que sont celles de Pythéas, quatre siècles avant Ptolémée, de la quête du Prêtre Jean depuis 1144, de Marco Polo et d'Ibn Battûta. Deux cédéroms, datant de 1998, ont auparavant sensibilisé aux Grandes Découvertes : Navegar : les découvertes des portugais du XVe au XVIIe siècle de la Réunion des musées nationaux et Explorateurs du nouveau monde, des éditions Softkey, qui propose les journaux de bord des explorateurs du Nouveau Monde de la fin du XVe au XVIIIe siècle.

Les récits merveilleux de voyage : découverte de l'Orient médiéval

François Place publie, depuis 1996, la série des Atlas des géographes d'Orbae, qui est le récit imaginaire d'explorations et de voyages fantastiques vers des pays fabuleux peuplés de chimères, de monstres et d'amazones. Il s'est inspiré certainement du Livre des Merveilles ou Le Devisement du Monde de Marco Polo, narré par Rusticello au XIIIe siècle. Le premier carnet de voyage connu et reconnu serait-il celui de Marco Polo ? Évoqué dans le programme du cycle 3 en histoire-géographie et étudié en 5e sous forme d'extraits, il peut être le point de départ d'un projet pédagogique plus large sur les apports de la civilisation asiatique à notre culture aux alentours du XIIIe siècle, annonçant ainsi les prémisses de la Renaissance en Occident.

La collection "Classiques Hatier" propose en effet d'approfondir la réflexion sur les récits de voyage à travers l'Asie : Le Livre des merveilles, suivi de Les Routes de l'Asie : Guillaume de Rubrouck, Ibn Battûta, Alexandra David-Neel, Nicolas Bouvier et l'ouvrage Le Devisement du monde de La bibliothèque Galli-mard, offrent des extraits commentés par des "arrêts sur lecture". Les documentaires de jeunesse, tels que La route de la soie et Marco Polo au XIIIe siècle chez Mango et Sur les traces de... Marco Polo chez Gallimard Jeunesse, permettent de contextualiser le récit dans le temps et dans l'espace.

Comme Le Livre des Merveilles, le récit de voyage d'Ibn Battûta est préconisé dans les programmes d'histoire-géographie de cycle 3. Né à Tanger en 1304, Ibn Battûta voyagea pendant trente ans, de 1325 à 1354, dans l'Orient musulman, et parcourut près de 120 000 kilomètres. Son récit témoigne de l'étendue du monde musulman au début du XIVe siècle et illustre le genre des récits de voyage appelé "Rihla", lancé par l'andalou Ibn Jubbayr un siècle auparavant.

Il est cependant difficile de trouver des extraits lisibles par les plus jeunes ; l'édition offre à la lecture uniquement le magnifique album intitulé Le Fabuleux voyage d'Ibn Battûta de James Rumford, chez Syros Jeunesse, et Sur les traces du monde arabo-musulman, raconté par Youssez Seddik, chez Gallimard Jeunesse. L'ouvrage La Méditerranée au XIIe siècle d'Isabelle Augé, publié par le SCEREN-CRDP de Montpellier, facilite l'étude historique, antérieure à la lecture du récit d'Ibn Battûta, réalisée par l'enseignant pour contextualiser le périple de ce pèlerin célèbre. À partir de questions, l'auteur met en évidence les spécificités de chacune de ces civilisations, et les contacts commerciaux, culturels et militaires qui s'établissent entre elles, avec le phénomène majeur que sont les croisades.

Les fictions sur l'Ailleurs : conte, poésie et légende

De récentes collections de contes sont proposées, notamment par les éditions Rue du monde. Après le titre Comptines du monde entier, regroupant une quarantaine de comptines en français, parfois dans leur langue d'origine, la collection "Pas comme les autres" propose Le tour du monde des contes : sur les ailes d'un oiseau, qui retrace le voyage de deux enfants sur les cinq continents où ils rencontrent les héros d'une vingtaine de contes populaires. La collection "Contes des cinq continents", de Nathan Jeunesse, propose, quant à elle, une version racontée et mise en musique sur un CD audio, avec des instruments traditionnels, tout comme la collection "Voyages et rencontres" chez Enfance et culture, avec par exemple Voyages et rencontres au Mali pour s'ouvrir au monde dès le plus jeune âge. L'ouvrage pédagogique Tout autour de la terre : un conte pour découvrir les cinq continents, chez Nathan-revue Idées Éducation Enfantine, propose, à partir d'une sélection d'albums et de contes, de faire découvrir cinq pays - la Russie, l'Australie, la Chine, le Mali, la Tunisie - à travers des activités ludiques et créatives qui mettent en scène l'histoire. Dans le domaine de la poésie, "Rue du Monde" a édité trois titres successifs depuis 1997 : La Cour couleurs : anthologie de poèmes contre le racisme , Tour de terre en poésie : anthologie multilingue de poèmes du monde et On vous écrit de la Terre : 100 enfants du monde s'adressent à vous. Ce dernier titre offre un choix de textes d'enfants sous forme de lettres réalisées au cours d'une série d'ateliers d'écriture sur toutes les émotions de la vie. Côté théâtre, la collection "Les aventures mondiales de Francine et Jacky", écrite par Eric Borgen et Lucile Placin aux éditions La Cabane sur le chien, initie au jeu de l'improvisation sur le thème de la rencontre dans différents pays : France, Canada, Cameroun, Finlande, Brésil et Japon (à paraître).

Participer à des concours scolaires  : "sur les traces des écrivains voyageurs"

Des concours scolaires permettent de réaliser des carnets de voyage en classe et d'initier à l'éducation à l'interculturel à travers la production d'un document original et créatif où l'image est centrale, voire prédominante par rapport à l'écrit, née de la combinaison d'arts : dessin, croquis, collage, photo... Lors de la Biennale du carnet de voyage de Clermont-Ferrand (mi-novembre), plusieurs prix sont remis chaque année par le CRDP d'Auvergne pour le Carnet de voyage élève : le lauréat, la mention spéciale, les écoles primaires, trois prix pour les collèges, un prix pour les lycées. Voyages linguistiques, sorties éducatives, classes vertes ou de neige, voyages culturels à Paris, voyages imaginaires en littérature, voyages intimes en enfance, voyages artistiques en arts appliqués sont autant d'approches. Par exemple, depuis l'an 2000, le CRDP de Clermont-Ferrand et les éditions Du Dimanche ont publié cinq carnets de voyage d'établissement scolaire primés lors des biennales successives ; les deux derniers sont thématiques : "Voyage à Endé au Mali" en 2003 et "Voyage en Italie : Florence et Rome" en 2005.

Le concours Faites des livres ! du SCEREN-CNDP est une occasion de sensibiliser les élèves aux aspects matériels et techniques, qui participent aussi de la construction du sens. Il s'agit d'amener les jeunes à découvrir la valeur de "l'objet livre" dans une perspective dynamique : entre savoir et savoir-faire, du projet d'écriture à la réalisation technique, de la découverte d'un patrimoine à la création collective. Pour l'année 2007, le concours du CRDP d'Auvergne et celui du SCEREN proposeraient une thématique commune sur "Les carnets de voyage" et de nouveaux horizons littéraires pourraient ainsi s'ouvrir à l'écriture et à l'expression plastique.

http://www.artsculture.education.fr/presence_litterature/livre/concours_livre/reglement.asp,http://www.education.gouv.fr/bo/2004/5/MENE0400060N.htmouhttp://crdp.ac-clermont.fr/crdp/arts_et_culture/Manifestations/Carnets/Carnets_2006/ManifestationsCarnet2006.htm.

Conclusion

La diversité culturelle, au coeur de l'éducation au développement et à la solidarité internationale, est un enjeu pour l'intégration sociale et la lutte contre le racisme. Éduquer à l'anthropologie favorise, en effet, la tolérance et le respect des autres. De nombreux outils pédagogiques sont disponibles en CDI pour mener à bien cette mission - sites web, documentaires et fictions de jeunesse - et des pistes pédagogiques sont envisageables, comme la réalisation d'un carnet de voyage, prolongement d'un voyage linguistique, d'une sortie scolaire au musée ou du suivi d'une expédition maritime au long cours. Sensibiliser à l'anthropologie permet d'éduquer à l'interculturel.

Unesco éducation

Pour information

    Trois bibliographies commentées sur le thème de l'interculturel, réalisées par Pascale Argod, sont consultables, depuis juin 2006, sur le site web de l'IUFM d'Aquitaine, à la rubrique "Documentation", puis "Produits documentaires". Elles s'intitulent : "Interculturel, diversité culturelle et intégration sociale", "Francophonie et plurilinguisme : interculturel et langues" et "Échanges culturels et ouverture sur le monde : éduquer à l'anthropologie". http://www.aquitaine.iufm.fr/documentation/bibliothematic/biblioDyn.php?ens=1

(1) Hachette-Livre, FLE, Paris, 2000.

(2) Auteur du premier tour ULM de la planète en 1984-1987.

(3) La plupart des carnettistes sont des peintres et des marins chevronnés, parfois héritiers des peintres de la marine. Les deux carnettistes pionniers du genre sont des marins, comme Yvon Le Corre avec son carnet de bord d'un peintre dans les glaces intitulé Antarctide, publié en 1992, et comme Gildas Flahaut avec Les carnets tempête : voyage aux îles Kerguelen, publiés en 1996.

(4) Impression du catalogue de l'exposition de Tokyo intitulée "Journal intime" en 1993, puis de l'exposition de Paris intitulée "Carnets africains" en 1997.

Argos, n°41, page 35 (12/2006)
Argos - Eduquer à l'interculturel : de la diversité culturelle à l'anthropologie