Dossier : Développer les relations Nord/Sud / 1. En classe...

Création d'un haut comité national de la francophonie

Annick du Roscöat

La création d'un Livre blanc destiné au président de la République place la francophonie au coeur des actions.

Lors de la Journée internationale de la francophonie, sous le haut patronage de Christian Poncelet, président du Sénat, et sous la présidence de Philippe Douste-Blazy, ministre des Affaires étrangères, Annick du Roscoät a présenté officiellement, dans les salons du Sénat, le 20 mars dernier, le Haut Comité national de la francophonie. Présidente de ce Haut Comité et membre du Conseil économique et social, elle a présenté ses objectifs : "[...] En cette journée internationale de la francophonie, je pense que le fait de voir réunies, au sein de la haute assemblée, autant de personnalités d'horizons divers, est bien l'illustration de ce qu'est la francophonie aujourd'hui. Notre langue, pratiquée officiellement dans 29 pays par 710 millions de personnes, est celle des droits de l'homme. Ce n'est pas sa musicalité qui fait force ; ce n'est pas non plus la concision du français qui fut la raison de sa nature conquérante ; c'est la puissance avec laquelle le français s'empare du réel pour le penser, le clarifier, le transformer. [...] Telles sont les causes de la fameuse universalité du français. Madame le Ministre de la Croatie vient de nous dire que son pays avait signé aujourd'hui la réintroduction du français en tant que langue officielle de la diplomatie [...]. Tous ceux qui parlent français ont en héritage commun les trésors d'une culture exceptionnelle. De cette richesse, de cette pluralité, différents organismes ont été chargés, pour essayer d'identifier, d'inventorier ou de quantifier cette entité francophone, donnant ainsi naissance à des colloques, des études, des manifestations, ce dont nous nous réjouissons. Mais alors, me direz-vous, pourquoi un Haut Comité de la francophonie ?

Les raisons ne manquent pas. La langue, la culture et la civilisation française dépassent largement les clivages idéologiques, politiques, sociaux et culturels, car la francophonie nous appartient à tous. Elle a pour vocation, comme le soulignait le président de la République, d'appeler toutes les autres langues du monde à se rassembler pour faire en sorte que la diversité culturelle, qui résulte de la diversité linguistique, soit sauvegardée. Il nous faut lutter contre l'étouffement, par une langue unique, des diverses cultures qui font la richesse et la dignité de l'humanité. Pour revenir sur les missions du Haut Comité, rappelons tout d'abord que la francophonie est éclatée. Car s'il existe, comme nous l'avons vu, des institutions qui lui sont vouées, chacune traite d'un aspect particulier. Il importe donc de rassembler les propositions et d'assurer ainsi un volet auprès des pouvoirs publics, de faire entendre, très concrètement, la voix de ceux qui ont beaucoup d'idées mais qui parviennent rarement à les exprimer auprès du monde politique. Le Haut Comité a commencé la rédaction d'un livre blanc qui sera remis au président de la République, rédigé par des personnalités politiques, économiques, culturelles, françaises et étrangères. [...] Toutes ces personnes placent la francophonie au coeur de leur action. Par ailleurs, il s'agit également de dépoussiérer l'image de la francophonie, trop souvent connotée et assimilée, à tort, à un repli. Le Haut Comité est en passe de concrétiser l'un de ses premiers projets qui est celui de rassembler, puis de faire parvenir à destination des pays francophones des livres et revues en langue française. [...] La francophonie doit se placer comme une alternative à la suprématie anglo-saxonne, et pas seulement sur internet. Est-il normal, et notamment au sein de la Commission européenne, de voir que tous les textes ne sont plus traduits en français ? Ce n'est pas tant la voix de la France que celle de tous ceux qui parlent français qu'il faut entendre. La francophonie est une passerelle solide pour créer un vaste espace de solidarité et de partage. Il nous faut la faire vivre.

La seconde mission du Haut Comité se situe sur notre propre territoire. La francophonie est multiple. Elle est un outil d'intégration auquel le Haut Comité est tout particulièrement attaché. La loi Toubon doit être appliquée : il est inadmissible que des instructions internes soient données dans notre pays dans une langue qui n'est pas la nôtre. [...] Notre langue semble être prise en étau entre un parlé destructuré [...] qui ne respecte pas, sur le fond comme sur la forme, l'essence de la langue, et de l'autre côté, un patois de bureau, sorte d'anglais de base qui écorche autant la langue de Shakespeare que celle de Molière. Au final, la pauvreté du langage interdit toute véritable pensée. [...] En ce jour de la francophonie, il convient d'affirmer haut et clair à toute notre jeunesse qu'il ne peut y avoir qu'une seule communauté nationale, celle qui nous unit tous, sans distinction d'origine ni de race. Le lien tangible d'appartenance à cette communauté est la langue. [...] La langue constitue le socle culturel et social de la République, une et indivisible. La langue assure le lien entre les générations, les différentes classes sociales. Il n'y a pas d'intégration sans maîtrise de la langue. Loin d'être une préoccupation secondaire, la francophonie est un enjeu. "La francophonie sera subversive et imaginative ou ne sera pas", disait Boutros-Boutros Ghali. Quelle meilleure définition donner à la feuille de route du Haut Comité national de la francophonie ?"

Renseignements pratiques

    Haut Comité national de la francophonie : 6, rue Quentin-Bauchart

    75008 Paris - Tél. : 08 70 72 19 59 - Fax : 01 47 23 47 03

Argos, n°41, page 34 (12/2006)
Argos - Création d'un haut comité national de la francophonie