Dossier : L'effet religieux / 3. Lire les textes avec méthode

De l'écriture du Coran

Entretien avec Alfred-Louis de Prémare (Professeur émérite à l'université de Provence, enseignant-chercheur à l'IREMAM (Institut de recherches et d'études sur le monde arabe et musulman)) .

Des questions largement partagées concernant le Coran, son écriture, la façon dont il est et a été reçu ainsi que l'étude qu'on peut en faire.

Argos :

Le texte du Coran semble, à bien des lecteurs, difficile d'approche, ne serait-ce que parce qu'ils se posent la question, que nous vous posons maintenant, d'où vient ce texte, comment et pourquoi a-t-il été écrit ?

Alfred-Louis de Prémare :

Je ne sais pas si l'on peut répondre tout uniment à cette question, mais je vais essayer quand même. D'abord, il faut voir qu'il existe le point de vue de la tradition islamique qui dit que le Coran est fait de révélations descendues directement sur un prophète, tout au long de sa carrière prophétique, si je peux m'exprimer ainsi. Ce point de vue est constitué de rappels de la carrière de prophète Muhammad* (voir encadré, page 74). À chaque étape, l'ange Gabriel vient lui dire ce qu'il doit dire. Les musulmans disposent d'un appareil d'explications nommé les Circonstances de la Révéation. Les commentaires coraniques sont donc largement inspirés par des récits relatifs à ces Circonstances. Voilà pour le point de vue traditionnel.

Évidemment, le chercheur moderne ne se place pas du point de vue d'une foi. Il se place en historien des textes, en historien en général. Il essaie alors de répondre à la question que vous avez posée. Certes, une communauté dit qu'il s'agit d'une révélation, nous connaissons cette situation à propos des textes bibliques. Mais l'historien ne se place pas de ce point de vue. Il met en oeuvre un certain nombre de méthodes de sa discipline, en faisant abstraction de l'adhésion à une foi.

Texte associé : Le Coran : repères

Comment, donc, le Coran est-il apparu ? Pour répondre à cette question, on est bien obligé de se placer d'un point de vue que je dirais très positif au sens méthodologique du terme. On doit tenir compte des leçons de la paléographie des plus anciens manuscrits qui ne sont, au mieux, datables que du début du VIIIe siècle, peut-être aussi de quelques fragments de la fin du VIIe siècle, donc, de toute façon, d'éléments tardifs, par rapport à la carrière décrite du prophète. On dispose aussi des données de la numismatique, des textes qui figurent maintenant dans le Coran et qui ont été frappés sur des monnaies, à partir de la fin du VIIe siècle. On prend aussi les inscriptions du Dôme du Rocher, à Jérusalem, qui datent de 691-692, dans lesquelles se lisent un certain nombre de textes que l'on retrouve aussi dans le Coran. Donc, les données positives que nous possédons sont de la fin du VIIe siècle, début du VIIIe. Voilà, il me semble, ce dont doit partir en ce moment le chercheur qui cherche à circonscrire comment ont été produits les quelques textes qui sont dans le Coran.

La tradition musulmane a, là-dessus aussi, un point de vue qui a été largement repris et répercuté, avec des nuances très critiques, par la recherche orientaliste du XIXe-XXe siècle. À savoir que le texte du Coran, c'est-à-dire le corpus dont nous disposons maintenant, daterait du troisième successeur de Muhammad, Uthman (assassiné en 656), soit une trentaine d'années après la carrière de Muhammad. Selon les récits de la tradition islamique, au milieu de VIIe siècle, tout le Coran est là. Le texte a été rassemblé, le prophète a reçu sa révélation. Il ne l'a pas mise par écrit - ou si peu que pas. Il a donc fallu que, dès sa mort, les califes* successeurs s'emparent de la question et que le troisième calife officialise le texte. Tel est, là encore, le point de vue de la tradition. Mais, quand on étudie ces récits, on ne peut pas ne pas voir d'immenses contradictions entre eux. Leur reconstruction est très tardive parce que, là aussi, ces textes sur la "collecte du Coran" ont une longue histoire. Les méthodes de l'historien s'appliquent de plein droit à ces récits externes qui concernent l'histoire du Coran. De toute façon, les musulmans reconnaissent, eux aussi, que leur Livre a une histoire. Un peu comme cela se passe pour les textes bibliques, quand on parle de Papias1, qui a donné telle information sur Marc, Matthieu ou Jean et la composition de leurs évangiles respectifs. Mais l'historien ne peut s'en tenir à ces points de vue traditionnels. Pour le Coran, il part, plutôt, de la fin du VIIe siècle : à partir de ce moment, on a des textes attestés. "Le Coran de Uthman, il a disparu", dit Mâlik, un maître de la tradition, alors, pourtant, qu'il aurait été diffusé dans les grands centres de l'empire naissant. En fait, on ne sait rien à son sujet, sinon qu'il aurait existé, peut-être, une collection effectuée à Médine à ce moment-là. Mais qu'était-elle dans sa réalité matérielle ? On ne sait pas. On n'en possède pas réellement le texte.

Donc, comme point de repère existant, je vois les inscriptions du Dôme* du Rocher, qui sont une proclamation de la doctrine islamique, dont on retrouve les éléments dans le Coran actuel. Le problème est de savoir si ces inscriptions citent un Coran établi antérieurement, ou si c'est l'inverse. À mon sens, c'est plutôt l'inverse, ou concomitant, parce que le calife Abd-el-Malik, qui règne à cette époque, est aussi, d'après certaines traditions islamiques, censé avoir procédé à une recension définitive et à un aménagement des textes. Pour l'historien, voilà un point de repère solide, une datation, globale, située vers la fin du VIIe siècle, début du VIIIe, même si les choses ne sont pas encore complètement et définitivement fixées à ce moment-là. Cette conclusion est encore, malgré la sorte de consensus qui semble s'établir actuellement, une hypothèse. C'est cela que j'ai présenté dans le livre, Aux origines du Coran.

Tout le monde n'est pas d'accord, les savants ont l'art de discuter beaucoup. Mais je pense que ce point de vue est assez ancien, et a été occulté par la recherche. En France, il y a eu un chercheur, Paul Casanova2, qui a déjà émis cette hypothèse en l'étayant solidement, dans un livre qui s'appelait Mahomet et la fin du monde. Mais, sans doute en raison de la thèse principale concernant la fin du monde, l'hypothèse du rôle de Abd al-Malik a été plus ou moins laissée de côté par la recherche orientaliste, qui ne l'a pas prise en compte. La recherche orientaliste s'est plutôt orientée vers une sorte d'aménagement prudent de la tradition islamique.

Argos :

Le Coran est un livre curieux, insolite pour les Européens. Les 114 sourates sont groupées de la plus longue à la plus courte et non par thèmes, chacune porte un titre qui n'est pas toujours en relation directe avec son contenu. Comment expliquer ce procédé ?

Alfred-Louis de Prémare :

Cela fait longtemps que l'on s'interroge là-dessus, les musulmans eux-mêmes ne se l'expliquent pas, ils acceptent le fait d'un tel groupement qui reste pourtant insolite, même pour eux. Le Coran est le résultat d'un assemblage, c'est un corpus. Les traditionnistes* islamiques abondent dans ce sens. Des choses éparses ont été collectées, rassemblées et mises ensemble. Mais pourquoi telle sourate est longue, pourquoi telle autre est toute petite ? Existait-il un procédé sémitique ancien qui organisait les choses du plus long au plus court ? Par exemple, j'ai parlé du Dôme du Rocher, sur lequel est inscrit ce qui est maintenant la sourate 1123, qui est la proclamation de l'unicité de Dieu : "Dieu Un, Dieu Souverain" etc., cela fait quatre versets, quatre petites phrases qui sont à la fin du Coran, avant deux autres sourates (113 et 114) aussi courtes. Comme le montre l'ensemble de l'inscription du Dôme du Rocher, ce texte est une affirmation polémique contre la théologie chrétienne sur le Christ et la Trinité, proclamée face à l'empire byzantin. Mais, pourquoi est-elle placée à la fin du corpus ?

Les sourates que les musulmans estiment être les plus récentes se trouvent au début, alors que celles qu'ils estiment être les plus anciennes se trouvent à la fin. C'est un choix dont la bizarrerie n'a pas échappé aux musulmans eux-mêmes. Ils croyaient au livre de Dieu, bien sûr, mais, en même temps, ils s'interrogeaient. La réponse finale a été : "C'est ainsi, il n'y a pas à s'interroger", l'assemblage provenant, selon la tradition islamique, de l'ange Gabriel lui-même.

Argos :

Pourtant, les musulmans eux-mêmes ont eu des débats sur le statut du texte coranique. Le courant interprétatif des mutazilites* dit que le Coran a été créé.

Alfred-Louis de Prémare :

Les mutazilites apparaissent à la fin du VIIIe siècle et sont actifs au IXe. Les Omeyyades* ont été balayés de la scène politique, nous sommes en période abbasside. Grâce aux contacts avec la philosophie grecque, naît un courant de réflexion philosophique sur les textes religieux, dans un but de défense de l'islam. En fait, ce n'est pas un courant philosophique proprement dit. Il s'agit de théologiens apologètes qui prennent en main les outils de la pensée rationnelle et les mettent au service d'une théodicée4 islamique qui serait rationnellement fondée. Ils sont ainsi à l'origine de ce que l'on peut appeler la théologie musulmane.

On ne peut pas parler des mutazilites sans parler du courant opposé, celui des traditionnistes, c'est-à-dire des spécialistes de la transmission de l'enseignement du prophète, ce que l'on appelle la Sunna, exprimée dans des traditions appelées Hadîth-s (les propos et dits attribués à Muhammad). Ce courant traditionniste et traditionaliste prenait le texte du Coran à la lettre. Tout de suite, s'est posée la question des anthropomorphismes : "Dieu s'assoit sur son trône", est-ce qu'il s'assoit vraiment ? "La main de Dieu", Dieu a-t-il une main ? oui et oui. "Dieu descend", etc. Oui, il descend, dit un prédicateur, comme je descends de ma chaire et il joint le geste à la parole.

Les mutazilites ne l'entendaient pas de cette oreille. Là-dessus, s'est greffée la controverse sur le Coran : Il est parole de Dieu. S'il est parole de Dieu, comme Dieu, il est non créé. C'est une parole éternelle (comme s'est posée la question du Verbe de Dieu dans la tradition chrétienne). En effet, le Coran, dans une théologie musulmane traditionnelle, remplace ce qu'est le Verbe de Dieu Jésus-Christ pour les chrétiens. Les mutazilites, défenseurs de l'unité de Dieu sur le plan rationnel - ce sont les plus monothéistes qui soient - disent : non ! Le Coran est la parole de Dieu, oui, mais Dieu crée le Coran comme il a créé les cieux et la Terre. Quant au Livre, c'est un ensemble de lettres et de sons assemblés, l'encre, l'écriture, les mots, etc. sont des choses créées.

Le malheur a voulu qu'il y ait eu un calife, al-Mamun*, le successeur du bien connu Harun-ar-rashid*. Il était mutazilite, c'était un homme très cultivé. Il a donné une grande impulsion à la création de bibliothèques - la fameuse Maison de la Sagesse5. C'est à cette époque que les textes étrangers, en particulier ceux des sciences grecques, de la pensée philosophique, etc. font l'objet de traductions en arabe. Ce calife a pris fait et cause pour la doctrine du Coran créé et a voulu l'imposer, avec inquisition à l'appui, comme il arrive toujours en ces cas-là. Cela a duré assez longtemps, sous plusieurs califes. Mais les traditionnistes-traditionalistes* ont eu le dernier mot, pour des raisons d'influence sur le peuple. Quand le peuple s'empare d'une question comme celle-là, il est difficile d'aller contre le sentiment populaire animé d'une foi intransigeante. Et puis, aussi, parce que, il y a un aspect fondamental dans la religion musulmane, c'est la tradition. La tradition est et sera toujours la règle des théologiens. Les courants philosophiques ou critiques restent et resteront toujours plus ou moins marginaux, ou en tout cas parallèles, sans véritable interpénétration dans la mentalité générale. C'est là une opinion personnelle, mais les événements actuels ne la démentent pas6.

Aujourd'hui, beaucoup de gens posent la question : "Qu'en est-il du Coran créé incréé ?" Pour y répondre, il faut la replacer dans son contexte historique et celui de l'histoire du texte coranique. Par exemple, les textes coraniques sont conçus pour créer une ambiance. À travers son style, sa syntaxe, c'est Dieu qui parle, avec le "Nous" de majesté. Il enjoint au prophète : Dis ! Le style crée l'ambiance... puis l'ambiance suscite le dogme : c'est véritablement la parole de Dieu, très littéralement. De ce point de vue, les califes omeyyades sous lesquels a été réalisée l'écriture du Coran, et peut-être le prophète lui-même dans ses proclamations au nom de Dieu comme les prophètes anciens, ont été, dans l'ensemble, de bons politiques. Lorsque Dieu parle, tout le monde ne peut qu'obéir.

Argos :

La question concernant le statut du Coran nous semble être toujours une question d'actualité. En effet, comment peut-on discuter du Coran entre spécialistes, lorsque certains sont musulmans ? Comment peut-on étudier, en classe, le Coran, lorsque des élèves récusent cette étude comme étant sacrilège ?

Alfred-Louis de Prémare :

C'est un problème culturel profond. Mais, la première chose que vous avez dite : la question du Coran incréé est d'actualité, je ne l'exprimerais pas ainsi. Sur le plan théorique, elle n'est plus d'actualité. C'est-à-dire que l'on n'en discute pas. Il est évident que le Coran est la parole de Dieu, qu'avant de toucher un Coran, on doit faire ses ablutions. Un musulman, disons "accroché", accepte sans difficulté que vous et moi prenions une traduction du Coran. Mais que nous, non-musulmans, puissions toucher le texte écrit en arabe a, pour lui, des relents d'impiété, nous n'en avons pas véritablement le droit. Donc, un enseignant non-musulman, et notamment une femme, qui arrive la bouche en coeur et déclare à ses élèves, "Je vais vous expliquer ce qu'est le Coran", commet une bourde pédagogique ! Ainsi, ce sont les conséquences sociales et psychologiques de l'affirmation dogmatique que le Coran est incréé qui sont d'actualité. La doctrine elle-même, on n'en parle plus tellement. Et l'on en parle d'autant moins qu'elle a donné lieu à l'une des premières inquisitions, une inquisition islamique - le mot arabe même, mihna, veut dire inquisition. Elle avait été précédée d'une autre : la persécution des partisans du libre arbitre, hostiles au dogme de la prédestination. Mais, foin de l'histoire : dans le consensus de la pensée "correcte" d'aujourd'hui, l'inquisition, c'est une affaire chrétienne. Je crois que ce fut aussi une affaire musulmane, tout au long de l'histoire de l'islam. Il est loisible d'en fournir maints exemples.

Entre spécialistes, universitaires et étudiants, la discussion est possible et elle a lieu, pas du tout dans l'ambiance que l'on peut parfois connaître dans les collèges et les lycées. Au niveau universitaire, la réflexion sur l'histoire du texte coranique fait partie du programme du CAPES et de l'agrégation d'arabe.

L'enseignement est tout à fait moderne et se fait à partir de l'analyse des textes islamiques comme à partir des interrogations de la recherche moderne. Cela est possible avec des étudiants qui ont dépassé le niveau de la maîtrise. Et ceci n'empêche pas que les étudiants puissent être de bons musulmans. Cette démarche est, en tout cas, nécessaire, et ils peuvent même découvrir que cette démarche ouverte pouvait ne pas être absente des Anciens de leur prore tradition.

Argos :

Ceux qui souhaitent connaître le Coran sans savoir l'arabe sont placés devant le problème du choix d'une traduction. On sait que pour la Bible, suivant les traductions, les textes peuvent donner lieu à des variations. Comment choisir, pour le Coran ?

Alfred-Louis de Prémare :

Grand problème ; comment entrer dans le Coran quand on n'est pas, soi-même, armé sur le plan linguistique. Ce serait possible, si nous avions - comme cela existe pour les textes bibliques - non pas la traduction de monsieur Untel, mais celle donnée par une équipe de chercheurs qui serait bien au courant des textes religieux, de la tradition biblique, des nombreux textes parabibliques, etc. - d'autant que le Coran est bourré de rappels de données originellement bibliques. Donc, une équipe de spécialistes de différentes disciplines : histoire antique, archéologie, exégèses, etc. Le Coran ne peut être traduit valablement indépendamment d'une culture religieuse et historique très large. Il faut connaître non seulement la Bible, les Midrash7, mais aussi ce qu'on appelle les écrits intertestamentaires et les apocryphes chrétiens, etc. Et, dans une traduction, cela doit donner lieu à un minimum de notes critiques et historiques faites, précisément, pour guider le lecteur en dehors des sentiers battus. Il y a eu des choses de ce genre. Il faudrait que ce soit systématique, et sans risquer l'anathème et les procès d'intentions plus ou moins politiques à chaque tournant.

Est-il possible de lire le Coran ?

À lire ce petit livre, clair, précis et rigoureux, on serait tenté de dire que ce n'est pas utile, puisqu'il suffit de s'approprier les commentaires qui en ont été fait pour comprendre. Point d'effort à faire, il suffit d'accepter les interprétations. Seulement voilà, derrière l'apparente unité des commentaires, se profilent les événements de l'histoire des hommes, qui modifient les pensées, transforment les objectifs, fixent d'autres buts. Certains aimeraient que l'islam apparaisse comme un bloc immuable, indifférent aux destins historiques. Ce livre bien informé relativise les prises de position et constitue ainsi un moyen efficace pour s'initier à la complexité des groupes qui se réclament de la culture musulmane.

Viviane Liati, De l'usage du Coran, Mille et une nuits, 2004, 12 euros.

Bibliographie

  • de Prémare, A.-L., Écritures et lectures, dans "Les premières écritures islamiques", Revue du monde musulman et de la Méditerranée (REMMM) n° 58, Aix-en-Provence, Édisud, 1990.
  • de Prémare, A.-L., Les Fondations de l'Islam : entre écriture et histoire, Seuil, "L'Univers historique", 2002.
  • de Prémare, A.-L., Aux origines du Coran, questions d'hier, approches d'aujourd'hui, Téraèdre, "L'islam en débats", 2004.

(1) Papias, évêque d'Hiérapolis (Asie mineure), vers 110-130. Il a écrit cinq livres de "Paroles du Seigneur", dont on ne connaît que les extraits cités par Eusèbe de Césarée dans son Histoire ecclésiastique, 3, 39. Papias dit, par exemple, que l'évangéliste Marc n'a pas connu Jésus mais a rapporté exactement ce qu'en disait Pierre et que l'évangéliste Matthieu a recueilli, en hébreu, les paroles attribuées à Jésus. Ces témoignages contribuent à l'histoire traditionnelle de l'élaboration du Nouveau Testament.

(2) Paul Casanova (1861-1926), professeur au Collège de France. Dans son livre, Mahomet et la fin du monde (Paris, 1911), il montre que Mahomet n'était pas intéressé par la production d'un Coran écrit, parce qu'il pensait que la fin du monde allait se produire de son vivant. Cela ne s'étant pas produit, ses disciples ont récolté les paroles qui lui étaient attribuées, en ont ajouté d'autres pour les expliquer et maintenir la nouvelle communauté.

(3) Sourate 112, "Unicité (al-Ikhlas)" : 1. Dis : Dieu Un. 2. Dieu le Souverain. 3. Il n'a point engendré et n'a point été engendré. 4. Il n'a personne pour égal.

(4) Partie de la philosophie traditionnelle qui traite de l'existence du dieu, de ses attributs et de ses rapports avec les hommes.

(5) La Maison de la Sagesse a été fondée à Bagdad, au IXe siècle, par al-Mamun. Elle a comporté une bibliothèque, peut-être avec une activité de traduction et un lieu de discussion. Elle a été fréquentée par les savants, en particulier les astronomes. Les livres grecs sont recherchés (achetés ou pris en butin) et traduits. Les Arabes aiment à se situer comme les vrais héritiers de l'Antiquité gréco-romaine, alors que la pensée scientifique et philosophique des Grecs a poursuivi sa course parallèlement dans l'Empire de Byzance, grand pourvoyeur des califes puis de la chrétienté occidentale en manuscrits de toutes sortes.

(6) Pour aller plus loin sur cette question, lire Alfred-Louis de Prémare, "Le Coran ou la fabrication de l'incréé", dans la revue Medium, n° 3, éditions Babylone, avril-mai-juin 2005.

(7) Midrash : mode d'exégèse biblique, pratiquée par les juifs, rédigé surtout à partir du Ve siècle sur la base d'un matériel antérieur, qui consiste à interpréter les textes bibliques pour en tirer le plus grand nombre possible d'enseignements religieux, spirituels et moraux.

Argos, n°39, page 73 (02/2006)
Argos - De l'écriture du Coran