L'avis des partenaires

CDI et handicap

Annie Noiret, CDI du centre médical et pédagogique (Varennes -Jarcy, 91)

L'accueil des élèves handicapés pose, à l'Éducation nationale, des problèmes... d'adaptation. Comment enseigner à des enfants qui sont répertoriés "pas comme les autres"?

La mise en voix des textes ne peut être pensée dans la perspective d'une discipline, elle se fait dans un dispositif pluriel. Et nous voici devant un autre problème, celui de l'organisation d'enseignements auxquels contribuent des partenaires différents, pour atteindre des objectifs non-disciplinaires. Les enfants handicapés, dans l'École française, occupent une place très réduite - cette étude le montre -, comment faire en sorte que l'on entende aussi leurs voix ?

Le concept de handicap

En 1981, la classification internationale du handicap (CIH) établie par l'OMS définissait un concept du handicap en trois points, dont chacun découle du précédent : déficience - incapacité - désavantage.

Le désavantage vient de la personne, de ses limitations. C'est elle qui doit s'adapter à son environnement et faire la preuve qu'elle peut y être intégrée : c'est un modèle biologique, médical du handicap, qui a néanmoins le mérite de pointer le désavantage social qui l'accompagne.

L'esprit de la CIH avait permis de progresser dans le sens de l'intégration des jeunes handicapés dans le système scolaire : "Placer l'élève au centre du processus éducatif [...], une conception où l'enfant n'est plus soumis à une norme unique mais accepté dans sa diversité1." Au contraire, la classification internationale du fonctionnement du handicap et de la santé (CIF) établie par l'OMS en 2001 a défini un modèle social du handicap : la déficience et l'incapacité existent, mais le désavantage vient de l'interaction de la personne et de ses difficultés avec son environnement. C'est à l'environnement de s'adapter pour que la personne en situation de handicap puisse y trouver la place qui lui revient. Ceci est vrai aussi pour l'enfant et l'adolescent, qui doivent pouvoir trouver leur place à l'école pour y accomplir leur rôle d'élève, droit inscrit dans la Déclaration des droits de l'homme2.

Bien que la CIF n'ait pas été adoptée par la France - au contraire de la CIH -, l'esprit de cette classification prévaut aujourd'hui dans la conception du handicap, et c'est donc au système scolaire de s'adapter : "Le service public de l'éducation est conçu et organisé en fonction des élèves... il contribue à l'égalité des chances par le respect et la prise en compte des différences." "La situation de handicap n'est pas seulement liée aux atteintes, maladie ou déficience dont sont porteurs certains élèves. Les conséquences de ces atteintes, maladies ou déficiences peuvent être considérablement réduites par des démarches pédagogiques appropriées ainsi que par la qualité de l'environnement physique, matériel et humain dans lequel ces élèves évoluent.3"

Cette conception a également permis de passer du concept d'intégration à l'école, où l'on accepte le jeune qui est handicapé, et donc différent, au concept d'inclusion, développé par les Anglo-Saxons. Ce modèle4 "n'est pas : l'attention portée à un individu ou à un petit groupe d'élèves pour qui on adapte le curriculum, on donne du travail différent... [Ni] comment intégrer les élèves à besoins particuliers à des formes existantes d'enseignement. L'inclusion est un processus (plutôt qu'un état) par lequel l'école tente de répondre à tous les élèves en tant qu'individus". Ce qui implique de "répondre aux besoins éducatifs particuliers de certains élèves... par des démarches pédagogiques adaptées, assorties, dans certains cas, d'accompagnements éducatifs, rééducatifs et thérapeutiques spécialisés"5.

Ce n'est sans doute pas par hasard que paraît en 19866 la première circulaire de mission qui définit le CDI, centre de documentation et d'information des établissements scolaires. Les SDI - services de documentation et d'information - existaient depuis les années soixante ; sans missions ni personnels définis, les enseignants chargés de ces SDI avaient néanmoins élargi leur rôle de gestionnaires de documents, avaient cherché à toucher les élèves les plus démunis face au livre et à la lecture, et recherché des implications pédagogiques au sein de la communauté scolaire : le SDI était devenu "un lieu de travail, d'enseignement et de culture"7.

La conception du CDI a donc émergé dans ce contexte de réflexion sur l'attention à porter aux élèves et aux personnes : la loi d'orientation de 1989 place les élèves "au centre du système éducatif", "la CIF propose un modèle de pensée fondé sur l'analyse systémique de tous les paramètres constitutifs de la situation dans laquelle une personne rencontre des obstacles ou des difficultés"8, modèle qui permet de s'ouvrir à une réflexion sur l'attention à porter aux personnes différentes et à la façon dont la société doit se mobiliser pour assurer à chacun une place citoyenne, à part entière.

Aujourd'hui, le CDI est le support officiel d'actions telles les itinéraires de découverte (IDD) en collège, les travaux pratiques encadrés (TPE) en lycée, les projets personnels à caractère professionnel (PPCP) en lycée professionnel, l'éducation civique, juridique et sociale (ECJS). Ce n'est plus seulement le lieu du livre, mais celui du multimédia et de l'Internet. Aujourd'hui également, la scolarisation des jeunes en situation de handicap est devenue une réalité affirmée par la loi9. L'AIS (adaptation et intégration scolaire) et le CDI se sont mis en place pendant la même période, mais il semble que leur rencontre sur le terrain relève encore aujourd'hui plus de la bonne volonté et du hasard que de l'institution.

La place des CDI dans les dispositifs

Une enquête a été menée pour évaluer la place des CDI dans les dispositifs de scolarisation des jeunes en situation de handicap, l'AIS.

Recherche sur les sites de l'Éducation nationale et autres

Cette recherche ne prétend pas être exhaustive : la recherche sur Internet se fait au moyen d'annuaires où les rubriques sont prédéfinies, et au moyen de moteurs de recherche. Ceux-ci sont plus performants et se spécialisent sur les sites portails. Néanmoins, l'absence de langages documentaires structurés et la recherche plein texte génèrent du bruit documentaire difficilement compressible malgré l'usage des opérateurs booléens et/ou/sauf ou les syntaxes mises au point par les différents moteurs (prise en compte des singuliers ou pluriels indifféremment, expressions entre "")10. De plus, dans le cadre de ce mémoire, les résultats n'ont pas été explorés systématiquement mais plutôt par échantillonnage.

Il semble qu'aucun texte au BOEN11 (Bulletin officiel de l'Éducation nationale) ne relie l'action des professeurs documentalistes à la scolarisation des élèves à besoins particuliers. Du moins, les équations qui ont tenté de relier CDI, documentaliste, handicap, AIS, intégration, besoins particuliers, scolarisation, n'ont rien donné.

Une autre recherche effectuée sur le site du CNDP12 (Centre national de documentation pédagogique) a permis d'accéder à des sites divers de l'Éducation nationale, des académies et des CRDP. Le moteur de recherche du CNDP, Spinoo, ne permet encore à ce jour qu'une recherche simple. Il est donc très difficile de limiter et de baliser vraiment une recherche - l'équation handicap et CDI a donné 1269 documents, parmi lesquels les deux termes ne se retrouvaient pas toujours ensemble, malgré l'affirmation que l'opérateur ET y est implicite. C'est pourquoi ces résultats ont été exploités de façon plus ou moins aléatoire, par échantillonnage.

Quelques pages sur les sites de diverses académies font état d'actions pédagogiques menées par des documentalistes en présence d'élèves handicapés, voire dans leur direction exclusive - dont un article écrit par un documentaliste de la FSEF (Fondation santé des étudiants de France)13. Mais tous ces textes sont des comptes rendus d'activité, et nulle part n'est apparu de document faisant état de la participation des documentalistes aux dispositifs de scolarisation, aux équipes, aux réunions de définition des projets individualisés et aux réunions de synthèse.

Des sites comme lecafépédagogique14 et savoirscdi15 n'ont rien apporté de nouveau. Néanmoins, la consultation des magazines en ligne du réseau, accessibles par des liens sur le site savoirs CDI, a montré que la scolarisation des élèves en situation de handicap n'est pas absente des préoccupations des documentalistes. Sur Neteclair16, bulletin électronique pour les CDI du CRDP de Toulouse, une page est consacrée au handicap (référence de textes, présentation d'un logiciel).

Enfin, une recherche sur le site de la revue Inter CDI17, hébergé par l'académie de Versailles, s'est soldée par une absence complète de référence, ainsi qu'une recherche sur Callimaques, base de données du CNDP où sont dépouillées de nombreuses revues.

Il est d'ailleurs curieux que des documentalistes s'impliquent dans la scolarisation des élèves à besoins particuliers et qu'aucun article n'ait paru dans les revues, comme si ces expériences restaient du domaine du privé, du local, sans lien avec une problématique nationale.

L'enquête auprès des documentalistes

Puisque les sites institutionnels ne donnaient que des résultats partiels, il était logique de s'adresser directement aux documentalistes pour connaître leurs pratiques en matière d'AIS. Tout d'abord, quelques documentalistes d'établissements offrant une UPI (Unité pédagogique d'intégration) ont été contactés par téléphone : toutes (il n'y a eu de réponses que de collègues femmes) recevaient et travaillaient avec ces élèves, mais aucune ne participait aux réunions avec l'équipe de l'UPI. L'une d'elles, qui s'était suffisamment impliquée pour faire un bilan de fin d'année, n'avait même pas pensé à cette possibilité.

Internet, la messagerie et les listes de discussion ont bien sûr été le moyen de demander à un très grand nombre de professionnels dans quelle mesure ils participaient aux dispositifs de scolarisation de leur établissement. Les listes de discussion utilisées sont : CDIdocs, enseignants-documentalistes et la liste des documentalistes de l'académie de Versailles18.

Les réponses reçues ont fait état de participation à l'accueil ainsi qu'à des actions pédagogiques, mais personne ne participait aux réunions prévues pour l'équipe, ainsi que le prévoit la loi pour l'égalité des droits et des chances, la participation et la citoyenneté des personnes handicapées19. "Des équipes de suivi de la scolarisation sont créées dans chaque département. Elles assurent le suivi des décisions de la commission des droits et de l'autonomie des personnes handicapées... Ces équipes comprennent l'ensemble des personnes qui concourent à la mise en oeuvre du projet personnalisé de scolarisation et en particulier le ou les enseignants qui ont en charge l'enfant ou l'adolescent."

La scolarisation des élèves à besoins particuliers a été retenue comme thème de travail dans certaines réunions de bassin des documentalistes de l'académie de Versailles : bassins d'Évry, Boulogne, Enghien, Versailles Plaisir et Antony20.

Il faut néanmoins préciser que ces questions ont été soulevées par les documentalistes concernés, qu'elles ont fait l'objet de journées à thème non obligatoires et n'ont à ce titre pas toujours été très suivies.

L'intérêt des documentalistes pour les questions liées à l'AIS est donc mitigé, sans doute faute d'y avoir été sensibilisés. L'étude du fonctionnement du CDI du centre médical et pédagogique de Varennes-Jarcy (91) permettra d'analyser quels rôles peuvent jouer les CDI et les professeurs documentalistes, et dans quelles conditions.

Le centre médical et pédagogique

C'est une structure originale parmi les dispositifs qui permettent une scolarisation normale dans le second degré tout en tenant compte des besoins particuliers.

La scolarisation des élèves à besoins éducatifs particuliers21

La scolarisation des élèves en situation de handicap relève d'un projet personnalisé révisable et adaptable selon les besoins : "de la maternelle au lycée, le parcours scolaire peut alterner ou combiner différentes modalités : une intégration individuelle, éventuellement accompagnée par un auxiliaire de vie scolaire ; un soutien par un dispositif collectif ; une scolarisation dans un établissement sanitaire ou médico-éducatif lorsqu'une prise en charge globale s'impose..."22

Les textes garantissent le droit à la scolarisation des élèves handicapés "en priorité dans l'école ou l'établissement scolaire le plus proche de leur domicile" dans le cadre d'un projet : "Ce projet peut être adapté ou révisé dans le cadre d'un projet personnalisé... [qui] doit garantir la cohérence des actions pédagogiques et prendre en compte les prises en charge médicales, paramédicales, psychologiques ou sociales... L'effort d'ouverture de structures de scolarisations adaptées sera poursuivi et orienté dans le second degré, où 1 000 nouvelles UPI seront créées d'ici 2010, notamment dans les collèges et les lycées professionnels"23 au rythme de 200 par an, pour un coût global de 60 millions d'euros.

À la rentrée 2001, 52 100 élèves atteints d'un handicap bénéficiaient d'une intégration scolaire individuelle dans des établissements de l'Éducation nationale et 51 000 élèves atteints d'un handicap bénéficiaient d'une intégration scolaire collective dans des établissements de l'Éducation nationale24.

Les UPI ont été créées en collège en 1995. Elles accueillaient des élèves présentant un handicap mental. Depuis 2001, ce dispositif a été étendu aux autres types de handicaps25.

Dans le cadre de l'Éducation nationale, existent aussi des établissements adaptés : les EREA (établissement régional d'enseignement adapté ; quelques-uns sont spécialisés pour un handicap particulier) et les instituts d'éducation motrice (IEM).

L'intégration en milieu ordinaire est préconisée, "sauf s'il apparaît que pour un temps plus ou moins long, la gravité ou la complexité de leurs difficultés appelle une prise en charge globale dans un établissement spécialisé"26. Les élèves doivent être accueillis en établissement ordinaire, le jeune "qui ne peut être maintenu, momentanément ou durablement, dans son milieu ordinaire, peut bénéficier d'une prise en charge en établissement ou service médico-social. Cette prise en charge, adaptée à l'âge de la personne, à ses besoins et à ses difficultés spécifiques, est réalisée par une équipe pluridisciplinaire. Elle est globale et individualisée. Elle doit en effet répondre à l'ensemble des besoins de l'enfant, aussi bien sur le plan thérapeutique que sur le plan éducatif, pédagogique et social. Le développement de l'autonomie constitue l'un des objectifs principaux du contenu de la prise en charge"27. À la rentrée 2001, 87 400 élèves atteints de handicap étaient pris en charge dans les établissements et services médico-sociaux et 6 700 dans des établissements sanitaires.

Le CMP, un établissement sanitaire

Le CMP appartient à la Fondation Santé Étudiants de France28. "Participant au secteur public hospitalier, la FSEF accueille prioritairement des adolescents et des jeunes adultes victimes de handicaps moteurs, d'affections somatiques ou psychiatriques rendant temporairement impossible leur scolarisation en milieu scolaire... [dans les établissements] sont implantées des annexes pédagogiques spécialisées rattachées à un lycée tuteur voisin. "29 La mission de ces annexes pédagogiques "consiste à assurer la scolarisation des jeunes gens hospitalisés"30. La FSEF, créée en 1923, "a associé les soins à la poursuite des études, dans un objectif de guérison mais aussi dans celui de la réinsertion en milieu scolaire ou universitaire, voire dans le monde du travail"31. Ce ne sont donc pas des établissements spécialisés, en ce sens que l'objectif est la réinsertion, le retour vers la structure d'origine. Quand cela n'est pas possible, les patients sont orientés vers d'autres structures.

Le CMP est un établissement sanitaire, de soins de suite. Le directeur du centre est secondé par un directeur médical. Le pôle scolaire est placé sous la responsabilité d'un proviseur adjoint qui relève du lycée tuteur. Le pôle médical comprend 5 médecins, 6 kinésithérapeutes, un professeur d'éducation physique et sportive adaptée rattaché au plateau technique, 2 ergothérapeutes, une orthophoniste, 2 psychologues et une diététicienne. Le pôle socio-éducatif comprend 5 éducateurs et 2 assistantes sociales.

Les patients ont de onze à vingt-cinq ans en moyenne, ils sont HTP (hôpitaux temps plein) ou HDJ (hôpitaux de jour). L'offre de soins est vaste : médecine physique et réadaptation ainsi que soins de suite médicalisés pour adolescents. À la date du 4 avril 2005, le nombre de patients était de 67, dont 31 en médecine (18 HTP et 13 HDJ) et 36 en rééducation (21 HTP, 15 HDJ) ; le temps de séjour est court : de trois mois à deux ans maximum en moyenne.

L'annexe pédagogique

L'établissement scolaire est l'annexe pédagogique du lycée de Montgeron (dans le 91), sous la responsabilité d'un proviseur adjoint. Un poste de CPE (conseiller principal d'éducation) a été créé en 1998 ; cette CPE est secondée par 2 assistants d'éducation (AVS depuis la rentrée 2004, auxiliaire de vie scolaire). Les enseignants sont au nombre de 25, dont 8 enseignent à mi-temps ou quart de temps au CMP ; le poste de documentaliste a été créé à la rentrée de septembre 1997.

Les cours se déroulent du lundi au vendredi, le jeudi matin est banalisé pour les réunions. Grâce à la souplesse et l'amplitude de l'offre pédagogique, la très grande majorité des patients sont scolarisés. Quelques élèves sont externes, ils n'ont pas de soins au centre mais ont tous été admis pour des raisons médicales. Ils ne relèvent que des Études (voir le tableau en fin d'article).

Une classe de "remédiation" avait été créée en septembre 1999 avec une institutrice spécialisée, pour les élèves en très grande difficulté ou à profil particulier. Or, le poste d'instituteur AIS a disparu, officieusement à la rentrée 2004, officiellement avec la DHG (dotation horaire globale) parue en mars 2005. Toute l'organisation des classes spécifiques s'en est trouvée modifiée : les élèves de la classe de remédiation ont été placés en APIC (voir le tableau en fin d'article), ceux d'APIC en LOG : aujourd'hui, une réflexion est engagée sur le devenir de ces classes dans un contexte de perte de moyens : la DHG a diminué de 31% en deux ans, ce qui représente 160 heures.

Une autre classe spécifique, qui accueillait les traumatisés crâniens en liaison avec les personnels médicaux et paramédicaux (GPS : groupe pédagogique de stimulation), et ce peu de temps après leur réveil, a également disparu à la rentrée 2004.

Le CDI

Il est géré par une documentaliste. Il est situé dans un très beau bâtiment, malheureusement situé loin du pôle études. Le CDI est très bien équipé sur le plan informatique. Six ordinateurs élèves ont un accès à Internet haut débit, et trois ordinateurs non reliés au réseau servent à l'installation de cédéroms ainsi qu'à l'usage de disquettes ou de clés USB personnelles. Une imprimante laser en noir et blanc ainsi qu'un photocopieur sont à disposition. Une imprimante couleur est accessible par le poste de gestion. Le fonds documentaire est vaste et varié, en partie grâce au partenariat avec la médiathèque municipale (fonds adulte et jeunesse, CD-audio, cédéroms, abonnements, documentation sur les métiers et l'orientation de l'ONISEP32). Le budget de fonctionnement est d'origines diverses : un budget médiathèque est alloué par le Centre (1 500 E en 2003-2004), certaines dépenses sont assurées par le lycée de Montgeron (logiciels, abonnements et ouvrages pédagogiques), la papeterie est en partie prise aux Études. La documentaliste utilise ses six heures de non-présence au Centre pour aller chercher des documents au CDDP33 ou à la médiathèque d'Évry, et ce pour les enseignants ainsi que pour les autres personnels.

La médiathèque du Centre et le CDI sont confondus et gérés par la documentaliste de l'Éducation nationale. Le CDI est ouvert à tous, du lundi au jeudi : élèves, patients non scolarisés, personnels et leur famille. Les jeunes y viennent souvent d'eux-mêmes. Des projets pédagogiques et d'orientation sont menés avec les enseignants et la CPE ainsi qu'avec les personnels de rééducation (l'orthophoniste surtout) et les personnels d'éducation, éventuellement les assistantes sociales. Ces projets peuvent être construits, ou bien être des actions menées en parallèle en direction de certains de ces jeunes.

Le CDI fonctionne de façon originale en partenariat avec la médiathèque municipale. Le projet de réalisation de la médiathèque remonte à une dizaine d'années : le terrain appartient au CMP, le projet a fait l'objet d'un montage financier avec la mairie, le conseil régional... La médiathèque est opérationnelle depuis septembre 2003. Les deux structures CDI/médiathèque municipale fonctionnent en parallèle, avec des personnels distincts mais à des heures qui peuvent être communes (le mercredi matin ou bien quand la responsable reçoit les classes de l'école de Varennes-Jarcy).

L'aspect positif est l'accroissement du fonds et l'ouverture du Centre sur la ville. Par contre, le fonctionnement est délicat et repose sur la bonne volonté des personnels : les décisions doivent être discutées, les points de vue ne sont pas toujours compatibles (lecture publique/besoins pédagogiques), et il faut tenir compte de tous les partenaires institutionnels : mairie, CMP, Études.

Conclusion

Les professeurs-documentalistes doivent avoir une place reconnue dans les dispositifs d'AIS. Les missions du CDI et ses modes de fonctionnement vont tout à fait dans le sens de la construction de l'autonomie du jeune handicapé ou malade. La liberté du professeur-documentaliste par rapport à des programmes le rend disponible pour adapter ses actions à un public particulier dans la mesure, bien sûr, où il en a la volonté. Or, cette volonté - pour ne pas dire bonne volonté - ne jaillira pas du néant.

Les documentalistes interrogés pour l'enquête avaient tous été en contact avec les jeunes handicapés de l'établissement, pendant les récréations ou leur temps libre, ou par le biais d'activités communes avec un des enseignants mais toujours de façon ponctuelle, jamais en ayant un rôle déterminé dans le projet individualisé des jeunes. Des liens privilégiés se sont parfois créés entre le documentaliste et un enseignant particulièrement motivé : une des documentalistes interrogées a beaucoup travaillé avec l'institutrice spécialisée (il s'agit d'une UPI pour élèves présentant des troubles importants des fonctions cognitives), s'est intéressée à la question, et fait aujourd'hui des séances de formation à la recherche documentaire adaptée à ces jeunes. L'institutrice spécialisée, par le biais de la documentaliste, a même été amenée à organiser une séance de réflexion sur l'AIS lors d'une des réunions de bassin.

Dans tous ces cas, l'intérêt du documentaliste a été éveillé par hasard - sans doute peut-on voir un élément significatif au fait que, dans la première promotion de formation au 2CA-SH option C, soit une quarantaine de personnes, les deux documentalistes présentes venaient toutes deux d'un établissement particulier : SEGPA (section d'enseignement général et professionnel adapté) en collège, et annexe pédagogique dans un hôpital pour adolescents.

L'absence remarquable d'écrits sur l'AIS dans les revues professionnelles reflète l'absence d'intérêt de la profession pour la question, ou du moins son manque de sensibilisation. De même, dans les sites disciplinaires des académies dédiés aux documentalistes, les documents alliant CDI et handicap ne présentent que des descriptions d'activités, des adresses de sites ou d'associations, jamais une réelle réflexion sur la place des documentalistes dans la scolarisation des élèves à besoins particuliers.

Tout ceci montre l'éloignement dans lequel sont placés les professeurs-documentalistes des questionnements liés à l'AIS. Aucun des documentalistes interrogés n'avait participé à la création des UPI, ne participait aux réunions de définition des projets ni aux réunions de coordination, et ne s'était même jamais posé la question de leur éventuelle participation à des réunions où ils pourraient recevoir des informations et aussi en apporter.

La reconnaissance des documentalistes dans les projets des établissements n'a donc pas vraiment évolué depuis le rapport de l'IGEN34 de 1994 : le chapitre consacré aux CDI constatait que les projets d'établissement ne mentionnaient les CDI que dans 55 % des cas35.

Cette situation est connue des responsables, et la Loi d'orientation pour l'avenir de l'école36 prévoit la création, en parallèle au conseil d'administration, d'un conseil pédagogique dont le documentaliste serait membre de droit. "À côté du conseil d'administration, un conseil pédagogique sera constitué : présidé par le chef d'établissement, il comprendra des professeurs principaux de chaque niveau, des professeurs représentants de chaque discipline (dont le documentaliste)..."

Les CDI sont susceptibles d'accueillir tous les élèves de l'établissement, qu'ils y viennent d'eux-mêmes ou bien en séquence pédagogique avec un enseignant. Indépendamment même de ce qu'ils peuvent apporter à ces jeunes, les professeurs-documentalistes doivent donc être prêts à toutes les situations (ce qui est le cas au CMP où la documentaliste connaît les cas et peut aisément se renseigner) - imaginons un élève atteint d'un cancer, lequel ne se voit pas, qui vient chercher un livre au CDI, et à qui le documentaliste recommande justement un roman sur... un adolescent qui meurt de cette maladie !

L'effort d'intégration dans les dispositifs d'AIS devra sans doute venir des professeurs-documentalistes eux-mêmes qui devront imposer leur présence, mais il est bien certain que ceci ne pourra se faire que si ces mêmes professeurs-documentalistes sont sensibilisés à la question, ce qui pose la question du contenu de la formation des nouveaux certifiées ainsi que le contenu des stages offerts au plan de formation académique, sans oublier les réunions de bassin qui regroupent les documentalistes d'un même secteur et sont fréquentées avec assiduité par la majorité de la profession.

Une véritable participation aux dispositifs d'AIS allant dans le sens de l'inclusion nécessite une réflexion sur la question des moyens et n'est sans doute pas possible partout. On ne peut néanmoins aborder la participation et la disponibilité des documentalistes aux dispositifs d'AIS sans évoquer les questions de disponibilité matérielle. Le travail du professeur-documentaliste est partagé entre l'accueil informel des élèves, les actions pédagogiques et la gestion documentaire du fonds du CDI : "pour former les élèves à la recherche documentaire, il faut des centres de ressources qui fonctionnent. Quand les documentalistes manquent de moyens pour assurer leurs missions pédagogiques, ils parent au plus pressé." 37 Si la présence d'une personne aide-documentaliste est nécessaire en temps normal, elle l'est encore plus quand le CDI reçoit des jeunes à besoins particuliers qui demandent une attention plus soutenue.

L'aide matérielle peut bien sûr être assurée par l'auxiliaire de vie scolaire, à condition qu'il soit présent au CDI (installer, donner le matériel, un livre...) mais le documentaliste doit au jeune en difficulté la même attention qu'aux autres et le même service pédagogique et relationnel, même si le temps nécessaire est bien plus important : il peut s'agir de présence pédagogique (aider à lire un jeune hémiplégique, aider un jeune IMC pour que sa lenteur ne rende pas impossible la tâche qu'il s'est fixée pendant l'heure, écouter et comprendre un jeune dont les difficultés de parole rendent le discours très lent difficilement intelligible...), ou bien de présence relationnelle. Certains de ces jeunes, envahis par l'anxiété, la peur du regard de l'autre, la fatigue, ont besoin d'une présence plus soutenue, d'une écoute particulière. Il ne s'agit en aucun cas de se transformer en psychothérapeute, mais simplement de considérer qu'une personne qui vit une situation particulière - et difficile -, a droit à une attention particulière.

Il est certain que cette attention particulière est possible dans une structure comme le centre médical et pédagogique, où les jeunes sont peu nombreux et où la documentaliste est intégrée aux équipes qui les entourent. Cette attention est dévoreuse de temps et la documentaliste vit des journées tout aussi hachées que dans un CDI d'établissement ordinaire, mais au moins a-t-elle la satisfaction de pouvoir agir individuellement sur et avec chaque jeune en particulier, selon son besoin.

L'AIS, un moyen d'intégration des documentalistes, professeurs à besoins particuliers ? L'AIS peut être un dispositif d'intégration, autant des élèves en situation de handicap que des documentalistes, les deux pouvant être considérés comme des catégories à besoins particuliers. La participation active des documentalistes aux dispositifs d'intégration scolaire permettrait d'inclure complètement ces enseignants à tous les aspects de la vie de l'établissement. Les documentalistes seraient enfin reconnus dans leur spécificité, la recherche documentaire serait enfin incluse dans un projet d'ensemble de l'établissement, le professeur-documentaliste serait formateur et coordonnateur autant des élèves que des enseignants.

L'UPI, dernière-née des dispositifs d'intégration scolaire, est créée par un projet et existe au fil des projets liés aux besoins des jeunes qui y sont scolarisés. Espérons que ce dispositif saura englober tous les acteurs de ces projets, sans oublier les professeurs- documentalistes et leurs contributions particulières.

CURSUS ORDINAIRE38
Collège : 6e, 5e, 4e, 3e
Lycée général : L, ES, S
Lycée technologique : STT
BTS (brevet de technicien supérieur) : secrétariat de direction, comptabilité
gestion.
BEP (brevet d'études professionnelles) : secrétariat, comptabilité.
BAC PRO (baccalauréat professionnel) : secrétariat, comptabilité.
CLASSES SPÉCIFIQUES
CLAP (classe accueil projet) : qui évalue à leur arrivée des jeunes atypiques, déscolarisés.
APIC (accueil projet individualisé collège) : créé pour des jeunes en grand échec scolaire, ou comme sas intermédiaire pour les traumatisés crâniens.
LOG (logiciels) : pour les jeunes adultes ou les élèves d'âge lycée qui ne
peuvent pas ou plus suivre leur scolarité. Cette classe aboutit à une
reconnaissance de compétences par le rectorat de Versailles.
EDTI (emplois du temps individualisés) : peuvent être répartis dans différentes classes.

(1) Discours de Lionel Jospin, ministre de l'Éducation nationale, de la Jeunesse et des Sports : 19 mai 1989.

(2) Déclaration universelle des droits de l'homme adoptée par l'ONU en 1948, article 26.

(3) Circulaire 2002-111 du 30 avril 2002 : Adaptation et intégration scolaires : des ressources au service d'une scolarité réussie pour tous les élèves.

(4) Lise Vislie : "From integration to inclusion : focusing global trends and changes in the western European societies", in European journal of special needs education, vol. 18, n° 1, 2003, p. 21.

(5) Circulaire 99.187 du 19 novembre 1999 : Intégration scolaire. Scolarisation des enfants et adolescents handicapés.

(6) Circulaire n° 86-123 du 13 mars 1986 : Missions des personnels exerçant dans les centres de documentation et d'information.

(7) Collège, programmes et instructions, CNDP, 1985.

(8) Hervé Benoit : "Peut-on parler de besoins éducatifs particuliers en cas de difficulté scolaire ?", in Nouvelle revue de l'AIS, n° 22, 2e trimestre 2003, p. 84 et suivantes.

(9) Loi d'orientation en faveur des personnes handicapées, n° 75-534 du 30 juin 1975 : circulaire n° 2002-111 du 30.04.2002, sur l'adaptation et l'intégration scolaire.

(10) Pour l'essentiel des textes sur le handicap et l'intégration scolaire, voir : Textes fondamentaux de l'AIS, coordination Hervé Benoit et V.-Henri Vinay, CNEFEI, 2004.

(11) À ce sujet, voir les revues : Les dossiers de l'ingénierie éducative, n° 49, déc. 2004 :

(12) "La fonction documentaire au coeur des tice". Argos, n° 36, déc. 2004 : "La recherche documentaire". www.education.gouv.fr/bowww.cndp.fr ; www.educlic.education.fr : le portail recense, sous forme d'annuaire thématique, les principales rubriques des grands sites institutionnels ou associatifs français. On y trouve les principaux sites pour un domaine ou une discipline (ex. : mathématiques au secondaire).
www.educasource.education.fr : la base propose la description de ressources pédagogiques présentes sur le web (5 000 environ). On y trouve des ressources sur un sujet précis, un niveau, une discipline...

(13) Christian Alberelli, professeur-documentaliste au CMUDD (annexe du lycée Champollion, centre médico-universitaire Daniel Douady) : Collégiens et lycéens handicapés : quels outils d'accès aux savoirs et à l'information, vers une autonomie en CDI ? L'informatique pédagogique et documentaire au service de l'élève/patient : un état des lieux des activités liées au centre de documentation et d'information du centre médico-universitaire Daniel Douady (sur www.crdp.acgrenoble.fr/doc/activpeda/rech_doc/handicap.htm#4)

(14) www.cafepedagogique.net

(15) www.savoirscdi.cndp.fr

(16) www.crdp-toulouse.fr/neteclair

(17) www.ac-versailles.fr/cedis

(18) http://listes.cru.fr/wws/info/cdidoc-fr;http://listes.cru.fr/wws/info/enseignants-documentalistes ; http://www.ac-versailles.fr/cdi/Adresses/default.htm#FORUMS, liste ac-versailles.disciplines.documentation.

(19) Loi n° 2005-102 du 11 février 2005, consultable sur www.legifrance.gouv.fr.

(20) Information transmise par la liste de discussion ac-versailles, par Michèle Toulouse, responsable du département ressources éducatives, animation des CDI.

(21) La Nouvelle revue de l'AIS, n° 22, 2e trim. 2003 : "Les Besoins éducatifs particuliers" ; Réadaptation, n° 505, 2003 : dossier : "La Scolarisation des enfants et adolescents

(22) présentant une déficience motrice" ; Les Cahiers Pédagogiques, n° 428, déc. 2004 : dossier : "De l'enseignement spécialisé à l'intégration à l'école".
Loi d'orientation pour l'avenir de l'école, 24 mars 2005, chap. 1. Consultable sur www.loi.ecole.gouv.fr.

(23) Loi d'orientation pour l'avenir de l'école, 24 mars 2005, chap. 1.

(24) www.handicap.gouv.fr/dossiers/enfants/enfants_scola1.htm.

(25) Circulaire 2001-035 du 21 février 2001 : Scolarisation des élèves handicapés dans les établissements du second degré et développement des Unités pédagogiques d'intégration (UPI). La Nouvelle revue de l'AIS, n° 21, 2003 : "Les UPI, les élèves en situation de handicap dans le second degré".

(26) Circulaire 2002-111 du 30 avril 2002 : Adaptation et intégration scolaire : des ressources au service d'une scolarité réussie pour tous les élèves.

(27) www.handicap.gouv.fr/dossiers/enfants/enfants_scola1.htm.

(28) www.fsef.net.

(29) BOEN, n° 31 du 30 juillet 1998.

(30) BOEN, n°21 de 22 mai 2003.

(31) http://clinique-edouard-rist.scola.ac-paris.fr/fondation/ : page historique.

(32) Office national pour l'orientation et les professions.

(33) Centre départemental de documentation pédagogique.

(34) IGEN : Inspection générale de l'Éducation nationale.

(35) Maryvonne Tastet et Renaud Hetier : "Compte tenu des variations saisonnières...", in Cahiers pédagogiques, n° 404, mai 2002, p. 9.

(36) Consultable sur le site www.loi.ecole.gouv.fr.

(37) Isabelle Fructus : "Les documentalistes et l'accès à l'information", in Argos, n° 36, déc. 2004 (dossier : La Recherche documentaire), p. 57. (Isabelle Fructus est présidente de la FADBEN, Fédération des associations de documentalistes et bibliothécaires de l'Éducation nationale).

(38) Les structures pédagogiques décrites et les effectifs d'encadrement ont été amenés à évoluer à la rentrée 2005 en fonction des publics accueillis et des pathologies.

Argos, n°39, page 4 (02/2006)
Argos - CDI et handicap