Editorial

Editorial du numéro 39 ("L'effet religieux")

Serge Goffard

L'inscription de l'enseignement du fait religieux dans les programmes scolaires a provoqué des effets variés et beaucoup de confusion. Quoique certains pensent, cela ne revient pas à enseigner les religions, encore moins à confier cet enseignement à des religieux. La grande question est de savoir comment enseigner un fait, une donnée anthropologique sensible. Des êtres humains, plus ou moins nombreux selon les lieux et les temps, ont recours à des croyances en l'existence d'un ou plusieurs mondes et d'une ou plusieurs personnes invisibles, infiniment supérieurs et antérieurs à l'humanité qu'ils sont réputés avoir créée, qu'ils surveillent et qu'ils jugent.

Cette question ne peut recevoir de réponses simples. En effet, parce que le fait religieux a marqué les civilisations humaines, l'occulter interdit de comprendre comment ces êtres humains ont vécu, pensé, senti, imaginé et agi. Cela interdit aussi de comprendre un grand nombre des êtres humains qui vivent aujourd'hui. Cela signifie récuser la possibilité d'analyser, pour le comprendre, un fait culturel humain.

Les contributions qui constituent le dossier d'Argos situent cet enseignement dans le cadre laïque, témoignent des polémiques soulevées et des détournements possibles. Ce dossier propose des ressources et des réflexions pédagogiques. Pour éviter les errements, il a été constitué par des propositions concernant la lecture et le choix des textes des domaines religieux, en les situant dans leurs histoires textuelles et culturelles. Car la lecture précise et méthodique des textes est une voie royale pour l'exploration du fait religieux.

La discussion et la réflexion ne peuvent que se poursuivre. Ne serait-ce que parce que ce dossier ne dit rien de tout un pan du fait religieux, le mouvement du refus du recours au divin, la tradition, toujours actuelle, qui considère que les êtres humains sont seuls responsables de leurs actes et du sort du monde. Cela sera, sans doute, exploré à son tour. Mais il n'était pas question de signaler cette dimension par un simple rappel dans le dossier, sous peine d'en gommer la complexité.

Cette complexité des faits culturels, Argos souhaite la cerner toujours plus précisément. En 2006, sa formule va évoluer progressivement pour utiliser au mieux les ressources de la publication en ligne, en complément de la version imprimée qui continuera à paraître trois fois par an.

Dans un monde en perpétuelle et rapide évolution, le métier d'enseignant devient fondamental, sous peine de se réduire à l'initiation de consommateurs d'information et de médias, moins soucieux de qualité que de présentation séduisante. Argos s'engage plutôt, et décidément, pour la formation de jeunes citoyens ouverts, mais critiques et réfléchis. L'équipe d'Argos, élargie et diversifiée, soumettra donc à la sagacité de ses lecteurs une revue dont la seule ambition reste d'aider chacun, enseignant ou partenaire du système éducatif, à conduire tous les jeunes vers la maîtrise des langages et de l'information.

Argos, n°39, page 1 (02/2006)
Argos - Editorial du numéro 39 ("L'effet religieux")