Dossier : vers une politique documentaire ? / 2. Prévenir

Le premier CDI

Marcel Sire, Inspecteur général de l'Instruction publique

Une réédition de l'article publié en 1966 dans la revue Tas (Technique Art Science) concernant l'ancêtre des CDI, né à Janson-de-Sailly il y a un demi-siècle : la documentation et l'information dans un lycée d'enseignement général.

Puisque le thème du dossier est intitulé "Vers une politique documentaire", nous avons choisi de nous livrer à une réédition, celle de l'article, publié pour la première fois dans la revue TAS (Technique Art Science) dans son numéro 203 de novembre 1966, pages 49 à 65.

Il s'agit du bilan effectué par le premier organisateur, il y a près d'un demi-siècle, de ce qui est devenu quelque temps après centre de documentation et d'information dans tous les établissements secondaires de France.

On le verra en lisant, ce texte est pratiquement un document ethnographique, en ce qu'il nous livre avec une précision méticuleuse les détails des pratiques d'un groupe naissant de structures institutionnelles (et de ceux qui sont chargés de les faire vivre) jusqu'ici inconnues dans l'Éducation nationale. L'auteur est à la fois prudent et audacieux, parce qu'il ne cache pas que ce qu'il met en place est une sorte de cheval de Troie - mais il le laisse seulement deviner, par quelques touches, par des expressions inquiétantes (les "méthodes actives", l'accès des élèves aux locaux et aux documents). Il détaille, de façon presque pointilleuse, l'organisation matérielle des locaux, le format des fiches et leurs rubriques et tant d'autres détails qui sont, encore aujourd'hui, le lot quotidien des professeurs-documentalistes. Et, au détour de l'un de ces minutieux paragraphes, il pose des questions, de celles qui sont encore aujourd'hui en débat.

Il n'est pas question de nostalgie avec cette réédition, mais de proposer à nos lecteurs un petit travail d'évaluation, en se posant quelques questions pour rendre plus dense la lecture de l'article : quels étaient les objectifs poursuivis par ceux qui ont lancé ces "services"? Quels devaient être les usagers de ce service ? À qui en était confiée la responsabilité ? Quelle place était accordée à la documentation et au traitement de l'information ? Quelle devait être la formation des usagers ? Quelles sont les difficultés rencontrées, déjà à cette époque et qui perdurent ?

Sans doute, beaucoup de choses ont changé. Une lettre de mission a été élaborée, un concours de recrutement a été organisé. Mais, cette nouveauté d'alors, un service de documentation, ne faisait-elle pas naître des questions et des problèmes qui sont du même ordre que ceux qui sont posés actuellement dans les CDI aux documentalistes mais aussi à l'ensemble des acteurs du système éducatif ?

Le service de documentation du lycée Janson-de-Sailly : réflexions diverses après sept années de fonctionnement.1

Le service de documentation du lycée Janson-de-Sailly n'a rien de particulier, ni dans sa structure, ni dans son installation, ni dans son fonctionnement, ni dans son efficacité. Sa seule originalité est d'avoir été le premier à être conçu et à être réalisé ; cette ancienneté m'autorise sans doute à émettre quelques réflexions et à formuler quelques critiques et suggestions.

Ses débuts

Je n'avais pris que depuis quatre mois la direction du Janson-de-Sailly - qui comptait déjà plus de quatre mille élèves et près de quatre cents fonctionnaires - quand M. l'inspecteur général Jacotin vint - c'était en janvier 1958 - me proposer la création d'un service de documentation en liaison plus ou moins étroite avec un secrétariat administratif. Un entretien sur un tel sujet ne pouvait qu'éveiller en moi des idées trop longtemps contenues par une administration qui souvent - et très souvent avec raison - bloque les initiatives qu'elle craint être des aventures. Enfin, l'occasion de monter un service central susceptible de répondre à toutes les questions et capable de satisfaire tous les besoins se présentait, comme se présentait l'occasion de réaliser un rêve vieux de dix ans : le secrétariat administratif unique. Pour tout avouer, je voyais dans la proposition de M. l'Inspecteur général Jacotin la possibilité de donner à nos établissements, devenus "usines" par leurs effectifs, les moyens qu'emploient l'industrie et le commerce.

Le service de documentation m'apparaissait non pas simplement comme une création se superposant à d'autres, mais comme une heureuse évolution de nos établissements : l'Administration désirait apporter une aide pédagogique directe aux professeurs ; la collectivité consentait à soutenir l'individu dans ses efforts ; l'industriel de fait s'organisait résolument comme un industriel afin d'avoir assez de libertés pour rester résolument artisan... En bref, j'étais rempli d'enthousiasme.

Aussi comprendra-t-on qu'aujourd'hui, n'ayant pu réaliser pour des raisons multiples tous mes projets, une certaine amertume m'envahit parfois. Le train, tout neuf, était beau... une Flèche d'or. Il tend à devenir un "train-train" qui, certes, assure bien son service et donne satisfaction aux voyageurs. Mais il n'oublie pas qu'il a été Flèche d'or...

Retournons au mois de janvier 1958 : le local est trouvé ; l'homme responsable du nouveau service est trouvé : M. Gaussens, adjoint d'enseignement, intelligent et enthousiaste ; le nom de baptême est trouvé : Centre local de documentation pédagogique (CLDP), nom qui a été conservé.

Il faut maintenant le faire connaître au personnel et le faire adopter d'emblée ; car une expérience ratée ne peut se renouveler avec l'espoir d'augmenter ses chances de succès. Or, pourquoi le cacher, le personnel qui a vu tant de nouveautés se dégonfler comme ballons de baudruche, se défie désormais de toute nouveauté (Encore une ! Pour combien de temps ?), surtout quand elle vient apparemment d'un nouveau proviseur qui a déjà beaucoup innové (Une de plus... et ce n'est pas la dernière !).

Une circulaire fut remise à chaque professeur (voir encadré ci-contre). Nous avions d'ailleurs pris la précaution de réaliser quelques sondages préalables, avant toute généralisation : le professeur de lettres dont parle la circulaire, qui veut projeter des vues, a un nom, comme celui de mathématiques qui désire conduire ses élèves à l'Observatoire de Meudon. Le succès fut immédiat et total : sans aucun doute le service de polycopie des textes, par l'aide évidente qu'il apportait aux professeurs, fut pour beaucoup dans le succès de l'expérience.

Bilan pour les quatre premiers mois du démarrage

Nous croyons bon de donner le bilan du CLDP pour les quatre premiers mois de son fonctionnement (voir encadré ci-dessous). Ce bilan, pour quatre mois seulement, et quatre mois de mise en route, établit de la manière la plus éloquente que le service de documentation correspondait à des besoins latents, qu'il a pu révéler comme le fait le révélateur photographique d'une image latente.

Extension de l'expérience du lycée Janson-de-Sailly

L'expérience du lycée Janson-de-Sailly ayant démarré dans des conditions favorables, il fut décidé qu'elle serait étendue dès la rentrée d'octobre 1958 à un certain nombre d'établissements, lycées ou leurs annexes et collèges. C'est ainsi que 25 établissements (voir encadré, page 56) eurent en 1958-1959 leur service de documentation ; ainsi s'ouvrait à l'expérience une seconde phase, dans des conditions variées qui permettaient de tirer de l'expérience le nombre le plus grand possible de conclusions en vue, évidemment, d'une extension. Actuellement, près de 400 établissements ont leur service de documentation officiel, sans compter quelques établissements qui ont pris l'initiative de créer leur service propre sans attendre la décision ministérielle.

Simultanément à la mise en service du service de documentation (SD), des entretiens périodiques (un ou deux par semaine) avec M. l'inspecteur général Jacotin, Mme Marchais et M. Gaussens permettaient de définir le mobilier et le matériel, guide pour les futurs responsables des services de documentation, qu'on désirait introduire dès la rentrée d'octobre 1958 dans une vingtaine d'établissements.

Bilan de fonctionnement du CLDP
  • Publication de quatre bulletins d'informations mensuels ;
  • diffusion des programmes de mathématiques et de sciences naturelles aux professeurs de ces disciplines ;
  • mise en place de la réception et de la diffusion des revues ;
  • publication mensuelle des acquisitions de la bibliothèque des professeurs ;
  • organisation de projections de diapositives pour quatre professeurs de lettres qui, jusqu'alors, n'avaient pas eu la possibilité d'utiliser les diapositives dans leur enseignement ;
  • organisation d'auditions de disques pour neuf professeurs : deux d'éducation musicale, trois d'anglais, un d'espagnol, trois de lettres ;
  • utilisation du magnétophone par les professeurs d'anglais, soit pour le repiquage de disques de textes d'anglais
  • prêtés par le British Council, soit pour le contrôle de l'accent anglais ;
  • utilisation du magnétophone par un professeur de lettres pour le contrôle de la diction dans ses classes du cycle d'observation ;
  • organisation de six séances de télévision scolaire (sur grand écran) pour douze professeurs et quinze classes (400 élèves) ;
  • organisation de visites et voyages : visite de l'Observatoire de Meudon ; visites du musée de l'Homme ; déplacement de la chorale "Contrepoint" à Bruxelles ;
  • diffusion auprès des professeurs des programmes : de la télévision et de la radio scolaires des visites des monuments de Paris ; de la Comédie-Française et du Théâtre national populaire ; des Jeunesses musicales de France ;
  • polycopie de textes d'enseignement : 5 700 feuilles de tirage ; 140 demandes : textes de devoirs, 131 ; plans de devoirs, 2 ; interrogations écrites, 5 ; chronologies d'histoire, 2 ;
  • pour 39 professeurs : mathématiques, 9 ; physique, 2 ; sciences naturelles, 2 ; philo, 2 ; histoire, 4 ; lettres, 6 ; langues vivantes, 12 ; éducation musicale, 2.
Circulaire remise aux professeurs

Mon cher collègue,

Le Centre local de documentation pédagogique, placé sous la responsabilité immédiate de M. Gaussens, est dès maintenant à votre disposition. Son unique but est de vous aider, de toutes manières, dans votre tâche de professeur.

Je donne trois exemples, pris parmi des centaines d'exemples possibles, de l'aide qu'il peut apporter :

  • un professeur de lettres veut projeter des vues sur les monuments de la Grèce antique : dans l'état actuel des choses, il ne sait à qui s'adresser pour se procurer des vues et un projecteur, et trouver une salle obscure. Désormais, il s'adressera au Centre de documentation qui lui fournira projecteur, vues et salle ;
  • un professeur de langues vivantes veut faire entendre des chansons anglaises : il s'adressera au Centre qui lui fournira disques et tourne-disques ;
  • un professeur de mathématiques (c'est un exemple vécu) veut conduire ses élèves à l'Observatoire de Meudon : il s'est adressé au Centre qui va entrer en liaison avec l'Observatoire pour fixer les conditions de l'excursion. Le Centre donnera même au professeur les horaires des trains et le prix du billet collectif.

Le Centre de documentation pédagogique,

  • qui connaît, ou qui va connaître, toutes les richesses du lycée Janson en projecteurs, téléviseurs projetant sur grand écran, vues, films, disques, tourne-disques, épidiascopes, magnétophones, revues, livres, appareils de physique et de chimie, collections diverses de sciences naturelles, cartes diverses, etc ;
  • qui possède une documentation pédagogique de base (Bulletin officiel de l'Éducation nationale,
    Cahiers pédagogiques pour l'enseignement du second degré, Documents pour la classe,
    etc.) ;
  • qui va passer des commandes importantes de disques, de matériel audio-visuel, de livres pour les bibliothèques scolaires du Petit lycée, etc. ;
  • qui n'est qu'au commencement de ses efforts : il compte en particulier équiper en 1959 la bibliothèque des élèves du second cycle, sans oublier l'enrichissement de la bibliothèque générale des professeurs , doit être considéré comme un organisme qui :
  • désire mettre au service de vous tous ce qui actuellement est par trop localisé : il est vraiment anormal qu'on soit obligé, par exemple, d'acheter plusieurs exemplaires du même disque pour satisfaire les besoins identiques de différentes disciplines ;
  • désire connaître vos besoins pour les satisfaire par des acquisitions nouvelles.

Il ne cherche donc pas, en aucune manière, à supprimer les organisations actuelles et réglementaires (cabinets de physique, de sciences naturelles, d'histoire et géographie, bibliothèque générale, foyer, etc.).

Le Centre de documentation est, en outre, un centre de reproduction et de diffusion de documents.

Il possède les machines suivantes :

  • une machine à polycopier par le procédé du carbone hectographique : 80 copies en quatre couleurs sont possibles ;
  • une machine à reproduire par voie photographique : tout document peut être reproduit en noir et blanc  ;
  • une machine à polycopier par le procédé du stencil : 3 000 copies en une seule couleur sont possibles ;
  • une machine à relier, instantanément, par le procédé de la matière plastique.

Tout ce matériel est à votre disposition :

  • pour la reproduction des documents ;
  • pour le tirage des textes, des cartes, des schémas, etc. ;
  • pour la reliure éventuelle de collections de textes.

M. Gaussens vous recevra dans le bureau du Centre de documentation au Petit lycée, à droite du rez-de-chaussée du bâtiment de l'infirmerie, aux jours et heures suivants (horaire provisoire) :

  • Mardi de 15 h 30 à 17 h 30.
  • Mercredi de 9 h 30 à 12 h 30.
  • Vendredi de 10 h 30 à 11 h 30 et de 14 h à 16 h 30.

Un panneau d'affichage, salle des professeurs, un autre au secrétariat du Petit lycée, vous tiendront au courant des activités du Centre de documentation.

Des circulaires d'information vous seront adressées périodiquement.

Nous serions heureux de recueillir vos suggestions et critiques pour améliorer le fonctionnement du Centre et pour accroître son efficacité.

Veuillez agréer, mon cher collègue, l'expression de mes sentiments bien cordialement dévoués.

Le proviseur

M. Sire.

Dans l'avant-propos de ce guide, on lit "le guide que l'Institut pédagogique national vous présente décrit dans le détail l'expérience réalisée l'an dernier dans un lycée parisien, pour vous aider à l'étendre à votre établissement." La réunion de travail qui s'est tenue à la fin de l'année scolaire dernière a montré le vif intérêt qu'un grand nombre de chefs d'établissement prenaient à cette initiative. Ceux qui ont été choisis pour l'élargissement de l'expérience trouveront dans ce guide un tableau précis de l'organisation qu'ils ont vue et dont ils ont approuvé le principe et apprécié le fonctionnement. M. Brunold, directeur général de l'enseignement du second degré, ajoutait : "Ceux qui ont préparé pour vous ce document l'ont longuement expérimenté dans un lycée, et c'est après de nombreux échanges de vue qu'ils sont parvenus aux conclusions que nous vous livrons." Le présent article pourrait donc se terminer ainsi : "Lisez ce guide, et vous saurez comment fonctionne le service de documentation du lycée Janson-de-Sailly." Je me garderai donc bien de démarquer ce guide ; je m'attacherai plutôt à l'exposé de quelques problèmes et formulerai les critiques et les suggestions auxquelles six années de fonctionnement me conduisent.

Liste des 25 établissements par académie

Paris :
Lycées : Janson ; Sèvres (jeunes filles) ; Neuilly ; Enghien.
Annexes : Cordelières ; Villemonble. Collèges : Saint-Maur (garçons) ;
Sophie-Germain (jeunes filles) ;
Edgar-Quinet (jeunes filles) ;
Pantin (jeunes filles).
Département : Blois (Lycée jeunes filles) ; Étampes (collège mixte).

Aix : Avignon (lycée garçons).

Besançon : Belfort (collège jeunes filles).

Bordeaux : Talence (lycée garçons).

Caen : Lisieux (collège garçons).

Dijon : Langres (collège mixte).

Grenoble : Champollion, Grenoble (lycée garçons).

Lille : Hazebrouck (collège).

Lyon : Saint-Just, Lyon (lycée jeunes filles).

Nancy : Mirecourt (collège jeunes filles).

Poitiers : Limoges (lycée jeunes filles).

Rennes : Brest (lycée mixte) ;Lorient (cité scolaire).

Strasbourg : Strasbourg (lycée jeunes filles).

Toulouse : P. de Fermat, Toulouse (lycée garçons).

Le documentaliste doit être quelque peu technicien

Qu'on se rassure, je ne lui demande pas d'être un grand technicien et de suivre à la course les électrons dans les selfs ou les transistors. Mais on ne peut admettre que des vis restent desserrées et des poignées arrachées ; que des films restent avec des "collures" qui ont lâché ; que le fil de masse d'une prise de courant reste dessoudé ; et qu'on envoie à un atelier de réparation un diascope qui "ne marche plus" parce qu'on n'a pas su voir que la lampe était grillée, ou qu'on s'estimait incompétent pour la remplacer, ou "pas fait pour cela". D'une manière générale, on regrette que dans nos établissements scolaires, encore trop d'appareils soient abandonnés dans le fond d'un placard parce que, sur place, on n'a pas fait la plus simple des réparations ou des adaptations. Il n'y a aucun déshonneur pour qui que ce soit de se servir d'un tournevis, d'une pince universelle, ou d'un fer à souder pourvu qu'on s'en serve avec intelligence.

Nous demandons au documentaliste quatre choses :

  • Connaître parfaitement le fonctionnement d'un appareil, le connaître avec une perfection suffisante pour :
    • expliquer clairement ce fonctionnement au professeur le plus embarrassé devant la plus simple machine, l'expliquer avec simplicité et sûreté afin de dissiper toute crainte chez l'usager ;
    • rédiger sur un carton, fixé à l'appareil, une notice d'emploi avec les schémas indispensables ;
    • rédiger sur un carton, déposé dans un fichier "entretien des appareils audio-visuels", une notice d'entretien ;
  • Savoir exécuter soi-même quelques petites réparations : boutons de potentiomètre dévissés, prises de courant à changer, poignée à consolider, soudure à refaire. Une trousse d'outillage, ayant à peu près la composition de celle que peut posséder une couturière qui utilise une machine à coudre, sera en permanence au SD ; on y ajoutera un fer à souder électrique et de la soudure à la résine, des prises de courant mâles et femelles, du chatterton et une burette d'huile fluide ;
  • De se rendre compte que lui, documentaliste, ne peut effectuer la réparation ; il lui faudra donc suggérer à l'intendant les solutions possibles (le factotum de l'établissement, le fournisseur de l'appareil, l'artisan-réparateur du quartier, l'atelier de réparation qui devrait exister auprès de tout CLDP) et lui indiquer, autant que possible, la nature de la réparation et les délais que l'on souhaiterait ne pas voir dépasser ;
  • Enfin, dans un domaine un peu différent, le documentaliste doit savoir se servir de toutes les machines à polycopier (stencils, carbone hectographique, papier photographique, procédés diazoïques, papiers thermo-sensibles, etc.). Rien ne s'oppose à ce qu'il consente à taper à la machine lors d'une absence fortuite de la secrétaire du service de documentation. Il tiendra aussi à montrer son habileté en utilisant, le cas échéant, la machine à relier par polymérisation de substances plastiques.

Je sais que les lignes que je viens d'écrire vont soulever des protestations. Tout d'abord, celles des femmes qui affirmeront n'avoir aucune compétence technique ; la technicité que je demande est des plus élémentaires et ne peut effrayer une femme qui manie aspirateur, machine à coudre, machine à laver automatique et automobile. Les documentalistes qui possèdent une licence diront - avec moi d'ailleurs - qu'ils n'ont pas une licence pour taper à la machine ou pour revisser un bouton... et qu'ils ont "vocation d'enseignement" ; mais ai-je dit qu'ils devaient être techniciens à part entière ? Quels que soient leurs titres, je demande seulement qu'ils ne fassent aucun complexe devant la mécanique et qu'ils tiennent, quand l'occasion s'en présente, le tournevis avec la même simplicité qu'ils le font d'un stylo.

Le documentaliste et les bibliothèques

Les méthodes actives, dont on souhaite la généralisation, exigent "le document" ; dans la plupart des disciplines et pour la majorité de nos élèves, le premier des documents, c'est le livre. Or nos élèves, à force de regarder les images, ne lisent plus les textes, d'où une pauvreté d'expression au moins très inquiétante. Sous l'impulsion de Mme l'inspectrice générale Brunschwig, on a multiplié les efforts pour créer des bibliothèques. Dans la période d'organisation que nous traversons, on trouve, parfois, dans les lycées, sept types de bibliothèques :

  • quelques bibliothèques de classe, vestiges des temps heureux ;
  • une bibliothèque pour le cycle d'observation (6e et 5e) ;
  • une bibliothèque pour le premier cycle (4e et 3e) ;
  • une bibliothèque pour le second cycle (2e et 1re) ;
  • une bibliothèque pour les classes de terminale, en particulier pour la classe de philosophie ;
  • une bibliothèque pour les classes préparatoires aux grandes écoles (en particulier pour les classes de lettres supérieures et de 1re supérieure) ;
  • la bibliothèque générale des professeurs. Pour cette dernière, un aveu est, hélas  ! nécessaire : elle est dans la plupart des cas très peu fréquentée ; les bibliothèques générales, parfois largement fournies à leur création, ont été par la suite très peu rajeunies par manque de crédits ; les scientifiques n'y trouvent rien qui puisse les satisfaire ; et puis surtout, dans les établissements importants, les professeurs n'ont, hélas ! pratiquement plus le temps de faire le détour nécessaire pour y accéder. L'expérience montre que la solution est dans l'éclatement partiel de cette bibliothèque et dans le transfert des morceaux là où se trouvent les usagers : les livres de sciences physiques au laboratoire de sciences physiques ; les livres de sciences naturelles au laboratoire de sciences naturelles ; les livres d'histoire et de géographie au cabinet d'histoire ; les livres de langues vivantes dans les salles spécialisées, etc.

Au lycée Janson-de-Sailly, les livres à la disposition des élèves et des professeurs se trouvent en sept points différents ; dans l'état actuel des locaux, nous considérons cette dispersion, contraire à notre tendance à la centralisation, comme un mal nécessaire. Un mal, bien sûr, parce que beaucoup d'ouvrages réservés aux élèves pourraient être utiles aux professeurs et que les professeurs doivent, d'autre part, connaître les livres offerts à leurs élèves ; et aussi parce que de nombreux ouvrages de la bibliothèque des professeurs doivent pouvoir être mis à la disposition des plus grands élèves.

On est conduit à imaginer un poste central où l'on possède tous les titres des ouvrages qui existent dans l'établissement, où l'on connaît leur implantation, et où l'on peut les amener pour les remettre aux demandeurs. Ce poste central ne peut être que le service de documentation ; son responsable ne peut être que le documentaliste, et son adjoint, le responsable de la bibliothèque générale (en attendant que les lycées possèdent, enfin, de véritables bibliothécaires). Nous avons profité de la réfection imposée des inventaires pour remettre de l'ordre dans les bibliothèques ; voici comment :

Le bibliothécaire de la bibliothèque générale a établi un fichier général par matière, et un autre par auteur, de tous les livres qui existent au lycée Janson-de-Sailly. Tout livre qui pénètre dans l'établissement lui est confié et est mis immédiatement en fiches. On a donc, en un seul point, toute l'information sur tous les livres. D'autre part, la fiche d'inventaire du modèle B a été modifiée pour être rendue mécanographique ; quelques trous et quelques tringles permettent de sortir les fiches B des ouvrages qui se trouvent dans tel ou tel dépôt. On a donc simultanément le global et le particulier. Il est évident que les différents dépôts possèdent leurs fichiers, qui ne sont d'ailleurs que des copies des fichiers centraux.

Le documentaliste et l'enrichissement des bibliothèques

Le problème de l'enrichissement des bibliothèques est un problème fondamental. Les bibliothèques subissent les conséquences de l'accélération du monde dans lequel nous vivons : elles aussi, elles vieillissent vite. Si l'on désire que leur intérêt ne faillisse pas, il faut les maintenir jeunes en les enrichissant sans cesse. Cet enrichissement dépend, sans doute, des crédits dont on dispose ; il dépend avant tout des listes d'acquisitions nouvelles qu'on établira.

Quelques principes peuvent être énoncés :

  • En ce qui concerne la bibliothèque des professeurs, on se gardera bien d'acheter tout livre trop particulier qui n'intéressera qu'un professeur, ou tout livre bon marché que tout budget familial peut acquérir ; c'est à force d'acheter un grand nombre de livres qu'on gaspille ses crédits et qu'on prive la bibliothèque d'ouvrages de valeur.
    Le documentaliste aura à se rendre auprès des différents responsables de collections et il devra assister aux conseils d'enseignement afin de recueillir les demandes des professeurs, étant entendu que ces demandes concerneront surtout des ouvrage de fond : dictionnaires de langues mortes et vivantes, collections (telle la collection Budé), traités de sciences (tels Zoologie de la collection Grassé, Chimie de la collection Pascal), atlas... en somme tous ouvrages, coûteux pour un budget familial, qui conviendront à un nombre assez grand de professeurs.
    Le documentaliste établira finalement une liste générale - et unique - des demandes de professeurs, qu'il soumettra au censeur et dans laquelle le chef d'établissement fixera un ordre d'urgence qui, lui, dépendra de l'importance des crédits disponibles.
  • En ce qui concerne les bibliothèques d'élèves, deux principes président au choix des livres :
    • Les livres doivent plaire aux élèves afin de leur donner le goût de la lecture ; la bibliothèque sera donc par son contenu (et aussi par son cadre), aimable. On tiendra le plus grand compte de la soif de nos élèves pour les actualités ;
    • Les livres introduits doivent faciliter l'application des méthodes actives dans l'enseignement des professeurs ; la bibliothèque renfermera donc un grand nombre d'ouvrages documentaires. Elle prendra l'apparence d'un chantier de travail et on y sentira en permanence les efforts des élèves pour conquérir et élargir sans cesse leur culture.

Le documentaliste chargé de demander des propositions aux professeurs et finalement chargé d'établir les listes d'acquisitions, en application de ces deux principes, devra donc bien connaître la psychologie des enfants des différents âges, et les programmes scolaires des différentes classes.

Le documentaliste et la documentation écrite

Ne quittons pas le domaine de ce qui est imprimé et abordons la question générale de la documentation écrite, qui dans l'état actuel de l'équipement de nos établissements, des programmes et des méthodes pédagogiques en vigueur, joue un rôle toujours plus important que la documentation visuelle et la documentation sonore. La documentation écrite revêt les formes essentielles suivantes :

  • le livre qui expose avec ampleur un sujet défini : s'il est précieux par son ampleur, il est dangereux car condamné à vieillir vite, tout au moins pour certaines de ses pages ;
  • le livre de vulgarisation qui, bien souvent, est également un livre de mise au point : il apporte souvent une vue synthétique, il est bref, il est maniable... mais il est très vite périmé quand il traite de questions en pleine évolution (quelles sont celles qui n'évoluent pas ?) ;
  • les plaquettes et les articles de revues, qui constituent une documentation courte du plus grand intérêt en tant que points de repère, poteaux indicateurs pour une information sans cesse rajeunie. Tous ces documents constituent une marée montante qui risque de submerger le monde intellectuel, industriel et économique.

Signalons aussi les simples références aux textes officiels, aux titres d'ouvrages récemment parus, etc.

En attendant qu'un organisme national (ou mieux international, car le problème de la documentation est un problème planétaire), nous devons, avec nos propres moyens, mettre un peu d'ordre dans notre propre maison.

Tous les documentalistes ont le devoir d'unir leurs efforts pour mettre au point les questions suivantes :

  • La revue mensuelle de l'Institut pédagogique national (bulletin bibliographique mensuel Les Livres), d'un grand intérêt par ses analyses précises et objectives d'ouvrages, a un rôle limité du fait qu'on ne peut la transformer en fiches. Elle ne devrait être imprimée que recto et les analyses devraient tenir dans le cadre de fiches normalisées d'usager (certaines analyses nécessiteraient plusieurs de ces fiches, ne serait-ce que pour que le consultant n'ait pas à les retourner). Enfin, elles devraient être codifiées, pour entrer dans un classement méthodique.
  • Les catalogues des éditeurs mériteraient d'être normalisés et de formats identiques : deux ou trois perforations latérales permettraient leur groupement dans les reliures à broches sans doute les plus commodes et les plus propres. Sans doute serait-il indiqué que les services de documentation reçoivent systématiquement le bulletin officiel intitulé Les Livres du mois qui, par rubriques, indique l'essentiel des nouveautés. L'abonnement à la Bibliographie générale de la France paraît superflu par rapport à nos besoins.
  • Le fichier des textes officiels : le ministère de l'Éducation nationale accomplit actuellement un effort considérable et remarquable en publiant un Recueil méthodique des textes et règlements. L'index alphabétique est bien conçu ; le tout deviendrait parfait si un fichier correspondant était constitué. Il aurait l'avantage d'une mise à jour facile . En outre, il permettrait l'introduction de fiches ne concernant que le lycée dont on a la charge, par exemple : legs Enos, règlement de l'internat du lycée Janson-de-Sailly, terrain de la rue Eugène-Delacroix, recherche de chambres en ville pour les élèves, etc.
  • Les revues posent toujours des problèmes - qui n'ont aucun caractère de difficulté - dont on parle toujours et dont les solutions n'apparaissent pas.

Sans doute est-il impossible d'obtenir des éditeurs, tout au moins d'ici de nombreuses années, la normalisation des formats qui faciliterait grandement le rangement. On peut tenter d'expliquer - si on tient à une explication - la diversité des formats en se persuadant que, somme toute, les éditeurs ont adopté les formats les plus commodes aux sujets traités. Par contre, il semble possible d'obtenir des éditeurs de commencer les articles sur une page de droite et de les achever sur une page de gauche, comme ce fut le cas pour le Bulletin officiel de l'Éducation nationale au temps de la parution, si appréciée et si regrettée, de l'édition méthodique. Cette disposition permettrait la séparation des articles de fond qui, devenus ainsi autant de documents différents, pourraient être classé sur les rayonnages au même titre que les ouvrages traitant le même sujet. Ces articles seraient fichés comme les livres. Une feuille de substitution, portant les références suffisantes, remplacerait dans la revue amputée l'article détaché. Les autres rubriques de revues qui ne sont, aux dires d'un documentaliste, que des "miettes intellectuelles" éparpillées sur de multiples sujets, resteraient en vrac dans la revue dépouillée de l'essentiel et subirait le classement global et purement chronologique de la revue.

En attendant que cette solution idéale intervienne, on se contentera d'un pis-aller : celui de fiches ouvertes au mot clef de chaque article. Les fiches sont supérieures aux sommaires des revues puisqu'elles permettent des regroupements de références appartenant à diverses publications. Dotées d'un numéro de classement, elles sont à déposer à la suite des fiches des livres de même rubrique ; elles peuvent porter un signe distinctif (couleur du papier, onglet) qui signalerait qu'elles correspondent à un périodique. Pareille mise en fiches représente pour le documentaliste un travail considérable : il faut lire les articles, les comprendre au mieux, en résumer l'essentiel sur les fiches, etc.

Il serait beaucoup plus simple et plus sûr que ce travail soit préparé par l'éditeur avec la collaboration des auteurs ; pourquoi n'obtiendrait-on pas que chaque exemplaire de revue renferme une page de fiches préfabriquées, du format international, avec les références nécessaires et une analyse de l'article rédigée par l'auteur lui-même ? Le documentaliste n'aurait plus qu'à séparer ces fiches suivant des lignes de perforations et y porter, le cas échéant, quelques références locales. Nous préconisons ce système depuis de nombreuses années. Il semble qu'il suffirait de trouver un éditeur d'avant-garde (il en existe quelques-uns) qui lancerait le système, les autres suivraient... J'imagine même que si le ministère de l'Éducation nationale exigeait ce système des éditeurs avec lesquels il passe des abonnements collectifs, le problème serait résolu sans tarder.

Parmi de nombreuses revues que reçoit le lycée Janson-de-Sailly, trois seulement sont "documentables" en ce sens qu'on peut les disloquer pour en séparer les articles (la revue des Nations-Unies, la Revue philosophique, la Revue d'histoire des sciences). Supposons qu'une revue renferme par numéro cinq articles de fond (la moyenne habituelle) : si elle n'est pas dissociée, un seul emprunteur a satisfaction ; si elle l'est, cinq emprunteurs peuvent avoir simultanément satisfaction. La dissociation a multiplié par cinq l'efficacité de la revue. Je viens d'écrire le mot auquel tout responsable d'un service devrait sans cesse songer : efficacité. Le documentaliste doit s'inquiéter tout particulièrement de l'efficacité des revues. Avec l'organisation actuelle, nous avons trop le sentiment (pour ne pas dire la certitude) que le gaspillage est quasiment total. Je ne parle pas des erreurs qui viennent du ministère, où des défaillances dans l'organisation font qu'un même établissement reçoit plusieurs numéros de la même revue ; je sais que ces difficultés vont être surmontées...

Comme les professeurs ne viennent pas aux revues, le documentaliste se doit donc de les diriger vers les professeurs. On peut songer à déposer toutes les revues sur un meuble spécialement conçu pour les recevoir, dans la salle des professeurs. Hélas ! Oui, hélas ! Beaucoup d'emprunts, incontrôlables, seront définitifs. On peut songer à les déposer toutes à la bibliothèque générale ; mais, nous l'avons dit, relativement peu de professeurs la fréquentent, et les scientifiques qui ont leur territoire particulier n'y viennent que très rarement. Et puis, que s'y passe-t-il ? Les revues, dès leur arrivée, sont feuilletées par les visiteurs . Au bout de quinze jours de dépôt, par exemple, elles sont quelquefois empruntées parce qu'elles sont encore à portée de la main et encore transportables. Mais dès qu'elles ont pris un peu d'ancienneté et qu'elles sont rangées dans un placard (et ne sont plus à portée de la main), et surtout dès qu'elles sont reliées en volumes (et ne sont plus transportables), l'emprunteur s'évanouit. En particulier, il est rare que l'emprunteur éventuel se décide à emporter ce lourd volume pour la lecture d'un seul article. C'est précisément à cause de ces incommodités que nous avons suggéré les solutions qui précèdent.

En conséquence, nous répétons que la revue doit être dirigée vers l'usager. Au lycée Janson-de-Sailly, nous opérons de la manière suivante. Toutes les revues, sans exception, sont adressées au chef d'établissement qui, si les revues ne lui étaient pas adressées directement, n'en verrait aucune. Il les transmet toutes au documentaliste qui enregistre l'arrivée ; chaque revue a une fiche permanente de pointage et de répartition, format 12,5 x 20 cm (voir tableau page suivante) sur laquelle est indiquée sa périodicité. Une croix ou un numéro dans la case qui convient signale son arrivée, puis l'exemplaire est envoyé là où la bibliothèque de l'établissement a un dépôt (laboratoire de sciences physiques, laboratoire de sciences naturelles, cabinet d'histoire et géographie, bibliothèque générale, bibliothèque d'élèves). Les revues de pédagogie ou de documentation générale restent au service de documentation.

Le documentaliste et les élèves

Dans un article précédent2, j'ai affirmé que du fait même de l'application des méthodes actives, on aurait pu - dû - songer à mettre systématiquement le service de documentation à la disposition des élèves. Je ne reviendrai pas en détail sur cette question traitée dans un article d'ailleurs fort copieux. Tout service se doit de recevoir et de donner.

Recevoir : tout élève, auteur ou possesseur d'un document de valeur doit en enrichir le service de documentation. Nous citons :

  • l'exposé fait en classe, revue et corrigé par le professeur ;
  • les comptes rendus de visites et d'excursions ;
  • les comptes rendus d'ouvrages déposés à la bibliothèque en même temps que les livres rendus. Ces comptes rendus n'auraient aucun caractère obligatoire, afin de ne pas abaisser le nombre des livres empruntés . Mais les élèves sauraient que si leurs comptes rendus sont satisfaisants, ils prendront un caractère public en étant mis à la disposition de la collectivité ;
  • la documentation publiée par les entreprises ;
  • les documents statistiques de tous ordres...

Donner : dans la majorité des cas, donner à la collectivité après avoir reçu de quelques-uns de ses membres, c'est essentiellement diffuser auprès des autres, c'est-à-dire démultiplier. Mais on ne peut démultiplier d'une manière aveugle, sans connaître les besoins. Le processus suivant peut être imaginé :

  • Opérer un tirage périodique de la liste des documents nouveaux et indiquer avec précision leur objet ; cette liste serait adressée à tous les professeurs en même temps que le Bulletin d'information, mais aussi aux élèves par l'intermédiaire de leurs camarades chefs de classe.
  • Attendre les commandes des élèves, remises avant une date limite par les chefs de classe au service de documentation ; déterminer ainsi la masse des besoins.
  • Satisfaire ces besoins :
    • soit en confiant le document original aux demandeurs s'ils sont très peu nombreux et se compte sur les doigts d'une main ;
    • soit en achetant n exemplaires du document s'il est en vente dans le commerce : par exemple, les statistiques de la Documentation française qui peuvent être utiles aux élèves des classes préparatoires aux HEC ;
    • soit en polycopiant le document : par exemple l'exposé d'un élève du professeur X, exposé fait l'année même ou quelques années auparavant, et qu'il y aurait intérêt à diffuser parmi les élèves du même professeur X, ou d'autres professeurs qui ont pris connaissance de cet exposé déposé au service de documentation.

Bulletin d'information

La publication mensuelle d'un Bulletin d'information (BI) destiné à tous les professeurs et surveillants de l'établissement paraît souhaitable, sinon indispensable puisque l'expérience montre que l'affichage est souvent insuffisant. Il est évident que chaque fonctionnaire trouve un exemplaire personnel dans sa boîte aux lettres. Nous ne détaillerons pas les différentes rubriques qui sont exposées dans le Guide du documentaliste édité par l'Institut pédagogique national (IPN). Nous souhaitons que ce bulletin, essentiellement pédagogique et administratif, ait aussi un caractère humain qui ne saurait qu'accroître son succès et, par suite, son efficacité auprès du personnel. Nous suggérons :

  • que le Bulletin de la rentrée scolaire ait une importance particulière en décrivant la nouvelle structure de l'établissement et en renseignant ainsi d'emblée les nouveaux collègues sur l'établissement dans lequel ils viennent d'entrer : nombre et nature des sections, leurs effectifs, nombre de chaires par discipline, noms des collègues, noms des responsables syndicaux et du président de l'Amicale des professeurs, composition des secrétariats et attributions particulières des secrétaires, etc.
  • qu'il possède la rubrique "Amicale" avec l'annonce des mariages, des décès, des naissances, des mises à la retraite, des distinctions honorifiques, des départs au service militaire, des succès aux examens et concours, des soutenances de thèses, des travaux personnels, des voyages d'études des professeurs et des élèves, etc.

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Accueil des universitaires étrangers à l'établissement

Les établissements de quelque importance numérique ou pédagogique reçoivent de nombreuses demandes de visites ou d'entretiens, émanant d'universitaires français ou étrangers désirant se renseigner sur la vie d'un lycée français, sur notre pédagogie, sur notre cycle d'observation, sur notre conception de la discipline, sur la conduite de nos internats, sur nos bibliothèques, sur nos relations avec les familles. Si nombre de ces questions sont de la compétence du chef d'établissement et du censeur, d'autres le sont du documentaliste. De par ses fonctions, le documentaliste est très renseigné sur la vie de l'établissement et il peut être d'une grande aide pour le chef d'établissement. Personnellement, j'apprécie tout particulièrement son aide au moment des stages pédagogiques des stagiaires du CAPES ou des stagiaires d'agrégation que j'envoie systématiquement au service de documentation au moment de leur stage... et c'est toujours pour eux une surprise (hélas !) de découvrir pareil service destiné à satisfaire d'innombrables besoins dont ils n'avaient pas (hélas !) le moindre soupçon.

Rapport avec les autres services de documentation

En attendant la création d'un Centre national ou international de documentation, le documentaliste doit être en rapport avec les services fragmentaires de documentation qui existent. J'ai eu la naïveté de croire, pendant plusieurs années, que la Documentation française pouvait être un Centre national de documentation. Je me suis trompé : la documentation qu'elle fournit - de grand intérêt - se rapporte à des domaines très particuliers. Supposons qu'elle couvre tous les domaines. On peut dès lors imaginer que le ministère de l'Éducation nationale (IPN) lui demande de fournir, en quantités bien calculées pour satisfaire tous les besoins sans avoir recours à la multiplication, les documents que j'appelle pour la clarté de l'exposé M, R, I, L. Le ministère retiendrait, pour son propre compte, les documents M et dirigerait vers les rectorats (centres régionaux de documentation pédagogique) les documents R, I, L. les CRDP retiendraient les documents R et orienteraient vers les inspections académiques les documents I et L. Celles-ci (CDDP) retiendraient les documents I et expédieraient vers les établissements les documents L (qui d'ailleurs varieraient suivant la nature des établissements : CEG, CES, lycées sans classes préparatoires, lycées avec classes préparatoires, écoles normales, etc.).

Chaque échelon de la hiérarchie administrative universitaire fonctionnerait à la fois comme un filtre et un organe de répartition. Rien n'est utopique dans ce projet. Tout au moins l'utopie est de même nature que celle qu'on vivait il y a une demi-douzaine d'années en envisageant voyage et séjour dans la Lune ; c'est une utopie au moment présent (à l'instant t), qui deviendrait réalité demain à condition toutefois de croire à la nécessité du problème posé. On ne bâtit rien en songeant au passé (on recule) ou au présent (on stagne) ; on n'avance qu'en pensant à l'avenir et qu'en ayant horreur des freins qui transforment les énergies nobles en énergies vulgaires.

Rapports avec les services internationaux

Des services internationaux de documentation - ou de coordination - se multiplient tout en restant fragmentaires. Il serait bon que le ministère de l'Éducation nationale les fasse connaître aux services de documentation des établissements pour un contact éventuel. Je ne prendrai qu'un exemple, qui concerne les activités scientifiques des jeunes. L'évolution actuelle de la civilisation exige une généralisation de la culture scientifique. Nos programmes scolaires apportent à cette culture les éléments de base indispensables, ceux qui permettent précisément cette culture et interdisent le bricolage. Mais ils ne suffisent pas car ils ne peuvent conduire vers des spécialités, ne serait-ce qu'à cause de la diversité de ces spécialités. Il est pourtant souhaitable que nos élèves aient la possibilité de s'aventurer dans des domaines scientifiques que ne peuvent aborder nos programmes généraux. Sans doute, les activités dirigées offrent-elles une possibilité de solution au problème ; mais si on s'y limite à construire un poste de radio ou une lunette astronomique, on n'a pas atteint le but fixé car nos élèves doivent sans doute savoir construire, mais avant tout, ils doivent comprendre.

Il faut songer à la constitution de clubs scientifiques, groupant des jeunes d'origines scolaires diverses, pouvant disposer des laboratoires de nos établissements, possédant un matériel sérieux très en rapport avec leurs activités et ayant à leur tête des animateurs compétents. Mais encore faut-il des idées. Pour cela, rien n'est plus concevable que leur mise en commun ; savoir comment est organisée la maison des autres aide à organiser sa propre maison.

C'est dans ce but que vient d'être créé, à la demande de la division de l'Éducation des adultes et des activités de jeunesse de l'UNESCO, comme à celle de la division extra-scolaire et de la jeunesse du Conseil de l'Europe, un Comité intérimaire de coordination (CIC) pour l'initiation à la science et le développement des activités scientifiques extra-scolaires. Son objet est ainsi défini : "Pendant deux ans - 1965 et 1966 - le CIC pourrait jouer le rôle de centre de documentation et inonder les pays membres de l'UNESCO d'informations multiples à propos des clubs scientifiques, notamment ...". Puis, vers 1967, l'UNESCO pourrait organiser un grand congrès sur le thème "Les clubs scientifiques dans le monde", congrès qui pourrait avoir pour aboutissement la création d'une fédération internationale des clubs scientifiques. Je n'ai pris cet exemple que pour montrer, sur un cas particulier, les tendances actuelles vers une coordination et une documentation internationales. Nos établissements, dont les élèves représentent l'avenir de l'humanité, ne peuvent rester étrangers à ces tendances. Il sera nécessaire, pour nous limiter à l'exemple des clubs scientifiques, que le documentaliste en liaison avec le CIC leur fasse parvenir, le moment venu, la documentation fournie par ce comité.

En attendant ce moment, le documentaliste pourrait, dans le cadre des activités dirigées, aider les professeurs qui désirent monter une activité scientifique en leur fournissant une large documentation et en les mettant en rapport avec des organismes spécialistes de cette activité. Une aide comparable devrait être envisagée pour les professeurs chargés de travaux spécifiques expérimentaux, tout au moins pour ceux de ces travaux qui peuvent être accrochés à des laboratoires de recherche ou à des industries.

Organisation du service de documentation

Implantation : nous insistons sur une évidence... mais elle est de toute première importance ; le local qui abrite le service de documentation doit se trouver sur le passage obligé des professeurs. Il se trouvera à proximité de la porte d'entrée, près de la salle où le concierge dépose le courrier des professeurs avant la ramification des trajets des professeurs, car l'expérience montre qu'il y a au moins trois trajets : celui des professeurs de sciences physiques et de sciences naturelles qui regagnent directement leurs locaux spécialisés afin d'y préparer le matériel, peut-être celui des professeurs d'histoire et de géographie pour la même raison, celui des professeurs d'éducation physique quand ils possèdent une salle à eux , et celui des professeurs des autres disciplines qui aboutit à la salle des professeurs. En bref, le service de documentation doit s'implanter avant l'externat. Il est souhaitable, enfin, qu'il soit également proche du quartier administratif.

Structure des locaux réservés au service de documentation  : dans un article antérieur2, j'ai préconisé le bloc-documentation qui, autour du bureau du documentaliste, groupe la bibliothèque professeurs-élèves, les salles de travail pour les professeurs et les élèves, les archives, la salle de dépôt du matériel audio-visuel, l'imprimerie où sont centralisés les appareils de reproduction et la machine à relier, les salles de réunion et de détente des professeurs et des élèves, et le bureau local du BUS3. On pourrait y ajouter, à l'étage, une salle d'exposition permanente et sans cesse renouvelée, et une salle pour l'enseignement collectif (salle de cinéma et de télévision avec projection sur grand écran, salle de conférences, salle de théâtre) avec tout l'équipement indispensable : éclairage normal, éclairage réduit, éclairage de sécurité, prises de courant de puissances variées, stores opaques, etc.

On peut y adjoindre :

  • un auditorium et une cabine de visionnage afin que les professeurs prennent, en toute liberté, connaissance des disques, des films et des diapositives stockés au service de documentation ;
  • un petit atelier pour l'entretien et les réparations.

Remarquons que ce que nous avons appelé l'imprimerie est indépendante du secrétariat administratif qui mérite d'avoir son propre matériel de reproduction et qui, dans les gros établissements, pourrait posséder un adressographe garni des adresses des familles de tous les élèves.

Le mobilier sera fonctionnel au maximum ; le lecteur trouvera dans le Guide pour l'installation d'un service de documentation des idées précises sur ce mobilier. Nous attirons son attention sur :

  • la tablette pour la consultation des revues ;
  • les panneaux d'exposition, à éclairer d'une manière spéciale ;
  • les plannings formés de bandes métalliques dans les encoches desquelles on glisse des fiches sur les appareils audio-visuels ;
  • fiches sur les films, les disques..., avec possibilité d'indiquer les prêts et les sorties pour réparations ;
  • le planning des travaux à exécuter par la secrétaire attachée au service de documentation ;
  • le pupitre, éclairé par sa lampe particulière, sur lequel est placé le registre destiné à recueillir les demandes des professeurs, leurs doléances et leurs suggestions ;
  • les meubles qui supportent les multiples fichiers (fichiers d'inventaire des ressources de la maison, fichiers sur la documentation écrite...) ;
  • le meuble qui abrite les spécimens des manuels scolaires. Il sera conçu d'après le type de classement qu'on adoptera :
  • soit par classe : classe de 6e par exemple, les manuels, en position verticale, étant groupés par discipline (mathématiques, puis sciences naturelles...) ;
  • soit par discipline : histoire par exemple, les manuels étant groupés par éditeurs (Bordas par exemple), puis par classe (6e, 5e, 4e, etc.) ;
  • soit par discipline : histoire par exemple, les manuels étant groupés par classe (6e, 5e, 4e, etc.).

Personnellement, nous préférons la dernière répartition qui, pour une même classe, permet commodément une étude comparée des manuels.

Je voudrais dissiper a priori un malentendu possible : le documentaliste, responsable du bloc- documentation, doit tout connaître ; cela ne veut pas dire qu'il doit tout avoir. Un certain idéal de centralisation à outrance voudrait peut-être qu'on rassemble en un même lieu, en un seul lieu, tous les objets utiles à l'enseignement, qu'il s'agisse de collections, d'appareils, de films, de diapositives, de disques... Quelle commodité apparente ! Tout au même endroit comme dans un Prisunic, le self-service étant cependant interdit. Mais pratiquement, quelle incommodité ! Il faut admettre que les appareils qui servent à l'enregistrement serviront d'autant mieux qu'ils seront entreposés sur le lieu même du travail ; d'où les cabinets spécialisés (sciences physiques, sciences naturelles, histoire et géographie, éducation musicale) qu'il y aurait intérêt à multiplier. Celui de langues vivantes est devenu indispensable. On peut aussi songer, surtout depuis l'introduction des travaux pratiques, à celui de mathématiques. Chaque cabinet devrait avoir son responsable (chef du département...) officiellement comme cela se pratique actuellement pour seulement trois disciplines, et comme on le fait d'une certaine manière en éducation physique avec le professeur coordinateur. On est ainsi contraint de concevoir un bloc-documentation avec des dépôts satellites, ce qui donne à la fois les possibilités d'un bilan global et d'une dispersion fonctionnelle des moyens.

Ce schéma risque de se heurter à une difficulté essentiellement psychologique : les moyens groupés dans des cabinets spécialisés seront pratiquement réservés aux seuls spécialistes qui fréquentent ces cabinets ; les "étrangers" n'oseront pas s'adresser directement aux responsables des cabinets. Nous ne leur demandons pas : si un professeur de philosophie veut montrer à ses élèves où se situent - si elles existent - les frontières entre la matière inanimée et la matière vivante, nous lui demandons de s'adresser au documentaliste qui s'entretiendra avec le professeur responsable du cabinet de sciences naturelles, qui prendra contact avec la faculté des sciences, le Muséum d'histoire naturelle, la Caisse nationale de la recherche scientifique, l'Institut Pasteur, etc.

Pour les seuls documents que possède l'établissement, le service de documentation devient un véritable centre d'échanges, soit d'échanges temporaires (prêt à un professeur autre que ne le veut l'usage normal ; exemple : microscope du laboratoire de sciences naturelles à un professeur de philosophie), soit d'échanges définitifs (nouvelle affectation de documents). Le contrôle des prêts, dans ces conditions, s'opère à la fois par le responsable du cabinet spécialisé qui prête au documentaliste, et par le documentaliste qui remet à l'emprunteur.

Le personnel : nous l'avons dit à plusieurs reprises, le documentaliste ne peut assurer, à lui seul, toutes les tâches qui lui incombent, d'une part parce qu'elles sont très nombreuses et qu'elles ne cesseront de se multiplier ; d'autre part parce qu'elles exigent finalement des connaissances très variées et un esprit quasiment universel... Sans doute cette universalité n'est-elle pas nécessaire quand on se limite au classement des documents ; il suffit de suivre les règles du classement international. Il en est tout autrement quand il devient nécessaire de rechercher des documents et de créer, chez le personnel, des besoins ; une certaine compétence est indispensable. Bien sûr, on doit se faire aider par les spécialistes ; mais encore faut-il pouvoir leur exposer, avec précision, la nature des documents que l'on recherche et les buts poursuivis par le demandeur. C'est pourquoi j'ai envisagé, dans les services de documentation de quelque importance, la présence de deux personnes, le documentaliste et son adjoint, l'une littéraire, l'autre scientifique.

Une autre solution est possible, sans création de poste supplémentaire et sans ouverture de nouveaux locaux. Le lecteur a sans doute remarqué que j'ai beaucoup insisté sur la documentation écrite qui, à elle seule, peut occuper une personne. Pourquoi ne pas la traiter comme une section à part ? L'homme existe déjà, c'est le bibliothécaire responsable de la bibliothèque générale ; le local existe également : la bibliothèque générale. On aurait d'ailleurs là l'occasion de réanimer les bibliothèques générales proches du sommeil, ou de leur donner une nouvelle jeunesse. L'autre section serait essentiellement celle des moyens audio-visuels et de toute documentation non-écrite. Nous pensons expérimenter cette répartition en deux sections au lycée Janson-de-Sailly dès la rentrée prochaine ; le documentaliste responsable du tout aura comme collaborateur (et non comme adjoint) le bibliothécaire plus spécialement chargé de la documentation écrite.

Conclusion

Nous donnons notre conclusion sur le fonctionnement d'un service de documentation sous la forme d'un diagramme et d'une formule (voir ci-dessous) : le documentaliste est le correspondant de l'établissement dans tous les domaines de l'information ; ainsi est soulignée la très grande importance de ses fonctions.

(1) Le texte de cet article a été rédigé en 1965 alors que j'étais proviseur du lycée Janson-de-Sailly : il est évident que, depuis cette date, certaines de mes idées ont pu évoluer ; mais je n'ai rien voulu changer au texte initial.

(2) Technique, Art, Science, cf. supra, page 59.

(3) BUS : bureau universitaire de statistique.

Argos, n°37, page 53 (04/2006)
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