Dossier : La recherche documentaire / 3. Rechercher en réseau

Enseigner, c'est chercher

Même si l'on a été un étudiant brillant et que l'on a réussi au difficile concours de recrutement, cela n'a pas pour conséquence que l'on est, aussitôt mis en situation d'enseigner, un professeur capable de tout faire, et bien. C'est pourquoi Argos a demandé à un nouvel enseignant de lettres de parler de son travail de préparation d'une séquence d'enseignement réalisée pendant son année de stage (2003-2004) dans un collège parisien. Abdel-Nasser Laroussi-Rouibate a fait ses études à Saint-Étienne et les a terminées à Paris. Il s'est pris d'une belle passion pour la littérature du XIXe siècle, en particulier pour George Sand, dont il aime parler - avec pertinence. Notre collègue enseigne, cette année, dans l'académie de Créteil, en Seine-Saint-Denis, et ne s'en plaint pas, au contraire. Il a accepté de retracer brièvement son parcours documentaire.

La première recherche a été menée sur internet, en écartant les sites à caractère religieux. J'ai consulté plusieurs sites dédiés à l'enseignement. Je voulais apprendre le plus de choses possible et chercher ce qui pouvait être transmis aux élèves. J'étais allé voir ce qu'en disent plusieurs manuels scolaires récents. De telle sorte que j'ai pu voir quels textes étaient le plus souvent choisis. Parallèlement, j'ai lu la Bible... J'ai éprouvé un véritable sentiment d'insatisfaction.

En effet, je cherchais les moyens d'élargir les horizons culturels de mes élèves, pour qu'ils aient envie d'aller au Louvre, par exemple, et puissent en tirer profit. Or, il m'a fallu constater que les ressources disponibles empruntent leurs références aux textes de l'Ancien Testament. Donc, puisque je ne pouvais me limiter à ces textes, je me suis détourné de la recherche documentaire pour passer à la lecture des textes bibliques, dans plusieurs traductions, pour pouvoir les comparer. En particulier la Bible de Jérusalem et celle de Bayard, La Genèse, éditée en format de poche - quelle joie de lire ce texte ainsi traduit !

À partir de là, j'ai passé les textes au crible, j'ai regardé de quelles façons les manuels construisaient leurs séquences et j'ai cherché à être ouvert au plus grand nombre de questions. Ainsi, ayant éprouvé du plaisir à la lecture du récit que La Genèse consacre à l'histoire de Joseph, j'ai pensé qu'il serait bon d'essayer de faire éprouver ce même plaisir aux élèves. Pour cela, je devais mettre à leur disposition une version qui soit lisible, ici, celle des Contes et légendes de la Bible.

S'interroger

Je souhaitais que les élèves puissent lire les textes importants et que ne soient pas esquivés les textes qui peuvent donner lieu à une polémique. Par exemple, dans un des manuels consultés, je m'étais aperçu que la question de la place et du rôle de la femme dans la Bible avait été évacuée. En même temps, je ne voulais pas paraître assuré de ce que je proposais comme interprétations, il fallait que les élèves comprennent que je pouvais me tromper, qu'il était nécessaire de se poser un grand nombre de questions, et non de vouloir trouver des réponses "définitives" aux questions qui pouvaient être posées.

En lisant, en découvrant parfois, ces textes, ceux, par exemple, consacrés à la mort de Jésus, je voulais amener les élèves à s'interroger sur ce que racontent ces textes, sur ce qu'ils disent (par exemple, encore, sur les paroles prononcées par Jésus sur la croix). Au moment où je mettais en oeuvre cette séquence, il existait une forte tension autour du film de Mel Gibson ; de plus, dans l'établissement, une collègue venait d'être accusée d'antisémitisme, à tort, d'ailleurs. Avec ces lectures et ces études, il me paraissait possible de vider la querelle des juifs dits "déicides".

Parallèlement, je leur ai proposé de regarder et d'étudier des tableaux pour qu'ils se rendent compte de la manière dont le récit de la Passion a pu être historicisé par des figurations différentes.

En donnant à lire et étudier ces textes, j'ai souhaité que les élèves reçoivent ce qu'ils sont en droit de considérer comme leur héritage et qu'ils le fassent fructifier.

Pour son mémoire professionnel, Sens et usages de la Bible en sixième, Abd-Nasser Laroussi-Rouibate a choisi, en 2003, d'étudier la séquence (dix séances) qu'il avait mise au point sur des textes extraits de la Bible. Les élèves ont travaillé sur les récits consacrés à la création, à Adam et Ève, à Babel, à Joseph, à Moïse et au Décalogue, à Jésus (le bon Samaritain, la femme adultère, la Passion). Trois représentations du portement de croix ont été montrées et analysées : Jérôme Bosch, Bruegel l'Ancien et Gustave Doré.

Références

    • La Bible de Jérusalem, Éditions du Cerf, Paris, 2001.
    • Contes et Légendes de la Bible, Michèle Kahn, Pocket Junior J 085 et J 174, 2000.
    • La Genèse, nouvelle traduction, Bayard/Gallimard, 2003.
Argos, n°36, page 67 (12/2004)
entretien avec Abdel-Nasser Laroussi-Rouibate, professeur de lettres.
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