Dossier : La recherche documentaire / 1. Besoins et politiques documentaires

Organiser l'avenir

Nadine Lanneau, professeur-documentaliste, collège Boulogne-sur-Gesse (31)

Une politique documentaire, c'est quoi au niveau de mon collège ?

Pour l'instant, un être en devenir, un embryon dont on ne sait s'il va se développer ou pas.

Juste avant les vacances, la principale nous a tous réunis, professeurs, intendante et CPE pour parler des questions pédagogiques et des voyages sans employer le terme de "politique documentaire" mais l'on verra que les problèmes abordés entrent bien dans ce cadre.

Le B2I, comment on va le concrétiser

Ce n'est pas le rôle du seul professeur de technologie d'évaluer.

Trouver des idées : Chaque professeur de discipline doit lister ce qui le concerne. J'ai annoncé le "défi info" que j'ai essayé de mettre en place, qui n'est pas terminé et qui a permis une première préparation aux IDD pour les classes de 5e et qui sera un moyen d'évaluer aussi les compétences documentaires du B2I. J'ai annoncé que je pourrai évaluer ces compétences pendant les IDD, dans tous les projets de recherche avec les classes, en situation.

Je me rends compte que pour les professeurs et même la principale, la question de la recherche documentaire n'est pas réglée : pour eux, semble-t-il, c'est la maîtrise de l'outil qui prédomine (BCDI et surtout internet), et je dois leur expliquer l'importance de la recherche avec, en particulier, les notions de questionnement, de prise de références, de regard critique, de reformulation de l'information et de communication. Il faudrait que la formation à la recherche documentaire soit connue de tous et intégrée dans le projet avec ses modalités, une progression niveau par niveau. Nous n'en sommes pas encore là, j'ai seulement mis à disposition, dans la salle des professeurs, un classeur avec les référentiels et divers documents.

Création d'une commission Informatique

J'avais fait, par hasard, le matin, une fiche action sur un projet d'organisation spatiale du CDI, avoir un pôle informatique comme nous avons un pôle vidéo dans une petite salle, un pôle travail et un pôle lecture que je pourrai ainsi agrandir. J'ai signalé que la moitié des ordinateurs ne fonctionnaient pas et cela a été confirmé par les professeurs chargés de la maintenance qui ont précisé qu'ils ne sont plus raccordés au réseau (cause indéterminée). Cette discussion a permis ainsi d'aborder tous les autres problèmes de gestion informatique qui dépassent le seul CDI. Des aberrations sont apparues.

Objectifs de cette commission : à partir d'un questionnaire, lister les problèmes, et comment chacun s'investit dans les TICE avec sa classe, recenser le matériel, chercher des solutions en commun. Car, à force de rendre tout le monde et personne responsable de tout, on n'avance pas. À un moment donné, il faut se donner le temps de la réflexion et faire appel au personnel compétent. Finalement pas mal de professeurs se sont mis dans cette commission.

Ce que je mettrai aussi dans la politique documentaire : faire surtout passer l'idée que ce n'est pas l'outil qui est primordial (BCDI ou internet) mais la démarche intellectuelle qui concerne aussi bien le papier que tous les moyens électroniques : "penser, classer, catégoriser" (Alain Coulon, professeur de sciences de l'éducation, université Paris-VIII).

Mais c'est difficile à comprendre pour beaucoup de professeurs qui croient qu'il suffit d'apprendre le fonctionnement de la machine et que c'est très facile.

J'y ajouterai aussi la volonté d'aider les élèves en imaginant autre chose que le sempiternel soutien après les évaluations de sixième, par exemple, qui n'aide pas beaucoup. La question du tutorat est venue sur le tapis mais va demander que l'on s'organise. La principale a appuyé l'idée car elle a déjà expérimenté ce genre d'action et elle y croit. Mais résistances chez certains professeurs... car il n'est pas aisé pour eux de sortir du cadre de la classe ou parce qu'ils ont des inquiétudes compréhensibles, après tout, puisqu'ils se sentent assujettis à un programme : "Je dois m'occuper des élèves qui suivent, ne pas les laisser tomber et j'ai peur de perdre mon temps avec des élèves qui ne suivent pas."

Tutorat

En tant que professeur documentaliste et dans une politique documentaire, je me dois de fournir des documents d'information sur le sujet, ce qui finalement intéresse un certain nombre de professeurs. Plusieurs modes peuvent être mis en place :

"Tutorat : aide donnée aux élèves en difficulté par des élèves qui réussissent plus facilement : soit à l'intérieur de la classe, soit des élèves plus âgés vers les élèves les plus jeunes." Le mélange des âges, l'hétérogénéité peuvent être un plus, en effet. "Le groupe de tutorat, dix à douze élèves de la sixième à la troisième, sous la responsabilité d'un tuteur de l'équipe éducative, se réunit quatre heures par semaine pour l'aide aux devoirs, l'explicitation des savoirs appris, le bilan hebdomadaire. Il comprend aussi deux correspondants parents chargés plus spécialement de la liaison avec ceux des parents d'élèves qui hésitent à venir au collège et à rencontrer les professeurs."

"On y pratique la mutualisation concrète des savoirs, l'entraide et la coopération entre élèves de niveaux et d'âges différents, le travail en groupe. On y apprend à prendre la parole en public, à argumenter, à critiquer positivement." Voir sur le site du CRAP (Cahiers pédagogiques) Pantanella, Raoul, "Reportage dans un collège expérimental : Clisthène, ou l'innovation vécue", édition (en ligne), Paris, CRAP, avril-mai 2003, (consulté le 23/10/04). Adresse disponible sur internet :

http://www.cahiers-pedagogiques.com/article.php3?id_article=115&var_recherche=tutorat

À lire également dans le numéro de la revue : Pantanella, Raoul, "Clisthène, ou l'innovation vécue", Cahiers pédagogiques, avril-mai 2003, 413-414, p. 7.

De l'hétérogénéité

Cette hétérogénéité est donc revendiquée et parfois ce sont des élèves dits "en difficulté" qui vont, pour aider de plus jeunes, s'atteler à la tâche et apprendre ; la motivation viendra de cette mobilisation. On le sait pour les enfants de primaire qui vont lire aux maternelles, par exemple. Pourquoi pas en collège ? Des élèves de troisième et quatrième connaissent par coeur le théorème en maths, mais lorsqu'il s'agit de l'appliquer, ils mélangent les + et les -. Les professeurs disent qu'ils auraient dû redoubler leur cinquième car ils n'ont pas acquis les bases. Alors, pourquoi, au lieu de faire comme s'ils savaient ou devraient savoir, ne pas les faire revenir justement sur ces savoirs dans le cadre d'un tutorat où ils expliqueraient eux-mêmes à des cinquièmes en train d'apprendre ?

Nous aurons à la rentrée un stage établissement sur la gestion de l'hétérogénéité, voilà qui entre bien dans le cadre d'une politique documentaire.

J'y mettrai aussi ce dont nous avons parlé dans cette réunion avec une professeure de français : le développement de l'apprentissage de la lecture rapide à l'aide du logiciel Elsa qui permet d'entrer dans des textes de littérature de jeunesse (de manière ouverte).

Lecture rapide sur écran

Si l'on veut que les élèves lisent, ils doivent développer des compétences de lecture rapide et de lecture sur écran. Le logiciel Exographic, suite d'Elsa, vient de sortir et, depuis cette réunion, j'ai pu obtenir un stage organisé par un inspecteur de primaire : nous pourrions y aller et travailler avec des professeurs d'école.

Pour développer le goût de la lecture encore : un comité de gestion du CDI où tous les élèves pourront donner leur avis sur les livres achetés, par l'intermédiaire des délégués qui les consulteront et rendront compte. Reste à y inclure les données sur la pratique des élèves au CDI en matière de lecture (statistiques des prêts) pour mieux ajuster les achats.

N'oublions pas les actions pour l'orientation des élèves en association avec la COP qui est venue au CDI et qui reviendra passer quelques heures pour désherber car il n'y a pas assez de documents d'actualité.

Argos, n°36, page 51 (12/2004)
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