Dossier : Tout-petits deviendront grands... / 6. Relier

Etre parents à Champigny

L'association Proximité a été créée le 1er janvier 1999, dans le but d'accompagner les familles du quartier des Quatre-Cités, dans le cadre de projets.

Dans ce quartier, situé dans une ZEP, vivent de nombreuses familles en grande difficulté, dont les revenus sont les plus faibles par rapport aux autres familles de la ville, avec un taux de chômage et de RMIstes élevé et un nombre important de familles monoparentales.

L'association est hébergée dans un appartement mis à sa disposition par l'OPAC 94, elle est régie par la loi de 1901, compte une soixantaine d'adhérents et ses actions touchent environ cent cinquante familles. Sa présidence est assurée par une bénévole et les actions sont suivies par une personne relais recrutée en juin 2001. En janvier 2003, un second poste d'adulte relais a été créé, pour faire face aux attentes des familles.

Si la situation des familles du quartier est difficile, la réalité est différente des images présentées par certains médias. Beaucoup de parents aiment leurs enfants et souhaitent les voir devenir des adultes épanouis et responsables. C'est pourquoi, la scolarité est une de leurs préoccupations majeures, mais ils n'ont pas toujours la possibilité d'entrer dans l'école, malgré leur désir de le faire, et d'y établir des relations de confiance avec les enseignants de leurs enfants. Bien souvent, les parents sont désorientés et désemparés, parce qu'ils se sentent isolés. Ils aimeraient bien pouvoir se retrouver, partager leurs sujets d'inquiétude et leurs expériences, pour vaincre cet enfermement.

Partenaires

Proximité, partant de ce constat, s'est constituée pour soutenir les familles sans se substituer à elles, pour valoriser leur rôle et les aider dans l'exercice de leurs responsabilités d'éducateurs. Pour vraiment aider ces familles, il faut commencer par les écouter, reconnaître qu'elles ont droit à une place dans l'espace social, plutôt que de les montrer du doigt, mieux vaut faciliter leurs échanges. Aussi, leur est-il proposé un lieu où elles peuvent venir, se reposer, souffler, se reconstruire en s'enrichissant des contacts avec d'autres parents. C'est en partageant et en confrontant leurs expériences que de nouveaux liens sociaux peuvent être tissés et que de nouvelles solidarités peuvent se développer.

Il est nécessaire que les lieux qui accueillent les enfants s'ouvrent aux parents : la crèche, l'école, le collège. Les parents rencontrent les professionnels spécialistes de l'enfance, dialoguent, établissent un climat de confiance et tendent à pouvoir se considérer, eux aussi, comme des partenaires dans le processus d'éducation de leurs enfants. Tenter, aussi, de faire en sorte que les parents dits "absents" en viennent à s'intéresser à ce qui se passe dans ces lieux.

Ceci est particulièrement important pour les parents migrants, qui doivent apprendre à comprendre les usages sociaux français et pénétrer les méandres du système scolaire, pour pouvoir se saisir de leurs responsabilités de parents, plutôt que de s'en remettre à des institutions qui créeraient des dépendances. Dans tous les cas, l'enjeu est celui de l'action des parents, de leur insertion dans les processus éducatifs pour y exercer leurs responsabilités. Une telle prise en charge peut avoir des effets positifs sur le comportement et les résultats scolaires des enfants.

Les actions

Pour favoriser les rencontres et les échanges, l'association a constaté que les réunions traditionnelles n'étaient pas une forme pertinente. C'est pourquoi elle a choisi d'organiser des soirées à thèmes, au sein des établissements scolaires du quartier. Ces thèmes sont évidemment déterminés par les parents du groupe. Ont déjà été abordés les thèmes suivants : Apprendre à dire oui, apprendre à dire non, parent, comment s'y prend-on ? Le rôle du père et de la mère ou le partage des pouvoirs ; les relations entre frères et soeurs ; l'autorité, oui, mais laquelle ? Moi, parent, qu'est-ce que j'attends de l'école ?

Pour qu'un grand nombre de parents puissent participer à ces soirées, l'association prend en charge les enfants pendant la réunion et les confie à des membres de l'association et des animateurs (rémunérés soit par l'association, soit par le centre de loisirs). Selon les établissements (trois écoles maternelles, une élémentaire, un collège), les débats peuvent être bimensuels, mensuels ou trimestriels, voire hebdomadaires, mais ils sont, le plus souvent possible, suivis d'une collation.

De cette façon, non seulement les membres de l'association participent aux initiatives, mais aussi d'autres familles et des enseignants, des directrices d'école, des animateurs des centres de loisirs s'associent aux débats. Pour donner une autre dimension aux soirées, des intervenants extérieurs, rémunérés par l'association, sont invités, par exemple, une psychopédagogue.

Des initiatives diversifiées

Afin que les parents puissent approfondir la réflexion lancée par les débats ou pour répondre à leurs questions personnelles, une bibliothèque spécialisée est mise en place. Elle propose des ouvrages destinés aux enfants comme aux parents, qui peuvent être empruntés. On constate que cette bibliothèque sert à des familles, qu'elle éclaire leur action, les aide à résoudre certains problèmes. Et, ce qui n'est pas négligeable, des enseignants mettent à profit personnellement l'existence de cette bibliothèque...

Le local de l'association sert à recevoir les familles un matin et une après-midi par semaine, les parents peuvent simplement avoir envie d'y venir pour parler ou se reposer, comme y être plus particulièrement accueillis, écoutés, réconfortés. En même temps, ils y trouvent rassemblées des informations sur les ressources existant dans différents domaines : allocations familiales, action sociale, vacances, initiatives sociales et culturelles de la ville, animations et actions menées par l'École des parents et la Maison de la parentalité de Paris.

De façon plus traditionnelle, des actions sont organisées pour que les familles puissent partager leurs cultures. La directrice de l'école de danse du conservatoire Olivier-Messiaen s'est ainsi proposée pour organiser un atelier interculturel où berceuses, contes, danses, chansons et musiques, voire recettes de cuisine peuvent s'échanger et montrer leurs richesses.

Un "Café des parents" est mis en oeuvre dans les écoles maternelles du quartier, un jour par semaine, entre huit heures un quart et dix heures. Autour d'un café ou d'un thé, les conversations informelles s'engagent, quel que soit le sujet du moment, grave ou léger. Des liens d'amitié se tissent, la solidarité trouve à s'y exercer simplement. Ces rendez-vous sont considérés comme très précieux par les familles, qui, ordinairement, ne fréquenteraient pas les réunions de parents organisées de façon traditionnelle.

Évaluer ?

Le fait que les parents participent à ces activités dans les écoles leur confère un rôle nouveau, ils se sentent reconnus. Des enseignants reconnaissent que les enfants (et aussi quelques parents) sont moins agressifs, moins violents, plus détendus et rassurés. Les parents soulignent que leurs relations avec leurs enfants se sont améliorées, après qu'ils ont appris à mieux les connaître, à ne pas être prisonniers de l'image du "bon élève", donc à exercer moins de pression sur les enfants. Ils ont acquis une meilleure connaissance de l'École, des missions concrètes des enseignants et peuvent ainsi devenir des partenaires, des interlocuteurs valables.

Vers d'autres projets

Après deux années de travail sur le terrain, l'expérience accumulée incite à avoir une approche plus fine des difficultés rencontrées par les familles, surtout celles qui sont issues de l'immigration. Les barrières imposées par la langue et l'isolement provoquent des difficultés d'adaptation à d'autres codes sociaux, d'autres lois, d'autres coutumes que ceux des pays d'origine de ces familles. Les initiatives prises par l'association ont contribué à entamer cet isolement, des familles ont déclaré que c'était par leurs enfants qu'ils ont trouvé la force et le désir de s'intégrer dans un quartier. Cela met en évidence le fait que la scolarité des enfants crée des liens sociaux, pour toutes les familles, quelle que soit leur origine. L'école peut alors devenir un moyen qui permet de rompre l'isolement. Y compris pour certaines mères de famille qui ont confié que leurs maris les "autorisent" à participer aux réunions et aux débats parce qu'ils sont organisés dans les locaux scolaires, que les pères connaissent et reconnaissent comme un lieu "sûr".

C'est pourquoi il paraît non seulement souhaitable, mais surtout indispensable que ces médiations soient développées par la création de groupes de rencontre et d'écoute entre collège et parents, que soit ouverte, dans le cadre d'un projet de ville, une Maison de la famille qui regrouperait les forces vives et associatives qui oeuvrent pour renforcer le lien social.

Ouvrir :
  • une maison de la famille
  • une bibliothèque pour tous
  • une ludothèque
  • une halte-garderie
  • des ateliers intergénérationnels
  • des cours d'alphabétisation
  • un espace de parole, de rencontres et d'échanges
  • une salle des fêtes, avec priorité à l'aspect familial.
Argos, n°33, page 68 (12/2003)
Proximité, Association loi de 1901, 27, rue Charles-Fourier, 94500 Champigny-sur-Marne.
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