Dossier : Tout-petits deviendront grands... / 4. Communiquer

Bac à sable

Brigitte Lassourd, (pour l'équipe enseignante et les petits rédacteurs)

À l'école maternelle où nos petits élèves ne savent encore ni lire ni écrire, s'engager dans un projet de réalisation de journal scolaire peut sembler, a priori, étonnant ou absurde, voire démagogique...

Si la maîtrise de la langue orale reste l'un des objectifs nécessaires et primordiaux de cette école, la rencontre avec la langue écrite et ses spécificités, dès le plus jeune âge, est essentielle. Nos tout-petits "lisent" bien avant de savoir lire et les faire entrer dans la découverte de ce monde complexe et passionnant participe à la première amorce, bien que modeste, d'un accès à la curiosité de la connaissance et du savoir livresque. Le journal scolaire peut être un des outils parmi tant d'autres (le cahier de vie, les écrits-mémoire,etc.) qui participent à l'élaboration, dès l'école maternelle, de la rencontre avec le monde écrit, mais également à la construction de compétences spécifiques nécessaires pour entrer dans cet univers distancié qu'est l'écrit. Un journal est fait pour être lu !

Historique

L'idée est née un peu par hasard, à la suite d'un stage de formation continue (informatique) pendant lequel j'avais pu consulter des journaux scolaires d'écoles élémentaires.

Si la proposition de faire un journal a été discutée et entérinée par l'équipe dès octobre 1997, notre premier numéro n'est sorti qu'en mars 1998... Temps de maturation et de questionnements sur la nécessaire authenticité d'un travail pédagogique réalisé dans les classes. Le journal ne devait pas être, à notre sens, une "vitrine".

Il nous a aussi toujours paru essentiel que toute l'équipe enseignante soit partie prenante. La poursuite de parution est redécidée à chaque début d'année scolaire. Bac à Sable est maintenant une "institution" faisant intrinsèquement partie de la vie de notre école.

Mode d'emploi, fonctionnement

Jusqu'à cette année, nous faisions trois numéros par année scolaire. Nous avons décidé de réduire à deux, un en novembre et un en avril, le dernier numéro de juin ne se vendant pas du tout.

L'équipe adulte se réunit en comité de rédaction qui décide des sujets d'articles, du nombre de pages allouées et du délai de bouclage. Certains numéros spéciaux (16 pages au lieu de 12), sont réalisés en fonction de projets : Afrique, le temps... À titre d'exemple, nous avons préparé, pour le mois d'avril 2003, un numéro spécial sur notre projet de réaménagement de la cour de récréation, dans lequel les élèves sont partie prenante : groupes conversationnels inter-âges, conseils de délégués de classes, commission paritaire pour l'aménagement de la cour.

La mise en page est finalisée par la directrice de publication aidée d'un conseiller pédagogique. Le journal est imprimé par le CDDP de Créteil.

Il a été décidé que cette production serait vendue aux familles qui le souhaitent (environ 100 exemplaires) afin de rembourser le coût de l'impression, l'objectif étant de faire une opération zéro, c'est-à-dire sans bénéfices. Le journal est également vendu chez le marchand de journaux du quartier. Nous comptons une vingtaine de fidèles lecteurs que nous ne connaissons pas !

Un contenu très cadré

On trouve dans notre journal des rubriques régulières comme l'édito, le carnet rose qui annonce les naissances (nos premiers bébés sont maintenant en moyenne section...), le "coin des livres" qui présente une revue de presse thématique ou celle d'une classe, les mots d'enfants, toujours savoureuse, et la page-jeu en dernière page.

On y trouve également des thèmes récurrents, comme la vie quotidienne, les sciences, la cuisine, la production d'écrits (textes, poésies) et l'art. Nos collègues de cycle II ont plusieurs fois participé à des numéros, que ce soit dans le cadre d'un projet commun ou non, et nous avons eu d'autres invités.

Les événements ne sont pas oubliés : sorties au marché, à la Mer de sable, visites au zoo, dans des expos, spectacles, arrivée d'un ordinateur dans la classe...

Des objectifs pédagogiques

Si, dans les petites sections, la production reste avant tout la valorisation par l'adulte d'un travail pédagogique quotidien ou événementiel fait en classe, la production d'écrits prend tout son sens dès la moyenne section : prise de décision concertée sur le thème de l'article, travail sur les compétences langagières à mettre en oeuvre lors du difficile passage de l'oral à l'écrit en dictée à l'adulte, réalisation et choix d'illustrations pertinentes éventuelles.

Aujourd'hui les élèves de grande section, qui connaissant Bac à sable depuis leur arrivée à l'école, sont capables de décider non seulement du thème choisi et de sa réalisation, mais également d'émettre des hypothèses, des avis et de construire une première mise en page.

Cette trace écrite régulière, s'inscrivant maintenant dans le temps (cinquième année consécutive), participe à l'élaboration d'un mémoire d'école. Les anciens numéros présents dans les classe et en BCD sont manipulés, lus et relus par les enfants.

En résumé, Bac à sable est simplement un outil qui permet d'élaborer, sur des modes très divers, un travail pédagogique le plus authentique possible dans le domaine de la découverte de la langue écrite et de la communication vers l'extérieur de l'école. Notre journal s'inscrit parmi d'autres actions menées sur l'école en direction des familles, dans une démarche qui vise une meilleure "lisibilité" de l'école : il permet parfois, à partir d'un article, d'échanger avec les parents sur le "ce qui se passe à l'école et son pourquoi", hors contexte de la classe.

Qu'en pensent-ils ?

Nous avons posé les question suivantes à un petit groupe d'élèves de grande section : "Pourquoi fait-on Bac à sable ?
À quoi sert-il ?"

"Ça nous sert à écrire." Sofian
"C'est pour le lire." Guillaume
"C'est pour que les parents sachent ce qu'on fait à l'école." Hillary
"Tu as raison, c'est pour savoir quel travail on fait." Charlotte

Argos, n°33, page 42 (12/2003)
Argos - Bac à sable