Dossier : Tout-petits deviendront grands... / 3. Passerelles

Poursuivre l'intégration

Notre projet a pour but de renforcer les liens entre le collège Lucie-Aubrac (Champigny) et les écoles primaires, pour qu'à l'entrée en 6e, les élèves (et leurs parents) soient moins perdus.

Notre REP cherche à répondre à la question "Comment aider les parents à comprendre les attentes de l'école ?", c'est pourquoi, dans le cadre d'une aide négociée, nous avons demandé un stage réunissant des enseignants des écoles primaires et du collège. Nous avons décidé que cette question serait étendue aux élèves...

Les professeurs du collège qui étaient invités à ce stage étaient ceux qui sont membres de la cellule d'écoute, plus quelques volontaires. La cellule avait réussi à créer des relations fortes avec quelques parents qui attendaient que les enseignants leur donnent plus d'informations : "On ne sait pas ce qui se passe au collège, nous ne nous y sentons pas à notre place." Nous avions constaté, en effet, que, si les parents venaient nombreux aux réunions organisées par les instituteurs, très peu participaient à celles organisées par le collège. Nous cherchions donc à intégrer les parents à la vie du collège, à les rassurer, les informer, les aider à suivre la scolarité de leurs enfants et à établir des liens avec les enseignants.

Un carnet (presque) interactif

Notre but était de préparer un livret pour les élèves, qui serait distribué aux familles lors de la journée "Portes ouvertes" du collège, fin juin 2002. Ce qui a été fait, en donnant aux enfants la consigne de rapporter ce livret le jour de leur entrée en sixième.

Constat : moins de 10 % d'oublis.

Pour préparer le stage, nous avons demandé aux élèves de CM2 quelles étaient les questions qu'ils se posaient sur leur entrée au collège, de façon à ce que des réponses puissent être apportées, avec l'aide des élèves qui étaient alors en sixième.

La cellule, à sa formation, était constituée par sept personnes (professeurs, infirmière, assistante sociale) et bénéficiait du soutien actif du chef d'établissement. Les professeurs étaient nouveaux et jeunes. Très vite, cette cellule d'écoute a fonctionné, elle a acquis de l'expérience et a pu prendre en charge le lancement de la confection du carnet. Au départ, un certain nombre de professeurs ont émis des doutes sur l'intérêt de cette cellule, les autres se sont montrés indifférents. Il n'y a pas eu de véritable opposition.

L'impact du travail mené a été réel : "un regard beaucoup plus humain sur les élèves" (une enseignante non impliquée). L'équipe a changé, en partie, mais le projet continue d'évoluer favorablement.

Le stage a permis de préparer les maquettes des carnets. Les questions ont été recueillies auprès des élèves des CM2 en collaboration avec les instituteurs, la synthèse a été réalisée par la documentaliste, avec collaboration d'élèves de sixième. Les questions ont été rédigées, les réponses établies par les élèves de sixième.

Lorsque les élèves reçoivent le carnet, ils le lisent, répondent aux questions et peuvent évaluer leurs réponses. Au moment de la rentrée, le collège organise un rallye des entrants, avec goûter en fin de parcours. Le rallye est une vieille institution (six ans !), mais, cette fois-ci, avec les cartes données à l'avance dans le carnet, les élèves ont pu se préparer, découvrir, avec leurs instituteurs ces cartes du collège et les commenter.

Rien n'est facile

Au fur et à mesure que ce carnet a pris sa place dans la vie du collège et des élèves, de petits obstacles ont surgi. Les élèves ont eu à coller les photographies des différents adultes qu'ils rencontrent au collège. Obtenir celles des enseignants (même avec un appareil numérique) est long, il faudra, pour le prochain carnet, recueillir les photos de ceux qui sont là en juin, pour ne plus avoir qu'à photographier les nouveaux arrivants à la rentrée.

Le temps, aussi, puisque les professeurs principaux ont constaté que la tenue du carnet a retenu l'attention de leurs classes pendant la première semaine. Si les élèves avaient apporté leurs carnets dès la prérentrée, nous aurions gagné du temps. Mais nous nous sommes aperçus que le temps passé n'est pas perdu. Par exemple, une partie du carnet est consacrée à l'organisation du travail personnel. Remplir cette partie a pris du temps parce qu'elle appelle des réponses individuelles, donc une discussion avec chaque élève. Excellent moyen de se découvrir mutuellement, de mettre en discussion nos attentes respectives, enseignants et élèves.

Au stage, nous nous sommes demandé s'il fallait inclure ou pas la journée du dimanche dans la partie travail personnel... Nous avons répondu positivement et l'expérience prouve que nous avons eu raison. Nous avions aussi discuté sur quels numéros de téléphone utiles indiquer en fin de carnet. À côté de ceux de la famille, du collège, de l'aide aux devoirs, nous avons décidé d'inclure des numéros concernant les problèmes de santé (du SAMU au point d'écoute) et des numéros concernant les problèmes de violence. Puisque les parents recevaient ces informations, était-il nécessaire de les fournir aux élèves ?Nous avons pensé que oui et cela n'a pas fait naître de problème.

Pour la prochaine rentrée, nous revoyons le carnet, sa maquette, sa reliure, son format (nous prendrons un A5), son financement (par la municipalité, dans le cadre de la politique de la ville), ce qui se fait, cette fois, non plus pendant un stage, mais sur notre temps. Mais l'intérêt est tellement grand...

Au final, nous avons constaté que les enfants ont été rassurés par ce carnet, dès le travail en CM2, avec une véritable aide des instituteurs. Les parents aussi : cette année, 80 % d'entre eux ont participé aux réunions parents-professeurs. Ils nous ont remercié, parce que cela leur a permis de s'impliquer dans la vie du collège et la scolarité de leurs enfants, ce qu'ils avaient pris l'habitude de faire en primaire et qu'ils ne faisaient plus au collège. Quant aux collègues enseignants, ils ont joué le jeu et utilisé le carnet avec leurs élèves, ils y ont trouvé un moyen de les faire entrer beaucoup plus vite et facilement dans le collège et, aussi, un moyen de regarder autrement leurs élèves.

Argos, n°32, page 71 (09/2003)
Entretien avec Élisabeth Albertini professeur de SVT, Julien Landais professeur de mathématiques et Arlette Weber conseillère pédagogique, coordinatrice de REP.
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