Dossier : Tout-petits deviendront grands... / 1. Actions

Faire connaître les sciences

Entretien avec Danielle Wach.

Faire découvrir aux enfants de maternelle le monde du vivant, c'est aussi faire comprendre qu'ils en font partie, aider à différencier le réel et l'imaginaire et aborder les notions de vie et de mort, mais dans le plaisir d'apprendre.

Je suis partie du constat évident que les enfants aiment les petites bêtes et la nature et de l'obligation professionnelle (les Instructions officielles définissent des objectifs à partir de l'entrée "Je découvre le monde"), pour travailler en sciences avec des élèves de maternelle. L'école maternelle n'est pas une garderie, mais un endroit où l'on apprend.

Les enfants sont curieux, ils ont envie d'explorer le monde, ils sont concernés par les notions de vie et de mort. Les difficultés apparaissent, parce que ces enfants n'établissent pas de frontière tranchée entre réel et imaginaire, il faut donc, pour enseigner, s'appuyer sur les deux.

Cet enseignement associe les parents et les enfants, par la médiation d'un cahier qui est remis une fois toutes les trois semaines et sert à rapporter des documents, à parler avec les élèves, à évaluer. Les parents peuvent ainsi s'intéresser au vécu de la classe et intervenir, au minimum par le biais du cahier qu'ils contribuent à remplir (avec l'aide de l'enseignante ou d'autres parents). En fin d'année scolaire, les enfants conservent leur cahier, témoin de leur parcours, traces de leurs apprentissages.

Dispositif

Selon les époques de l'année, la météo, les saisons et l'âge des enfants, les sujets abordés avec les élèves changent. Ils sont passionnés immédiatement par les escargots qu'ils rencontrent dans la cour ; progressivement, si l'on s'appuie sur cette curiosité, ils découvrent d'autres animaux. Certains enfants apportent un animal en classe, nous avons reçu ainsi un perroquet. Nous organisons des visites, des promenades. Nous n'observons pas des animaux morts mais ceux que l'on voit, les papillons ou les poissons de l'aquarium.

Pour commencer, on dessine ce que l'on voit. Plus le sujet est connu des enfants, mieux ils le dessinent, le graphisme est un témoin des connaissances acquises. L'imagier est donc leur premier cahier de sciences.

Le dispositif consiste à associer le cahier, l'imagier et une bibliothèque de classe, qui est riche en documents et en fictions à propos de ce qui est observé. La bibliothèque est à la disposition des enfants, aidés par leur enseignante, et complétée par des apports, particulièrement pertinents, de la bibliothèque municipale du Perreux.

Planifier

L'enseignante planifie les activités pour l'année et communique cette programmation aux enfants et à leurs familles. Sont définis les objets à étudier, animaux et végétaux, ce qui est à dessiner, ce que doivent faire les enfants (par exemple, nourrir, nettoyer, changer), ce que deviennent les animaux observés. Les travaux sont distribués entre les groupes d'enfants, cinq groupes dans une classe, chacun s'occupant de trois activités dans l'année. Lorsqu'une enseignante commence ce genre de travail, elle a du mal à gérer la conservation et la vie des animaux. Il faut donc avancer progressivement, on commence avec un animal, puis on passe à deux, à trois, etc. En fin d'activité, les escargots, par exemple, sont confiés aux enfants pour qu'ils les remettent en liberté et ce problème de la liberté est discuté avec eux.

Dans ce cadre, les évaluations sont collectives. Il serait bien de mener des évaluations individuelles, mais le temps manque ! Les enfants travaillent sur la nourriture, l'habitat, la reproduction (rarement observable, sauf pour les papillons ou les vers de farine), les déplacements, l'évolution. Les enfants répondent aux questions de leur enseignante - après observation, discussion avec la maîtresse et les parents, consultation de livres, visites. L'enseignante écrit ce qu'ils disent et, en même temps, ce qui est dit peut être évalué par tous les enfants. Les connaissances évoluent, le vocabulaire s'enrichit, la gestuelle participe à l'expression : les enfants parlent avec leur corps, imitent le mouvement de déplacement de l'escargot.

Enseigner

Le rôle de l'enseignante consiste essentiellement à donner du sens aux apprentissages. Elle trouve quelles peuvent être les situations qui déclenchent l'intérêt des élèves. Elle aide l'enfant à exprimer ses représentations par le langage, les graphismes, la peinture, les mouvements. Elle soutient les élèves dans leurs expérimentations et leurs questionnements sur tous les aspects de la vie abordés. Elle met les élèves en contact avec des écrits documentaires pour les aider à verbaliser. Elle les accompagne dans la découverte de l'utilisation des instruments. Ils aiment beaucoup les loupes, ils se les arrachent, mais, pour autant, ne savent pas comment elles s'utilisent. En fin de compte, il faut que les enfants travaillent avec plaisir, pour que leurs représentations évoluent.

C'est quoi la vie ?

Cet enseignement oblige l'enseignante à choisir parmi tous les objectifs qui sont proposés dans les textes officiels concernant la découverte du corps et des animaux, l'observation des caractéristiques et des fonctions du vivant. Comme je l'ai déjà dit, les questions de la vie, de la mort, de la liberté sont à aborder avec les élèves. La mort des phasmes ne choque pas les enfants, qui y voient spontanément un camouflage ou une métamorphose... Le monde du vivant, le monde dans lequel ils vivent est à découvrir, en montrant qu'eux aussi sont des êtres vivants. On s'intéresse aux corps des enfants, aux représentations qu'ils s'en font et qu'ils sont capables d'en donner avec des mots, des images, etc. L'enseignante n'est pas là pour apporter des réponses : si vous le dites, je vais l'oublier, si je le fais, je vais le comprendre. L'enseignante n'a pas à être une scientifique pour mener à bien ce travail, il suffit qu'elle ait une culture scientifique personnelle, qu'elle sache comment différencier réel et imaginaire, qu'elle ait envie, elle aussi, d'apprendre. Parce qu'il faut avoir appris beaucoup pour faire passer un petit peu.

Naïma déprime ce matin !

La maîtresse de moyenne section présente le livre qu'elle va lire à la classe pour la première fois. Naïma s'exclame, prend la parole et ne la rend plus, elle a reconnu : " Chonchon, le livre de la maison, qu'on (*) a envoyé à mon petit frère quand il est né !"

Yvonne Cathala

(*) le conseil général du Val-de-Marne.

Argos, n°32, page 42 (09/2003)
Argos - Faire connaître les sciences