Littératures

Claude Ponti : un jardin "où les noms poussent"

Catherine Martzloff, Enseignante

Découverte d'un auteur en cycle II - Deuxième partie

Les petits albums nous parlaient de tendresse, d'amour, de chamailleries et d'inventions espiègles. Dans ses grands albums, Ponti aborde des préoccupations plus graves : la mort et la peur de grandir, la découverte de soi et du monde, la différence et le rejet, l'identité. Mais la gravité n'exclut ni l'humour ni la fantaisie et ces albums rassurent par leur fin heureuse et résolument positive.

À la fin d'un long parcours initiatique où elle découvre que "son arbre n'est pas sans fin", Hipollène apprend à ne plus avoir peur d'elle-même, arbore sa coiffure de grande fille et choisit son nom : Hipollène-La-Découvreuse. Pétronille retrouve ses 120 petits perdus et fait triompher une maternité protectrice et épanouissante au terme d'un trajet semé de "mauvais chemins" et d'étonnantes rencontres. Chaque grand album de Ponti nécessite une lecture soignée et les grands thèmes développés peuvent faire l'objet de débats. À l'occasion des lectures, il est également indispensable de s'arrêter sur le découpage des pages en images séquencées qui permettent de marquer une chronologie sans recourir au texte.

On n'en finirait pas de travailler sur les albums de Claude Ponti...

Mais il faudra savoir s'arrêter au moment où les enfants se sentent très proches de l'auteur, dans son univers. Avant qu'ils ne s'en lassent ou que cette oeuvre ne devienne un simple objet d'étude. Lire, rencontrer, habiter. "Être un oeil qui écoute."

Fiche 5 : approche globale

Elle permet d'entrer dans l'oeuvre en général, d'aborder les héros, les thèmes et les différentes composantes de l'univers de l'auteur.

Collectes (à partir du CP)

Les collectes thématiques dans les grands albums (on peut, bien entendu, y intégrer les séries) permettent de rassembler les noms :

  • des héros : Okilélé, Zouc, Pétronille, Hipollène...
  • des lieux : l'île de Katreure, la Planète aux miroirs, Nulle part, N'importe où...
  • des personnages amis : Martin Réveil, la Maman-de-Toutes-les-Mamans...
  • des monstres ou des ennemis : Bâffrebouffe, Ortic, Sagoinfre...
  • des créatures fantastiques "à la Ponti" (objets animalisés ou l'inverse) : Monsieur Sable, La Loupiotte...

Les recherches sont soit réparties par album (dans chaque album un enfant ou un groupe recherche tous les sujets cités), soit par sujet (chaque enfant recherche le même sujet dans tous les albums).

Les résultats de ces collectes peuvent être rassemblés sous des formes très différentes : réalisation d'un grand album-imagier sur Ponti, ou d'un album-photo, ou de jeux divers inspirés de jeux traditionnels (jeu de l'oie, des 7 familles...).

Recherches

Pour compléter les collectes et consolider la familiarisation avec les grands albums, on peut organiser un va-et-vient dans les livres en lançant des recherches autour de sujets ou de personnages chers à Ponti :

  • Rechercher : Blaise et les poussins ; le Petit Chaperon rouge (noter son passage dans tous les albums) ; les marteaux ; les masques ; les champignons ; les livres ; et même la fusée de Tintin...
  • Répertorier les différents modes de déplacement des personnages dans les albums :
    • à pied : sur un pont de cheveux, sur un mauvais chemin...
    • sur l'eau : navigation en lit-bateau...
    • en volant : vol sur fenêtre volante, tartelettes, nuage de poussins, nez, champignon, langue-toboggan, lettre-oiseau, vol accroché à l'enfant lune, à une liane de poussins, vol en traversant portes et fenêtres, miroir, mur, chemise de nuit, télévision, bulle de dialogue...

Note : cette recherche demande une bonne connaissance des livres : elle peut être réalisée avec L'Écoute-aux-portes et Adèle et la Pelle seulement, si elle paraît trop vaste.

Fiche 6 : découverte des références culturelles

L'oeuvre de Ponti recèle de nombreuses références littéraires et picturales dont certaines sont repérables par de jeunes enfants.

La littérature

Claude Ponti :

==> Cite Lewis Carroll...

La lecture des 2 premiers chapitres d'Alice au pays des merveilles et la présentation simultanée de Pétronille et ses 120 petits amènent les enfants à découvrir la référence directe à Lewis Carroll (la mare aux larmes ; Alice nageant dans ses larmes : une copie de l'illustration originale de Tenniel dans la première édition d'Alice est repérable dans Pétronille à la page 27).

D'autres références à Lewis Carroll (De l'autre côté du miroir) peuvent être aisément retrouvées par les enfants : les insectes du miroir du troisième chapitre sont cités dans L'Arbre sans fin. L'introduction, ou même l'intrusion de comptines traditionnelles dans le récit, procédé employé par Carroll, est repris dans Pétronille et ses 120 petits ("Une poule sur un mur" ; "La souris verte") et peut être utilisé dans un texte inventé par les enfants en introduisant des extraits de comptines connues.

==> Salue la littérature de jeunesse en général dans la vitrine de la librairie-quincaillerie d'Adèle et la Pelle. On peut demander aux élèves de rechercher les auteurs et les livres de littérature de jeunesse présentés : Sendack (Max et les Maximonstres), Ungerer, Lewis Carroll, Claveloux, Gripari, Hergé, Swift, Little Nemo, et en auto-citation Adèle s'en mêle et L'Album d'Adèle.

Cette recherche suppose de mettre à disposition des élèves les ouvrages de référence.

==> Visite les contes traditionnels en faisant apparaître le Petit Chaperon rouge dans 3 albums : Adèle s'en mêle, L'Écoute-aux-portes, Parci et Parla, en malmenant quelque peu l'héroïne de Grimm et de Perrault.

On peut replonger dans les contes populaires à la lecture d'Okilélé et retrouver ces héros condamnés à réussir des épreuves insurmontables : L'ogre de la forêt noire (Delarue et Tenèze : Contes de France) doit abattre une forêt, défricher un terrain, retrouver un anneau lancé dans la mer ; on retrouvera avec plaisir Les Trois Pommes d'Orange (Jean-François Bladé, Nathan) ; "La Hache de verre", dans Histoires merveilleuses des cinq continents (Philippe et Ré Soupault).

À leur tour, les enfants peuvent inventer d'autres types d'épreuves irréalisables.

==> Lance un clin d'oeil à la mythologie (le Minotaure dans L'Écoute-aux-portes) et aux personnages célèbres du monde de l'enfance : le père Noël (L'Écoute-aux portes), le petit soldat de plomb et la danseuse de papier (Le Nakakoué...).

Les Beaux-Arts

Les références picturales et artistiques les plus perceptibles pour de jeunes enfants sont celles à l'Art nouveau : des documents d'architecture et de mobilier peuvent être comparés avec les décors du Tournemire, de L'Arbre sans fin... On peut organiser une visite au musée d'Orsay, où l'on peut admirer, outre l'Art nouveau, la série des "Cathédrales de Rouen" de Claude Monet, à comparer avec les saisons de L'Arbre sans fin.

Fiche 7 : les activités ciblées autour des albums ou de thèmes

Arts plastiques

==> Maisons et objets : les différentes représentations de maisons dans les albums (Okilélé, Ma Vallée) peuvent servir de base pour inventer une maison inscrite dans un décor naturel (montagne, arbre, légume, grotte...) et représentée en coupe, ce qui suscite des interrogations chez les plus jeunes.

==> Objets-animaux surréalistes : ils peuvent être répertoriés, nommés et les enfants peuvent en inventer d'autres. Activité possible aussi avec les monstres.

==> Masques : à partir de Les Masques, Okilélé et Ma Vallée, un atelier de masques thématiques de type "masque de Très-Grand-Bonheur", de "Très-Grande-Gourmandise", de "Très-Grande-Richesse"... peut donner lieu à des réalisations en aplat ou en relief.

==> Taches : après observation des métamorphoses de Lellébore Lasphodèle dans Blaise dompteur de taches, faire déposer une tache d'encre ou de gouache liquide sur une feuille de papier repliée en deux, à la façon du test de Rorschach : suivant l'aspect obtenu, transformer la tache en une image figurative...

Langue et écriture

Le style de Ponti est reconnaissable par ses textes : Ponti mêle poésie, apparente naïveté, mots d'enfants, dans des textes courts et forts, admirablement soutenus et complétés par l'image.
La richesse de la langue dans ses albums est une source de création pratiquement inépuisable, qui passe par l'identification, le décodage et la production.

==> On peut rechercher, analyser et produire en s'inspirant de plusieurs albums :

  • Des expressions prises au pied de la lettre : "les miroirs se promènent en réfléchissant", "la pluie fait un rideau", "être cloué au sol"... les enfants cherchent des expressions et les dessinent en privilégiant le sens propre par rapport au sens figuré ; les albums d'Alain Lesaux ou d'Yvan Pommaux présentant toute une série d'expressions prises au pied de la lettre peuvent également être proposés pour élargir la culture littéraire des enfants.
  • Des expressions enfantines : "Il y a très beaucoup", "la plus vraie bonne", "c'est plus bien que tout", "la plus pire"... Elles sont repérées et enrichies par des expressions retenues par les enfants ou collectées chez des plus petits.
  • Des noms de danses : "la Grande-Danse-de-la-Joie-Joufflue", "le Cliff-Triss surgiclé"...
  • Des noms de jeux : "Météolala", "jouer au nuage"...
  • Des mots-valises : "la pitrouille"...
  • Des néologismes : "parlophoner"...
  • Des formes poétiques : "avoir un trou dans son amour", "être un oeil qui écoute", "écouter son oreiller lui raconter des histoires"...
  • Des jeux de mots sur les noms propres : la Mère-Vieille-du-Monde, Parci et Parla...
  • Des noms propres : Ponti a créé les noms des enfants de Pétronille en utilisant de vrais prénoms (Christine), des noms de choses (Piscine, Bédouin), des noms de fleurs ou de fruits (Mandarine). Au besoin, il a ajouté des terminaisons en -in pour les garçons (Édulcorin) et en -ine pour les filles (Caillebotine). La lecture des prénoms des 120 petits de Pétronille est un plaisir pour les enfants. À l'instar de Ponti, la création de prénoms à désinances en -et et -ette, ou -er et-ère (Riquet, Bilboquet... Pierrette, Cacahouète...) est un exercice drôle et enrichissant.
  • Des noms composés à la façon des Indiens d'Amérique du Nord, comme les noms des aïeules d'Hipollène dans L'Arbre sans fin, Florée-Zon-Déramée-La-Grande-Enfanteuse, Orée-d'Otone-La-Tisseuse-de-Contes, Séquoi-Yaparla-La-Questionnante... sont des noms à lire, à faire résonner, à décrypter. Et par anticipation sur la fin de l'album, trouver le nom d'Hipollène-Celle-Qui-Touvera-Son-Nom.
  • Des jeux de mots sur les noms des personnages et des lieux. Si la création de jeux de mots est d'un accès difficile pour de jeunes enfants, on peut quand même travailler sur le procédé et s'y essayer en fin de cycle II.

==> Tous ces procédés sont autant de déclencheurs d'écriture et d'invention. Certains albums peuvent être prétextes à des activités d'écriture :

  • Transformer l'imagier muet de L'Album d'Adèle en imagier parlant : aux images très sages du début, on associe un nom à un adjectif (lapin rigolo, skis glissants...). Les images délirantes des pages suivantes sont prétextes à décaler noms et adjectifs pour obtenir des associations curieuses et surréalistes (lapin glissant, skis rigolos...).
  • Raconter les aventures d'un personnage choisi de Adèle s'en mêle.
Argos, n°32, page 22 (09/2003)
Argos - Claude Ponti