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Les clubs UNESCO relient les acteurs de l'École

Marie-Claude Angot, Directrice du CDDP du Val-de-Marne

Échanges, confrontation, action, réflexion, le club UNESCO s'inscrit dans l'établissement comme un lieu de vie ancré dans la réalité du monde et sa complexité, où les idées et les savoirs prennent tout leur sens.

"Les guerres prenant naissance dans l'esprit des hommes, c'est dans l'esprit des hommes que doivent être élevées les défenses de la paix."

Faisant sienne cette phrase du préambule de l'acte constitutif de l'UNESCO, le mouvement des clubs UNESCO, association loi 1901 complémentaire de l'enseignement public agréée par le ministère de l'Éducation nationale, s'efforce au travers de ses actions de participer à une éducation à la paix. Ce mouvement a su trouver sa place dans la société civile française et plus particulièrement dans les établissements scolaires. Son passé éducatif est riche, varié, et témoigne de son efficacité dans des projets concrets, réalistes, centrés sur des valeurs et des principes qui sont ceux des droits de l'homme et de la démocratie.

Un mouvement éducatif

Créés dans les lycées dès le début des années 1950 par Louis François, alors inspecteur général d'histoire et de géographie, ils étaient destinés à ouvrir les établissements scolaires sur les problèmes du monde et sur la compréhension internationale par l'éducation à la paix. En 1956, M. François fonde pour les regrouper, la Fédération française des clubs UNESCO qu'il préside durant 23 ans. Depuis, cette association, à la fois complémentaire de l'enseignement public et d'éducation populaire, n'a cessé d'oeuvrer à l'éducation civique et citoyenne au coeur de la cité comme de l'institution scolaire. Ses réalisations ont fortement contribué à dynamiser le débat sur l'école et à mettre en place de nouvelles pratiques éducatives et pédagogiques.

L'éducation civique, l'éducation au développement, à la compréhension internationale, à la solidarité, à l'environnement... ont été autant de débats et de pratiques menés avec les clubs UNESCO dans les établissements scolaires. Les "actions culturelles" des rectorats dans certaines académies (Créteil, Bordeaux, Aix-Marseille...), aujourd'hui les DAAC, divisions académiques de l'action artistique et culturelle, ont pu proposer des stages de formation continue, sous l'impulsion de la FFCU et grâce à l'appui d'enseignants engagés dans le mouvement des clubs. C'est parfois à la suite de l'un de ces stages que des projets de partenariat Nord-Sud, des projets interculturels, ou des projets d'échanges européens ont vu le jour.

Les clubs UNESCO participent également à la réflexion sur la formation des délégués-élèves, les règlements intérieurs des établissements du second degré, les études de cas en éducation civique au collège, la pratique du débat argumenté en ECJS (éducation civique juridique et sociale). Le mouvement des clubs UNESCO a su proposer aux jeunes des pratiques liées à la mise en place d'un ou plusieurs projets concrets, nécessitant réflexion et action et impliquant de nombreux acteurs dans l'école et hors de l'école. De tels projets pouvaient aller de simples découvertes interculturelles jusqu'à la mise en place de partenariats Nord-Sud engageant des clubs et avec eux des classes et même des établissements dans des réalisations fortes et des échanges avec un pays du Sud (Afrique francophone, Amérique latine, Maghreb, Asie du Sud-Est...).

Un outil éducatif incontournable

Créer un club UNESCO dans un établissement scolaire, c'est d'abord afficher une volonté "quasi militante" car il exige des adultes qui l'encadrent (enseignants ou non) comme des élèves qui s'y inscrivent un réel engagement sur l'année, voire même au-delà pour un suivi efficace de projets sur le long terme. Il faut bien reconnaître ce rôle de "militant" des enseignants qui animent la vie du club même si leur service peut être rétribué en HSA. Car, le club s'affirme d'emblée dans un engagement : celui de respecter les valeurs, les principes et les démarches inscrits dans la charte nationale des clubs UNESCO. Celle-ci fait référence à l'acte constitutif de l'UNESCO, à la Déclaration universelle des droits de l'homme de 1948 et aux principes qui y sont affirmés : la liberté et l'égalité, la justice et la paix, la laïcité et la démocratie, la solidarité et la tolérance. Au-delà de la charte, certains clubs ont établi des contrats engageant l'ensemble de la communauté éducative. On peut citer notamment le contrat d'engagement de jeunes membres du club UNESCO du collège Elsa-Triolet à Champigny-sur-Marne : "Moi,... je m'engage à vivre démocratiquement au sein du club UNESCO, au collège et dans ma vie, en respectant les personnes et les idées, en étant, à mon niveau, tolérant et solidaire et en défendant les droits de l'homme. Nous parents, nous nous engageons à soutenir notre enfant en ce sens. Nous sommes d'accord, sur le principe, pour qu'il puisse participer aux activités et aux sorties du club. Nous, responsables de club UNESCO, nous nous engageons à faire découvrir et respecter les idéaux de l'UNESCO car c'est dans l'esprit des hommes que se construit l'idée de paix."

Cet engagement, les membres du club le vivent ensuite, semaine après semaine au sein de leur établissement, dans les projets qu'ils mettent en place, auxquels ils participent, réfléchissent, se confrontent, s'interrogent... Leurs réalisations vont de l'organisation de conférences, débats ou expositions sur des thèmes très variés (l'environnement, la santé, la lutte contre le racisme, la xénophobie et l'antisémitisme, les droits de l'enfant, les droits de l'homme...) jusqu'à des projets de partenariat en France et dans d'autres pays. Pas de rapport hiérarchique, pas de relation enseignant/enseigné, mais un échange entre jeunes et adultes où chacun trouve sa place et devient acteur d'un projet commun sur les thématiques précédemment évoquées.

Quels que soient les projets des clubs UNESCO, on a pu constater l'importance de la place accordée à chacun, quel que soit son âge, son sexe, sa fonction dans le collège et le lycée. Le club donne à de nombreux élèves les moyens de vivre et de faire vivre la démocratie. Les projets mis en place leur apportent une motivation et un engagement porteurs de sens dans la réalisation de leur travail. Véritable laboratoire pour la citoyenneté et l'ouverture sur l'extérieur, le club UNESCO permet aux jeunes, accueillis tels qu'ils sont, avec leurs talents et leurs insuffisances, de mettre en oeuvre tous leurs acquis parcellaires pour atteindre un objectif commun qui donne du sens et de la cohérence à leurs actions qui s'inscrivent dans une approche globale. L'éducation à la paix ne saurait être dissociée d'une éducation aux droits de l'homme, à la démocratie, à la tolérance et à la compréhension internationale. Chacun de ces domaines renvoie nécessairement à une éducation à la citoyenneté fondée sur une initiation aux valeurs, aux aptitudes, aux attitudes et aux connaissances qui fondent le respect des droits de l'homme et des principes démocratiques.

Le club UNESCO : un maillon fort entre l'école et la société civile, un acteur associatif essentiel pour que l'école réalise au mieux sa mission de transformation sociale dans un monde plus solidaire.

Le club, une fois créé dans l'établissement, n'est pas isolé. Il appartient au vaste réseau associatif dans lequel s'inscrit la fédération française. Cette appartenance au mouvement d'éducation populaire permet à la fédération des clubs UNESCO d'être inscrite dans des collectifs associatifs qui nourrissent l'action publique pour un approfondissement de la démocratie. Ainsi le club peut être alimenté par une importante documentation, par de nombreuses invitations à des rencontres nationales, des stages ou des séminaires de formation sur les grands débats qui traversent notre société : le développement durable, la laïcité, l'éducation à la paix, à la diversité culturelle, à la compréhension internationale... Le club bénéficie aussi des atouts que lui procure le réseau UNESCO (la Commission française auprès de l'UNESCO, la Fédération mondiale et européenne des amis et centres UNESCO) qui apporte une réelle ouverture et facilite les échanges dans des projets interculturels ou de partenariat.

Quelques exemples d'actions

Au lycée Paul-Cézanne d'Aix-en-Provence, le club a été souvent à l'origine des thèmes de débats organisés dans le cadre des cours d'éducation civique juridique et sociale. Dans l'académie de Créteil, plus d'une dizaine de clubs ont inscrit dans le projet d'établissement un partenariat Nord-Sud avec des pays d'Afrique francophone (Mali, Burkina Faso, Sénégal, Togo, etc.). D'autres ont utilisé des pratiques artistiques (théâtre, photographie) pour illustrer leur travail sur le thème de la tolérance, de la dignité de la personne. D'autres encore, comme le club UNESCO du collège d'Échirolles (Isère), ont réalisé des vidéos sur le droit de vote des étrangers, le problème israélo-palestinien... La liste serait longue et il est difficile ici de retracer les projets de tous les clubs scolaires dans toutes les académies.

Toutefois, aujourd'hui, on doit constater les difficultés à créer ou animer un club UNESCO dans un établissement scolaire. Les nouveaux dispositifs mis en place, les emplois du temps surchargés, la restriction des plages horaires ouvertes à tous les élèves, les nouvelles contraintes exigées des enseignants, sont autant de freins à la constitution de clubs. Par ailleurs, le club n'a plus le privilège d'être dans un collège ou un lycée le seul lieu permettant aux élèves de réfléchir, de rechercher et de devenir acteur de projet. De nouveaux axes de travail, de nouveaux dispositifs tels les TPE (travaux personnels encadrés), l'ECJS (éducation civique juridique et sociale), les IDD (itinéraires de découverte), donnent aux élèves la possibilité de travailler en équipes, de croiser les savoirs disciplinaires, de réfléchir à leur complexité et d'avoir ainsi avec leurs enseignants de nouveaux rapports d'aide, de conseil et d'encadrement qui instaurent d'autres types de relations et d'échanges.

Le club UNESCO a-t-il alors perdu sa spécificité, sa raison d'être ? En aucun cas, car au-delà de la démarche qui marque son fonctionnement, il peut apparaître comme l'aboutissement fédérateur de ces nouveaux projets. Il peut trouver sa place au terme de la réflexion et de la production de ces nouveaux enseignements, devenir le lien entre tous les acteurs de l'établissement, pérenniser et étendre la réflexion ou le projet commencé en ECJS ou en TPE. Il reste un lieu de réflexion et d'action avec des formes de responsabilité citoyenne. Il permet d'affirmer les valeurs de solidarité et d'engagement social non seulement dans l'établissement, mais aussi dans le quartier ou la ville où les jeunes doivent trouver leur place.

Les clubs UNESCO représentent dans les établissements scolaires un cadre de vie extrêmement formateur pour les jeunes, où l'engagement associatif met en relation constante action et réflexion, valeurs universelles, principes et pratiques, en lien constant entre l'École et le monde présent.

Argos, n°32, page 16 (09/2003)
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