Editorial

Editorial du numéro 32 ("Tout-petits deviendront grands...")

Serge Goffard

Lorsque va naître un enfant, on peut, comme jadis, espérer que l'enfant naîtra coiffé, que les fées ou les esprits des ancêtres se pencheront sur son berceau. Ou consulter les astres, tirer les cartes, invoquer les saints patrons.

Pour sacrifier à la modernité, on abandonne les astres et autres magies pour s'en remettre à la pacotille pseudo-génétique en nourrissant l'espoir que l'enfant sera doué et, pendant qu'on y est, pourquoi pas, surdoué.

Dans ces conditions, en tout cas, le meilleur viatique reste de venir au monde avec une cuiller d'argent dans la bouche. Parce que la position de la famille dans l'échelle sociale cumule tous les rôles, fées, étoiles, esprits et autres gri-gris.

Toujours est-il qu'à sa naissance, l'avenir d'un enfant est source d'inquiétude et d'espoir. Fille ou garçon (et ce n'est toujours pas égal), trouveront-ils place, bonne place, dans la société dans laquelle ils entrent, ou, comme l'on dit, réussiront-ils ?

Au lieu de soutenir leurs espoirs d'un rêve magique, la plupart des parents, depuis un bon siècle, les placent dans l'école. C'est pourquoi lui ont été confiées non seulement la transmissions des savoirs, mais aussi et surtout la tâche de corriger les inégalités liées à la naissance. L'école et ses enseignants se doivent de recevoir tous les enfants, de les traiter sur un pied d'égalité, de leur enseigner les mêmes programmes, pour que joue l'égalité des chances, objectif des républicains.

Or, les rythmes des changements sociaux se sont prodigieusement accélérés dans les dernières décennies, les attentes et les besoins de la société sont désormais plus divers et complexes, les rôles tenus par les parents sont devenus de plus en plus difficiles. Bref, pour beaucoup, l'école est le meilleur recours pour combattre les inégalités sociales et donner aux enfants les chances de réussir leur vie.

Et maintenant, le paradoxe : les enfants sont tous différents, venus de familles et cultures différentes, de lieux différents, porteurs d'attentes et d'envies, de désirs et de rêves tout aussi différents, dans une société ouverte, proposant des objectifs multiples et, parfois, contradictoires.

Ce numéro d'Argos montre comment, dans ces conditions en évolution, des enseignants et leurs partenaires mettent en oeuvre des moyens d'atteindre les objectifs de l'école républicaine

Argos, n°32, page 1 (09/2003)
Argos - Editorial du numéro 32 ("Tout-petits deviendront grands...")