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Les aventures de Siam

Michèle Corfdir, Enseignante

Un jour de fête, je suis décoré avec des tissus de très belles couleurs : rouge, jaune, orange, violette... qu'on met sur mon dos et avec un petit foulard en forme de triangle sur ma tête. Je suis beau, je suis fort, géant ! Je suis le plus beau !

Destin d'éléphant

Du travail en exploitation forestière à la Grande Galerie de l'Évolution en passant par un cirque et autres aventures. Notamment une rencontre avec les élèves d'une ZEP.

En 1996 a débuté le partenariat entre le Muséum et la ZEP de Grigny. Cette initiative s'est mise en place suite à des directives ministérielles parues dans le BO n° 37 du 23 octobre 1997 et à une volonté du responsable du service, Yves Girault, qui souhaitait que des enfants de milieux défavorisés et en difficultés scolaires pour la plupart, bénéficient d'une rencontre avec le musée. Cette rencontre se devait d'être de qualité et représenter un moment fort pour les enfants.

Les classes qui s'inscrivent dans le cadre du partenariat REP-Muséum bénéficient de trois visites annuelles au Muséum : une visite libre, une visite guidée et un atelier de découverte naturaliste. De plus, les enseignants participent à une formation de deux journées au MNHN.

Les deux premières années, le partenariat s'est développé essentiellement avec des classes de cycle II, cycle III et de collège. Puis, en 1998, nous avons souhaité l'ouvrir à des classes de cycle I. L'idée de mettre en place des ateliers, pour des classes de petites et moyennes sections de maternelle a donc germé et nous avons travaillé avec des enseignants de maternelles de la ZEP de Grigny pour mettre en place une série d'ateliers1 destinée à ces classes. À partir de ce moment, des échanges réguliers de pratiques s'instaurent entre l'équipe "petite enfance" du Muséum et les enseignants, et plus particulièrement avec Michèle Corfdir et Gérard Faure, coordinateur du projet Muséum pour la ZEP de Grigny.

À la fin de cette première année, le bilan est très positif. Sur le plan du vocabulaire notamment : d'après Michèle Corfdir, la pauvreté du langage, l'absence de questionnement ont fait place à l'apparition des premiers "pourquoi "... Ils ont fait preuve d'une grande aisance de déplacement dans le musée, ils se sont appropriés les lieux, " notre musée !", disent-ils.

Suite à ce constat de réussite, Michèle décide de suivre les élèves de petite section maternelle pour poursuivre ce travail de partenariat.

L'année suivante, les enfants testent des ateliers botaniques2 avec le même système de régulation. Nous voulions vérifier si les élèves de 4 ans étaient capables de réinvestir leurs apprentissages sur l'étude des plantes. Les résultats semblent relativement satisfaisants. En effet, Michèle a noté une évolution de leur questionnement et un enrichissement du vocabulaire qui a induit de nombreux échanges verbaux. Pour la première fois, elle a observé chez ses élèves de ZEP un réel plaisir à travailler les sciences, un désir d'expérimentations, en bref ce qu'elle qualifie d'attitudes d'apprentis scientifiques. Les dessins se précisent et se schématisent, des légendes apparaissent.

Face à toutes ces données, il apparaît évident à Michèle de poursuivre une troisième aventure en suivant à nouveau cette cohorte d'enfants. Ils sont alors sept grands et constituent les éléments moteurs d'une classe de cycle maternel.

De l'apprentissage de la lecture d'une exposition à la réalisation du livre de Siam

Apprentissage de la lecture de l'exposition de la GGE

Pour cette troisième année, nous avons fait le pari ambitieux, avec l'aide de Cora Cohen, de sensibiliser ces enfants aux clés de lecture du musée, recherche effectuée jusqu'à présent uniquement avec des élèves de cycle III3. Pour cette année, la tutrice du projet sera Cora Cohen. Le projet se décompose de la façon suivante : l'équipe pédagogique du muséum rend une première visite aux enfants dans leur classe afin d'avoir un premier échange avec eux et de les informer de cette nouvelle aventure dont le but est la réalisation de leur propre exposition. C'est à ce moment que Cora demande aux enfants ce qu'est un musée. À cette question, les enfants ne font référence, dans un premier temps, qu'au seul musée qu'ils connaissent, c'est-à-dire la Grande Galerie de l'Évolution (GGE), "on a vu des animaux" ; "il y avait des animaux en voie de disparition" ; "des squelettes d'animaux" ; "il y avait par pays, des animaux de la savane avec la savane". Il nous faut donc préciser la question : "À part des animaux qu'est ce qu'il y a dans un musée ?" Les enfants apportent d'autres réponses : " des choses qu'on trouve plus comme les choses qu'il y avait dans le temps", "c'était un musée où il y avait des choses disparues, j'avais regardé des habits qu'on ne mettait plus".

Suite à cet entretien, Cora distribue aux enfants leur "carnet d'aventure"4. Ils peuvent l'utiliser comme il le souhaite, chez eux, à l'école, avec l'aide de l'adulte ou pas... dès l'instant que tout ce qu'ils décideront d'y mettre est en relation avec l'aventure que nous allons vivre ensemble cette année. Nous leur fixons alors rendez-vous à la GGE.

Nous comptons organiser la visite en deux temps. Dans un premier temps, les enfants visitent librement les milieux marins et terrestres de la GGE et découvrent avec plaisir les lieux. Puis, dans un second temps, nous tentons de susciter un questionnement autour de l'animal naturalisé en observant en atelier quelques animaux naturalisés, puis en rendant visite au taxidermiste Jack Thiney pour trouver quelques éléments de réponse à leur questionnement. Nous savons que les expériences vécues au muséum les années précédentes (cf. notes 1 et 2) ont déjà suscité des questions et Gallianne a déjà des éléments de réponse :

  • Gallianne : "Il y avait un dodo, c'était un faux parce qu'il n'y en avait plus alors ils ont décidé d'en faire un faux."
  • Cora (C) : "Qui a décidé d'en faire un faux ?
  • Gallianne : "Les "taxidermis". Ils avaient mis des choses dedans les animaux. Ils mettent des trucs comme on porte les aliments dedans (polystyrène ?) et après ils mettent la peau..."

Cette phase de discussion et d'émergence des conceptions est indispensable car la notion de naturalisation pose beaucoup de problèmes de compréhension : une confusion s'installe entre animal, mort-vivant, vrai-faux. Ce qui est mort est le plus souvent qualifié de faux et réciproquement. Les animaux morts pour les enfants sont couchés et les yeux fermés... Nous devons donc prendre notre temps et mettre en place des éléments forts comme la visite en taxidermie au cours de laquelle les enfants ont notamment été présentés à Siam5, pour que ces obstacles qui demandent du temps pour être compris puissent être, à un moment donné, minimisés de façon à ce que les enfants se questionnent sur la mise en scène de l'objet et non plus uniquement sur sa nature.

Cette mise en scène de l'exposition est abordée lors de notre troisième rencontre ; cette fois, les enfants visitent les milieux marins de la GGE et ont pour consignes de décoder les "devinettes" mises en place par les concepteurs pour nous raconter une histoire. Devinette est le mot que nous avons choisi plutôt que clés de lecture. Le travail consiste à découvrir l'objet muséal et sa mise en scène dans l'exposition : les objets ne sont pas placés au hasard ni dans n'importe quel cadre - l'ensemble contribue à faire passer un message que le visiteur décode en fonction de son vécu, de son savoir...

Cette étape nous a semblé difficile pour les enfants. Michèle émet des hypothèses à ce sujet : "C'est un milieu étranger pour ces élèves, le côté affectif est moins marqué que pour les animaux terrestres. L'exploitation en classe a présenté plus de difficultés, notamment en raison d'un vocabulaire plus riche et d'un manque de documentaires." Cependant, après le travail en classe et la visite d'un aquarium, le compte rendu est quand même très riche : "On a vu des poissons qui brillaient comme s'ils étaient dans l'eau." "Dans les vitrines, en haut, il y avait la couleur verte et en bas il y avait la couleur bleue. C'est pour savoir où les poissons vivent dans l'eau." "Il y a des poissons avec des yeux bizarres. Ils sont au fond du sable." "Il y a des poissons qui montent en hauteur et d'autres qui vivent dans le sable." Cette discussion a également été l'occasion d'émettre des hypothèses quant à la localisation de certains spécimens dans l'exposition :

  • Michèle (M) : "Galliane, hier, tu as dit que les poissons étaient rangés peut-être par ville ? Toi, Mélanie, tu as dit qu'ils étaient rangés par famille. Gallianne, tu lui as répondu que non, puisque les dauphins n'étaient pas mis tous ensemble ! Pourquoi ?"
  • Enfant (E) : "Les dauphins ne sont pas tous de la même famille."
  • E : "Il y a une sorte rare et une autre pas rare ! Les dauphins gris ne sont pas rares puisqu'on les voit dans les cirques !"
  • M : "Vous m'avez dit que certains animaux ne vivent pas dans les mêmes pays. Et les poissons ? Est-ce qu'ils vivent tous au même endroit ?"
  • E : "Non, il y a des mers presque partout."
  • E : "Au pôle nord, c'est pas le même bout de la mer. Au pôle nord, il fait froid. Ce ne sera pas les mêmes poissons."
  • E : "Les poissons qui aiment l'hiver vont pas vivre avec ceux de l'Afrique."
  • E : "Dans les mers, il fait quelques fois soleil."
  • E : "En France, par exemple, il n'y a pas de requins !"

Transposition de cette expérience dans d'autres expositions

Suite à ces visites qui se sont déroulées à la GGE, les enfants vont successivement visiter l'exposition "Nature vive" puis la galerie de paléontologie qu'ils n'avaient jamais visitée. L'objectif que nous nous étions fixé était simple, nous voulions voir si les enfants au cours d'une visite libre d'un lieu ou d'une exposition qui leur étaient inconnus, allaient réinvestir la démarche que nous avions voulu travailler cette année-là : les enfants allaient-ils tenter de décoder, voire même de "lire" ces expositions ?

Lorsque les enfants arrivent en paléontologie, ils semblent à l'aise, l'inconnu des lieux ne les trouble pas. Dans un premier temps, ils découvrent, aidés par l'adulte, les différences entre un moulage, une maquette et des ossements réels. Très vite, ils semblent faire la différence et utilisent les écrits pour retrouver le mot moulage. Ils observent les panneaux d'affichage, les vitrines "c'est pour protéger les vraies dents et les vraies cornes", ils supposent que les muséologues ont rangé les animaux du plus vieux au plus récent, que les carnivores sont du côté gauche et les herbivores à droite, ils pensent aussi que les animaux ont été finis avec du bois, du fer et du polystyrène...Ils comparent les mammouths aux éléphants : les défenses courbes, la forme du crâne ("Il ressemble au crâne de Siam."). Ils remarquent que la patte du mammouth est naturalisée, que le mammouth avait de longs poils : "c'est qu'il vivait dans les pays froids, peut-être au pôle nord".

Après une heure de visite, les enfants ont eu du mal à quitter les lieux. Ils ont été très concentrés, très intéressés, pertinents, avec un bon esprit d'entraide et beaucoup de respect pour le lieu. Ils ont bien souvent fait référence à leurs visites antérieures en taxidermie, à la GGE, et sont restés dans la démarche de lecture et de questionnement.

C'est à l'issue de cette dernière visite que la décision est prise de commencer leur exposition par les mammouths, le thème des éléphants étant déjà retenu depuis leur rencontre avec Siam.

L'exposition qui nous est présentée fin juin se décompose selon les quatre tableaux suivants :

  • Le premier tableau, représenté par des panneaux de couleur bleue, est consacrés à Siam et ses lointains cousins, les mammouths. Le choix par les enfants de la couleur bleue est argumenté. Ils choisissent cette couleur car les mammouths vivaient dans les pays froids.
  • Le deuxième tableau, représenté par des panneaux de couleur rouge, est consacré aux éléphants d'Afrique. Le rouge est choisi pour le climat chaud des pays africains.
  • Le troisième tableau, représenté par des panneaux jaunes symbolisant l'Asie, est consacré à l'éléphant d'Asie.
  • Le quatrième tableau, représenté par des panneaux de couleur noire, est consacré aux éléphants en danger, en voie de disparition, faisant référence à l'exposition "Nature vive".

Cette exposition se terminait par un livre qu'ils avaient eux-mêmes réalisé : Les Aventures de Siam.

Vers la valorisation du projet à travers la création du livre de Siam

Ce projet Muséum fut donc l'action fédératrice du projet de classe de Michèle touchant ainsi à tous les champs disciplinaires. Des sciences, - c'est évident ! -, des arts plastiques (de la sculpture, du dessin...), mais aussi du langage et de l'écrit (dictée à l'adulte), priorités en maternelle !

À travers de nombreuses recherches documentaires utilisant de nombreux supports : revues pour enfants, articles de journaux, internet, cédérom... l'idée d'écrire la vie romancée de Siam a germé. Les enfants, très enthousiastes par ce projet, se sont pris au jeu.

La vie de Siam fut si riche6 que beaucoup d'articles lui ont été consacrés lors de son installation à la GGE.Les enfants avaient alors l'impression d'avoir connu une célébrité. Et, à cette occasion, les enfants se posent de nombreuses questions quant à son futur emplacement dans la GGE :

  • "Siam ne peut pas être mis dans la savane africaine puisqu'il est né en Asie."
  • "Les muséologues ne vont pas le mettre en Asie puisqu'ils ont rangé la galerie par pays."
  • "Peut-être que les muséologues vont installer un endroit d'Asie et ils mettront Siam avec d'autres animaux d'Asie comme le panda, le tigre."
  • "Peut-être qu'ils vont mettre Siam dans un endroit du muséum qu'on ne connaît pas."

Une nouvelle visite à la Galerie a fait suite à ce questionnement et les ateliers d'écriture, à partir notamment des articles de presse, ont pu débuter le 26 avril 2001.

Les séances avaient lieu en décloisonnement, tous les jours de 14 h 15 à 15 h 00. Les enfants se sont aidés de nombreux articles parus dans la presse. Ce travail s'est organisé sous la forme de lecture aux enfants qu'ils ont ensuite résumé à l'adulte, et de recherche de mot comme éléphant, siam... Et lecture de la phrase contenant ce mot par l'adulte.

Ils ont imaginé la vie de Siam comme le héros d'une grande aventure, se mettant dans la peau du personnage : le récit étant écrit à la première personne du singulier !

Ils se sont également inspirés, pour les descriptions notamment des différents lieux de passage de Siam, de leurs souvenirs communs glanés dans leurs différentes sorties : Paris, le château de Dourdan visité en mars 2001, où Siam a tourné un film, le zoo de Vincennes visité en juin 2000, où Siam a vécu presque quarante années, le hangar de taxidermie, la Grande Galerie. L'histoire a ainsi été écrite en un mois et demi de temps.

Très vite, ce travail de français s'oriente vers un travail interdisciplinaire. L'idée d'illustrer cette histoire nous conduit aux arts plastiques. Pendant tout le mois de juin, un peu tous les jours, lors des ateliers de l'après-midi, les enfants vont s'atteler à cette nouvelle tâche.

Comme des "pros", nous avons d'abord réalisé une maquette. Les dessins devaient illustrer les différentes scènes de l'histoire. Différents matériaux et différents formats ont été utilisés les uns après les autres pour illustrer ces mêmes scènes : crayon à papier, feutre noir, esquisses à la craie grasse, encre de couleur... La dernière étape a utilisé de l'encre de Chine pour les contours des dessins remplis ensuite à l'encre de couleur sur du papier à aquarelle. Pour ces enfants habitués à faire des dessins d'observation, ils ont su donner une vie aux différentes illustrations d'une rare qualité pour leur âge !

C'est d'un commun accord que la décision est prise de fabriquer un "vrai livre", sans signer les différents dessins : ainsi il sera une oeuvre collective. Après réflexion, cette décision ne nous semble pas anodine et nous pensons notamment que cette idée a été fortement influencée par les "carnets d'aventure" qui ont permis d'introduire le support livre ; ces carnets ont en effet eu un rôle important dans le projet aussi bien pour les enfants qui chaque matin, à l'accueil, le montraient à l'enseignante (dessins, explications dictées à l'adulte, personnalisation...) que pour l'enseignante qui profitait de ce moment pour avoir un entretien individuel avec chaque enfant.

Chaque page du livre a fait l'objet d'une recherche documentaire et ce lourd travail n'aurait pas pu se réaliser sans l'aide très précieuse du personnel de l'école, et plus particulièrement de Nadège Callé, ASEM à l'école. Il faut également souligné que ces enfants n'étaient que sept et que ce travail serait difficile à mener en classe entière, même si de nombreux enseignants travaillent de plus en plus en décloisonnement.

Je fais la connaissance des femelles éléphantes... Elles sont étonnées et contentes de trouver un amoureux ! Je choisis Anna. Elle est magnifique ! Elle a de très jolies oreilles, des défenses très blanches, une jolie trompe. Je suis fou d'elle et je décide de m'accoupler... 22 mois après j'ai une petite femelle que j'appelle Liane...

Quelle aventure ! Quelle réussite ! En trois ans, ces enfants issus de milieux ZEP ont pu surmonter leurs difficultés langagières et avoir des attitudes de scientifiques en herbe.

Comme le souligne Jean Piaget, de nombreux facteurs extérieurs peuvent contribuer au développement mental de l'enfant. Certains facteurs peuvent êtres énumérés comme la maturation du cerveau, les exercices et les expériences acquises dans l'action effectuée sur des objets comme dans le cadre d'activités scientifiques, les interactions et les transmissions sociales et le langage.

À ce titre, la richesse des expériences vécues en commun dans le cadre des sorties scolaires, d'activités scientifiques ou autres, peut donc contribuer à un enrichissement du vocabulaire qui favorisera dans un deuxième temps l'expression orale de l'enfant.

Parallèlement,et durant les ateliers, l'égocentrisme, la pensée symbolique, la personnification des objets, les réponses animistes se sont progressivement atténués pour laisser place à un questionnement, à des propositions de solutions à des problèmes qui peuvent être, à leur niveau, considérés comme des hypothèses. Les enfants se sont donc peu à peu approchés d'une démarche scientifique.

Les enfants ont également aiguisé leur regard et tiré partie de tous les domaines d'apprentissage en l'exprimant à travers ce livre qui restitue une partie de leur savoir rendant ce récit plaisant et instructif à la fois.

Côté Muséum, nous avons été très agréablement surpris par la qualité de ce travail et notre première réaction a été de vouloir faire éditer ce petit chef-d'oeuvre. Nous avons donc, conjointement avec Yves Girault, décidé de compléter ce dernier d'une préface pour préciser la motivation de notre partenariat avec Michèle, complété d'un texte, plus technique, à propos de la naturalisation de Siam, écrit par Jack Thiney. Ce projet de livre a ainsi le mérite de s'adresser à la fois aux enfants et aux enseignants et constitue donc un outil pédagogique complet.

Ce manuscrit, Michèle a souhaité l'utiliser avec ses nouveaux élèves de grande section à la Seyne-sur-Mer.

Suite à une visite au Muséum d'histoire naturelle de Toulon, Michèle a présenté le livre Les Aventures de Siam aux enfants de sa nouvelle classe. Il a permis d'introduire quelques explications autour de la naturalisation à travers une histoire particulière, celle de Siam. Ce livre et les photos prises par Michèle au hangar de taxidermie et à la GGE, ont permit de répondre aux questions que les enfants se posaient sur l'objet naturalisé : faux-vrai, vivant-mort... Comment il est fait ?... Au début, le livre a été présenté aux enfants comme n'importe quel autre livre. L'histoire leur a été lue sans qu'à aucun moment il ait été précisé qu'il avait été fait par d'autres enfants. Les enfants ont été très attentifs. Puis Michèle leur a annoncé que c'était ses anciens élèves qui avaient fait ce livre. À ce moment, les enfants ont été très étonnés, émerveillés par les dessins : "maîtresse, ils sont forts" ; curieux : "Comment s'appellent-ils ?".

Peut-être qu'eux aussi, à travers leur maîtresse, seul lien entre les auteurs du livre et eux, avaient-ils l'impression de connaître des célébrités ?

Ce travail sur trois années a été une belle aventure pour chacun des partenaires. C'est pourquoi, aujourd'hui encore, nous essayons de rencontrer des éditeurs qui pourraient être intéressés par l'édition de ce livre. Une maquette informatique a donc été réalisée par D. Brémond, graphiste au Musée, et présentée à des éditeurs.

Mais le temps passe et même si beaucoup d'entre eux admettent que c'est un magnifique travail, la plupart nous affirment qu'ils ont une politique d'auteurs et qu'ils souhaitent intégrer leurs publications au sein de collections. Il nous semble bien difficile de pouvoir garantir de retrouver l'alchimie qui a permis d'aboutir à ce travail. Alors comment pouvoir prétendre créer une collection avec des ouvrages de ce type ?

Ce n'est pas seulement pour faire plaisir aux enfants que nous souhaitons éditer ce livre, mais c'est également parce que nous pensons que c'est un excellent moyen de mettre en valeur un travail de partenariat et qu'il représente un bon outil pédagogique pour des enseignants.

Nous sommes cependant conscientes qu'à ce jour les enfants ont vécu d'autres expériences, ils sont à présent en CP, leur enseignante est partie loin de Grigny et même s'ils sont toujours en contact, l'impact émotionnel qu'aurait pu avoir la sortie de ce livre à la suite de cette expérience s'amenuise avec le temps. C'est le seul regret pour Michèle qui aurait souhaité immortaliser ce moment avec les élèves de sa classe.

Malgré tous ces obstacles, nous persévérons et sommes confiants car ce travail sera mis en valeur, en attendant une édition, à travers la présentation de ces travaux notamment dans des colloques et dans des formations d'enseignants.

(1) Une visite-découverte de la Grande Galerie de l'Évolution, puis trois ateliers (approche de la diversité des vertébrés à travers les peaux, la locomotion et les régimes alimentaires). Cette série de visite est toujours assurée par le même conférencier. Les visites sont espacées d'environ un mois et demi. Cf. Noé Fabienne, "Au musée quand on a 3 ans", Argos n° 27.

(2) Visite à la découverte des arbres à l'arboretum de Chèvreloup suivie de la visite découverte des serres tropicales du jardin des Plantes, d'un atelier "boutures" et d'un atelier sur les fruits et légumes du potager.

(3) Recherche doctorale : Cora Cohen, Quand l'enfant devient visiteur : une nouvelle approche du partenariat école-musée, édition L'Harmattan, 2001, 218 p.

(4) Carnet nominatif découpé en plusieurs rubriques : "mon aventure, mes aventures", "mes impressions", "mes dessins", "mes souvenirs", "mes questions", "ce que j'ai aimé", "ce que je n'ai pas aimé", "mes rêves" et quelques pages vierges. Il est un support d'expression pour les enfants qui n'est pas visé par l'adulte sauf à l'initiative de l'enfant.

(5) Siam est le nom de l'éléphant d'Asie arrivé au parc zoologique de Vincennes en 1964, après avoir vécu dans un cirque, fait du cinéma... Il est mort à Vincennes à l'âge de 53 ans, le 24 septembre 1997, et a été naturalisé au Muséum par Jack Thiney pour faire ensuite son entrée à la GGE le 4 avril 2001.

(6) Siam est né en Inde en 1945 où il a commencé comme éléphant de travail dans des exploitations forestières. À 12 ans, il arrive à Calcutta et est acheté sur photo par le cirque Knie. Le dressage peut commencer. Il s'avère très doué, apprend vite et n'a peur de rien... il visite l'Europe et enthousiasme les spectateurs. Mais, en vieillissant, il devient dangereux et le cirque doit s'en séparer... Il sera vendu en juillet 1964 au Parc zoologique de Paris.
Mais avant de gagner sa nouvelle demeure, il effectuera un dernier tour de piste en tournant dans le film de Pierre Etaix Yo-yo. (Texte extrait du dossier de presse réalisé à l'occasion de l'entrée de Siam naturalisé dans la Grande Galerie de l'Évolution.)

Argos, n°31, page 16 (02/2003)
Argos - Les aventures de Siam