Le plan Langevin-Wallon

La commission Langevin-Wallon, créée par arrêté ministériel du 8 novembre 1944, a regroupé pendant trois ans des personnalités politiques, syndicales et scientifiques issues pour la plupart de la Résistance, sous la direction de Paul Langevin et Henri Wallon. Partant des principes de justice sociale retenus par le gouvernement provisoire en 1944, la Commission préconise l'instauration de l'école unique, et l'ouverture de l'école sur l'environnement social: "Cette inadaptation de l'enseignement à l'état présent de la société a pour signe visible l'absence ou l'insuffisance des contacts entre l'école, à tous les degrés, et la vie. Les études primaires, secondaires supérieures sont trop souvent en marge du réel. L'école semble un milieu clos, imperméable aux expériences du monde [...]. Une réforme est urgente qui remédiera à cette carence de l'enseignement dans l'éducation du producteur et du citoyen, et lui permettra de donner à tous une formation civique, sociale et humaine."

La Commission propose de repousser jusqu'à 18 ans l'âge de la scolarité obligatoire avec un enseignement commun jusqu'en 5e, et à partir de la 4e et 3e, des options théoriques, professionnelles et techniques. Les membres de la Commission entendent également réhabiliter la culture technique qu'ils veulent placer au même niveau que la culture générale et la culture scientifique:

"L'organisation actuelle de notre enseignement entretient, dans notre société, le préjugé antique d'une hiérarchie entre les tâches et les travailleurs. Le travail manuel, l'intelligence pratique sont encore trop souvent considérés comme de médiocre valeur. L'équité exige la reconnaissance de l'égale dignité de toutes les tâches sociales, de la haute valeur matérielle et morale des activités manuelles, de l'intelligence pratique, de la valeur technique."

Le rapport reprend, à ce propos, une définition de Paul Langevin concernant la culture générale: "Nous concevons la culture générale comme une initiation aux diverses formes de l'activité humaine, non seulement pour déterminer les aptitudes de l'individu, lui permettre de choisir à bon escient avant de s'engager dans une profession, mais aussi pour lui permettre de rester en liaison avec les autres hommes, de comprendre l'intérêt et d'apprécier les résultats d'activités autres que la sienne propre, de bien situer celle-ci par rapport à l'ensemble."

Les membres de la Commission prônent la nécessité d'une solide culture générale pour tous :

"La culture générale représente ce qui rapproche et unit les hommes tandis que la profession représente trop souvent ce qui les sépare. Une culture générale solide doit donc servir de base à la spécialisation professionnelle et se poursuivre pendant l'apprentissage de telle sorte que la formation de l'homme ne soit pas limitée et entravée par celle du technicien. Dans un état démocratique, où tout travailleur est citoyen, il est indispensable que la spécialisation ne soit pas un obstacle à la compréhension de plus vastes problèmes et qu'une large et solide culture libère l'homme des étroites limitations du technicien. [...] L'école doit être un centre de diffusion de la culture. Par une adaptation exacte aux conditions régionales et aux besoins locaux, elle doit permettre à tous le perfectionnement de la culture. Dépositaire de la pensée, de l'art, de la civilisation passée, elle doit les transmettre en même temps qu'elle est l'agent actif du progrès et de la modernisation. Elle doit être le point de rencontre, l'élément de cohésion qui assure la continuité du passé et de l'avenir."1

Déposé en 1947, ce projet n'a pas atteint le stade ministériel et l'opportunité de la réforme globale du système éducatif qu'aurait pu permettre le contexte d'après-guerre n'a pas été saisie.

Le contexte qui prévalait en 1947 était bien différent de celui de la Libération et le plan Langevin-Wallon est apparu utopique, en décalage par rapport à la situation politique et sociale marquée par les débuts de la Guerre froide. Cependant, il a constitué, surtout à partir des années soixante, une référence majeure.

(1) Plan Langevin-Wallon, La nationalisation de l'enseignement, édition L'École et la Nation, Paris, 1947, 2e éd.1962, p.19.

Argos, n°42, page 41 (06/2007)
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