Lectures
Parler politique en Chine. Les intellectuels chinois pour ou contre la démocratie
par Émilie Frenkiel.
PUF, 2014 (318 p., 22 euros)

Cet ouvrage est issu d'une thèse que l'auteur a nourrie de nombreux échanges avec une vingtaine de chercheurs en sciences humaines et sociales des grandes universités chinoises. Si ce panel n'a pas prétention à être représentatif de l'ensemble du monde académique du pays, il permet néanmoins d'esquisser une passionnante cartographie des débats autour de sa réforme politique, avec ses consensus et ses lignes de fracture. Car, si tous ces intellectuels s'accordent sur le fait que la démocratie constitutionnelle est l'horizon du pays, ils divergent sur la voie à emprunter pour y parvenir, entre les plus libéraux qui considèrent que c'est nécessairement en accélérant l'adoption du modèle occidental et les néoconservateurs qui optent, au nom d'une forme de gradualisme, pour une "démocratie autoritaire" transitoire, le temps que le peuple soit à même d'exercer ses responsabilités.

À bien des égards, les arguments en présence évoquent les débats prédémocratiques qui ont agité durant des siècles les pays occidentaux (y compris sur les vertus comparées du tirage au sort et de l'élection, laquelle a longtemps été jugée "aristocratique"). À lire l'auteur, l'erreur serait de croire que c'est donc bien vers le modèle occidental que chemine la Chine. Pour la plupart, ces intellectuels sont soucieux d'éviter au pays les écueils de la transition de l'ex-URSS toute proche (voire les dérives des démocraties occidentales elles-mêmes), et ne renoncent donc pas à imaginer une démocratie... made in China.

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°63, page 76 (06/2014)
Alternatives Internationales - Parler politique en Chine. Les intellectuels chinois pour ou contre la démocratie