Lectures
Les enfants fantômes
par Laurent Dejoie et Abdoulaye Harissou.
Albin Michel (174 p., 16 euros)

Une fois n'est pas coutume, deux notaires - l'un camerounais, l'autre français - attirent l'attention sur un scandale méconnu : le droit de tout enfant à être enregistré à la naissance et donc à exister légalement. Un droit, révèlent-ils, qui est dénié à quelque 230 millions d'enfants à travers le monde. Comme Moussa, enfant peul d'un village sahélien : premier de sa classe, il ne peut se présenter à l'examen du certificat d'études primaires car il ne possède pas d'acte de naissance. Autre drame, celui des enfants-soldats. Ils peuvent sans vergogne être utilisés comme chair à canon : même tués, ils ne sont pas portés disparus, puisqu'ils ne disposent pas d'identité. L'Afrique est loin d'être le seul continent concerné : elle rassemble 37 % du nombre total des "enfants fantômes", contre 59 % en Asie. En s'appuyant sur les projets pilotes menées par la communauté catholique Sant'Egidio et des ONG (Plan international, Aide et Action), les auteurs suggèrent de mobiliser à la fois les nouvelles technologies - envoi de SMS pour signaler la présence d'un nouveau-né, favorisant son enregistrement ultérieur - et l'organisation de "séances de rattrapage" sous forme d'audiences foraines. Le juge ou le greffier du tribunal compétent se déplace dans le quartier ou la zone rurale. La présence des autorités coutumières et sanitaires locales permet la délivrance d'un jugement qui supplée l'absence d'état civil. L'ancien garde des sceaux, Robert Badinter, apporte un soutien résolu aux initiatives dans la préface à l'ouvrage : "Le combat contre les ténèbres administratives est engagé", écrit-il.

Yves Hardy

Alternatives Internationales, n°63, page 78 (06/2014)
Alternatives Internationales - Les enfants fantômes