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Le lobby des pesticides décide

Denis Delbecq

L'Autorité européenne de sécurité des aliments (EFSA) et l'Organisation mondiale de la santé (OMS) sont infiltrées par le lobby des pesticides. C'est la conclusion d'un rapport1 très documenté, publié le 4 février 2014, par Pan-Europe, un réseau européen d'action sur les pesticides.

L'ONG estime que 52 % des experts de l'EFSA, 73 % de l'OMS, travaillant sur les effets des mélanges de pesticides dans les aliments, ont des liens plus ou moins forts - simple conseiller, ancien employé, ou même, pour certains, ancien dirigeant - avec l'industrie chimique et agroalimentaire. Ces liens troubles entre intérêts privés et expertise indépendante expliqueraient les neuf ans de retard pris dans la mise en oeuvre de la directive européenne de 2005 qui vise à protéger les consommateurs contre les pesticides. En effet, l'EFSA n'a toujours pas publié les méthodes d'évaluation des risques cumulés associés aux mélanges de pesticides.

Contactée par Alternatives Internationales, l'Autorité européenne se félicite pourtant des progrès accomplis depuis deux ans sur ce dossier. Sans citer le rapport accusateur de l'ONG, ni contester ses affirmations, l'EFSA reconnaît que "le secteur de l'industrie a remis en question son approche estimée trop précautionneuse" et affirme tout mettre en oeuvre "pour assurer l'impartialité de ses avis scientifiques". Il reste pourtant beaucoup à faire, fustige Pan-Europe, qui de son côté demande une véritable indépendance des scientifiques et l'interdiction pure et simple (et non la simple déclaration) des conflits d'intérêts.

(1) Comment l'industrie essaie de minimiser les risques liés aux pesticides présents dans les aliments du quotidien [http://goo.gl/2UNJbg]

Alternatives Internationales, n°62, page 23 (03/2014)
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