Lectures
Splendeur et misère du travail des diplomates
par F. Piotet, M. Loriol et D. Delfolie.
Hermann (552 p., 35 euros)

Fondé sur un travail d'enquête mené en grande partie en 2006, cet ouvrage n'avait pas la tâche facile : analyser dans son quotidien le travail des diplomates français. On y trouve pourtant des rappels utiles, ainsi qu'une approche sociologique - voire quasi anthropologique - d'un métier de "diplomate" lui-même difficile à cerner tant les activités qu'il recouvre sont diverses. À juste titre, les auteurs partent du constat que la mission diplomatique est difficilement quantifiable, puisque ses objectifs sont aussi immatériels que l'influence, la médiation, la représentation. Il peut s'évaluer néanmoins (70 % des ambassades de France sont en Europe et en Afrique). Après quelques passages obligés sur la "carrière" ou sur l'évolution entraînée par le numérique, des éléments plus originaux nous montrent, entretiens à l'appui, la difficulté d'être une femme en diplomatie, ou les contraintes de la mobilité. Mais le point fort de ce travail réside dans sa prise en compte des agents dans toute leur diversité : les services situés à Nantes (comptabilité, archives...) ou les chiffreurs des ambassades, sont ainsi pris en compte dans l'enquête. "Cet ouvrage n'est donc pas consacré à la politique étrangère mais au travail des diplomates qui la produisent en grande partie", avouent les auteurs. Reste à savoir si l'on peut dissocier dans l'analyse l'instrument et son action, le processus et son résultat. Et tout est dans le "en grande partie"

Frédéric Charillon

Alternatives Internationales, n°62, page 77 (03/2014)
Alternatives Internationales - Splendeur et misère du travail des diplomates