Lectures
Être non musulman en terre d'islam. Dhimmi d'hier, citoyen d'aujourd'hui ?
par J. Chapuis et S. Boussois (dir.).
Éditions du Cygne (90 pages, 12 euros)

L'islam a toujours dû se situer dans un contexte de pluralisme religieux, tout en se définissant comme la véritable prophétie. Ce pluralisme a été institutionnalisé dans le système de la dhimma évoqué dans le Coran pour qualifier les relations entre musulmans et fidèles des religions du Livre (chrétiens et juifs). Le régime juridique auquel est soumis un non-musulman a été précisé au fil du temps, mais il a conservé ses grandes lignes et son ambivalence : l'échange de la liberté de culte et de la protection du pouvoir, contre un statut spécifique, parfois humiliant, et l'obligation de payer une taxe. Ce bref recueil dresse un tableau historique puis évoque les situations du Maroc, de l'Égypte, de la Turquie et de l'Iran. Le statut de dhimmi que l'empire ottoman avait le mieux codifié n'a plus cours. Mais pour autant la citoyenneté reste un horizon lointain. Les coptes égyptiens, soumis à davantage de discriminations depuis la ré-islamisation des années 1970, restent otages des stratégies politiques : hier au service de Moubarak, aujourd'hui brandis comme symbole contre les Frères musulmans par le régime militaire. De même, dans la Turquie laïcisée, Grecs, Arméniens et juifs conservent un statut spécifique. C'est sous le gouvernement des islamistes de l'AKP qu'auront été accomplis les plus grands progrès pour les droits des minorités, mais dans le cadre ancien d'une turquification musulmane. Ce qui perpétue la tension entre tolérance et infériorisation.

Thierry Brésillon

Alternatives Internationales, n°62, page 78 (03/2014)
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