Lectures
La Chine, banquier du monde
par Claude Meyer.
Fayard (360 p., 20 euros)

Après s'être imposée comme l' "atelier du monde", la Chine est en passe d'en être le principal banquier : en plus d'être le premier créancier des États-Unis, elle fait déjà figure de Banque mondiale bis pour son "aide" apportée aux pays en développement. Cette ascension financière en inquiète plus d'un : ne cache-t-elle pas une ambition hégémonique ? Sans contester la réalité de cette ascension, l'auteur inverse la perspective en montrant comment elle s'impose tout autant... aux dirigeants chinois. "La Chine ne rachète pas le monde ; en fait, elle achète ce qui lui manque, et en priorité des ressources naturelles." Quant à son abondante épargne et son accumulation de changes, elles ne sauraient suffire à asseoir sa puissance financière sur le plan international. Deux leviers essentiels manquent encore à la Chine pour y parvenir : un système financier compétitif et une devise convertible. Shanghai est d'ailleurs encore loin de pouvoir rivaliser avec les places financières de Londres, de New York et de Singapour. La puissance de ses banques et ses 315 milliardaires en dollars ne sauraient faire oublier une autre réalité : un pays riche, mais un peuple pauvre, exposant le régime à une forte contestation en cas de chute de la croissance. Cependant, l'auteur admet que le "rêve" du nouveau président Xi Jinping, d'une "grande renaissance de la nation chinoise" nous place devant une "énigme" quant à ses conséquences pour le reste du monde.

Sylvain Allemand

Alternatives Internationales, n°62, page 79 (03/2014)
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