Lectures
L'organisation criminelle de la faim
par Olivier Assouly.
Actes Sud (208 p., 20 euros)

Le philosophe Olivier Assouly établit un parallèle entre la faim dans les camps de concentration comme moyen pour les nazis d'asservir et de détruire les juifs avant de les assassiner, et la faim aujourd'hui. Elle serait, de la même manière, le produit d'une organisation criminelle. L'auteur n'évoque pas seulement la sous-nutrition dans les pays pauvres, liée à la libéralisation des marchés agricoles et à la spéculation. Il pointe aussi, dans les sociétés opulentes, "la faim sans la faim", cet appétit indéfiniment stimulé par l'industrie agroalimentaire en quête de débouchés donc de bouches à gaver. D'un côté la faim organisée qui fait éclore la bestialité de l'homme, de l'autre un capitalisme qui domestique l'individu en l'enfermant dans ses pulsions animales.

L'essai d'Olivier Assouly en agacera plus d'un. La critique sans nuance du "marché" met tout et tous dans le même sac. Surtout, la dénonciation de "l'organisation criminelle de la faim" ne dit pas qui organise quoi. Dans le même temps, ce livre exprime parfois des idées justes et pousse à la réflexion. Le capitalisme débridé rejoint le système totalitaire en ce qu'il se prétend incontestable car fondé sur de soi-disant lois naturelles : ici la satisfaction des besoins quels qu'ils soient, là le règne de la force. La culture et le droit n'en sont que mieux disqualifiés.?

Antoine de Ravignan

Alternatives Internationales, n°61, page 76 (12/2013)
Alternatives Internationales - L'organisation criminelle de la faim