Lectures
Le syndrome pakistanais
par Christophe Jaffrelot.
Fayard, ( 656 p., 24 euros)

Le titre de cet ouvrage n'a pas été choisi au hasard, Christophe Jaffrelot (chroniqueur d'Alternatives Internationales) se prête bel et bien ici à un diagnostic. La Pakistan, constate-t-il, est marqué par une instabilité chronique : chaque décennie ou presque, le pays connaît un nouveau coup d'État, les phases de militarisation du pouvoir alternent avec celles de démocratisation, les conflits armés sont récurrents... Pour comprendre ces phénomènes, il faut remonter aux conditions de la partition de l'Inde et du Pakistan en 1947 qui créé un fort sentiment de vulnérabilité. La peur de l'Inde est notamment à l'origine d'une importante centralisation du pouvoir dans un pays traversé par de multiples divisions. La création du Pakistan est l'oeuvre de l'élite musulmane ourdouphone de haute caste d'Inde du Nord, déclassée lors de la colonisation britannique. Les Mohajirs (migrants issus de la partition) sont leurs descendants et ils se disputent les plus hautes instances du pouvoir avec les Penjabis (comme le général Zia) et les Sindis (ethnie dont est issue la famille Bhutto). Christophe Jaffrelot évoque ainsi "un nationalisme sans nation". Et l'islam, censé servir de socle identitaire au Pakistan, n'est pas non plus un facteur d'unité, comme le montrent les conflits violents entre chiites et sunnites, mais aussi l'autonomie des oulémas des écoles religieuses (financées en grande partie par l'Arabie saoudite). Le soutien économique inconditionnel des États-Unis ne conduit pas non plus les élites, explique l'auteur en conclusion, à donner au pays un socle démocratique par la fiscalité. Loin des clichés culturalistes, un ouvrage de fond passionnant qui permet de comprendre le Pakistan contemporain.

Naïri Nahapétian

Alternatives Internationales, n°60, page 76 (09/2013)
Alternatives Internationales - Le syndrome pakistanais