Lectures
La femme à 1 000°
par Hallgrimur Helgason, traduit de l'islandais par Jean-Christophe Salaun.
Presse de la cité (634 p., 23 euros)

Que peut nous révéler, de l'histoire, Herra, ex-gourgandine octogénaire islandaise, recluse dans un garage avec clopes, grenade et ordinateur portable ? Une vision inédite de cette histoire et de ceux qui ont prétendu la faire. Sur l'Islande occupée par l'Angleterre pendant la Seconde Guerre mondiale : "Les Islandais étaient ravis de leur invasion (...) Qui vit seul sur un bout de rocher glacial accueille avec plaisir tout invité". Sur la conversion au nazisme de son pitoyable père : "Rien n'est plus comique que la vengeance d'un lâche, rien n'est plus tragique". Sur le couple libre Sartre et Beauvoir : "Au dos de cette image idyllique se cachait un enfer plein de ces autres" Cette Femme à 1 000 degrés est aussi une femme aux mille points de vue, dont la sagacité s'est forgée durant mille tribulations, au contact de mille partenaires (elle est une "Johnologue" patentée dont le palmarès inclut Lennon), et qui poursuit virtuellement sa carrière en ouvrant mille profils Facebook. Une aventurière, qui a hérité de sa mère, solide créature marine, son tempérament bien trempé, et n'en a pas moins donné naissance à deux de ces financiers qui couleront l'Islande ("A la fin de la crise (...) des gens devaient l'équivalent de leur immeuble entier tandis qu'on les laissait vivoter dans un placard à balais". ) Mais sa verve lapidaire n'est pas sa seule vertu. Depuis les hauteurs relatives de son lit et en attendant sa crémation programmée, Herra contemple l'horizon d'un siècle dont elle réorganise les événements à sa guise. Comme si une Pompadour d'aujourd'hui, trouvant Les Bienveillantes trop XIXe, en avait réécrit une version alerte, fragmentée et islando-centrée...

Alternatives Internationales, n°60, page 78 (09/2013)
Alternatives Internationales - La femme à 1 000°