Lectures
Grand-père n'était pas un nazi. National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale
par Harald Welzer, Sabine Moller et Karoline Tschuggnall.
Gallimard (368 pages, 22,90 euros)

Comment les familles allemandes transmettent-elles la mémoire de la période nazie et de la Shoah ? Cet ouvrage repose sur une série d'entretiens familiaux qui mettent en lumière certaines caractéristiques montrant une différenciation de cette mémoire dite "communicationnelle", de la mémoire culturelle (celle de la société et transmise notamment à l'école).

La transmission intergénérationnelle semble donner lieu à un processus d' "héroïsation", laissant les jeunes générations penser que leurs aïeuls étaient des Résistants, alors même que ce n'est pas présent dans le souvenir raconté par le témoin, voire que cela va à son encontre. Cela conduit aussi à représenter le nazi comme "un autre". C'est l'un des "topoi" que l'on retrouve globalement dans cette mémoire familiale comme le mauvais Russe, inquiétant et terrifiant, et le gentil Américain.

Cette transmission semble également marquée par les oeuvres de fiction (roman, cinéma...) produites sur cette période qui, consciemment ou non, servent à structurer les récits faits par les témoins. Récits également nourris par un phénomène de "passe-partout" qui transpose les images et représentations liées à la Shoah pour renforcer les souffrances vécues par le peuple allemand durant cette période.

Amar Nafa

Alternatives Internationales, n°60, page 78 (09/2013)
Alternatives Internationales - Grand-père n'était pas un nazi. National-socialisme et Shoah dans la mémoire familiale