Régulation des marchés, la méthode Fukuyama

Au coeur de la mondialisation, l'internationalisation des marchés financiers a ébranlé les Etats-nation dans leur rôle de régulateurs économiques. Si de nombreux experts en appellent à une nouvelle régulation au niveau international, ils peinent à trouver une méthode efficace et légitime aux yeux des citoyens et des Etats concernés. Cette difficulté est analysée par le politologue américain Francis Fukuyama dans son dernier livre America at the Crossroads (2006), où il décrit un monde d'institutions mondiales de plus en plus nombreuses et disParates. Selon Fukuyama, plus une organisation internationale est légitime (formelle, transparente, fondée sur la coopération entre Etats souverains), moins elle est efficace; et plus elle est efficace (informelle, flexible, rapide, fondée sur de multiples acteurs non étatiques), moins elle peut être légitime. A un bout de l'échelle, on trouve ainsi les Nations unies ou l'Union internationale des télécommunications; à l'autre, les codes de conduite appliqués de manière volontaire, ou l'ICANN (Internet Corporation for Assigned Names and Numbers), qui décide souverainement de la gestion et de l'attribution des suffixes Internet (comme .com, ou .fr ou .eu). La difficulté vient du fait que "l'efficacité des décisions n'est possible que s'il y a délégation, et c'est précisément cette délégation qui crée les problèmes de légitimité". Fukuyama ne renonce pas à optimiser les deux Paramètres, mais prévient que l'expérimentation pourrait être longue et laborieuse.

Alternatives Internationales, n°33, page 63 (12/2006)
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